OPINIONS, H
nité plus qu'à ses parents. Ces deux vérités, quf semblent parfois se contredire, sont également certaines.
« Vous disiez que Jésus menaçait la propriété. Mais c'est que la propriété n'est pas indéfiniment légitime. L'homme a droit au produit de son travail et même à Faccumulation de ce produit dans la limite où il en a besoin pour sa subsistance et, un peu, pour son aise et sa sécurité, — mais non point au delà. Cette limite indécise est pourtant une limite,, et nous valons mieux à mesure que nous la déplaçons au profit d'autrui.
(( On ne doit pas être propriétaire avec rigueur^ Vous l'avez pressenti à partir du jour où vous avez: vécu d'épis arrachés aux champs et de fruits cueillis aux arbres. Il eût été mieux de le comprendre quand vous possédiez vous-même des arbres et des champs... Vous avez encore sur le cœur, je le devine,, l'aventure de vos pourceaux. Faut-il vous rappeler que ces pourceaux avaient été acquis injustement par votre beau -père, un homme avare et dur : ce^ dont Jésus était instruit, comme de toutes choses?
« Vous disiez que Jésus était trop indulgent aux femmes de mauvaises mœurs (vous aviez même une autre pensée, que, je le sais, vous n'avez plus). Or vous avez vous-même pardonné à fépouse adultère, et ce fut un de vos meilleurs mouvements. Et c'est la parole de Jésus qui a rendu votre femme bonne et fidèle et qui a retiré du bourbier votre fille Nééra.
« Demeurez avec nous. Nous sommes heureux. Nous habitons en commun, dans ce faubourg, plusieurs maisons contiguës. Chacun travaille selon ses forces et mange à sa faim ; et il nous reste de quoi soigner nos malades et nourrir nos vieillards. Jésus a voulu que toutes les difficultés de la vie fussent aisément résolues (sauf dans les cas où il lui plaît de nous éprouver) par l'association, c'est-à-dire par l'amour. Nous sommes la famille agrandie, en attendant que nous soyons toute l'humanité fraternelle en Dieu.
« Enfin, s'il reste dans la vie du Sauveur des choses qui vous embarrassent, vous les comprendrez à mesure que vous aurez le cœur plus pur et la volonté meilleure. Et si vous ne pouvez tout éclaircir, vous vous souviendrez à propos que Jésus est le Fils de Dieu, et vous adorerez le mystère. »
Et Mucius répondit :
— Amen.