VISIBILITÉ DE LA CIRCULATION SANGUINE
II, — On voit dans le champ visuel des points lumineux mobiles, notamment lorsque, pendant une marche rapide ou d'autres mouvements du corps, on regarde fixement une grande surface uniformément éclairée, telle que le ciel ou des champs de neige (voy. p. 221). — Les petits points apparaissent en différents endroits du champ visuel et s'avancent très-rapidement, suivant des trajets différents qui, le plus souvent, ne sont pas rectilignes. Sur le trajet qu'a suivi un de ces points, on en voit d'autres se succéder à de courts intervalles. Purkinje fait remarquer que lorsqu'on regarde une surface éclairée limitée, telle qu'une fenêtre, chaque point entraîne à sa suite une petite ombre, située du coté opposé au milieu du champ visuel. Commé ils paraissent conserver des trajets fixes, ils ont été considérés par plusieurs observateurs (J. Millier) comme un phénomène de la circulation du sang. Mais ils sont, au moins dans mon œil, moins nombreux qu'on ne devrait l'ai tendre de globules sanguins, et leurs mouvements sont trop rapides pour qu'on puisse admettre qu'il s'agisse ici simplement de la circulation du sang clans les capillaires. On a vu plus haut (p. 22]) comment ces circonstances paraissent s'expliquer par des interruptions passagères de la circulation. Il parait, du reste, que ce phénomène est visible pour la plupart des individus.
Les corpuscules sanguins sont précisément assez grands pour qu'on puisse les distinguer lorsqu'ils se trouvent clans la rétine et qu'ils y exercent une impression. Leur diamètre est, en moyenne, de Oulin,0072 et l'étendue des p'us petites distances visibles est de 0"1,u,005 (vov. p. 292). Plusieurs observateurs ont vu, dans différentes circonstances, des courants de corpuscules spbériques et des mouvements ondoyants moins bien déterminés. Nous avons déjà mentionné plus haut le phénomène des courants enlacés les uns dans les autres, qu'on remarque sous un éclairage intermittent, et que Vierordt attribue à la circulation sanguine de la choroïde. On voit, du reste, parfois quelque chose d'analogue, sans lumière intermittente, lorsqu'on regarde fixement une surface éclairée, surtout lorsqu'on a fait affluer le sang à la tête en se baissant préalablement. Dès que l'impression lumineuse a fatigué suffisamment la rétine pour que la surface devienne obscure, on croit voir, derrière la surface claire qui disparaît, une surface rougeâtre tachetée, dont les taches sont tantôt en mouvement, tantôt en repos. — Steinbuch et Purkinje (1) ont vu des files de corpuscules en mouvement, notamment lorsqu'ils exerçaient sur l'œil une faible pression. Le dernier les aperçut d'abord en observant la figure d'accommodation
(1) Bcobachtungen und Vcrsuche, I, 127.
556 {426) DEUXIÈME PARTIE. - DES SENSATIONS VISUELLES. 25. obscure qui consistait, chez lui, en un cercle blanc central, entouré d'une auréole brunâtre et mal délimitée. A droite et à gauche du cercle blanc il vil deux lignes claires verticales, daug lesquelles se mouvaient des files de corpuscules, descendant à droite et montant à gauche. Jusqu'ici je n'ai encore rien pu voir de semblable. — Johannes Millier (1) , lorsqu'il avait une congestion à la tête, ou qu'il se relevait brusquement après s'être baissé, voyait comme des nuages de corpuscules obscurs et suivis de queues, sauter et se précipiter dans les directions les plus diverses, et il compare ce phénomène au fourmillement des nerfs sensitifs.
Je vois aussi parfois un papillotage semblable au mouvement de petits corps, sur un mur recouvert d'une couche rugueuse de chaux et éclairé par une petite fenêtre, sous une incidence très-oblique : par suite de cet éclairage , le mur paraît parsemé d'une quantité de petits points noirs irréguliers. Dans ce cas, cependant, les points brillants pourraient bien être des images accidentelles des petits points noirs, qui apparaîtraient par l'effet des mouvements inévitables de l'œil.
Purkinje décrit encore d'autres phénomènes qui se présentaient pour l'excitation du système vasculaire ou pour des efforts des yeux. Voici sa description (2) : « Après avoir marché rapidement dans la campagne, » pendant un quart d'heure ou une demi-heure, par une belle journée, » lorsque j'entre brusquement dans une pièce plus ou moins obscure, je » vois s'agiter et flamboyer dans le champ visuel une lumière mate, ana- » logue aux dernières lueurs d'une flamme d'esprit-de-vin répandu sur » une surface plane, ou à celle d'un objet frotté avec du phosphore, qui » brille faiblement dans l'obscurité. En examinant plus attentivement , je » remarque que le nuage flamboyant est composé d'une quantité innom- » brable de points lumineux irréguliers et excessivement petits, qui se » meuvent dans tous les sens, s'accumulent tantôt d'un côté, tantôt de » l'autre, forment des taches mal délimitées, et se séparent de nouveau » pour se réunir ailleurs. Chaque point laisse derrière lui une légère » traînée lumineuse, et ces traces figurent, par leurs intersections très- » variées, des systèmes de réseaux et d'étoiles ; ce fourmillement occupe » une grande partie du champ visuel et empêche la vision distincte. La » poussière qu'on voit s'agiter dans un rayon de soleil me paraît donner » l'idée la plus approchée de ce phénomène. »
Purkinje voit les mêmes phénomènes en couvrant l'œil droit et en regardant fixement une surface éclairée, avec l'œil gauche, qui est faible
(1) Physiologie, II, 390.
(2) Beobachtungen und Versuche, I, 63.
s 25 AUTRES OBSERVATIONS DE PURKINJE. 557
et presbyte ; il les voit également en pressant d'une manière de plus en plus forte sur l'œil gauche. Les petits points paraissent plus vifs pom l'œil ouvert que pour l'œil fermé, surtout en regardant une surlace lointaine qui ne soit pas complètement sombre. La lumière extérieure est donc utile à la production du phénomène.
\ près avoir couru, il voit, sur la surface éclairée du ciel, en pressant sur l'œil ou toussant avec effort, deux sphères pulsatiles vers le coté droit du champ visuel ; il en voit une rangée à la partie inférieure et trois du côté gauche. Le point de fixation présente aussi un mouvement pulsatile, et il apparaît encore des bandes grises dont une partie, de forme circulaire, entourent le point de fixation, tandis que d'autres représentent des vaisseaux radiaux (1) .
III. Figures qui apparaissent lorsque la rétine est uniformément éclairée. - Purkinje (2) observe qu'en regardant fixement une grande surface un peu éblouissante, telle que le ciel uniformément couvert de nuages, ou une flamme de bougie très-voisine, il voit apparaître, dans le milieu du champ visuel, des points lumineux qui se reproduisent à plusieurs reprises, en quelques secondes, et qui disparaissent rapidement sans changer de place en faisant place à des points noirs, qui disparaissent avec la même rapidité. Si, pendant l'apparition des points lumineux, il dirigeait le regard vers une partie complètement obscure, ou qu'il fermait les yeux, le phénomène se continuait de la même façon, mais d'une manière moins brillante, comme si les points, allumés par l'aspect de la surface lumineuse, se consumaient ensuite. J'ai souvent vu également, par hasard, de semblables points lumineux isolés qui ne pouvaient pas être des images accidentelles, parce qu'il n'y avait pas, dans le champ visuel, de petits objets lumineux qui eussent pu leur donner lieu ; ces points laissaient à leur suite des points sombres ; le plus souvent je ne voyais qu'un seul point à la fois, et, en somme, le phénomène ne se reproduisait pas souvent.
C'est ici le lieu de citer la toile d'araignée (3) de Purkinje, formée de lignes lumineuses rougeatres sur fond rouge, et représentant, avec une complication plus ou moins grande, le tissu rayonné de certaines araignées. Pour bien voir celle figure Purkinje s'était couché de telle manière que les rayons du soleil levant vinssent frapper ses paupières. En se réveillant, il voyait le phénomène derrière
les paupières fermées.
L'ouvrage de Purkinje est, en général, excessivement riche en observations
(1) Beobachtungen unil Versuche, I, 134.
(2) Ibirl., I, .67,
(3) îbid., II, 87.
subjectives analogues, et restera encore longtemps une riche mine d'observations de cette nature. Mais un grand nombre de phénomènes qu'il dêcril n'ont pas pu être retrouvés pour d'autres yeux, et il reste encore à savoir si ueux-là né reposeraient pas sur des particularités individuelles aux yeux de coi ingénieu* observateur (1).
1844. W. ^AiDiHGEB, Ueber das directe Erkennen des polarisirten Lichts, in Pogg. Ann.,
1846. W. Haidinger, Ueber complementare Farbeneindrucke bei Beobachtung der Lichtpolarisationsbiischel., in Pogg. Ami., LXVII, 435.
— W. Haidinger, Beobachtung der Lichtpolarisationsbiischel in çeradliniff polarisirtcm
Lichte, in Pogg. Ann., LXVIII, 73.
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Licht in zwei senkrecht auf einander stehenden Richtungen polarisiren, in Poqa Ann., LXVIII, 305.
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(1) Voyez encore les phénomènes cités dans son ouvrage : Beobachtungen und Versuche, t. I, n° XXII, et t. II, nos IV, V, XV.