‹ Opposition des habitants de la ville de Chatillon au projet de chemin de fer proposeChapitre 2 sur 9 · A ARRÊTÉ · texte numérisé non relu

A ARRÊTÉ

1° Qu’il serait, à la diligence de M. Louis Bazile, président, dans l’intérêt des réclamants, formé opposition sur ledit procès-verbal dans les termes suivants :

« Les notables habitants de l’arrondissement de Châtillon-sur-Seinc, agissant par M. Louis Bazile, ancien député, l’un d’eux, pleins de confiance dans la haute sagesse et l’esprit de justice du gouvernement, ont cru devoir appeler son attention d’une manière particulière sur les considérations sui-

vantes, qui sont de nature à faire assurer la préférence au projet par la Haute-Seine.

» Lavallée de l’Yonne est dotée d'unevoie de communication qui suffit aux besoins de son commerce et de son industrie, le canal de Bourgogne. Les vins composent la majeure partie de ses transports : la voie de fer n’obtiendrait pas, à cet égard, la préférence sur la navigation, et, si elle l’obtenait, il est évident que ce ne serait qu’au préjudice du canal : l’une des voies nuirait certainement à l’autre.

» Le tracé par l’Yonne laisse de côté tous les grands centres de population, pour ne traverser que de petites localités qui ne lui oiTrcnt l’aliment [d'aucune industrieimportantc. Dijon même, quiaujourd’hui estcomprisdansce tracé, serait peut-être sacrifié plus tard, lors qu’arriverait l’examen intéressé des compagnies soumissionnaires, qui reculeraient sans doute devant le circuit aussi long qu’improductif de Crugey à Dijon pour descendre àBeaune : les gens de l’art sont loin de s’accorder sur la prétendue impossibilité d’une percée de Crugey à Beaunc en ligne directe.

» Quelque actives, quelque puissantes que soient les influences qui s'agitent pour faire prévaloir ce tracé, l’importance bien supérieure de celui de la Haute-Seine par les ressources certaines qu’y rencontrera un chemin de fer, et par les vastes intérêts industrielsdontil accroîtra encore ledéveloppement,

ne saurait être méconnue. Les partisans du projet

de l’Yonne ont dit avec raison : Un chemin de fer doit pouvoir donner des produits utiles pour qu'on ose T entreprendre. Ces produits, c’est aux grandes cites manufacturières , c’est aux industries colossales, c’est aux contrées qui exportent, et appellent de grandes masses de matières premières et fabriquées, qu’il les faut demander : là la voie de fer sera productive, elle sera utile, elle sera fécondante. A ce point de vue, quelle ligne peut être plus avantageuse, entre Montereau et Dijon, que celle qui amènerait à Troyes les cotons, et surtout les houilles, dont l’emploi, devenu moins dispendieux, accroîtrait rapidement la prospérité de ses nombreuses manufactures. Sans insister ici sur un intérêt que le département de l’Aube saura njettre en relief comme il le mérite, le Châtillonnais seul suffirait pour appeler toute la sollicitude du gouvernement dans cette grave question.

»L’arrondissementdeChàtillon produit à lui seul le dixième des fers qui se consomment en France ; il en livre au commerce 20 millions de kilogr. par an, et les usines de la Tille, qui partagent son intérêt dans ce conflit, ajoutent à ce chiffre 5 à U millions. Cette magnifique industrie a doublé depuis dix ans : avec des moyens plus faciles pour l’arrivage de scs combustibles et le transport de ses produits, elle doit se développer au-delà de toute prévision. L’industrie travaille ici les fers sous toutes les formes : fontes, fers laminés, fers forgés, fils de fer, pointes, chaînes, tôles, etc. L’arrondissementde

Chàtillon renferme vingt-deux hauts-fourneaux, trente-un fours à pudeler et à réchauffer, trente-un feux de forge, trois tréfilerics, et deux tôleries.

» L’importance des usines de la Tille n’est pas inférieure à moitié de ce nombre environ. — L’emploi de la houille, encore fort restreint dans cet arrondissement à raison surtout de la cherté des transports, s’élève déjà à 180,000 hectolitres par an. Mais là ne se bornent pas les sources de prospérité que doit y rencontrer un chemin de fer : sans parler des laines, qui s’élèvent à 100,000 kilogrammes environ chaque année, cet arrondissement est le deuxième dans la classification du boisement sur toute la France. Scs bois sont recherchés pour tous les usages : charbons, constructions, fabrications. Les deux tiers de son sol se composent de carrières de pierre de taille de première qualité : c’est une richesse inépuisable à peine explorée ; chaque année cependant des quantités considérables de ces matériaux sont transportées par la voie du roulage jusqu’à Troyes, Nogent, Paris même. L’ouverture d’une voie de fer donnerait à cette richesse territoriale une importance dont les résultats sont incalculables, si l’on songe que de Chàtillon à Paris , et dans presque toute la Champagne, la pierre manque pour les constructions.

» Les vins mêmes ne feraient pas plus sur celte ligne que sur celle de l’Yonne, défaut au transport. Les vallées fertiles de Bar-sur-Seine, Riccy,

Loches, en expédient chaque année des milliers de tonneaux par la voie du roulage.

» Voilà certes des conditions de succès et des éléments de prospérité à féconder sûrement

» Quant au point de vue des travaux d’art, des dépenses, des difficultés à surmonter, et de l’intérêt stratégique, les études ont été faites par un ingénieur dont la haute expérience est une garantie d’exactitude; les résultats de son travail sont de nature à démontrer que nulle objection vraiment grave ne peut, sous ce rapport , être opposée aux considérations si importantes qui viennent d’être développées. »

Art. 2. M. Larché, ancien avoué, demeurant à Dijon, est prié de vouloir bien accepter le mandat de présenter ces observations, dans l’intérêt et au nom des habitants de l’arrondissement de Châtillon, à la commission d’enquête, et de les faire consigner sur le procès-verbal de l’enquête.

Pour copie conforme :

Le Président du Comité,

Louis BAZILE.

Par une autre délibération en date du 20 octobre 1841, le même comité, sur le rapport qui lui a été fait que, pour compléter les études du projet de M. Arnollet entre Montcreau et Lyon, par Troycs, Châtillon et Dijon, avec la modification qu’il y

propose d'établir le tracé entre Montereau et Troyes par Sens et la vallée de la Vanne, il pourrait être nécessaire de faire une dépense de 8 à 10,000 fr., a arrêté qu’une souscription serait ouverte dans l’arrondissement de Châtillon, et portée au minimum de 3,000 fr., pour subvenir à ces dépenses, et que les arrondissements également intéressés à l’exécution de ce projet seraient invités à ouvrir de semblables souscriptions, et à former de semblables comités, pour réunir leurs efforts et agir dans l’intérêt commun, selon qu’il sera jugé nécessaire.

Il a été arrêté de plus que la protestation ci-dessus, et les réponses faites par M. Àrnollet aux adversaires de son projet, seraient imprimées aux frais du comité, pour être distribuées dans tous les lieux qui peuvent avoir intérêt à l’exécution de ce projet par la Haute-Seine.

Nota. Une partie de la souscription a été aussitôt remplie dans le sein même du comité j le conseil municipal de Châtillon avait déjà volé antérieurement 600 fr. pour le même objet.

DE M. ARNOLtET

Duoit, ce S 5 octobre I8H.

M. Arnollet, ingénieur en chef en retraite, auteur d’un projet de chemin de fer de Paris à Lyon

par Montercau, Troycs, Châtillon, Dijon et Châlon-sur-Saône], a déjà présenté des observations au conseil général du département de la Côte-d’Or dans le but de démontrer l’erreur des allégations sur lesquelles M. le marquis de Louvois s’appuie pour dire que le projet qu’il présente par Tonnerre , Ancy-le-Franc et Pouilly, doit offrir de plus grands avantages.

Une discussion a eu lieu depuis, à cet égard, dans des lettres adressées de part et d’autre au Courrier de la Côte-d’Or, et que ce journal a fait connaître au public. M. Arnollet ne pourrait que répéter des choses déjà imprimées : il croit donc suffisant de joindre ici les écrits dont il fait mention, et de les résumer en disant qu’il y est démontré :

1° Que le projet de M. de Louvois menace la ville de Dijon de se voir privée du chemin de fer ;

2° Qu’il n’y a pas un seul point de vue sous lequel le projet de RL de Louvois puisse être considéré comme offrant des avantages plus grands que le sien j et notamment :

Que le sien, modifié en ce sens, qu’il irait de Montereau à Troyes en passant par Pont-sur- Yonne, Sens et Villeneuve -l’Archevêque, serait plus court de 2 4, 000 mètres entre Sens et Dijon que celui de M. de Louvois 5

Que la population urbaine (villes et chefs-lieux de canton), dans la même partie, y serait plus

grande de 20,300 habitants (60,900 au lieu de 40,600);

Qu’il traverserait des pays où il y a beaucoup plus d'industrie;

Qu’il serait plus avantageusement situé, considéré sous les rapports stratégiques;

Et qu’enlin il présenterait une économie que l’on ne peut pas évaluer à moins de 35 millions sur le projet de M. le marquis de Louvois.

M. Arnollct offre de mettre sous les yeux de MM. les membres de la commission d’enquête toutes les minutes de son projet.

irVift î S27,

LETTRE DE M. ARNOLLET

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