‹ Optique physiologique [electronic resource] (volume 2)Chapitre 110 sur 124 · IMAGES ACCIDENTELLES DES OBJETS COLORÉS. {370) Û · texte numérisé non relu

IMAGES ACCIDENTELLES DES OBJETS COLORÉS. {370) Û

2) Lorsque la couleur primaire est complémentaire de la couleur réagissante du fond, cette dernière paraît plus saturée dans l'étendue de l'image accidentelle que dans les parties de la rétine qui ne sont pas fatiguées et que dans celles qui l'ont été par la couleur du fond. — Si l'on place un objet vert-bleu sur un fond rouge, et qu'on l'enlève après l'avoir fixé un certain temps , on voit une image accidentelle d'un rouge saturé, comme si l'on avait enlevé un objet noir. Mais on peut s'assurer aisément que dans l'image accidentelle d'un objet complémentaire, la couleur est encore plus saturée que dans celle d'un corps noir. — Le plus simple est de prendre un objet mi-partie noir et coloré ; on place cet objet (noir et vert-bleu) sur un fond complémentaire (rouge), et l'on fixe un point du fond qui est en contact immédiat avec la séparation du noir et du vert-bleu. Si l'on enlève ensuite l'objet, la couleur du fond présente une plus grande pureté dans toute l'image accidentelle que dans la partie du fond qui n'était pas recouverte auparavant. L'image accidentelle du vert-bleu est un peu plus foncée que celle du noir, mais ce n'est pas que le rouge y présente moins d'intensité ; bien au contraire, dans l'image accidentelle du noir, le rouge est comme recouvert d'un nuage blanchâtre qui n'existe pas dans l'image accidentelle du vert-bleu. Ainsi, sur fond rouge, l'image accidentelle du rouge paraît rouge gris ; celle du noir, rouge blanchâtre, et celle du vert-bleu, rouge saturé. On voit très-bien ces différences dans l'expérience disposée pour amener ces trois nuances l'une à côté de l'autre.

Si l'on admet que le rouge du fond contient encore du blanc, le résultat s'explique facilement. — Le noir ne fatigue absolument pas l'œil, et l'on perçoit sans modification, dans l'image accidentelle, le rouge blanchâtre du fond. Le rouge fatigue l'œil pour le rouge : dans l'image accidentelle, on perçoit cette couleur plus faiblement, tandis qu'on voit à peu près avec toute leur intensité les autres parties constituantes du blanc; la sensation est celle d'un rouge blanchâtre peu intense (rouge gris). Le vert-bleu, au contraire, rend l'œil moins sensible pour les parties de la lumière du fond qui sont étrangères au rouge, et laisse par conséquent ressortir, dans l'image accidentelle, le rouge libre de tout mélange.

Mais les mêmes expériences réussissent tout aussi bien avec les couleurs spectrales pures. — J'ai disposé, dans le champ d'une lunette différentes parties du spectre, avec toutes les précautions nécessaires pour éliminer les dernières traces de lumière blanche. Le fond était d'un noir si complet, qu'on n'y distinguait plus le diaphragme de la lunette et qu'on n'y voyait que les figures nuageuses de la poussière lumineuse

m (571) DEUXIÈME PARTIE. - DES SENSATIONS VISUELLES. § 23. interne. L'œil ne recevait aucune lumière autre que celle d'une petite partie du spectre. Sur ce champ coloré, je projetai des images accidentelles de couleurs spectrales complémentaires. A cet effet, était disposé devant l'oculaire, sous une inclinaison de 45°, un petit miroir d'acte] dans lequel apparaissait, par réflexion, une partie d'un second spectre très-lumineux, convenablement isolée, et limitée par un diaphragme circulaire. Il est inutile, d'ailleurs, de donner à ce second spectre un bien haut degré de pureté. Les dispositions étaient prises de telle sorte que le cercle entier présentât une coloration uniforme. Dès qu'on enlevait le petit miroir de l'oculaire, l'observateur voyait, à travers la lunette, le spectre pur, au lieu du cercle qu'il voyait auparavant par réflexion. Sur ce spectre apparaissait l'image accidentelle du cercle coloré. Les résultats furent exactement les mêmes que dans les expériences analogues sur les matières colorantes. C'est ainsi que l'image accidentelle des couleurs complémentaires présentait une couleur plus saturée que celle du fond, lequel paraissait encore recouvert d'un nuage lumineux blanchâtre, qui était comme balayé à l'endroit de l'image accidentelle, et laissait ressortir la couleur du fond dans sa plus grande pureté. Ces expériences permettent de tirer cette importante conclusion, que les couleurs objectives les plus saturées qu'il \y ait, les couleurs spectrales pures, ne produisent pas encore, dans l'œil non fatigué, la sensation de couleur la plus saturée qu on puisse obtenir : nous ne pouvons obtenir cette sensation qu'en rendant préalablement l'œil insensible pour la couleur complémentaire.

Dans ce cas encore, on pourrait croire que le reflet blanchâtre qui recouvre le fond serait le nuage lumineux interne dont les parties gênantes manqueraient dans l'image accidentelle. — On voit bien, en effet, une image accidentelle de couleur complémentaire, lorsqu'on dirige l'œil sur le fond obscur qui avoisine le spectre. Cependant, clans ce cas aussi, je regarde cette explication comme insuffisante, car le phénomène subsiste pour des couleurs spectrales très-intenses, par rapport auxquelles l'intensité apparente du nuage lumineux paraît infiniment faible. Si nous suivons, au contraire, Hiypothèse de Th. Young, nous devons éprouver, dans ce cas, sans mélange, les sensations colorées des différentes espèces de nerfs, par rapport auxquelles les couleurs spectrales doivent toujours paraître blanchâtres; car, d'après la modification nécessaire de cette hypothèse, chaque espèce de lumière homogène ne peut pas exciter exclusivement une seule sorte de fibres nerveuses.

Toutes ces expériences sur les images accidentelles d'objets colorés

g 23, PHASES COLORÉES DKS IMAGES ACCIDENTELLES. *89

sur fond coloré peuvent se faire aussi en changeant de point de fixation ou en rapprochant d'abord et éloignant ensuite l'œil de l'objet, comme nous l'avons indiqué pour les objets blancs. C'est ainsi qu'après avoir contemplé, pendant un certain temps, un disque bleu sur fond jaune, en tenant constamment l'œil fixé sur un môme point, si l'on vient à fixer un autre point du disque, l'image accidentelle du disque tombe en partie sur le fond et en partie sur le disque lui-même ; il en est de même de l'image accidentelle du fond. Là où l'image accidentelle se place sur le fond, le jaune paraît plus saturé ; il en est de même du bleu, aux points où l'image accidentelle du fond tombe sur le disque. On peut facilement prévoir les résultats des autres modifications de ces expériences. — Parfois il s'y mêle aussi des phénomènes de contraste. Si l'on a fixé un fragment de papier blanc sur un fond rouge, et qu'on amène ensuite l'image accidentelle sur du blanc, celle du fond rouge devient vert-bleu, celle du petit champ blanc devient rouge, par contraste avec ce vert, comme on le verra dans le paragraphe suivant. A cet effet, le mieux est de placer le papier coloré sur une feuille blanche, et, sur le papier coloré, le fragment de papier blanc qu'on maintient avec une pince au moment où l'on retire la feuille colorée. Cette coloration par contraste se présente aussi, mais faiblement, autour de l'image accidentelle d'un carré coloré sur fond blanc.

Les objets colorés ne sont pas les seuls qui donnent des images accidentelles colorées : les objets blancs en fournissent aussi, qui pré-' sentent ordinairement des modifications de couleurs très-variées. Nous donnerons à ces variations le nom de phases colorées des images accidentelles. La succession de couleurs diffère avec la durée et l'intensité de la lumière primaire.

1) Consécutivement à une action primaire de courte durée, je trouve la même suite de couleurs que Fechner (1) et que Seguin (2). — Le blanc primitif passe rapidement par un bleu verdâtre (vert, suivant Seguin) à une belle couleur indigo, puis au violet ou au rose. Ces couleurs sont pures et claires. Puis vient un orangé sale ou gris, qui répond ordinairement au moment où l'image accidentelle passe du positif au négatif, et, dans l'image négative, cet orangé se transforme souvent encore en un vert- jaune sale. Lorsque la lumière primaire n'a agi que très-peu de temps, l'orangé est le plus souvent la dernière couleur, et l'image disparaît avant de devenir négative. Aubert a trouvé

(1) Pogg. Ann., L, 220.

(2) Annules de chimie, 3, XLI, A15-416.

490(372) DEUXIÈME PARTIE. — DES SENSATIONS VISUELLES, § 23. la môme série de couleurs consécutivement à l'étincelle un peu bleuâtre d'une bouteille de Leyde; seulement l' orange, peu distinct sur fond sombre, se reconnaissait très-nettement sur fond blanc ; il en était de môme du vert qui vient après. L'image est entourée d'une auréole jaune : sans doute l'image négative de la lumière |bleuâtre, dispersée dans l'œil par réfraction irrégulière.

Les phénomènes décrits jusqu'ici ont rapport à l'image accidentelle sur un champ tout à fait obscur. Lorsque dans ces circonstances il se produit des images négatives, celles-ci ne se présentent que dessinées en sombre dans la lumière propre du champ obscur. Si, pendant la présence d'une semblable image accidentelle, on laisse pénétrer peu à peu de la lumière réagissante en écartant doucement les mains ou le linge foncé dont on a recouvert les yeux, on voit, en général, l'image accidentelle passer à des phases plus avancées de son développement chromatique : elle revient, au contraire, à des phases moins avancées, lorsqu'on affaiblit de nouveau la lumière réagissante. C'est ainsi que si on laisse pénétrer de la lumière au moment où l'image est bleue dans l'obscurité complète, on la voit devenir jaune et négative en passant par le rose. Si l'on recouvre alors les yeux avec une rapidité suffisante, on retrouve le bleu. Si l'image est rose dans l'obscurité absolue, elle devient rouge -jaune sous une lumière faible, etc. Lorsque enfin l'image positive a complètement disparu dans le champ visuel obscur, ou voit encore longtemps, sur un fond faiblement éclairé, une image •négative grise ou gris vert, et le fond plus clair qui l'entoure, qui correspond aux parties non fatiguées de la rétine, présente alors une couleur rosée.

Plateau, pour expliquer ces phénomènes, a émis l'hypothèse que les différentes périodes des images accidentelles auraient des durées différentes pour les différentes couleurs, et il a cherché à le démontrer directement à l'aide des expériences mentionnées dans le paragraphe précédent. Pour donner une explication complète, il nous faudrait connaître complètement, non-seulement la marche de l'excitation persistante, mais aussi celle de la fatigue. On peut cependant arriver à quelques conclusions. En effet, dans le champ visuel tout à fait obscur, les premières périodes du phénomène, qui sont les plus lumineuses, sont assez indépendantes du degré de fatigue ; celle-ci n'entre en ligne de compte que lorsque l'intensité de l'image persistante ne se distingue plus considérablement de celle du brouillard lumineux interne. Nous pouvons donc admettre comme probable que les phases bleu-vert, bleue et rose, ne proviennent que de l'excitation persistante, tandis que le jaune et le vert, qui colorent l'image accidentelle négative, dépendent aussi de la

§ 23. PHASES COLORÉES DES IMAGES ACCIDENTELLES. (375) ftl

fatigue. Il faut en conclure que l'excitation persistante diminue pour le rou-e le vert et le violet d'une manière analogue à celle représentée par la ligure 147. Les abscisses représentent le temps, les ordonnées,

1 2 vert FiO. 147.

Violet

Houge

l'intensité de l'excitation. La ligne continue correspond au vert ; la ligne ponctuée, au violet; la ligne discontinue, au rouge. L'action persistante positive diminue d'une manière continue pour toutes les couleurs, mais de telle sorte que la diminution du rouge est d'abord la plus rapide et ensuite la plus lente ; celle du vert, la plus lente en commençant, devient la plus rapide. Pour les valeurs attribuées ici aux intensités des sensations colorées, le vert-bleu prédomine du temps 0 à 1, le bleu pour 1, le violet pour 2, et pour 3 le pourpre, qui tire de plus en plus sur le rouge. Mais il faut encore tenir compte de la fatigue, qui développe une image accidentelle verdâtre sur le fond blanchâtre du nuage lumineux interne, de telle sorte que la fatigue du vert, couleur dont l'effet persistant a disparu le plus rapidement, paraît être finalement la moindre. Cette image négative verte, mêlée à du rouge positif, doit donner un jaune qui, suivant qu'il est plus ou moins intense que le fond, peut se détacher en clair ou en foncé, et passe finalement au vert, quand le rouge aussi s'est éteint. Les expériences de Plateau sur la durée des impressions colorées l'ont amené à la même loi de la diminution que pour une seule couleur : les impressions qui avaient diminué le plus rapidement au commencement, étaient celles dont les dernières traces restaient le plus longtemps sensibles.

La série des apparitions colorées se présente sous une forme toute différente, lorsque la fatigue a été considérable, ainsi que cela a lieu après une action prolongée de la lumière blanche, ou après la contemplation d'une lumière très-intense.— Pour l'action prolongée de la lumière blanche, l'influence de la fatigue se montre déjà, d'après les observations de Fechner, par la coloration que présente le blanc sans qu'on cesse de le contempler. Après avoir fermé les yeux pendant un certain temps, pour éliminer l'effet persistant des sensations antérieures, il les dirigea sur un champ blanc éclairé par le soleil et limité par un papier

m (574) DEUXIÈME PARTIE. - DES SENSATIONS VISUELLES. § 23 noir. Dans les premiers moments, une sorte d'éblouissement l'empêcha de juger d'une manière certaine de la présence ou de l'absence d'une couleur : la coloration ne se développe, en effet, qu'après quelque temps. Le papier se colore bientôt franchement en jaune, puis en avis bleu ou bleu, sans que des essais fréquemment renouvelés aient permis de percevoir un degré de passage parle vert , puis vient le violet-rouqe ou le rouge. La phase jaune est la plus courte; la bleue dure souvent assez longtemps avant de passer à la suivante. Après le rouge ou le violet-rouge, Fechner ne remarqua plus aucun changement, bien qu'il continuât l'expérience jusqu'à ce que l'œil fût considérablement fatigué. Il a souvent aussi remarqué la même série de colorations, à la lumière diffuse du jour, mais avec une netteté très-variable d'un moment à l'autre; il reconnaissait alors mieux, en général, les deux dernières colorations que la première (la jaune) . Fechner représente les phénomènes par trois courbes analogues à celles de la figure U8, mais avec

Violet — Itmii/c Vert

Fig. 148.

d'autres couleurs fondamentales que celles adoptées ici ; les abscisses horizontales sont encore proportionnelles au temps, les ordonnées à l'intensité d'excitation de la rétine pour la contemplation prolongée d'une surface blanche. Dans le temps de 0 à 1, la couleur serait vertjaune ; au temps 1, vert-blanchâtre; à 2, bleu-blanchâtre ; à 3, violette, et finalement rose.

2) Lorsque la lumière blanche primaire a agi longtemps et avec intensité, l'image accidentelle présente, sur un fond tout à fait obscur, la série blanc, bleu, vert, rouge, bleu, et, sur fond blanc, il faut ajouter le vert-bleu et le jaune. C'est pour le rouge que l'image devient négative. Seguin intercale encore quelques degrés intermédiaires. Pour lui, les couleurs de la première série sont : blanc, vert, bleu; celles de la seconde (négative) , jaune, rouge, violet, bleu, vert. Il suffit que l'action de la lumière blanche ait persisté pendant un certain temps déterminé pour que cette série de couleurs soit constante : une action primaire plus prolongée ne lui fait plus subir aucune modification. Pour une action plus courte, mais appréciable, de la lumière primaire, où le blanc primaire s'était manifestement coloré en jaune, la série des cou-

PHASES COLORÉES DES IMAGES ACCIDENTELLES, leurs était : jaune, bleu, jaune-rouge, puis l'image devenait négative et verte. Brttcke indique la succession : vert, bleu, violet, rouge, puis image négative sans couleur distincte. La phase du bleu paraît donc être toujours la première modification de l'impression de la lumière primaire, puis vient une phase positive qui s'étend jusqu'au rose, au jaune-rouge, ou au vert, suivant la durée de l'impression primaire.

Ces images accidentelles colorées sont aussi soumises à cette règle, d'après laquelle l'éclairement du fond par de la lumière blanche amène des phases plus avancées de l'image accidentelle, tandis que la diminution de la lumière réagissante ramène de nouveau l'image à des

phases précédentes.

Toutes les fois que j'ai observé des images accidentelles de surfaces uniformément éclairées et pour les contours desquelles mon œil était bien accommodé, j'ai vu progresser les modifications de couleur de l'image accidentelle, soit simultanément sur toute la surface, soit moins régulièrement, en commençant d'un côté. Lorsque, au contraire, on a regardé le soleil ou d'autres objets éblouissants, on voit ordinairement les changements de couleur de l'image progresser des bords vers le milieu. Outre les irrégularités de la réfraction, qui répandent toujours d'assez grandes quantités de lumière autour de l'image d'un objet trèslumineux, il faut encore considérer que l'éblouissement douloureux rend à peu près impossible ici de maintenir invariables l'accommodation et la direction de l'œil. Il en résulte que les parties de la rétine qui correspondent au milieu de l'image du soleil sont soumises à la sensation lumineuse d'une manière plus durable et plus intense que celles qui sont plus rapprochées des bords de cette image. De plus, le disque du soleil est entouré du reflet de la lumière diffusée dans l'atmosphère et dans l'œil même. Lorsque après avoir fait reposer l'œil dans l'obscurité on lui laisse voir le soleil subitement, et pendant un instant, c'est à peine si l'on discerne le contour du disque au milieu de la surface lumineuse éblouissante qui l'entoure. On comprend donc qu'il se produit une impression lumineuse qui diminue graduellement du centre à la périphérie, et à laquelle correspond, dans l'image accidentelle, une évolution différente des diverses phases. Plus l'action est intense, et plus le temps que met chaque phase à s'accomplir est considérable; de sorte que, le plus souvent, les bords de l'image accidentelle présentent des phases moins avancées et dont l'état se propage peu à peu vers le centre. En outre, la succession des couleurs sur les parties périphériques diffère un peu de ce qu'elle est au milieu, parce que la fatigue y est moindre. Conformément à cette explication, l'image accidentelle du soleil possède, dans ses premières périodes, un diamètre supérieur au

m (575) DEUXIÈME PARTIE. - DES SENSATIONS VISUELLES. § 23. diamètre apparent réel de cet astre, et l'on commet facilement l'erreur d'attribuer toute l'image accidentelle au soleil seul, et de croire que les différents anneaux colorés qui s'y développent font partie de ce disque même, tandis qu'ils appartiennent, en réalité, aux parties avoisinantes.

Pour développer le plus régulièrement possible l'image accidentelle du soleil, je prends un verre très-foncé (soit un verre enfumé, soit plusieurs verres superposés de couleurs complémentaires) à travers lequel je regarde le soleil, qui ne doit plus paraître que sous forme d'un disque à peine visible. J'enlève alors le verre pendant un instant, et je ferme aussitôt les yeux. En opérant ainsi, le regard n'a guère le temps de changer de direction, les yeux sont relativement peu affectés, et cependant l'image accidentelle se développe avec beaucoup d'éclat. Dans ces conditions, l'image accidentelle me présente encore le plus souvent un noyau qui affecte, dans toute son étendue, une coloration uniforme et possède à peu près les dimensions apparentes du soleil, de sorte qu'on peut attribuer aux défauts de réfraction de l'œil les aberrations qui se présentent sur le bord.

Dans ces conditions, on voit se succéder rapidement, autour de l'image du soleil, les phases de l'image accidentelle que produisent les objets blancs lorsqu'on les a examinés pendant un instant : bleu positif, rose qui passe, par l'intermédiaire du jaune, au vert foncé négatif ; l'image du soleil lui-même apparaît dans cette première phase comme une tache blanche mal délimitée et irrégulièrement arrondie.

Cette tache entre dans sa seconde phase et se colore en bleu clair, à peu près au moment où le fond est devenu rose.

La seconde phase fait ordinairement bientôt place à la troisième ; le bleu passe au vert, en commençant par le bord, puis aussi au milieu, tandis qu'à la périphérie il se produit un liséré jaune-rouge, plus foncé que le reste, et au bord extérieur duquel se dessine souvent, dès cette phase, un liséré gris-bleu, encore plus foncé. Si, pendant cette phase, on dirige les yeux sur un champ blanc, le vert positif passe, par le violet, au rouge -sang négatif de la phase suivante.

La quatrième phase consiste en ce que le rouge marginal se répand sur le milieu de l'image. Le liséré gris-bleu devient, en revanche, plus large et plus foncé. L'image accidentelle tout entière est alors plus foncée que le fond, qui, par contraste, paraît blanchâtre ou verdâtre. C'est là le dernier vert négatif de l'image de la surface céleste. Les images accidentelles qui peuvent se présenter pour les montants des fenêtres se détachent en clair sur ce fond. Si, dans cette phase, on porte le regard sur un fond blanc* le rouge passe au bleu-vert.

Enfin, dans la cinquième phase, toute l'image accidentelle prend là

§ 23. PHASES COLOItÊES DES IMAGES ACCIDENTELLES. (376) A95

coloration bleue du liséré ; elle disparaît le plus souvent sur fond obscur dans cette période du bleu, tandis que, sur fond blanc, elle paraît bleu-vert.

A ces phases, établies par Fechner, j'en ajouterais une sixième, dans laquelle on ne reconnaît plus rien de l'image accidentelle sur Un fond obscur, mais où, sur un champ blanc, on voit encore un rellet jaune ou brunâtre. Finalement, ce reflet lui-même disparaît aussi, après un temps assez, long. Si, pendant ce temps, ou même après la disparition du reflet jaune, on a regardé du blanc et qu'on ferme brusquement les yeux, on voit encore apparaître une image accidentelle positive bleuâtre et faible qui s'évanouit rapidement. Si l'on ouvre alors les yeux en les dirigeant sur du blanc, on revoit, au premier moment, l'image accidentelle jaune. L'explication de ces faits me paraît résider dans la circonstance signalée plus haut, qu'une excitation nouvelle produite sur un nerf fatigué disparaît plus lentement que dans les parties environnantes.

Au reste, la marche de ces images accidentelles des lumières intenses ne me paraît pas varier notablement pour des personnes différentes, lorsque les conditions d'expérience sont les mêmes, du moins les observations que j'ai pu faire s'accordent, sous ce rapport, avec celles de Fechner et celles de Seguin.

Il est à supposer que, dans cette succession de couleurs si compliquées, la fatigue doit modifier le temps qiie les sensations des diverses couleurs mettent à disparaître, et qu'elle doit modifier aussi la perception du brouillard lumineux interne. Comme nous n'avons pas, sur ces faits, des notions suffisantes, et que nous ne savons pas comment se dissipe la fatigue elle-même, dans ses différents degrés, pour chaque sensation colorée, il est impossible de donner une explication complète des différentes périodes de ces phases colorées. Pour donner cette explication, il faudrait d'abord déterminer et comparer la marche de la fatigue et son influence sur la marche de l'excitation, pour chacune des sensations colorées en particulier.

Si nous observons exactement les phases de l'image accidentelle, après des impressions de couleurs saturées, le phénomène est assurément bien plus simple, mais cependant les changements de couleur ne font encore pas absolument défaut* Nous avons déjà indiqué les traits principaux du phénomène. On voit d'abord une image positive de même couleur que la lumière primaire, puis une image négative de couleur complémentaire. Mais après des impressions lumineuses un peu vives, le passage de l'état positif à l'état négatif ne consiste pas, en général,

(377) DEUXIÈME PARTIE. - DES SENSATIONS VISUELLES. § '23. simplement en ce que l'une des images pâlit pour luire place à l'autre : dans cette période de transition, la couleur se modifie en passant par des tons blanchâtres. Si l'on n'a eu, dans le champ visuel, qu'une seule couleur primaire, les couleurs des phases paraissent encore assez saturées; plusieurs observateurs les ont môme désignées comme étant saturées, parce qu'on n'a pas de point de comparaison dans le champ visuel obscur. Mais si, dans le voisinage de l'objet primaire, qu'on n'a vu qu'un moment, on avait d'autres couleurs d'intensité à peu près égale, on voit que les variations de couleur que présentent les images accidentelles en passant de l'état positif à l'état négatif, sont bien moins marquées que les couleurs primitives : ces couleurs de transition sont toutes fortement lavées de blanc rosé ou jaunâtre, tel que le présentent aussi les images accidentelles d'objets blancs qu'on a vus pendant un instant.

1) Sous ce rapport, l'image accidentelle d'un spectre prismatique, vu pendant un instant, est particulièrement intéressante. — Après les quelques secondes pendant lesquelles les couleurs primaires ont encore été visibles dans l'image accidentelle et où les couleurs extrêmes, qui sont peu intenses, se sont complètement obscurcies, toute l'image accidentelle prend la forme d'une tache blanche, rougeâtre, de la forme du spectre, et dans laquelle on distingue à peine des différences de coloration ; seulement le jaune et l'orangé tirent un peu sur le bleuâtre, et l'on voit s'y ajouter, à la place du rouge, l'image accidentelle de cette partie, qui est déjà devenue négative et bleu-vert. Pour m'orienter dans l'image accidentelle, relativement aux positions des couleurs primaires, je traçai sur l'écran blanc où se projetait le spectre, un trait noir qui coupait le spectre parallèlement aux bandes colorées, et qui restait visible dans l'image accidentelle. J'ai reconnu ainsi que l'image accidentelle blanc-rougeâtre répond à toute l'étendue du spectre, comprise entre l'orangé et l'indigo. On obtient le même résultat en exposant au soleil des papiers colorés, d'intensité à peu près égale, et dont on développe une image accidentelle en les regardant un instant.

Il résulte de là que, dans l'image accidentelle positive d'objets colorés qu'on a regardés un instant, c'est la couleur prédominante qui disparaît la première ; l'image accidentelle devient alors semblable à celle d'un objet blanc, et c'est en général la phase de rose d'un pareil objet qui se présente à l'observation. Puis on voit se développer peu à peu la couleur complémentaire qui appartient à l'image accidentelle négative, mais elle peut déjà devenir visible avant que l'image ait passé au négatif : cette couleur complémentaire peut donc paraître plus éclairée que le fond obscur. Je crois pouvoir ramener cette apparition de la couleur

g 88, IMUSES-COLOBÉES DES IMAGES ACCIDENTELLES. (578) 497

complémentaire à ce fait que, dans ce moment, l'image positive devenue

lanche coïncide avec l'image négative et complémentaire proie brouillard lumineux interne, par suite de fatigue de l'œil.

faible et blanch duite dans

Il est évident que, par une semblable superposition, lorsqu'on a regardé du rouge, par exemple, le blanc positif et le vert-bleu négatif peuvent se combiner en une image positive. d'un blanc verdâtre. Ces images positives complémentaires ont été signalées par plusieurs observateurs (1). Si elles sont seules dans le champ visuel, la couleur complémentaire paraît assez saturée; mais quand la comparaison avec des images accidentelles d'autres couleurs était possible, j'ai toujours trouvé que la couleur complémentaire paraissait fortement mêlée de blanc ou de gris, tant qu'elle était plus intense que le fond : c'est seulement dans l'image accidentelle négative qu'elle se développe avec plus de saturation.

Dans le sens de la théorie de Th. Young, pour expliquer ces phénomènes, il faut dire que la couleur objective, même la plus saturée, est mélangée subjectivement avec du blanc, et que l'excitation puissante qui répond à la couleur prédominante diminue plus rapidement que les excitations faibles qui répondent aux autres couleurs contenues dans le blanc, de sorte que la sensation, résultante se rapproche du blanc à mesure qu'elle s'affaiblit. Puis, dans les périodes les moins intenses de l'image positive, l'image négative produite par la fatigue peut enfin exercer une influence sensible par sa coloration.

Pour les différentes couleurs, les phases consécutives à une observation instantanée se présentent d'une manière un peu différente, suivant leur relation avec les nuances des phases colorées du blanc. — C'est-, en général, pour le vert que le phénomène est le plus simple, parce que le rose, sa couleur complémentaire, est semblable au rose de l'une des phases positives du blanc ; aussi cette couleur se développe-t-elle avec le plus bel éclat. Le bleu verdâtre devient rose en passant par le bleu et le violet ; le bleu, en passant par le violet seulement ; alors la phase suivante, celle du jaune, se développe avec plus de pureté et d'intensité, parce qu'elle coïncide avec la couleur complémentaire du bleu. La phase bleu-vert et bleue du blanc, qui précède le rose, ne se remarque pas bien pour les couleurs indiquées jusqu'ici, à cause de sa ressemblance avec ces couleurs mêmes ; elle paraît plus sensible pour le jaune qui devient violet en passant par un blanc verdâtre, et pour le rouge. Pour cette dernière couleur, le rose est remplacé par un violet qui

(1) Puhkinjk, Zur Physiologie der Sinne, II, 110. — Fkchneh, in l>oggt Ann., L, 213. — BrUcke, Untersuchungcn iïber subjective Farbeu, aus den Denkschv. der Acad zu tyien III, 12.

m DEUXIÈME PARTIE. — DES SENSATIONS VISUELLES,

devient vert-gris; d'ailleurs les phases s'écoulent relativement plus vite pour cette couleur que pour les autres. Nous avons déjà dit que le vert paraît très-souvent saturé, lorsqu'on n'a pas dans le champ visuel d'autres couleurs servant de point de comparaison. Les observations qu'Aubert a faites en regardant l'étincelle électrique à travers des verres colorés, s'accordent avec ce qui précède, à cela près que le jaune trèsmélangé lui donne encore, après le violet, la phase jaune du blanc avant d'arriver au bleu négatif. Le plus souvent aussi il se formait une auréole lumineuse qui passait par les différentes phases avec plus de rapidité.

2) Après l'action prolongée ou intense d'une lumière chromatique primaire, on remarque également, dans la période de transition du positif au négatif de couleur complémentaire, quelques-unes des phases que présente la lumière blanche dans cette même période. C'est ainsi qu'on voit bien souvent le liséré rouge et le second liséré gris-bleu. Fechner a fait des expériences de ce genre en regardant le soleil à travers des combinaisons de plusieurs milieux colorés, lesquelles ne laissaient passer qu'une ou deux des couleurs spectrales ; je joindrai quelques observations que j'ai faites avec des couleurs prismatiques, en regardant une ouverture ronde -qui donnait passage à des rayons solaires transmis par un prisme. Lorsque la lumière chromatique est assez intense pour paraître j dune ou blanche, elle conserve d'abord cette coloration dans l'image accidentelle ; puis la couleur véritable apparaît peu à peu.

Fechner produisit de la lumière rouge homogène en regardant le soleil soit à travers un verre rouge, soit à travers une couche épaisse de teinture de tournesol. A l'observation directe, cette lumière paraissait jaune à cause de sa grande intensité. Au premier abord, l'image accidentelle était également jaune, avec liséré ronge ; puis, son intensité ayant diminué, elle devenait entièrement rouge avec apparition d'un liséré vert-bleu sombre. Dans cette expérience, le champ visuel obscur ne donne ordinairement pas lieu à une image négative bien nette. Sur le champ blanc, au contraire, la couleur bleu-vert du liséré vient au milieu. — J'ai constaté les mêmes résultats sur le rouge prismatique ; dans ces expériences, le passage du rouge au bleu-vert se faisait par le violet. Si c'est une lumière artificielle qu'on a regardée pendant un certain temps à travers un verre rouge, la transition se fait par un vert-jaune positif, auquel succède le bleu-vert négatif.

Fechner obtint le jaune homogène par la combinaison de quatre verres : deux jaune pâle, un vert et un rouge pâle, ce qui ne laissait passer que peu de vert avec le jaune. L'image accidentelle parut jaune

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