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EXISTENCE DE L'ACCOMMODATION

(fig. 47), et, au lieu de la ligue nette a, on voit une ligure claire semblable à c.

Quand une surface nettement limitée et uniformément éclairée est représentée par une image de diffusion, le milieu de u 6 la surface conserve une clarté uniforme, mais les contours paraissent estompés, de manière à former une transition insensible entre la clarté du milieu de là surface et celle du fond environnant.

11 est possible de former de semblables images âe diffusion dans l'œil. Si nous ne pouvons pas avancer et reculer la rétine comme nous avons fait pour l'écran de papier dans la production d'images de diffusion objectives, nous pouvons approcher ou éloigner de l'œil le point lumineux de manière à faire avancer ou reculer son image dans le corps vitré. Comme dans tout autre système optique à surfaces réfringentes sphériques, dans l'œil, les images d'objets différemment éloignés se trouvent à des distances différentes des surfaces réfringentes. L'image d'un point lumineux infiniment éloigné, se trouve dans le plan focal postérieur de l'œil; celle d'un point voisin se trouve en arrière de ce plan. Si donc l'une de ces images se dessine nettement sur la rétine, l'autre forme nécessairement un cercle de diffusion. Par suite :

Nous ne pouvons pas voir distinctement en même temps des objets situés à différentes distances de l'œil.

Pour se convaincre de ce fait, qu'on tienne à environ six pouces de l'œil un voile ou tout autre tissu transparent, et plus loin, à une distance d'environ deux pieds, qu'on mette un 'livre. En fermant un œil pour simplifier l'expérience, on s'assure aisément qu'on est maître de regarder à volonté tantôt les fils du voile, tantôt les lettres du livre, . et de les voir nettement, mais que les lettres deviennent confuses lorsqu'on regarde les fils du voile, et que, pendant qu'on regarde les lettres, le voile n'apparaît plus que comme un obscurcissement léger et uniforme du champ visuel. Si, sans changer la direction de l'œil, on examine tantôt l'objet rapproché, tantôt l'objet éloigné, on remarque qu'à chacune de ces alternatives l'œil fait un certain effort pour opérer le changement.

On peut varier cette expérience d'un grand nombre de manières. Qu'on se tourne vers la fenêtre, et qu'on tienne verticalement et à environ six pouces de l'œil une épingle de façon qu'elle croise une des traverses de la fenêtre, on peut, à volonté, regarder fixement l'épingle, et alors la traverse de la fenêtre apparaît comme une ligne brouillée et sombre ; ou bien, regarder la boiserie de la fenêtre et les objets exté-

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rieurs, et alors l'épingle n'apparaît plus que comme une ligne sombre et confuse. De même, lorsqu'on regarde des objets éloignés à travers un trou de 1 à 2 lignes de diamètre, on peut voir distinctement tantôt les objets, tantôt les bords du trou, mais jamais les deux à la fois.

C'est sous sa première forme que l'expérience est la plus saisissante, et, de plus, la disposition employée ne permet pas de supposer qu'un cliangemement de direction de l'axe visuel ait la moindre influence.

Dans toutes ces expériences, on se convainc que si l'on ne peut voir en même temps distinctement deux objets différemment éloignés, on réussit cependant, en les regardant l'un après l'autre, à voir nettement et à volonté tantôt l'un, tantôt l'autre de ces objets.

La modification particulière qui se produit dans l'état de l'œil pour voir distinctement tantôt des objets éloignés, tantôt des objets rapprochés, s'appelle accommodation ou adaptation de l'œil à la distance de l'objet. L'expression & accommodation est le plus généralement adoptée pour exprimer la modification particulière en question.

Pour des objets très-éloignés, la distance de l'objet peut changer notablement sans que la distance de l'image optique aux points principaux de l'œil varie sensiblement. Lorsqu'un œil est accommodé pour une distance infinie, les cercles de diffusion qui appartiennent à des objets éloignés d'environ 12 mètres sont encore assez petits pour qu'il n'en résulte aucun trouble sensible dans l'image. Mais si l'œil est accommodé pour un objet rapproché, les autres objets paraissent déjà confus à de petites distances en avant ou en arrière du point fixé. J. Czermak a nommé ligne d- accommodation toute partie de la ligne visuelle telle que, pour un état donné de l'accommodation, les objets compris entre les deux extrémités de ce segment de ligne soient perçus sans confusion sensible. La longueur de ces lignes d'accommodation est d'autant plus considérable qu'elles sont plus éloignées de l'œil, et pour une grande distance, cette longueur est infinie.

On peut s'assurer facilement qu'il en est ainsi, en établissant une pointe, comme point de fixation, à un ou plusieurs pouces en avant d'une page d'impression, Si l'on approche l'œil de la pointe autant qu'on le peut sans cesser de la voir distinctement, et qu'on accommode exactement l'œil pour la pointe, les caractères paraissent confus ; mais plus on s'éloigne en continuant d'accommoder pour la pointe, et plus ils deviennent distincts.

C'est précisément parce que les cercles de diffusion d'objets éloignés sont très-petits lorsque l'œil est accommodé pour d'autres objets éloignés, qu'il est possible de viser, c'est-à-dire de reconnaître si des objets différemment éloignés répondent à un même point du champ vâsuej.

§ llt EXPÉRIENCE DE SCHEINKH. ^ 123

A prendre les choses rigoureusement, on ne peut jamais voir distinctement qu'un des points regardés en visant ; les autres forment des cercles de diffusion plus ou moins grands. Nous admettons mie coïncidence exacte de deux points, lorsque le point vu distinctement est au centre du cercle de diffusion de l'autre. Nous nommons ligne de visée une ligne menée par les deux points qui se recouvrent. Les lignes de visée se coupent en un point de l'œil ; ce point est le centre de l'image de la pupille formée par la cornée, et il se nomme le point d'intersection des lignes de visée.

L'ophthalmoscope nous fournit la réfutation la plus péremptoire de l'assertion de plusieurs physiologistes anciens, suivant laquelle la manière de percevoir l'image rétinienne varierait seule dans l'accommodation, et il nous permet de démontrer que l'image optique formée sur la rétine éprouve des changements. A l'aide de cet instrument, qui sera décrit au § 16, on peut voir distinctement le fond de l'œil, et, entre autres, la rétine avec ses vaisseaux et les images qui s'y forment. Si l'on fait fixer à l'œil observé un objet placé à une certaine distance, on trouve que l'image d'une lumière, placée à la même distance, se forme avec une netteté parfaite sur la rétine, et, en même temps, sur le fond éclairé de l'image, on voit avec la même netteté les vaisseaux et les autres particularités anatomiques de la rétine. Mais dès qu'on rapproche beaucoup la lumière, son image devient confuse, tandis que les détails de structure de la rétine restent parfaitement nets. Les expériences faites pour voir les variations des images sur des yeux morts, après avoir enlevé la partie postérieure de la sclérotique et de la choroïde, ou sur des yeux de lapins blancs, dont la sclérotique est trèstranslucide, ont généralement échoué, parce que, dans ces conditions, les images ne sont en général plus assez bien définies pour qu'on puisse y remarquer de petites variations. Même sur l'œil vivant, ce n'est que pour des objets relativement délicats que les variations de l'image dans les changements d'accommodation se présentent à nous d'une manière un peu frappante. Malgré une accommodation inexacte, nous pouvons reconnaître les gros objets d'après leur forme. Mais dans l'image rétinienne d'un œil mort on ne voit plus, en général, que de grands objets : ceux d'une moindre dimension sont effacés ; c'est ce dont on peut s'assurer sur-le-champ en grossissant artificiellement l'image de manière à ce que les objets apparaissent à l'observateur en grandeur naturelle.

L'expérience de Scheiner nous donne de nouveaux éclaircissements sur les phénomènes d'accommodation et sur les variations dans la position du point de concours des rayons par rapport à la rétine. Pratiquons

12/i (94) PREMIÈRE PARTIE. - DIOPTRKJUE DE L'OEIL. § 11.

dans une carte deux trous d'épingle dont la distance soit moindre que le diamètre de la pupille, et regardons, à travers ces ouvertures, un objei délié qui se dessine nettement en sombre sur fond clair ou en clair sur fond sombre, par exemple une épingle tenue au-devant du champ lumineux d'une fenêtre. L'épingle doit être tenue verticalement si les trous de la carte sont l'un à côté de l'autre, horizontalement, au contraire, si les trous sont l'un au-dessus de l'autre. Si l'on fixe, du regard, l'épingle elle-même, on la voit simple; si l'on vient à fixer, au contraire, un autre objet plus rapproché ou plus éloigné, l'épingle paraît double. Faisant glisser un doigt sur la carte de manière à venir boucher l'un des trous si l'on voyait l'épingle simple, on ne remarque aucun changement autre qu'un assombrissement du champ visuel ; si l'on voyait l'épingle double, une des images disparaît lorsqu'on recouvre l'ouverture, tandis que l'autre ne subit aucun changement. Si le point de fixation était situé plus loin que l'épingle, c'est l'image gauche qui disparaît en bouchant le trou droit ; si l'œil était accommodé pour un objet plus rapproché, c'est, au contraire, l'image de droite qui disparaît en bouchant le trou droit. Les personnes qui ne se sont pas encore suffisamment exercées à accommoder l'œil pour différentes distances, sans le secours d'un point de fixation, placeront, au-devant d'un fond éclairé, deux épingles, l'une en avant de l'autre, la première à six pouces de l'œil et verticale, la seconde à deux pieds et horizontale : on fixe alors l'une pour voir l'image double de l'autre ; il faut naturellement tenir toujours les ouvertures de la carte perpendiculairement à la direction de l'épingle qui doit paraître double.

Si l'on fait dans une carte trois trous suffisamment rapprochés pour qu'on puisse les amener en même temps devant la pupille, on voit trois

c images de l'épingle. Si les trous rt ? (i|' q ont la position a (fig. h 8) , on voit,

dans l'accommodation pour un objet plus rapproché, trois épingles dans la position b, et dont les têtes répètent la disposition des trous. Dans l'accommodation pour un objet plus éloigné, les épingles apparaissent dans la position c, leurs têtes donnent une image renversée de la figure formée par les trous. On obtient des images multiples disposées absolument de même , lorsqu'on regarde un objet éclairé se détachant sur un fond obscur, par exemple l'ouverture d'un écran obscur éclairé par derrière, ou des têtes d'épingle qui réfléchissent la lumière solaire.

L'explication de ces expériences résulte aisément d'expériences ana-

Fig. 48.

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