‹ Optique physiologique [electronic resource] (volume 2)Chapitre 117 sur 124 · CXV, 87-116 ; CXVI · texte numérisé non relu

CXV, 87-116 ; CXVI

— Rose, Présentations of colour produced under novel conditions, in Rep. of Brilish Assoc, 1861, 2, p. 33-33. (Par l'intermittence de blanc et de noir.)

1864. Aubert, Physiologie derNelzhaut. Breslau, p. 347-386.

1865. E. Brvj'cke, Ueber Ergânzungsfarben und Contrastl'arben, in Wiener Sitzungsbcr.»

§ 24. — Du contraste.

Nous avons recherché, dans le paragraphe précédent, les modifications mutuelles que subissent les couleurs que nous voyons successivement. Il nous reste encore à examiner quelles sont les influences qu'exercent l'une sur l'autre des intensités et des couleurs différentes que nous voyons simultanément dans le champ visuel.

Gomme une semblable juxtaposition a le plus souvent pour résultat de faire paraître plus foncées des régions qui sont voisines de parties claires, et réciproquement, ou bien encore de donner aux couleurs voisines d'une couleur donnée, une teinte complémentaire de cette dernière, on a été conduit à désigner sous le nom de contrastes ces oppositions d'effets. Pour plus de précision, Chevreul désigne sous le nom de contraste simultané les phénomènes dont nous allons parler, pour les distinguer de ceux qui se produisent quand deux couleurs apparaissent successivement sur la même partie de la rétine, et auxquels il attribue la dénomination de contraste successif.

Mais il se présente aussi des cas où la couleur d'une partie du champ visuel est modifiée par la couleur voisine, de manière à se rapprocher, non plus de la complémentaire de cette couleur, mais de cette couleur elle-même. Ici, la dénomination de contraste paraît impropre tout d'abord, bien qu'en réalité l'une des couleurs soit peut-être modifiée par le contraste de la couleur complémentaire de l'autre. Pour obtenir une terminologie qui n'exclue pas les cas de ce genre, Brùcke désigne sous, le nom de couleur induite la couleur qui est produite par l'effet d'une couleur voisine, et, sous celui de couleur inductrice, celle qui donne lieu à la production de la couleur induite. De plus, quand le champ dont la couleur est modifiée est lui-même coloré, nous continuerons à nommer réagissante la couleur de ce champ. Lorsque la couleur réagissante est modifiée par la couleur induite, on obtient la couleur résultante. Ainsi, les cas les plus ordinaires, où la couleur induite est complémentaire de la couleur inductrice, répondent seuls immédiatement à l'idée de contraste ; mais il y a aussi des cas où la couleur induite est homonyme à la couleur inductrice.

§ 2û. DU CONTRASTE SUCCESSIF. (589) 511

I. — Les phénomènes du contraste successif se déduisent facilement de ce que nous avons dit au paragraphe précédent. — Si, après avoir regardé un champ de la couleur A et d'une intensité moyenne, on dirige le regard sur un autre champ de la couleur B, l'excitation persistante de l'impression A n'est en général pas assez grande pour produire, sur un second champ d'intensité moyenne, une image accidentelle positive : on voit donc sur le champ B une image accidentelle négative de A. Cet eiïet affaiblit les parties de la couleur B qui sont de même espèce que A : si B est du même ton que A, le contraste rend ce fond plus blanchâtre; si B est complémentaire de .4, sa saturation augmente; Si la couleur B se trouve sur l'un ou l'autre côté du cercle des couleurs, entre A et sa couleur complémentaire, elle passe à un ton voisin, qui est plus éloigné de A et plus rapproché de la couleur complémentaire. D'ailleurs, la couleur B s'assombrit d'autant plus que la couleur A était plus claire. Telle serait donc la loi générale du contraste successif, en admettant dans les deux champs des intensités telles qu'il ne puisse se produire que des images négatives.

Cela posé, on peut s'assurer facilement que le contraste successif, c'est-à-dire celui qui provient des images accidentelles, exerce aussi une grande influence lorsque l'on compare des champs colorés qui sont contigus dans le champ visuel. Dans ce cas, on n'a cru voir ordinairement que des contrastes simultanés ; parce que, jusqu'à présent, on a peu tenu compte, dans l'étude des contrastes, de cette particularité de notre regard d'après laquelle, dans l'usage commode et habituel de nos yeux, nous laissons ordinairement errer le point de fixation d'une manière lente et continue dans le champ visuel, de manière à parcourir successivement les différentes parties de l'objet examiné. Ce mouvement du regard se fait sans que nous y prenions garde, et nous y sommes tellement habitués, qu'il faut un effort et une attention extraordinaires pour maintenir le regard rigoureusement fixé sur un point déterminé du champ visuel, ne fût-ce que pendant 10 à 20 secondes. Cette fixation s'accompagne aussitôt de phénomènes insolites ; il se développe des images accidentelles négatives des objets, très-nettement dessinées, et tant que nous maintenons le regard immobile, ces images coïncident avec les objets et les rendent rapidement confus. Aussi éprouvons-nous rapidement une sensation d'éblouissement et d'effort, dès que nous nous obstinons dans une fixation rigoureuse ; le besoin de déplacer l'œil devient de plus en plus irrésistible, et les petites oscillations que cet organe exécute au mépris de nos efforts se trahissent par l'apparition éclatante sur les bords des objets, tantôt à droite, tantôt à gauche, de parties des images accidentelles négatives qui se sont pro-

oV2 {390) DEUXIÈME BAfflOB. — DES SENSATIONS VISUELLES. § 3û, duites. Cette mobilité du regard qui maintient, sur toutes les parties de la rétine, une suite continue de variations dans les intensités et les couleurs perçues par les différentes parties de cette membrane, est évidemment d'une grande importance pour la conservation de l'appareil nerveux visuel dans l'intégrité de ses fonctions, car rien n'épuise l'œil autant que la production fréquente d'images accidentelles obtenues en iixant longtemps des surfaces même modérément éclairées, et les images négatives intenses sont toujours des signes d'une grande fatigue de la rétine.

Examinons maintenant ce qui arrive lorsque le regard, en se déplaçant, rencontre dans le champ visuel des parties différemment colorées ou différemment intenses. — Si nous contemplons un champ coloré limité, en fixant exactement un de ses points, il se développe une image accidentelle nettement limitée, et, par suite, facile à constater ; si nous fixons successivement, pendant un certain temps, deux points différents de l'objet, il se forme deux images accidentelles bien délimitées qui se recouvrent en partie, et qu'il est, par suite, plus difficile de reconnaître comme étant des images de l'objet ; enfin, si le regard a erré lentement sur l'objet sans s'arrêter sur aucun point, l'image accidentelle n'est naturellement plus qu'une tache confuse, bien plus difficile à constater, mais dont la présence ne saurait échapper à l'observateur attentif. Si le regard se transporte alors sur un champ voisin, différemment coloré, il est clair que cette couleur est modifiée par l'influence de l'image accidentelle, absolument de la même manière que si l'on avait vu successivement ces couleurs différentes dans la même partie du champ visuel. Ainsi, dans un cas de ce genre, nous n'avons pas affaire à du contraste simultané, ou du moins il y a aussi contraste successif, et les phénomènes sont plus ou moins identiques avec ceux décrits dans le paragraphe précédent. Pour avoir seulement du contraste simultané, il est nécessaire de veiller particulièrement à ce que le regard soit rigoureusement fixé pendant l'expérience.

Nous étudierons plus loin les phénomènes du contraste simultané [>ur, qui persistent lorsque le regard est rigoureusement fixé. Je décrirai d'abord les phénomènes relatifs, pour une partie* au contraste simultané, mais en bien plus grande partie au contraste successif, tels qu'ils se présentent pour l'emploi naturel de l'œil. — les modifications des couleurs sont ici exactement les mêmes que celles qu'on a vues pour le contraste successif pur. Elles sont, en général, bien plus nettes et plus frappantes que celles du contraste simultané simple, et, dans les cas où ces deux sortes de contraste pourraient amener des résultats différents* ceux du contraste successif prédominent constamment dans l'usage

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