LE TRIOMPHE DE MARCHAND
La fête a été d'autant plus émouvante qu'elle était donnée, non certes à un vaincu, mais à un vainqueur malheureux. Et le héros était, même physiquement, en harmonie avec la fête. Il aurait pu n'avoir qu'une bonne tête sommaire et rude de brave officier : or son visage est charmant, et d'un missionnaire autant que d'un soldat. Et cet homme, qui n'a point passé par le collège, a su dire toutes les paroles qu'il fallait, sans prétention comme sans banalité. Il a supporté avec la convenance la plus délicate l'épreuve terrible de son apothéose.
C'est qu'il était défendu contre l'ivresse brutale du triomphe par quelque chose d'incorruptible : une grande douleur, le ressouvenir d'une angoisse atroce et d'une déception irréparable, la pensée d'avoir inutilement agi et souff'ert, pour la France, « au delà des forces humaines. » La blessure était toujours là, dans son cœur; et c'est pourquoi;, — novice, d'ailleurs, parmi ces politiciens peu sûrs, et sentant vaguement des pièges sous ses pas, — à l'instantmême