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LXXXIV

5Q'i (385) DEUXIÈME PAHTIIÏ. - DIÏS SENSATIONS (VISUELLES. g 23.

E. Brûcke a obtenu des phénomènes analogues en faisant osciller un petit disque noir devant une lame de verre coloré. Le phénomène était surtout remarquable devant une lame verte : les parties qui subissaient des alternatives de clair et d'obscur offraient une coloration rose ; celles qui étaient constamment recouvertes ou découvertes, paraissaient en vert.

L'expérience curieuse des cœurs agités doit peut-être trouver sa place ici. — Sur des feuilles colorées, de papier fort, on applique des figures d'une couleur vive, différente de celle du fond ; le rouge et le bleu paraissent produire les meilleurs effets ; les couleurs doivent être trèsvives et saturées. Si l'on regarde les feuilles en leur donnant un mouvement de va-et-vient d'une certaine vitesse, les figures paraissent se déplacer sur le papier et osciller de côté et d'autre. Il semble que la c ause de ce phénomène soit que la sensation lumineuse ne se produit et ne disparaît pas également vite pour les différentes couleurs, et que, pour cette raison, le bleu paraît retarder un peu sur le rouge, dans le mouvement imprimé à la feuille. On voit quelque chose d'analogue lorsqu'on fait mouvoir l'œil au lieu de l'objet. C'est ainsi que Wheatstone (1) , Brûcke et E. du Bois-Reymond (2) ont vu un mouvement apparent du dessin à l'éclairage du gaz, en faisant errer le regard sur des tentures rouges et vertes. D'après Brewster, ces mouvements se présentent aussi lorsque la lumière du jour pénètre, par une petite ouverture, dans une chambre complètement obscure.

Dans l'exposé qui précède, je nie suis attaché à l'opinion émise notamment par Fechne.r, et d'après laquelle tous les phénomènes des images accidentelles trouvent leur explication en partie dans une excitation persistante de la rétine, et en partie dans une diminution de l'excitabilité. Par le fait, si nous maintenons poulies mots excitation et excitabilité la signification que nous leur avons attribuée jusqu'ici, nous devons parler d'excitation persistante, lorsque l'œil voit une image accidentelle positive dans l'obscurité absolue, et nous devons considérer l'excitabilité comme diminuée, si l'œil perçoit plus faiblement la lumière extérieure à l'endroit d'une image accidentelle négative qu'avec les parties non fatiguées de la rétine. La persistance de l'excitation et la diminution de l'excitabilité ne sont donc pas des hypothèses, mais résultent immédiatement des faits. Ces deux circonstances suffisent aussi pour expliquer, parmi les phénomènes qui nous occupent, ceux qui sont les plus constants, les plus frappants et de beaucoup les plus nombreux, à savoir ceux des changements d'intensité lumineuse et ceux des images

(1) Inst., n° 582, p. 75.

(2) Die Fortschritte der Phystk im Jahre 1845, redig. von Karsten, l, 223.

g 23, ADTHES T1II;;0HIKS DES (MAGES ACCIDENTELLES, (384) 50f>

accidentelles positives et homonymes, négatives et. complémentaires. Ce Serait assurément une tâche difficile et qui nécessiterait toutes sortes d'hypothèses arbitraires, que de vouloir rapporter complètement à un type simple les phénomènes si complexes des phases colorées qui suivent les impressions lumineuses intenses qu prolongées. Cependant on conçoit pourquoi ces phénomènes doivent être \ ariablos. Nous ne. connaissons ni la loi d'après laquelle la fatigue plus ou moins forte de l'œil disparait pour les différentes couleurs, ni le rapport suivant lequel l'intensité de la sensation persistante dépend de la fatigue. D'après l'opinion de Fechner, il faut considérer les images complémentaires négatives sur champ i.bscur comme des altérations dans la perception des excitations internes de la rétine. Beaucoup de physiciens ont, au contraire, considéré ces images comme des effets d'une nouvelle action de la rétine, qui serait opposée à la première ; Plateau (1), en particulier, a érigé cette opinion en un corps de théorie. Il a démontré qu'on peut encore voir de ces images complémentaires même sans aucune lumière extérieure, et comme l'attention n'avait pas été portée encore sur la lumière propre de l'œil, il ne put expliquer le phénomène que par une activité nouvelle et opposée de la rétine. Comme il remarqua encore des modifications ultérieures des images positive et négative, il émit la proposition qu'après chaque sensation vive de lumière, la rétine ne parvient au repos que par une série d'oscillations qui la feraient passer alternativement par des états opposés. Ces états opposés correspondraient à la sensation des couleurs complémentaires. Il rattacha à cette théorie certains effets de contraste dont nous parlerons plus en détail dans le paragraphe suivant, et il admit aussi une série d'oscillations analogues pour la localisation de l'impression dans l'espace. Mais il faut rappeler que les images ac: identelles complémentaires négatives ne consistent pas en une activité de la rétine, mais qu'elles apparaissent, au contraire, comme des diminutions de la Si -nation lumineuse interne qui existait préalablement; que de plus ces alternatives entre les images positives et négatives dépendent — ainsi qu'une observation attentive permet presque toujours de s'en assurer — de circonstances extérieures et notamment de faibles changements dans l'éclairage du fond de l'œil. Il me semble très-hasardé de prendre pour base d'une théorie, ces images délicates, excessivement mobiles, que présentent, dans le champ visuel obscur, les images accidentelles au moment de leur passage de l'état positif à l'état négatif, surtout si l'on songe que la sensibilité de l'organe est augmentée, par suite d'un long repos dans l'obscurité, à un tel point que des influences extérieures à peine sensibles suffisent à produire des modifications de l'image. Il n'y a rien d'étonnant si, dans ces circonstances, nous ne pouvons pas toujours désigner la cause des modifications qui se produisent. Fechner a déjà, du reste, appelé l'attention sur une autre difficulté de la théorie de Plateau. En effet, suivant cette théorie, dans les images accidentelles, les couleurs complémentaires devraient se détruire comme étant des activités contraires de la rétine, cl produire de l'obscurité. C'est ainsi que la présence d'une image accidentelle de couleur complémentaire nuit h la perception de la couleur primaire, et que si l'on a fatigué l'œil successivement par du rouge

(1) Ann. de chim. et de phys*, LUI, 38G. — Pogg. Ann., XXXII, 543.

506 (58$) DEUXIÈME PARTIE. — DES SENSATIONS VISUELLES. § 23. et du vert, l'image accidentelle est noire. Mais comment mettre cette supposition d'accord avecl e fait que les sensations provoquées simultanément par des lumières objectives complémentaires se réunissent pour former le blanc, qui est plus clair que chacune des deux couleurs employées ?

Briicke considère les images accidentelles positives complémentaires comme incompatibles avec la théorie de Fechner. — J'ai déjà fait remarquer plus haut que la coloration de ces images est, en réalité, très-blanchâtre, et que la couleur complémentaire ne ressort si nettement que par contraste avec la couleur primaire et à cause de l'absence d'autres couleurs qui serviraient de point de comparaison. Si l'on a vu en même temps, et à côté l'une de l'autre, deux couleurs primaires, on constate facilement que leurs images accidentelles ne présentent, dans les derniers moments de leur apparition positive, qu'un pâle reflet des couleurs complémentaires ; je crois donc pouvoir considérer ces images comme des mélanges d'une image positive blanchâtre et d'une image négative complémentaire, ce qui permet de les rattacher à l'explication de Fechner. Il reste encore a mentionner le phénomène bizarre qu'Aubert décrit pour les images accidentelles d'objets éclairés par l'étincelle électrique. Des carrés noirs et rouges, entourés d'un fond blanc, lui apparaissent accompagnés de leurs images négatives au moment du passage de l'étincelle. Ces images faisaient défaut dans les carrés blancs sur fond noir; elles paraissaient parfois ne pas coïncider exactement avec l'image primitive. Ce n'est qu'un peu plus tard qu'apparaissaient les images positives de même couleur. Les bandes colorées sur fond blanc ou noir paraissent lui avoir toujours donné des images accidentelles complémentaires et plus claires que le fond.

En résumé, je crois qu'il est sage de conserver pour fil conducteur, dans ce dédale de phénomènes si divers, un point de vue théorique qui, comme celui de Fechner, explique facilement la grande majorité des phénomènes, et qui rend surtout facilement compte de ceux qui se distinguent par leur énergie, leur netteté et leur constance. Il se rencontre assurément quelques phénomènes assez fugaces dont on ne peut pas encore donner d'explication complètement satisfaisante : les changements de couleurs qui se produisent au moment où l'image passe du positif au négatif, et où les influences opposées de l'excitation persistante et de la fatigue se trouvent dans un équilibre peu stable, sont encore dans ce cas. Cependant je n'ai pas encore pu trouver de phénomène qui soit manifestement incompatible avec les principes sur lesquels se fondent les explications de Fechner.

Les images accidentelles positives et négatives des fenêtres ont été décrites en 1G34 par Peiresc (1). Puis on trouve l'expérience présentée comme une sorte de tour d'adresse. Bonacursius prétendit, contrairement au jésuite Athan. Kircher (2), qu'il pouvait faire en sorte qu'on vît aussi bien dans l'obscurité qu'à la lumière du jour, et il eut raison en faisant regarder fixement à Kircher un dessin fixé dans une ouverture du volet d'une chambre obscure. On rendit l'obscurité complète, et Kircher vit de nouveau distinctement le dessin en regardant(ce qui était inutile) un papier blanc qu'il tenait à la main. Kirchku, pour cxpli-

(1) Vita, p. 175, 296.

(2) Ars magna, p. 4 G2.

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