‹ Optique géométrique élémentaire: focométrie, optométrieChapitre 3 sur 199 · LISTE DES TEMPS NÉCESSAIRES A DIVERSES OPÉRATIONS · texte numérisé non relu

LISTE DES TEMPS NÉCESSAIRES A DIVERSES OPÉRATIONS

Baigner bébé 15 minutes. Balayer et ranger 5 chara-

Faire les tartines 12 m. bres par jour 30 minutes.

Préparer la salade 15 m. Nettoyer l'argenterie 40 m.

Faire un pâté ...'... 10 à -12 m. Laver la salle de bain 20 m.

Je m'arrête pour me tuyauter auprès de ma cuisinière Gertrude. « Gertrude, lui dis-je, combien faut-il de temps pour laver la salade ?

— Monsieur veut rire! Cela dépend. Si les feuilles sont lisses, comme la laitue, la salade est plus facile à laver que pour les feuilles tortillées comme la frisée. Je ne peux donc pas répondre à la question de Monsieur. '

— Mais vous, Gertrude, combien mettez-vous de temps, pour la frisée, par exemple?

— Monsieur pose mal la question. 11 faut s'entendre. Si Monsieur lave la salade, il saura que le mieux est de la laisser tremper, mettons, une demi-heure. En passant, Monsieur l'agitera. Au bout d'une demi-heure, Monsieur n'aura quasiment plus qu'à Tégoutter, ce qui lui prendra bien 2 ou 3 minutes. Monsieur voit qu'il lui faut une demi-heure au moins, mais que Monsieur peut faire autre chose en même temps.

— Que pensez- vous, Gertrude, d'une dame déclarant qu'il ftyit i5 minutes pour préparer la salade?

— Oh ! Monsieur, je dis qu'elle apprit la cuisine au lycée. J'étais en service chez une jeune mariée' qui avait un bien gentil mari. Pour se mettre en ménage, elle fit des provisions. Ayant appris la cuisine au lycée, elle crut bon d'acheter une livre de pommes de terre, mais un kilo de poivre. Avec son gentil mari, elle n'en avait pourtant pas besoin...

— Assez, Gertrude ! je veux qu'on respecte le mur de la vie privée ! » Là-dessus je reprends la lecture de Mistress C. F.

« Recommandons aux femmes qui font la cuisine de réunir, avant de commencer la confection d'un mets, tous les ustensiles qui leur seront nécessaires; à ce/les qui repassent, de séparer le linge plat de l'autre afin de repasser à la suite toutes les pièces semblables ; à celles qui lavent, de séparer le linge taché de celui qui ne l'est pas; à toutes de ne pas interrompre leur travail pour en faire un différent. Dans un autre but, qui n est plus de supprimer les temps mais les efforts inutiles, lès cuisinières s'assoiront pour disposer leurs plats ou éplucher leurs légumes. » . Sous un dehors scientifique, c'est niais ou puéril.

Toute cuisinière s'assied pour éplucher des pommes de terre ou écosser des pois : le conseil est puéril. Dans la cuisine bourgeoise, la disposition des plats exige si peu de temps que s'asseoir serait une peine inutile; le conseil est béte.

Tin VE L'ÉDUCATION NORMALISÉE

Le passage cité montre le bout de l'oreille. Le système Taylor est excellent pour des gestes répétés 100.000 fois identiques à euxmêmes, qu'on fait vite, bien et sans fatigue en les systématisant.

Si Gertrude doit repasser dix mille mouchoirs, puis dix mille plastrons de chemise, il est avantageux de commencer par les mouchoirs et de finir par les plastrons, ou inversement. Mais quand dans ma lessive se trouvent 12 mouchoirs et 3 plastrons, je ne vois pas d'inconvénient à intercaler les mouchoirs et les plastrons.

En cette phrase tient l'éloge et le blâme de tout le système Taylor.

Excellent quand l'homme joue le rôle de machine, il est stupide quand l t homme fait- usage de sa raison.

Si toutes les salades étaient identiques, on pourrait chronométrer le temps nécessaire à préparer la salade. Gomme elles ne le sont pas, Gertrude a raison contre Mistress G- F. Gertrude a raison de faire plusieurs choses à la fois, parce qu'une cuisinière bourgeoise n'est pas un homme qui charge un wagon de gueuses de fonte.

Mistress C. F. conseille de s'arrêter parfois dans ses occupations pour se demander avec angoisse : « Certains de mes mouvements ne sont-ils pas maladroits ou inutiles? »

Ohé! Tristram Shandy, voilà votre affaire I By Jove, il eût été vraiment bon pour vous, équitable et salutaire que Mistress Shandy n'eut pas suivi les conseils encore inexprimés de la Savante américaine. Vous n'eussiez pas subi, neuf mois avant que vous vinssiez au monde, l'irréparable malheur raconté dans vos mémoires. '

« Dites-moi, mon cher, demanda votre honorée mère à votre père honoré, n'avez-vous pas oublié de monter la pendule?

— Bon Dieu! s'écria votre père, jamais femme, depuis la création du monde, a-t-elle interrompu un homme par une si sotte question? »

Que disait votre père, je vous prie? — Rien.

Bon sens. — Ce second facteur est à la source des onze autres. N'est-ce pas seulement du bon sens d'éviter de se pencher pour poser un vase à terre quand on peut le suspendre à la hauteur de la

main?

Dans nos bibliothèques nous ne conservons donc que le rayon à hauteur de la main; dans les musées les tableaux sont tous sur la cimaise; chez les marchands de chaussures, les cartons sont tous à hauteur d'homme. Question : que faisons-nous du reste îles volumes, des tableaux et des chaussures?

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Remarquez les onze autres facteurs.

Caractéristiques de nos grotesques : les dénombrements parfaits !

Conseils aux architectes pour la cuisine : beaucoup de lumière, peu d'odeurs, propreté. J'ai mis ces principes en action pour organiser ma cuisine modèle d'Applecro/f constituant ainsi un laboratoire où je puis étudier les méthodes et produits nouveaux.

Et si mon loyer est de cinq cents francs à Paris, ou même de quinze cents? Il* faut donc que je sois millionnaire pour organiser la maison î

Suite d\ine opération effectuée dans un milieu normalisé. Pour faire une omelette : prendre les matériaux dans V office ou le gardemanger (fig. 1), — un pas à droite et battre les œufs sur la table du bureau, — un pas à droite et mettre à cuire sur le fourneau, — un dernier pas à droite et laisser le mets sur la table de service, d'où on le prendra pour le porter avec les autres à la salle à manger j (Pécaïré! il arrivera froid!)

Cest la première partie; elle se résume comme suit : préparation des aliments, office, garde-manger, table, bureau, — cuisson des aliments, etc., etc.

Je doute que Mistress G. F. sache faire une omelette. J'ai l'habitude de fondre le beurre ou la graisse, et de verser les œufs battus dans le liquide chaud : ce qui ne colle pas avec la description de Mistress C. F. Deux pas à droite sont insuffisants.

Hélas! quand on se mêle de normaliser la confection d'une omelette, on est bien dans la salle que les internes de /Sainte-Anne nomment r Académie!

J'ai des poules, je prends au poulailler les œufs dont je compose mon omelette ! Que de pas inutiles, quelle force gaspillée ! Commetit expliquer l'énorme iabeur que je fais aboutir! Si vous soupçonniez ce que mes livres représentent de travail matériel (comptons pour nul l'effort intellectuel), vous seriez épouvantés! Jamais 7 pourtant je ne me presse; jamais je ne me préoccupe de savoir si mes gestes sont inutiles, parce /qu'ayant une bonne éducation française, je ne bombine pas dans le vide, comme dit Rabelais. Rendez-moi visite : vous aurez l'impression que je ne fais rien, au peu de souci que je parais avoir de perdre mon temps. Mais ce serait le diable si vous sortiez de mon laboratoire sans m'avoir- appris quelque chose!

Cette mécanisation de l'existence est une invention de maniaques- Jamais homme ne fut plus rangé qire moi; je me couche et me lève avec'mes poules; je déteste veiller, parce que ça me donne mal à la tète. Je pourrais donc servir de starter à nos chronométreurs. Mais entre eux et moi est une différence profonde : je fais cela sans y penser; ils y pensent toujours : voire ils ne font plus que d'y penser!

Mistress C. F. nous apprend que chaque matin c'est, seulement après la visite de ses réserves alimentaires qu'on doit établir les

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menus des prochains repas. Gertrude, qui ne se pique pas de normaliser, n'achète du nouveau qu'après avoir soupesé de l'œil les restes de la veille. Mistress C. F. et Gertrude ont les mômes préoccupations : mais ce qui est naturel chez Gertrude est niais chez Mistress G. F., parce que Gertrude est simple et que Mistress C. F. nous la fait à la science !

Ce curieux ouvrage sur V Organisation scientifique contient d'excellentes choses extrêmement banales, noyées dans un fatras dont le ridicule ne le cède qu'à l'inutilité. Je vous conseille le mémoire de Taylor sur les Gazons de golf : il est bête à manger... du gazon systématiquement desséché.

ce En examinant successivement tous les facteurs qui entrent en jeu, on a été conduit à étudier expérimentalement les vingt-trois problèmes suivants :

1° Germination des graines.

2° Nombre de plants au pouce carré.

9° Elimination des mauvaises herbes.

15° Défense contre les vers de terre.

. 20° Protection contre les orages.

23° Profondeur du sol. '

Les sept premières de ces questions exigèrent les études les plus prolongées. Les recherches sur le développement des. racines, etc., etc. »

Toute la botanique, la géologie, la météorologie, etc., etc., à propos des gazons de golf!

Et des truismes de cette force, énoncés avec une emphase de pédagogue allemand : « Dans toute recherche scientifique, c'est une règle absolue de ne faire varier à la fois qu'un facteur, pour en étudier l'effet. »,

Appliquez donc cet axiome à la protection contre les vers de terre!

L'éditeur français termine ce mémoire d'une inconcevable naïveté par ces lignes mélancoliques : « La mort de F. Taylor a interrompu la publication de cette étude (sur les gazons de golf!). Peut*être y aurait-il eu encore un article pour résumer les résultats acquis et insister sur la méthode de travail mise en œuvre.

Elle se reconnaît facilement à la simple lecture du mémoire et peut se résumer en deux mots :

« Recherche systématique de tous les facteurs;

« Détermination de la part de chacun d'eux au moyen de mesures très précises. »

Il y a beau temps que les Français ont inventé ces règles profondes.

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Oyez le maître d'armes de M. Jourdain! « Je vous l'ai déjà dit. Tout le secret des armes ne consiste qu'en deux choses, à donner et à ne pas recevoir. Et comme je vous fis voir l'autre jour par raison démonstrative, il est impossible que vous receviez, si vous savez détourner l'épée de votre ennemi de la ligne de votre corps. Ce qui ne dépend seulement que d'un petit mouvement du poignet, en dedans ou en dehors. »

Dans la Grande Duchesse (draçie philosophique avec musique d'Offenbach), le caporal Fritz, promu général par l'amour de sa souveraine, fait son plan devant le général Boum : «Couper et envelopper, voilà tout le secret de la victoire. On marche ensemble et Ton cogne. » Ce qui remplit d'enthousiasme la protectrice énamourée!

Vous dénombrez les facteurs, vous déterminez ensuite la part de chacun d'eux par des mesures très précises! Vous avez la fin de la sagesse humaine :... il ne vous manque que la manière de vous en servir...

Mais chez quel diable de Français très authentique ai-je lu des règles analogues ? Cherchons ! . . .

Je cherche,... et je rencontre le Tourangeau Descartes!

On nous sert les règles du Discours de la Méthode comme arrivées par le dernier bateau New- York-Havre !

Je transcris Descartes.

Ainsi au lieu de ce grand nombre de préceptes dont la logique est composée, je crus que j'aurais assez des quatre suivants, pourvu que je prisse une ferme et constante résolution de ne manquer pas une seule fois à les observer.

Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle; c'est-à-dire d'éviter soigneusement la précipitation et la prévention...

Le second, de diviser chacune des difficultés que j'examinais en autant de parcelles cju'il se pourrait et qu'il serait requis pour les mieux résoudre.

Le troisième, de conduire par ordre mes pensées, en commençant parles objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu jusques à la connaissance des plus composés... * -

Et le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales que je fusse assuré de ne rien omettre.

Reprenez le volume Organisation scientifique, principes et applications. Sous un jargon de l'autre monde, vous y trouvez en tout et pour tout les règles de Descartes.

C'est vraiment bien la peine d'invoquer la science à propos d'une omelette ou d'une tasse de café!

Malheureusement, pour mettre une tragédie sur ses pieds il ne suffit pas dé connaître la règle des trois unités ou d'avoir lu la Dramaturgie de Hambourg. On n'est un savant ni grand ni même pré-

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sentahle parce qu'on n'ignore pas la deuxième partie du Discours de la méthode.

Avant Descartes, Kepler et Galilée avaient écrit des mémoires, parfaits modèles d'expérience ou d'observation. Avant Aristote, Socrate raisonnais bien que ne connaissant pas les règles du syllogisme, les appliquait tout de même. Bacon débite de. belles choses sur l'induction; chaque fois qu'il tente une expérience, piteusement il se blouse : tel celui qui clame un sermon contre l'alcoolisme et se pique le nez au sortir du prône. ' "

Les discours, les conseils, nous ws crevons.

Pas tant de règles et plus d'obéissance à la règle; paa tant de discours, un peu plus d'actes. N

Le livre sur l'Organisation est niais parce .qu'il proclame de ces vérités éternelles (n'en jetez plus : la cour est pleine!) que tout homme intelligent cultivé à la mode française connaît et applique d'instinct.

Après avoir platement suivi les Scandinaves, les Boches, les Anglo- Saxons,... aprèsavoir oublié que nous étions Français et avoir failli en claquer, n'allons pas à la remorque de Taylor nous débitant pompeusement les règles de Descartes!

Que Taylor ait. étudié soigneusement certains problèmes très particuliers, qu'il ait rendu de grands services à l'industrie, personne ne le conteste. Que ce soit un rénovateur scientifique, il faut sortir de l'Ecole Polytechnique pour l'admettre.

Au reste, voyons ce qui fait la gloire de Taylor, en dehors de ses études très spéciales sujr les conditions du tournage et sur les machines-outils.

Taylor a découvert (î?) que lorsqu'un ouvrier fait cent mille fois le même geste, il faut décomposer ce geste en temps et en étudier systématiquement le rythme.

Je veux bien que pour les industriels et les membres de l'Institut ce soit une révélation. Moi qui ne suis ni l'un ni l'autre, je m'étonne qu'on n'y ait pas songé plus tôt, puisque cette décomposition en temps est universellement utilisée pour l'exercice à la caserne, pour la danse, l'escrime, la savate, etc., etc. Sans contester le génie de Tavlor d'avoir trouvé que le transport des gueuses de fonte est plus économique quand on procède en 14 temps et 17 mouvements, je n'y vois qu'une application de procédés ultra connus.

Quand je prenais des leçons de danse, je comptais v temps pour la valse à trois temps, p pour la polka, m pour la mazurque, s pour la scottish, et ainsi de suite. Je laisse à déterminer les facteurs t> , />, m, s... : à trop m'avancer j'aurais peur de sentir l'hérésie. Mais je n'ai jamais su danser parce que précisément je comptais toujours v temps en tournant la valse,/; en oscillant la polka, et ainsi de suite; de sorte que pour peu que ma danseuse me confiât gentiment qu'il faisait chaud ou que ce bal était charmant, le temps de répondre, voire un monosyllabe, je m'embrouillais dans les coefficients*., et je

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lui marchais sur les orteils. D'où regard offensé, rougeur de ma part, séparation « à l'amiable **. De ces expériences peu nombreuses, cependant définitives, j'ai déduit que les coefficients étaient bons pour apprendre, mais qn'on ne savait qu'à l'instant où l'on parvenait à s'en passer, quand on avait remplacé l'analyse par la synthèse, quand on appliquait d'instinct les règles qu'il avait fallu décomposer pour les apprendre.

Ce que je dis de la danse, je le répéterai de la savate. Il y a quelques années, j'assistai par hasard à une leçon de savate entre apaches. J'allais d'Amboise à Tours, en troisième bien entendu. J'avais comme vis-à-vis un jeune homme dont la mine me frappa. Je fus édifié sur la nature de ses occupations.au sursaut qu'il fit quand un voyageur du même âge et de même tournure lui dit brusquement : « Toi, je te connais! » Mon vis-à-vis esquissa le geste de tirer son

surin.

Le lendemain, je me promenais sur les bords de la Loire quand arrivèrent six pâles voyous, parmi lesquels ma connaissance de la veille. Bien qu'on fût en octobre, ces braves enfants mirent veston bas; et sur la grève j'assistai (d'un peu loin, mais assez près pour entendre) à la plus admirable leçon de savate qui jamais fut donnée- Eh bien! messieurs les apaches décomposaient en temps le coup du père François ou le coup de la fourchette. C'était charmant de « classique », merveilleux d'analyse... Après quoi, ces artistes bloquèrent les temps. Peu à peu, à mesure que le métier venait, l'analysé fit place à la synthèse. Comme les élèves avaient le désir d'apprendre, à la fin de la séance, qui fut longue, ils vous étranglaient un homme, vous défonçaient l'estomac ou vous crevaient les yeux... sans compter les temps.

Parmi mes camarades étaient des artistes particulièrement doués qui du premier jour valsèrent sans compter les temps. Mais ces Vestris dignes d'une ambassade étaient rares. J'imagine qu'à Montmartre ou à Montparnasse on rencontre des apaches capables de vous appliquer le coup du lapin sans jamais avoir compté les temps! Aussi bien mes apaches étaient de Tours, c'est-à-dire de la province...

Pour génial qu'on soit, il est bon d'avoir compté les temps : c'est la caractéristique de l'homme éduqué. •

L'autodidacte n'a pas compté les temps, et le défaut se reconnaît toujours. Sa manière a de la puissance, mais elle manque de souplesse, d'équilibre, de cette pondération qui fait qu'on admire sans restriction. S'il a du génie, passe encore. Mais s'il en manque, ça devient décousu, incohérent; ça ne se tient pas! D'avoir compté les temps ne fait certes pas le génie, mais donne l'apparence du talent.

Que Taylor ait appliqué ces idées] banales au transport des gueuses de fonte de la pile sur le wagon, du wagon sur la pile, mérite une statue de fonte, avec comme accessoires un wagon, une gueuse et, sur un tableau faisant toile de fond, rémunération

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des temps. Je suis équitable; l'envie ne creuse pas mes joues de rides prématurées; l'ictère ne jaunit pas mon teint : je sais récompenser le vrai mérite. Si vous préférez la statue en acier Bessemer, Thomas ou Martin, en acier chromé, manganésifère ou même allié de tungstène, j'y souscris de bonne grâce. Mais, pour Dieu ! respectez les proportions et l'histoire ! N'offrez pas comme une rare découverte ce que faisait le sergent Montauciel, des gardes françaises, quand il enseignait à ses hommes la charge en dix-huit temps.

D'avoir compté les temps rend conscients les gestes instinctifs, ce qui aide la mémoire et supprime la crainte de s'embrouiller. Nous savons qu'il est dangereux, pour les bien exécuter, de réfléchir sur nos gestes habituels. Demandez à Cercleux de vous expliquer comment il réussit la merveille qu'est son nœud de cravate. Il vous répond qu'il va la reproduire devant vous; mais il est incapable d'analyser son geste... à moins qu'il n'ait fait l'éducation d'un prince (voyez Donnay).

On raille les Boches de ce que leurs professeurs de langues latines déclarent savoir mieux le français que nous. En un sehs ils ont raison. Nous connaissons le français par l'usage, ils le connaissent en théorie. Ils parlent mal, mais ils savent comment en théorie on parle bien. Ils ont compté les temps : nous n'avons jamais pris cette peine.

Résultat : tout à coup il nous vient un doute sur une règle de grammaire qu'au surplus nous n'avons jamais sue : nous devons consulter le dictionnaire.

Compter les temps, c'est apprendre intelligemment son métier, au lieu de le pratiquer par routine.

Je fais donc la part légitime au comptage des temps. Toutefois je cote mon français passablement incorrect plus haut que celui de Herr Professor Schvveinkoft. Il y trouvera peut-être des fautes de grammaire, mais il n'en appréciera jamais l'astringente saveur.

Les règles de Taylor sur le dénombrement des facteurs me rappellent une curieuse histoire de chameaux. Je la prends par bribes dans un livre que vous lirez avec profit, la Conquête du Sahara, par

Gautier.

Le chameau, cet organisme adapté à un pays à part, défie toutes prévisions hasées sur notre expérience européenne. Nous ne savons jamais exactement ce qu'on peut se permettre avec lui et ce qu'on doit s'interdire. La charge au dos, de son pas habituel, sans se plaindre (du moins plus que d'habitude, car il est de sa nature mal embouché), le chameau épuisé marche la rouie. Quand il est à

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