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HISTORIQUE DU CONTRASTE. W

ment renforcé dès que la sensation est réellement modifiée par des images accidentelles, Enfin, le jugement conserve toute son intensité à la coloration par contraste, lorsqu'on écarte du champ visuel toutes les autres couleurs. C'est pourquoi je no doute pas que les phénomènes aient la même signification pour de grands champs inducteurs que pour de petits, et qu'ici encore la couleur par contraste provienne d'un acte du jugement, bien que, dans ces cas, je ne puisse pas encore donner de preuve bien satisfaisante en faveur de cette opinion.

LÉONARD de Vinci connaissait déjà la plupart des phénomènes de contraste. 11 dit que, parmi toutes les couleurs d'égale perfection, les plus belles sont celles qui se trouvent a coté des couleurs les plus opposées : le blanc à côté du noir, le bleu à côté du jaune, le rouge a oôté du vert (1). Plus tard, ce furent les ombres colorées, qui, de tous les phénomènes de contraste, attirèrent le plus particulièrement l'attention. Otto de Guéricke [2) les connaissait et chercha à les employer pour démontrer la proposition d'ARiSTOTE d'après laquelle le mélange du blanc et du noir pourrait donner du bleu. Mais Buffon (3) fut le premier à les signaler à l'attention générale ; il ne les observa d'ailleurs qu'occasionnellement, au lever et au coucher du soleil, où elles étaient tantôt bleues, tantôt vertes. L'abbé Mazeas (4) les produisit avec la lumière de la lune et celle d'une bougie ; il fut de ceux qui croyaient pouvoir expliquer les couleurs par une diminution de la lumière. Melville (5) et Bougijer (6) cherchèrent, au contraire, à expliqueras phénomènes à l'aide de la théorie des couleurs de Newton. On attribua aux couleurs le caractère objectif, parce qu'en effet les ombres bleues, éclairées par le ciel bleu, présentent une coloration bleue objective: citons, à ce sujet, Béguelin (7), qui montra que la lumière bleue du ciel est, dans beaucoup de cas, la cause de la coloration bleue des ombres. Rumford (8) paraît avoir découvert le premier le caractère subjectif de la couleur de l'une des ombres, en la regardant à travers un tube étroit. Gothe (9), Grotthuss (10), Brandes (11), Tourtual (12), se rallièrent à cette opinion. D'autres observateurs défendirent encore longtemps le caractère objectif des deux couleurs des ombres : citons v. Paula Schrank (13), qui attribua à la diffraction la couleur de l'ombre bleue; Zschokke (14), Osann (15), Pohlmann (16), qui admit de nouveau l'opinion de Béguelin. Ce fut particulièrement Fechner (17) qui démontra le caractère subjectif de ces phénomènes ; il fit voir, entre autres, comment un acte du jugement peut maintenir la couleur par contraste, une fois produite ; il augmenta le nombre des observations, mais il n'osa pas encore établir de théorie de ces phénomènes. Plateau (18) rattacha les phénomènes de contraste à sa théorie des images accidentelles. D'après lui, la rétine pourrait, dans l'espace comme dans le temps, osciller entre des états d'excitation contraires ; dans le voisinage immédiat de la partie excitée, se présenterait une phase homonyme, qui se manifesterait par les phénomènes

(1) Trattato délia pittura, cap. CC; — cap. CLVI, CCCXXVIII (Ombres colorées).

(2) Exper. Magdeb., p. 142.

(3) Mém. de l'Acad. de Paris, 1743, p. 217.

(4) Abh. der Akad. zu Berlin, 1752.

(5) Ëdinb. Essays, II, 75.

(6) Traité d'optique, p. 368.

(7) Mém. de l'Acad. de Berlin, 1767, p. 27.

(8) Philos. Transact., LXXXIV, 107. — Gren's neues Journal der Physik, II, 58.

(9) Farbenlehre, p. 27.

(10) Schvmgger's Beitrtlge zur C hernie und Physik, III, 14.

(11) Gehler's neues Wôrterbuch, Art. Farbe.

(12) Die Erscheinungen des Schattens. Berlin, 1830.

(13) Mïinchner Denkschr., 1811-12, p. 293 ; 1813, p. 5.

(14) Unterhaltungsblâtter fur Natur- und Menschenkunde , 1826, p. 49.

(15) Pogg. Ann., XXVII, 694; XXXVII, 287 ; XLII, 72.

(16) Ibid., XXXVII, 319-341.

(17) Ibid., XLIV, 221 ; L, 433.

(18) Ann. de chim. et de phflS., LVIH, 339. — Pngg. Ann., XXXII, 543 ; XXXVIII,

d'irradiation, puis, à une distance plus grande, la phase contraire se produirait en donnant lieu au contraste.

Jorin (l) et, plus tard, Brandes avaient déjà proposé d'expliquer les phénomènes fie contraste par des images accidentelles. Cette explication, exacte pour une partie des phénomènes, ne s'appliquait pas à tous; c'est ainsi que Fechner montra que les couleurs par contraste peuvent se produire sans fatigue préalable de la partie de rétine correspondante.

On doit à Ciievreul (2) une description exacte des modifications que subissent les différents couleurs par l'effet de leur juxtaposition. Brandes (3) et Osann ont décrit les images complémentaires obtenues par réflexion sur les lames de verre ; Dove (4) donna à cette expérience la meilleure forme, qui a encore été modifiée depuis par Bagona Scina (5). Fechner et Brûcke (6) découvrirent les cas où le champ induit affecte la même couleur que le champ inducteur. H. Meyer (7) fit voir qu'une petite différence entre les couleurs est plus favorable qu'une différence considérable. Du reste, presque tous les observateurs se rallièrent à l'opinion de Plateau, d'après laquelle le contraste provient d'une modification de la sensation. Dans ce paragraphe j'ai cherché à distinguer, plus complètement qu'on ne l'avait encore fait, les différentes causes qui sont en présence, et je me suis efforcé de démontrer que le contraste simultané pur réside dans une modification dans l'appréciation, et non pas dans une altération de la sensation.

1651. Leonardo da Vinci (f 1519), Trattato délia pittura, cap. CLVI, CC, CCCXXVIII. 1672 Otto v. Guericke, Expérimenta nova, ut vocantur, Magdeburgica de vacuo spatio.

Amstelod., 1672, p. 142.

1738. Jurin, Essay on distinct and indistinct Vision, p. 170.

1743. G. de Buffon, Sur les couleurs accidentelles, in Mém. de Paris, 1743, p. 217. 1752. Mazeas, in Mém. de t'Acad. de Berlin, 1752.

1760. Bouguer, Traité d'optique sur la gradation de la lumière. Paris, 1760, p. 368.

— Melville, Observations on light and colours Essays and observations (Phys. and UlU

Edinburgh, II, 12, 75).

1767. Béguelin, Mémoire sur les ombres colorées, in Mém. de l'Acad. de Berlin, 1767, p. 27; 1783, p. 52.

1778. v. Gleichen genannt Bussworm, Von den Farben des Schattens , in Act. Acad. Mogunt., 1778, p. 308.

1782. H. F. T., Observations sur les ombres colorées. Paris, 1782.

1783. Flaugergues, Sur les ombres colorées, in Mém. de Berlin, 1783, p. 52.

— Opoix, in Journal de physique, 1783, déc.

— Petrini, in Mem. di math, e di fisica del Soc. ital., XIII, p. 11. 1787. Carvalho e Samvago, Tratado das Cores. Malta, 1787.

1805. Prieur, Observations sur les couleurs et sur certains phénomènes qu'elles présentent, in Ami. de chim., L1V, p. i. — Gilb. Ann., XXI, p. 315.

— Hassenfratz, Snr les ombres colorées, in Journ. de l'Ecole polytechn,) cah. XI.

1810. v. Guthe, Zur Farbenlehre, p. 27.

1811. Grothuss, Ueber die zufâlligen Farben des Schattens, in Schweigger's Journ.,

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