SOCIÉTÉ FRANÇAISE D'IMPRIMERIE ET DE LIBRAIRIE
1j, rue de clin y, l.j
Tout droit de traduction et de reproduction réservé.
^ISGLO-SÀXONS ET FRANÇAIS
44 mai 1891.
C'est un livre infiniment douloureux que le livre de M. Edmond Demolins : A quoi tient la supériorité des Anglo-Saxons. Mais il faut le lire ; il faut boire lentement ce plein verre d'amertume ; il faut s'appuyer ce cilice de crin.
Les choses que dit M. Demolins, nous les savions, nous les soupçonnions au moins. Mais il les précise ; surtout il les relie entre elles avec beaucoup de force. Et ce qui ressort de cet exposé aussi convaincant que lamentable, c'est l'immense supériorité sociale^ politique, commerciale, industrielle, financière et morale de la race anglo-
saxonne ; et c'est notre faiblesse, notre misère, notre néant. Car la supériorité de nos vaudevillistes et de nos cuisiniers ne nous sauvera pas ; et il se pourrait que notre supériorité artistique elle-même ne fût qu'un luxe assez inutile.
Et nous n'avons pas même ce recours, de nous dire qu'il y a des années où les peuples n'ont pas de chance. Il en est ainsi parce qu'*il en doit être ainsi et qu'il n'en saurait être autrement. M. Demolins nous apprend que nous sommes un peuple « à formation communautaire », c'est-à-dire où chacun compte sur les autres, et que les Anglo-Saxons sont un peuple « à formation particulariste », c'est-à-dire où chacun ne compte que sur soi. Et il ne nous cache pas que ce qui dérive de là est terrible pour nous.
Comment le régime scolaire français forme sur tout des fonctionnaires ; et comment le régime scolaire anglais forme des hommes ;
Comment notre mode d'éducation réduit la natalité, parla nécessité où est le père de famille de pourvoir tous ses enfants et d'amasser autant de fortunes qu'il a de filles ; comment la stérilité systématique laisse provisoirement beaucoup d'argent disponible, mais comment aussi ces économies se détournent du commerce et de l'industrie et se transforment en instables et décroissantes valeurs de Bourse : au lieu que l'éducation
anglo-saxonne prépare à la lutte pour la vie, pousse aux entreprises agricoles, commerciales, industrielles, et, par «uite, ne redoute pas Tabondance des enfants ; sans compter que le home anglais, ignorant de l'avarice sordide, confortable déjà même chez le paysan et l'ouvrier qu'il préserve du cabaret^ ajoute à la dignité de l'individu et à sa valeur morale ;
Comment, à notre bas amour du fonctionnarisme et à notre tiédeur pour l'agriculture, l'industrie et le commerce, nous devons (l'absurdité du suffrage universel aidant) une Chambre qui compte une centaine d'anciens fonctionnaires et près de trois cents journalistes, avocats, avoués, notaires, médecins, dont on croira malaisément qu'ils soient tous la fleur de leur profession : au lieu que les agriculteurs, les industriels et les commerçants forment la très grande majorité (360) de la Chambre des Communes ;
Comment enfin les Anglo-Saxons ont le bonheur d'être presque totalement réfractaires au socialisme, — duquel nous sommes menacés, et qui est la plus arriérée des organisations, la plus meurtrière de l'activité et de la dignité individuelles :
Voilà ce que vous trouverez, solidement déduit, dans le livre de M. Demolins, — avec beaucoup d'autres choses encore, tout aussi vraies ou vraisemblables, et aussi peu consolantes.
Et c'est pourquoi l'Anglo-Saxon est, ou sera sous peu, le maître du monde. C'est pourquoi l'Anglo- Saxon nous a supplantés dans l'Amérique du Nord,
dansFInde, à Tile Maurice, en Egypte. C'est pourquoi il domine rAmérique par le Canada et les Etats- Unis ; l'Afrique, par l'Egypte et le Cap ; TAsie, par rinde et la Birmanie ; TOcéanie, par T Australie et la Nouvelle-Zélande ; l'Europe et le monde entier, par son commerce, et par son industrie, et par sa politique. Et c'est pourquoi enfin, sur la couverture du livre de M. Demolins, les teintes qui marquent les parties occupées dans les deux hémisphères par FAnglo-Saxon étalent, grandes ou petites, leurs plaies de pourpre d'un bouta l'autre de la planète.
Que faire ? Oh ! c'est bien simple. Acquérir les vertus qui nous manquent et qui surabondent chez l'Anglo-Saxon ; développer chez nous la volonté, l'habitude de compter sur soi, l'esprit d'initiative, l'énergie.
Ce qu'il faut, le voici :
« Des parents bien convaincus qu'ils ne doivent à leurs enfants que l'éducation, mais une éducation virile ;
a Des jeunes gens, ensuite, bien convaincus qu'ils doivent se suffire à eux-mêmes dans la vie ;
« Des jeunes gens bien décidés à chercher dans le mariage une compagne et non une dot;
« Un gouvernement qui réduise au minimum le nombre de ses attributions et de ses fonctionnaires, et rejette ainsi la jeunesse vers les carrières indé-
pendantes, qui exigent refl'ort, l'initiative individuelle, le travail personnel ;
a Enfin, comme conséquence, un état social où le fonctionnaire, le politicien et l'oisif soient moins considérés que Tagriculteur, l'industriel et le commerçant. »
Pour préciser davantage, il faudrait, j'imagine, supprimer franchement l'étude des langues mortes dans les lycées ; supprimer peut-être l'Université elle-même, sinon les universités ; supprimer TEcole polytechnique et, généralement, toutes les écoles de TÉtat ; supprimer le suffrage universel ; supprimer les trois quarts, au moins, des fonctionnaires ; défaire à peu près Tœuvre administrative de la Révolution et du premier Empire.
Je ne vois, pour ma part, à ces suppressions aucun inconvénient. J'y vois seulement quelques difficultés.
Mais cela ne suffirait pas. Il faudrait supprimer le budget de la guerre, qui nous ruine ; supprimer le service militaire qui prend à nos jeunes gens trois années de leur vie et développe médiocrement chez eux l'esprit d'initiative. Il faudrait pouvoir nous contenter, comme l'Angleterre, d'une armée de 100,000 hommes, ou de 26,000, comme les Etals-Unis (1). Il faudrait supprimer la nécessité matérielle de la défense et l'obligation morale de la « revanche. » II
(1) Ecrit en 1897.
faudrait supprimer la défaite, qui nous a laissés faibles et nous a rendus timides.
Et cela ne suffirait pas encore. Il faudrait changer notre âme. Or, savez-vous quelque moyen de mettre la volonté et l'énergie oii elles ne sont pas, et de transtormer un pauvre diable de Latin ou de Celte en un bel ogre anglo-saxon ?
Alors ?
Nouspouvons du moins chercher des consolations. L'auteur de ce livre cruel a peut-être exagéré. Son tableau parallèle et violemment antithétique du Saxon et du Français rappelle l'histoire du « bon sujet » et du paresseux dans les images enfantines. Le Saxon a tout, et nous rien. Là-dessus on entre en méfiance.
On se demande s'il est vrai qu'il n'y ait rien de bon en nous; si tout est à réprouver, par exemple, dans la tendresse trop protégeante des parents français pour leurs enfants, dans notre attachement au sol natal, dans notre conception de l'Etat protecteur des individus, dans notre rêve de justice sociale par l'effort de la communauté dont l'Etat est lereprésentant. Ne peut-on conserver le principe de nos pauvres vertus, afin d'attendrir en nous les vertus saxonnes, quand nous les aurons ? Ou, mieux, ne peut-on développer les vertus que nous avons de manière à nous rapprocher, 2^o,r elles j de celles que nous n'avons pas?
Si nous avons la malchance d'appartenir à une « formation communautaire », est-il impossible d'ennoblir et de rendre bienfaisants ce besoin et ce goût que nous avons gardés de nous appuyer sur la communauté ? Et puisqu'on ne nousrefuse pas quelque générosité et un sincère amour de la justice^ ne pourrions-nous pas nous aviser que ce sentiment du juste et cette générosité exigent que l'individu apporte à la communauté autant et même un peu plus qu'il n'en reçoit, et qu'il y a donc, de sa part, injustice et lâcheté à ne point donner tout ce qu'il peut, à demeurer paresseux, sans énergie, parasite de la fortune paternelle ou de la « faveur » et des « recommandations», infirme nourrisson dubudget, content d'unemédiocrité garantie parl'Etatetlesinstitutions : médiocrité qu'il escroque, si peu reluisante soit-elle, puisqu'il a soin de ne la payer que du moindre effort? — Bref, serions-nous incapables de nous élever jusqu'à la valeur anglo-saxonne par des voies qui soient à nous ?
Cet espoir serait déjà une consolation. Une autre, plus facile et plus dangereuse, serait dans la considération de ce qui manque peut-être à nos heureux rivaux. Il n'est pas défendu de constater le paradoxe psychologique de cette race anglo-saxonne, chez laquelle les vertus individuelles sont grandes et fortes, mais dont l'hypocrisie publique est abominable et dont les actes nationaux sont souvent égoïstes jusqu'à la scélératesse. Si jamais, par miracle, l'indi-
vidu devenait chez nous aussi fort et aussi « vertueux » que chez nos voisins du Nord, envierionsnous le rôle de peuple de proie que TAngleterre joue dans le monde? — En attendant^ si nous ne pouvons plus être les chevaliers errants de la justice et de l'humanité, s'il est des choses que nous ne pouvons plus faire, il serait par trop lâche de ne pas les dire au moins, publiquement et jusque dans les conseils européens. Et si nous les disions, nous commencerions déjà à sentir que nous valons un peu mieux.
Un troisième sujet de consolation, c'est queTAllemagne n'est peut-être pas, malgré les apparences, beaucoup moins malade que nous. La richesse qu'elle tient de nous, la confiance qu'engendre la victoire et les avantages de toutes sortes qu'elle assure, donnent à TAUemagne une santé momentanée ; mais M. Demolins nouslaisse entendre que le despotisme, le militarisme, le fonctionnarisme et le socialisme .finiront par la tuer, elle aussi. Je crains seulement que cette mort ne soit à très longue échéance. — Si l'Allemagne voulait (et il ne tient qu'à elle, et elle sait la condition), un bon moyen de salut, pour elle, pour nous et pour d'autres, serait une ligue défensive — et sans haine — de toute l'Europe latine, germanique et slave contre la vertu décidément trop vorace de l'Anglo-Saxon. Mais il est clair que les temps ne sont pas mûrs.
Nos consolations sont donc maigres et nos espoirs fragiles. Reste à chercher les vrais remèdes. Il y en a. L'opinion publique peut agir sur les mœurs, et l'on peut agir sur l'opinion publique. Vous me direz qu'il n'y a plus d'opinion publique, sinon incertaine et languissante. Mais on peut essayer d'en refaire une, et en même temps — car les deux tâches se confondent — de faire pénétrer en elle certaines vérités salutaires, par le procédé de la répétition, et en lui persuadant que ce sont des « vérités distinguées » (ce qui est vrai) et tout à fait dignes de devenir des vérités « à la mode. »
22 mai 1897.
Quelques correspondants m'ont proposé des remèdes qui reviennent à ceci : changer notre âme ; changer notre tempérament, et notre sol, et notre histoire, et notre position géographique. Mais nous ne pouvons faire que la France soit une ile ; ni qu'elle soit protestante (et peut-être ne le voudraisje pas) ; ni que nous ayons les muscles des Anglo- Saxons ; ni que nous n'ayons pas été vaincus en 1870, etc. J'ai dit cela, et que je ne savais non plus aucun moyen d'infuser tout à coup dans un peuple l'énergie et la santé qui lui manquent.
Les réformes législatives n'y suffiraient point. D'ailleurs elles ne seraient possibles que si elles étaient exigées par l'opinion publique. C'est donc, je le répète, l'opinion publique qu'il faut travailler. Rien n'est encore perdu.
Il me semble que la décadence française se distingue des autres décadences historiques en ceci, qu'elle se connaît parfaitement. Nous n'avons presque aucune infatuation. Je suis frappé du nombre
d*excellents esprits qui découvrent, dans toute son étendue et dans ses secrètes origines, la grande misère, morale autant que matérielle, <( qui est au pays de France. » Si un peuple prend conscience de luimême dans ses individus supérieurs (ce n'est pas les hommes politiques que je veux dire), jamais peuple malheureux n'a été plus conscient de ses maux, même de ceux qui n'éclatent pas encore aux yeux. Et cela est un grand point, et peut devenir un principe de guérison.
M. Demolins lui-même m'écrit : « Nous avons l'esprit plus clair et plus méthodique que les Anglo- Saxons, ce qui est une force énorme pour conduire et orienter les intelligences dans les voies nouvelles où il faut engager les peuples attardés de l'Occident. Et ce qui peut nous donner confiance, c'est que la France paraît bien être la nation qui se rapproclie le plus du type anglo-saxon ; elle s'en rapproche bien plus que l'Espagnol et l'Italien et, probablement, plus même que l'Allemand qui n'en est encore qu'à son Louis XIV. » Oh ! que je voudrais croire à ces consolantes assertions !
En tout cas, il y a « quelque chose à faire », et chacun doit y penser. Après y avoir réfléchi, il m'a paru qu'un moyen discret, et bien à ma portée, d'agir sur l'opinion — qui à son tour agirait sur les mœurs, — ce serait de lui présenter comme distinguées (car de les lui recommander comme vraies, cela ne servirait guère) certaines façons de sentir
et de juger qui impliquent le respect de l'énergie, Testime de Tactivité, de TefTort individuel, de l'esprit d'entreprise, de tout travail auquel un peu de risque et d'aventure ne fait pas peur.
Voici, sans beaucoup d'ordre et à mesure qu'ils me viennent, quelques-uns de ces jugements que je crois dignes d'être propagés, — non pour leur originalité, certes, mais pour leur future utilité sociale.
Il est probable que l'enseignement des langues mortes et des littératures antiques a de quoi élever l'esprit, former le goût et le style : mais il est incontestable qu'il ne produit cet effet que sur un dixième, environ, de nos enfants ; et je crains qu'il ne soit décidément absurde d'enseigner à tous ce qui ne peut profiter qu'à une si petite minorité. Neuf fois sur dix, rien n'est plus vide, plus superflu, plus près du néant, qu'un « bachelier es lettres ». Il n'est pas vrai que, d'avoir mal traduit quelques fragments des beaux livres grecs et latins, « il lui en reste toujours quelque chose », comme on le dit avec complaisance. Il ne lui en reste rien du tout, et nous le savons bien. Il lui aurait été plus profitable d'apprendre n'importe quoi, fût-ce un métier manuel, que de faire semblant d'apprendre ce qu'on a tenté de lui enseigner. L'enseignement « moderne », qu'on n'ose pas installer carrément, formerait tout de suite des jeunes gens bien autrement munis pour les bons combats de la
vie, s'il était donné par des hommes aussi intelligents que les professeurs de renseignement classique.
Mais le bachelier vulgaire, qui, non content de ne rien savoir d'utile pour le présent, a employé huit années à ne pas comprendre ce qui fut beau dans un très lointain passé, est un être d'une constitution saiigrenue, un être ridicule en soi. 11 serait très bon de ruiner, dans l'esprit des familles françaises, le « prestige » navrant du bachelier es lettres.
Il ne faudrait pas craindre non plus de décrier systématiquement l'état de fonctionnaire. C'est un état peu reluisant, — sauf dans l'enseignement, oii l'objet même de la fonction ennoblit les conditions dans lesquelles elle s'exerce. Mais être, par choix, employé subalterne de ministère ou d'administration, quelle pauvre destinée ! Et c'est pourtant le rêve que d'innombrables familles françaises font pour leurs tils !
Attendre de la communauté sa maigre nourriture en échange du plus maigre travail qu'on peut, et d'un travail plws mécanique et moins personnel que celui de l'ouvrier et du paysan : en sorte que c'est à qui, de l'Etat et de son employé, donnera le moins à l'autre ; accepter une vie étroite, sans intérêt, sans utilité, sans indépendance, par timidité, paresse, peur des risques, terreur de l'avenir, ce
n'est sans doute pas absolument criminel, mais enfin cela n'est peut-être pas très fier pour un homme. J'honore plus le laboureur et l'artisan, cela va sans dire ; mais j'aime même mieux le commis de magasin ou le petit boutiquier : il est plus libre dans le fond, et plus agissant.
La profession de fonctionnaire se relève, je le sais, 3hez les chefs de service, parce qu'ils ont, eux, quelque ombre d'initiative et de responsabilité. Le fonctionnarisme, en effet, n'est pas déshonorant en soi: mais il tend à devenir peu honorable parla multiplicité des fonctionnaires, qui entraine leur demi- oisiveté et les transforme en parasites, et parles mobiles de chétif égoïsme qui les ont fait entrer dans cette humble carrière.
Le remède, on le connaît. Ce serait de réduire leur nombre des deux tiers, de payer davantage ceux qui resteraient, et de les charger de plus de travail et de responsabilité. Mais on sait aussr qu'il n'y faut pas songer, les fonctions publiques étant la monnaie dont nos abominables députés payent leurs clients.
Au moins pourrait-on s'efforcer de créer un préjugé contre le fonctionnarisme ; de propager cette opinion que, dans Tétat actuel des choses, il est souvent le refuge des gens pas bien forts, pas bien intelligents, pas bien hardis, pas bien soucieux de leur indépendance ni de leur dignité.
Quelqu'un me soulTle : — 11 ne serait pas mauvais non plus de combattre le prestige de TEcole polytechnique. Bizarre école, oi^i tous les élèves entrent pour être ingénieurs, et d'où les trois quarts sortent soldats contre leur volonté. Nous ne voyons pas, au surplus, que ceux qui en sortent ingénieurs de TEtat nous bâtissent de meilleurs ponts ni, particulièrement, de meilleures digues que les constructeurs anglo-saxons, formés par une instruction toute pratique. L'Ecole polytechnique est certes une institution qu'il faut honorer, mais sans excès superstitieux. Elle nous donne trop dartilleurs sans vocation. Nous connaissons tous des jeunes gens que ses deux années de surmenage ont vidés pour le reste de leur existence. Son enseignement purement théorique, propre à faire des professeurs, a généralement pour efl'et de transformer en fonctionnaires ponctuels, intolérants et stériles, des hommes qui, sans lui, eussent peut-être montré de Taudace et de l'invention.
Rien à faire là contre. Mais du moins, quand un père dira devant vous : « Je destine ce gamin-là à Polytechnique », et que la mère s'excitera d'avance sur l'épée et le chapeau à claque, gardez-vous de tout sourire complaisant.
Il faudrait perdre aussi la superstition des professions qu'on appelle « libérales » je ne sais pas pourquoi. Car il est étrange que le métier d'avoué ou le notariat soit une profession libérale, et que Tagriculture n'en soit pas une. Une profession libérale vaut exactement ce que vaut celui qui Texerce. Un médecin médiocre, un avocat à la douzaine (nous savons par quel petit effort d'esprit on peut devenir docteur en droit), un littérateur sans talent est un être beaucoup moins intéressant et de bien moindre valeur sociale, je ne dis pas qu'un industriel intelligent, mais même qu'un bon fermier, un commerçant habile et loyal, un bon ouvrier d'art, un menuisier adroit, un maçon sérieux. Vérité tout élémentaire, et pourtant très peu reconnue.
Semblablement, il faudrait persuader à l'opinion publique que la littérature et l'art ne sont point des professions qui confèrent par elles mêmes, à ceux qui les ont choisies (presque toujours par vanité pure), une dignité mystérieuse ni des droits spéciaux à la considération des autres hommes. On ne doit aucun respect préventif aux jeunes gens qui veulent « faire de la littérature », car « ils sont trop », et il est trop commode de se dire écrivain ou artiste, puisqu'on peut toujours se dire tel sans en apporter aucune preuve. Et n'ayez pas scrupule de décourager les jeunes souffrants du mal d'é-
crire. Chez ceux qui ont du talent, ou ce talent percera quand même et triomphera de tous les empécliements ; ou il se manifestera, dans la profession qui les aura recueillis, sous des formes imprévues et utiles: et ainsi ni leur sensibilité ni leur imagination ne sera perdue.
ni
En même temps qu'on éveillerait la défiance à rendroitdes « professions libérales » ou, pour mieux dire, qu'on amènerait la foule à les estimer, non plus en elles-mêmes, mais uniquement chez ceux qui les exercent avec talent et probité, il faudrait relever dans Fopinon d'autres professions qui languissent à l'heure qu'il est, et dont la langueur tient à des causes économiques plus fortes que tout, je le sais, mais qui pourtant languiraient moins et se recruteraientmieux si elles étaient placées plus haut dans la considération publique. Il faudrait honorer très sincèrement l'industrie, le commerce et l'agriculture (ne souriez pas de cette phrase de concours régional) ; faire comprendre que ces professions sont belles en tant qu'elles impliquent plus d'indépendance, plus d'initiative, plus d'effort individuel et aussi, parmi des risques plus grands, de plus grandes chances d'accroissement et de gain.
Petites recommandations aux auteurs dramatiques et aux romanciers : — Retirer au polytechnicien et au normalien l'emploi de jeune premier sympathi-
que ; ne magnifier Tlngénieur que clans Tinduslrie privée ; ne pas craindre de paraître suranné en exaltant le maître de forges, Texplorateur, le voyageur de commerce quand il voyage très loin, et lagriculteur. Au lieu d'envoyer à l'armée le fils de famille qui a fait des sottises, l'expédier aux colonies, ou le faire entrer dans une maison de grande exportation. Renoncer aux éternels tableaux de mauvaises mœurs parisiennes. Ecrire des romans et des drames provinciaux et agricoles. Montrer que le propriétaire rural qui « fait valoir » est le plus libre des hommes, roi dans sa terre ; qu'il mène, parmi de durs soucis, une vie salubre et belle, la plus digne d'un homme, — et une vie passionnée comme celle d'un héros de Barrés, dans sa lutte héroïque contre le ciel et les saisons...
Il faudrait combattre aussi le préjugé stupide qui, en pleine démocratie et après dix-neuf siècles d'Evangile, pèse encore sur les métiers manuels ; préjugé partagé par ceux-là même qui font ces métiers.
Un notaire, un receveur de l'enregistrement^ un rat-de-cave se croit d'un autre monde qu'un entrepreneur de charpente ou un maître serrurier. Pareillement, un artisan, un laboureur, croit hausser sa fille en faisant d'elle une institutrice et en l'envoyant grossir le troupeau lamentable des diplômées sans place. Cela est absurde. Je dis des professions
manuelles ce que je disais des professions « libérales » : elles valent ce que vaut celui qui les exerce. Tout homme qui n'est pas indifférent à l'étiquette sociale est, dans le fond, un imbécile.
Le grand Michelet écrit tranquillement (livre de r Amour) : « ... Ne vous amusez pas à faire ici de Tamour-propre, à chercher la ligne précise entre Fart et le métier. Ligne en réalité fictive. Qui ne voit que la plupart des métiers, si l'on y pénètre à fond, sont des branches réelles d'un art ? Ceux du bottier, du tailleur sont très près de la sculpture. Le dirai-je ? pour un tailleur qui sent, modèle et rectifie la nature, je donnerais trois sculpteurs classiques ! »
Le jour où un employé de ministère ne dédaignera pas d'épouser une ouvrière ; le jour oii une institutrice sans place ne repoussera pas un bon ouvrier ; le jour où une fille de la petite bourgeoisie, de maigre dot, mais « possédant des arts d'agrément », renoncera à de sottes prétentions et préférera au célibat perpétuel la compagnie d'un ciseleur sur métaux ou d'un mécanicien à grosses journées... eh bien, ça ira déjà beaucoup mieux.
Autre souhait : Que les mères de la bourgeoisie française apprennent à supporter, quand il le faut, l'absence utile de leurs fils.
Il y a bien de l'égoïsme dans la tendresse jalouse
clc certains parents, et surtout de certaines mères, pour leurs enfants. Que la mère couve son petit jusqu'à l'âge de dix ou douze ans ((piand justement il est le plus joli) ; qu'elle s'emplisse de lui l'âme et les yeux tant qu'il est une petite créature fragile et qui a besoin d'elle, c'est parfait. Veut-elle le garder plus longtemps, coûte que coûte — et même toujours, si elle peut, — c'est, dans la plupart des cas, qu'elle songe à elle-même plus qu'à lui. Car elle risque, par ce prolongement, non de maternité, mais de nourrissage, d'étouffer en lui les qualités qui lui seront le plus nécessaires pour se faire une place d'homme dans la vie. Un grand garçon qui continue d'être un enfant gâté, un grand garçon que sa mère « borde », a quelque chose d'un peu ridicule. Il subit une diminution de dignité.
Notez que ce grand garçon lui-même s'attache au foyer paternel beaucoup moins par tendresse que par des mobiles égoïstes : mollesse et indolence, goût d'être protégé, soigné, dorloté, terreur d'avoir des décisions à prendre, d'avoir à répondre seul de soi.' Il arrive ainsi, le plus souvent, que les grands fils demeurés à la maison ne sont pas très bons fils ; qu'ils se croient des droits formels aux soins superflus dont on les entoure ; qu'ils deviennent durs, secs, exigeants, font des sottises, désolent leurs mères ; à la fois accoutumés à cette tendresse jusqu'à ne pouvoir s'en passer et impatients de ce qu'elle a de tyrannique sans le savoir.
Les séparations ne sont point ennemies deTamour maternel et filial. La présence réelle n'est pas indispensable pour s'aimer, même pour s'aimer avec joie et douceur. Les longues absences épurent et approfondissent les affections familiales. Elles spiritualisent le lien du sang, le transforment en lien moral. L'enfant, exilé des siens, se souvient mieux, est plus reconnaissant, et veut « mériter ». Et les retours au foyer très longtemps quitté n'en sont que meilleurs.
Lorsqu'elle se disperse pour des raisons dérivées du sentiment du devoir et du sentiment de la dignité individuelle, la famille se resserre d'autant plus, idéalement.
Une chose à décrier^ entre toutes^ c'est le faux luxe de la bourgeoisie petite ou moyenne. Il faut railler durement l'idée niaise que beaucoup de femmes de Paris et de la province se forment de r « élégance » et de la « distinction. »
Il est bas de vouloir imiter les mœurs et la Aie de ceux qui vous sont supérieurs en richesse. Le résultat de cet effort est toujours de la plus triste mesquinerie.
Une petite bourgeoise qui ne travaille pas dans sa maison ; qui dédaigne de mettre la main au ménage ; qui veut avoir sa femme de chambre ; qui s'ingénie pour paraître habillée comme une dame riche ; qui
passe son après-midi à faire des visites à des perruches de sa sorte ; qui donne des « soirées » dans son pauvre petit appartement (avec des domestiques d' « extra »j, etc., est non seulement méprisable, mais ridicule. Si elle se contentait d'une femme de ménage ; si elle faisait sa cuisine ; si elle cousait quelques heures par jour ; si elle s'habillait simplement d'étoffes solides ; si elle perdait la susperstition du rang ; si elle ne croyait pas qu'il y va de sa dignité de paraître du « monde », et, lorsqu'elle habite la province, d'èlre reçue à la préfecture, etc., elle s'ennuierait moins, elle aurait un foyer plus agréable, plus confortable et même plus réellement élégant ; elle serait plus distinguée, au vrai sens du mot, plus charmante, et plus rapprochée même des grandes dames, s'il en est encore.
Car l'élégance, c'est ce qui sied, c'est ce qui est décent et harmonieux. Une jeune dinde qui affecte les dehors d'une autre condition que la sienne n'est pas une créature harmonieuse. Et elle devient souvent une méchante créature, étant tout occupée de vanités, sans nulle vie intérieure, et exaspérée, en outre, de se donner tant de peine pour se composer une apparence menteuse, précaire et qui toujours manque par quelque endroit.
Sa vie, si elle la simplifiait, seraitplus aisée et plus large. Elle oserait peut-être avoir des enfants et trouverait même plaisir à les élever. Si de telles dispositions se répandaient parmi les femmes de condition
médiocre, de braves gens n'hésiteraient plus à épouser des filles sans dot, car alors le mot de Michelet serait vrai, que « deux personnes dépensent moins qu'une. »
Si quelques-unes des opinions que je vous al recommandées venaient à se répandre, un des maux dont notre pays pâtit le plus, et qui est la dépopulation, se trouverait déjà très heureusement combattu. On peut toutefois ajouter quelques considérations très simples ; mieux encore, faire appel à certains sentiments tout primitifs, éminemment naturels, qui sont à demi étouffés chez plusieurs par des raisons d'intérêt ou de vanité, mais qu'on redécouvre en soi, quand on veut, le plus aisément du monde.
Voici. Il ne faut pas craindre d'avoir des enfants, car il est honorable de « faire de la vie ». C'est un plaisir d'orgueil, bien qu'on n'y ait, proprement, aucun mérite. Lorsque l'instinct n'est pas contrarié ici par des circonstances exceptionnelles et anormales, rien n'égale en allégresse et en douceur le mouvement de fierté de l'homme et de la femme à qui un enfant vient de naître. C'est que c'est là la création par excellence, encore qu'elle ne demande aucun effort de génie. La joie et l'orgueil de l'artiste
OPINIONS i**
et de récrivain après la production la mieux réussie ne sont rien à côté de cela.
Le plus grand honneur, c'est d'augmenter effectivement la somme de vie qui est sur la terre ; et cet honneur-là, justement, n'est pas un privilège. 11 est accessible aux plus humbles, mais il peut être senti par les raffinés et les superbes.
Il faut résolument croire que, dans aucun cas, la naissance d'un enfant ne doit être considérée comme un désastre, ni comme une diminution morale pour la mère. Une fille-mère, si elle accepte courageusement son enfant, non seulement rachète sa faute par la souffrance et se lave, parla maternité, des souillures delà conception, mais elle devient socialement respectable et a droit à l'aide de tous.
Et pourquoi les femmes du monde, lasses de poursuivre, dans l'excitation stérile d'une éternelle parade, un plaisir qu'elles n'atteignent jamais, et de n'en récolter qu'anémies, migraines et névroses, ne conviendraient-elles pas entre elles qu'il est élégant d'être mères, que c'est, après tout, un état touchant et une occupation charmante? Jean-Jacques mit bien à la mode l'allaitement maternel. Il sut, d'un devoir naturel, faire un sport mondain.
(Pareillement, ma pensée, dans ces notules, serait de faire considérer comme « distingué « ce qui est utile à la communauté, et de tourner, contre les pratiques et les préjugés antisociaux, la vanité même qui les a créés.)
Réfléchissons qu'il y a toujours quelque chose de misérable, de louche, d'équivoque, de honteux dans la besogne qui consiste à empêcher la vie de naître, àétouft'erravenir, c'est-à-dire de la joie probable, de la beauté, de la richesse, du génie et, qui sait ? quelque grand avantage pour l'humanité tout entière. Et quand il n'y aurait que la vie toute seule, elle est apparemmentun bien, puisque les vivants persistent à vivre. La « prévoyance » en ces matières risque d'être totalement aveugle ; et la prudence est lâche.
Le terre commence à peine à être sérieusement exploitée. Elle n'a guère plus d'un milliard d'habitants et en pourrait nourrir le triple. Restreindre artificieusement le nombre des vies futures, c'est s'opposer au grand œuvre de la transformation de la planète.
Une petite femme qui ne veut pas avoir d'enfants pour ne pas gâter sa taille est une créature parfaitement méprisable : elle déclare par là même qu'elle ne veut être qu'une machine à sensations égoïstes, et, quelle que soit sa condition, s'avoue courtisane.
Nous « jouissons » du suffrage universel. Le fonctionnement en est une immense duperie. Il n'est pas question de le supprimer, ni même de le transformer. Une revision de la Constitution n'est pas à souhaiter en ce moment, puisqu'elle serait faite juste-
ment par la médiocre représentation issue de ce décevant suffrage universel.
Il ne servirait de rien de rappeler aux gens que Tinsincérité des élections serait notablement amoindrie si tous y participaient ; de dire aux indifférents et aux sceptiques que c'est un devoir de voter, après consciencieuse enquête sur la personne des candidats ; un devoir aussi absolu que d'être bon mari ou bon père, ou d'exercer honnêtement son métier : car une des mesures de l'importance d'un devoir, c'est ce qu'on peut faire ou laisser faire de mal en ne le remplissant pas.
On doit à sa famille avant de devoir à la communauté, mais on doit à la communauté plus qu'à sa famille. Au reste, sauf des cas très rares, et qui se rencontrent peu en dehors des inventions des romanciers et des auteurs dramatiques, ces devoirs ne s'opposent pas entre eux : ils se surajoutent les uns aux autres, ou même se confondent.
Ce que je dis là est fort inutile. Mais voici qui le sera peut-être moins.
La tyrannie des mots est abominable. Pour une quantité énorme d'électeurs, un républicain est plus « avancé », entendez d'esprit plus libre, qu'un césarien ou un partisan de la monarchie constitutionnelle; un radical qu'un républicain progressiste; un socialiste qu'un radical ; un anarchiste qu'un so-
cialiste. On dirait que la liberté d'esprit est en proportion de ce que les doctrines politiques contiennent soit d'apparente hardiesse logique, soit de menace contre Tétat social actuel. Et comme la liberté d'esprit est une belle chose, une qualité flatteuse et dont on se pique volontiers, vous prévoyez les conséquences. D'honnêtes gens professent des sottises (ou suivent ceux qui les professent), pour ne point paraître timides et pour prouver qu'ils n'ont point une âme ni un tempérament de réactionnaires ou d'esclaves.
C'est là un pitoyable malentendu. Le mot « avancé » ne saurait avoir qu'une signification relative. Etre « avancé » dans le sens d'une conception puérilement abstraite et sottement optimiste de l'humanité, c'est bel et bien être en retard.
Etre plus « avancé » que quelqu'un, cela peut donc vouloir dire être plus ignorant, plus crédule — ou plus haineux.
Oserai je insinuer qu'un Taine ou un Renan est peut-être d'intelligence plus affranchie, et plus « avancé » dans la connaissance de l'homme, que M. Chauvin ou que le bon M. Fabérot ?
Si je souhaite peu l'avènement de l'Etat socialiste, est-ce timidité d'esprit et attachement peureux au passé ? Très sincèrement je ne crois pas. L'idée d'une société de frères, où régnerait la justice absolue, agrée à tous les bons cœurs, et le vieux rêve d'Eldorado et d'Utopie ne demande, pour être rêvé, aucune
audace intellectuelle. Je reconnais que notre Code, qui semble l'œuvre d'acquéreurs de biens nationaux, préoccupés de s'assurer leur proie, est odieux sur plus d'un point. Notre démocratie est infestée de préjugés bourgeois, que je déteste. Et la constitution présente de la famille, delà propriété, de l'héritage, ne me semble nullement intangible.
Ce n'est pas non plus par intérêt que je résiste. Je suis sûr que j'aurais, personnellement, une vie tolérable, même dans la cité collectiviste, même dans une société où tout le monde seraitàlafois fonctionnaire et artisan. Je n'ai rien à y perdre ; ou ce que j'y perdrais, je n'y tiens guère. Je me sens de force à être bon peintre d'enseignes, et mes exigences quant à la nourriture, à la boisson, à Fhabit et au logemert, ne dépassent point celles de la plupart des ouvriers.
Mais, d'abord, je me souviens que, étant un peuple entouré dautres peuples, nous devons remettre à de meilleurs jours des expériences trop aléatoires. Je redoute la panbureaucratie, l'uniformité, la médiocrité générales, la mort de l'initiative individuelle, et, je l'avoue, la paresse et la lâcheté des citoyens de la Salente socialiste. Bref, dans un système qui suppose intrépidement la bonté de l'homme, je redoute l'homme tel qu'il est. — Et je vois clairement que, si je manque ici de « liberté d'esprit », c'est par amour de la liberté, et que, si je renonce à la gloire de paraître « avancé », c'est pour ne pas
reculer vers une organisation sociale un peu trop naïve.
Etre a avancé » est bientôt dit : il faut savoir par rapport à quoi. Et quant à la « liberté d'esprit », on la possède dans la mesure où Ton a su s'affranchir de rignorance,derégoïsme, des passions, des préjugés; et il est des préjugés de plus d'une sorte.
J'ai parlé de la « logique » apparente des politiques très <i avancés ». Cette logique a des trous.
La plupart de nos révolutionnaires sont matérialistes et athées. Ceux qui sont instruits se disent « darwiniens » parce que cela a plus d'allure. C'est fort bien. On peut être matérialiste et honnête homme. La conscience morale fait en nous « son jeu à part », pour parler comme Montaigne. Mais il ne faut pas croire que leur rêve social, particulièrement dans ce qu'il a de généreux, se déduise logiquement de leur philosophie.
Il n'y a aucune raison, en bonne logique, pour que l'Etat socialiste et la République idéale sortent de la conception matérialiste du monde ; ils n'en peuvent être déduits que par l'optimisme le plus candide, le plus illusoire, — ou par le charlatanisme le plus avisé.
La grande Catherine fut une athée autocrate. Elle avait l'esprit très libre; mais, après avoir lantcoqueté avec nos philosophes, elle fut l'ennemie la plus acharnée de la Révolution. 11 me semble bien que
c'est elle, alors, qui tira les plus plausibles conséquences de ses entretiens avec Diderot.
Et, pareillement, ce sont les vieux républicains de 48, tous idéalistes et déistes, qui furent bons logiciens.