‹ Optique physiologique [electronic resource] (volume 2)Chapitre 67 sur 124 · GC · texte numérisé non relu

GC

Comme (3 doit être l'image de a, on a, d'après l'équation 8b) du § 9 (p. 74) , en se rappelant que a et [3 sont des surfaces semblables, et par conséquent proportionnelles aux carrés de leurs dimensions linéaires,

(3 ' " (GC - F2)2 ' et comme, de plus, d'après l'équation 8a) du § 9, on a

GC . F

GC - F

il s'ensuit

AF

AF* GC* ' et comme Fx : F% = nl : n2 , on a

GC2 j

En combinant 3a), 3b) et 3c), on obtient enfin

Si l'un des deux éléments, a par exemple, était plus grand que l'image de (3, les parties de a qui n'appartiendraient pas h l'image de (3 n'enverraient pas de lumière vers (3 et n'en recevraient pas de (3; il n'y aurait donc rien de changé ni à Xm à F, et notre proposition resterait exacte.

Observations. — 1) Toute la démonstration peut aussi bien s'appliquer à des systèmes centrés composés à la fois de surfaces sphériques réfringentes et réfléchissantes.

2) Pour que la proposition soit applicable, il n'est pas nécessaire que la surface éclairante et la surface éclairée soient infiniment petites, pourvu qu'elles le soient assez pour que les cosinus des angles d'incidence des rayons sur les surfaces réfringentes ne diffèrent p;is sensiblement de l'unité : en effet, si la proposition est vraie pour deux éléments quelconques de deux surfaces, elle l'est aussi pour les surfaces entières.

Si, pour appliquer à l'éclairage de l'œil la proposition que nous venons de démontrer, nous plaçons l'un des éléments de surface sur la rétine de l'œil observé, et si nous remplaçons l'autre par la pupille de l'observateur, négligeant d'ailleurs la différence entre la réfraction de l'humeur aqueuse et celle de l'humeur vitrée, et supposant qu'on ait placé entre les deux yeux un système quelconque de surfaces sphériques centrées, réfringentes ou réfléchissantes, la proposition III peut s'exprimer de la manière suivante :

Proposition III bis.

La quantité de lumière gui, venant d'un élément de la rétine de l'œil i observé, pénètre dans l'œil de l'observateur, est égale au produit de l'intensité avec laquelle l'élément de la rétine est éclairé par la source lumineuse, multipliée par la quantité de lumière qui viendrait de la pupille de l'observateur à cet élément rétinien, si la pupille de l'observateur possédait une intensité' égale à 1.

Soient H l'intensité avec laquelle l'élément de la rétine est éclairé par la source: lumineuse, k la quantité de lumière qui arrive à l'élément rétinien en venant det la pupille de l'observateur, cette pupille possédant une intensité égale à 1 ; d'après « la proposition qu'on vient de voir, k serait aussi la quantité de lumière qui, de< l'élément rétinien, s'il avait l'intensité lumineuse 1, arriverait h la pupille de l'observateur. Mais comme l'intensité de cet élément est H, la quantité de lumière qu'il envoie réellement à la pupille de l'observateur est Hk, conformément à notre énoncé.

Cette proposition III est, pour ainsi dire, le développement de la précédente,puisqu'elle donne les déterminations quantitatives qui manquent dans la proposition II. La démonstration ne paraît s'appliquer, au premier abord, qu'à des ophthalmoscopes sur les surfaces réfringentes et réfléchissantes desquels les rayons tombent presque perpendiculairement, et n'éprouvent pas d'affaiblissement considérable; mais il est facile de voir qu'elle s'applique aussi à l'éclairage de l'œil au moyen de lames de verre réfléchissantes placées obliquement ; car la lumière non polarisée qui traverse une lame de ce genre en allant de l'œil observateur à l'œil observé, éprouve un affaiblissement aussi fort que celui qu'elle éprouverait en suivant la direction opposée.

Proposition IV.

Lorsqu'un observateur voit, à travers un système centré de surfaces sphériqm réfrinqentes et réfléchissantes, une image nette d'un objet lumineux, si laperti de lumière sur les surfaces est négligeable, chaque portion de l'i mage lui parmi auisi éclairée que lui paraîtrait la partie correspondante de l'objet, vu sam U

g 16< THÉORIE DE L'OPHTHALMOSCOPE. (*74) '.237

secours d'instruments d'optique, à condition que la pupille entière de l'observateur soit rencontrée par les rayons qui partent de chaque point de la partie considérée de l'objet. Si cette condition n'est pas remplie, l'intensité de l'image est à celle de l'objet vu à l'œil nu, comme la partie de la pupille de l'observateur qui reçoit les rayons de chaque point lumineux est à la pupille entière.

Lorsque l'œil reçoit, soit directement, soit à travers un système optique centré, une image nette d'un objet, nous pouvons considérer l'œil avec le système situé au-devant de cet organe, comme, un nouveau système optique qui donne sur la rétine une image de l'objet. Soient a un élément superficiel de l'objet, b l'image de cet élément sur la rétine. D'après la proposition III de ce paragraphe, il viendrait autant de lumière de b en a qu'il en vient de a en b, si l'élément rétinien b

recevait l'intensité -^zH. Dans cette expression, H est l'intensité de l'élément a,

/t, l'indice de réfraction du milieu qui contient a, et w2 celui du corps vitré. On peut calculer facilement la quantité de lumière qui vient, dans ces conditions, de b en a. Soit q la section, par le plan de la pupille, d'un faisceau lumineux allant d'un point de b à un point de a, la quantité de lumière M, qui va de b à a, est égale à celle qui va de b à q ; elle est donc

nJ qb

Il désignant la distance de la pupille à la rétine. A le prendre rigoureusement, on devrait entendre ici par q la section du faisceau lumineux dans l'image de la pupille formée par le cristallin, et par R la distance de celte image à la rétine. Dans cette expression de la quantité de lumière qui, partie de l'élément dont l'intensité est H, pénètre dans l'œil, se trouvent deux quantités qui dépendent de la constitution du système optique mis devant l'œil; ce sont la section q du faisceau lumineux par la pupille et la grandeur b de l'image rétinienne.

Mais l'intensité de cette image rétinienne dépend non-seulement de la quantité de lumière incidente, mais encore de la surface b sur laquelle cette lumière se répand, et elle est inversement proportionnelle à l'étendue de cette surface. Si nous prenons pour unité d'intensité lumineuse la quantité de lumière qui atteint l'unité de surface, nous avons pour l'intensité J de l'élément b de la rétine

, M n22 q 3 - T ~ n,« Jt» '

expression dans laquelle q seul dépend de la constitution du système optique. Si l'œil regarde l'objet sans instrument, le faisceau lumineux remplit toute la pupille, dont nous désignerons l'aire par Q, et l'intensité d'éclairage est

n,2 Q J = -LrH . \.

Or q ne peut jamais devenir plus grand que Q; cette dernière expression est donc le maximum d'intensité ; elle correspond à la clarté naturelle de l'image. L'intensité de surfaces possédant des dimensions appréciables ne peut pas cire augmentée par

238 (17S) PREMIÈRE PARTIE. - DIOPTlliQUE DR L'ŒIL. § i6i

les instruments d'optique; ils ne peuvent que la diminuer, lorsque q est plus petit que Q, et alors le rapport tic l'intensité - 1 intensité naturelle est égal à celui de q à Q.

Observations. — 1) Les instruments d'optique ne peuvent augmenter l'intensité d'éclairage que dans le cas où nous examinons, avec leur secours, des points lumineux suffisamment petits pour qu'avec les plus forts grossissements, leur image soit tout au plus aussi grande qUe les plus petits cercles de diffusion sur la rétine, et conserve par conséquent une étendue constante. C'est ce qui a lieu pour les étoiles fixes, et c'est pour cette raison qu'on peut rendre ces étoiles visibles en plein jour au moyen de lunettes très-grossissantes et de fort diamètre. La clarté apparente de l'étoile augmente proportionnellement à la quantité de lumière que l'instrument concentre dans son foyer, tandis que l'intensité du ciel environnant n'est pas augmentée.

2) De même, lorsqu'il se produit dans l'oeil des images de diffusion de surfaces lumi- • neuses d'une clarté uniforme, avec l'aide d'un instrument, l'intensité de l'image rétinienne peut tout au plus égaler, mais non surpasser celle qui répond à l'objet vu à l'œil nu. La a démonstration se fait absolument de même que pour les images vues nettement, puisque le proposition III s'applique aussi bien aux images de diffusion qu'aux images nettes. Ici encore, l'intensité est proportionnelle à l'aire de la section, par la pupille, du faisceau lumineux qui peut aller depuis le point considéré de la rétine jusqu'à la surface lumineuse.

Je me permettrai de faire remarquer qu'on commet assez souvent encore des hérésies ! à l'égard des principes que nous venons de développer relativement à l'intensité dans les I appareils dioptriques et catoptriques. Bien des personnes s'imaginent qu'en envoyant la lumière dans l'œil, dans les microscopes, etc., au moyen de lentilles collectrices ou de miroirs concaves, on peut augmenter non-seulement la grandeur apparente de la surface lumineuse, mais encore sa clarté apparente. A toute augmentation de la quantité de lumière obtenue par ces moyens répond toujours un agrandissement correspondant de l'image, en sorte que l'image gagne en grandeur, mais non pas en éclat. Aucun instrument d'optique ne< permet d'augmenter, pour l'œil, l'éclat d'une surface lumineuse de dimensions appréciables. De même une surface éclairée ne peut jamais recevoir une intensité supérieure à celle de la surface éclairante.

Proposition V.

Méthode générale pour déterminer l'intensité que présente à V observateur un élément de la rétine de l'œil observé, vu à travers un ophthalmoscope.

A) Lorsqu'on peut négliger l'affaiblissement qu'éprouve chaque rayon sur les surfaces réfringentes et réfléchissantes. Soit x un point de la partie de la rétine dont il s'agit; nous avons à rechercher quelle est la marche du faisceau lumineux^ qui va de x à la pupille du même œil. D'après les propositions I et II, une partie de ce faisceau va au corps éclairant, une autre, à la pupille de l'observateur. Soit i^' la section de la pupille de l'œil observé, p la section, dans cette même pupille, de la; partie du faisceau qui revient au corps éclairant, soit enfin H l'intensité qui appar< tiendrait à l'élément de rétine considéré, si l'œil observé, regardant sans obslach le corps éclairant, recevait sur sa rétine une image de ce corps. Nous pouvooj donner à cette intensité le nom d'intensité normale. Il est clair qu'elle dépend essentiellement de la structure de la rétine même, puis de l'intensité du corp. lumineux et de la largeur de la pupille P. Dans l'application de î'ophthalmoscopet l'intensité véritable de l'élément rétinien est nécessairement moindre : elle est

Si l'on détermine, de plus, la seclion q que possède, dans te plan do la pupille dtj l'observateur, la partie du faisceau qui va de x a celle pupille, nommant 0 M

s 16< THÉOIIII-: DK 1/01MIT1IALM0SC0PE. (170) %M

îttffacfl totale de la pupille de l'flBil observateur, un a, pour l'intensité (pie préieûte a l'observateur l'élément rétinien considéré,

B) Lorsque les rayons éprouvent une perte sensible par la réflexion et la {réfraction. Parmi les ophthalmoscopes construits jusqu'à ce jour, ce cas ne se présente que dans mon oplithalmoscope h lames réfléchissantes non étamées. Dans co cas et dans tous les cas analogues, le faisceau de rayons qui va de l'œil au corps .éclairant, perd autant que les rayons qui vont réellement de la lumière à l'œil. Il suffit donc de calculer la perte du premier faisceau. Supposons que d'un rayon allant de la lumière à l'œil observé, et dont l'intensité est 1, il pénètre dans l'œil la quantité a, et que d'un rayon semblable qui sort de l'œil observé, il pénètre p dans l'œil observateur : il faut multiplier l'expression précédente de l'intensité par a et (3 : il vient donc

I En renversant, dans les propositions précédentes, le problème de 1 éclairage de 1 œil, nous avons réduit, pour tous les cas, la recherche de l'intensité des images a la détermination de la marche d'un seul faisceau lumineux, tandis que l'ordre naturel des idées eut exige, pour déterminer l'intensité d'un élément rétinien, qu'on fît la somme des intensités de tous les cercles de diffusion superposés, qui correspondent aux différents points de la source lumineuse Je crois aussi que de cette manière on s'en fait une idée plus claire. 11 est facile, en effet, de I se figurer la marche des rayons, partis d'un point de la rétine a travers les systèmes opli- J nues relativement simples des ophthalmoscopes, dont l'un sert a l'éclairage 1 autre a 1 observation ; ce qui rend difficile, au contraire, la représentation de la marche des rayons depuis la source lumineuse, jusqu'à l'œil de l'observateur, c'est principalement le nombre infini de cercles de diffusion, empiétant les uns sur les autres, qui sont produits sur la rétine par les i points de la source lumineuse et la pupille de l'observateur.

Proposition VI.

Moyens d'obtenir une image nette du fond de l'œil.

Soient A (fig. 92) l'œil observé, a un point de sa rétine, dont l'image, formée par les milieux de cet œil, se trouve en b, b la distance pour laquelle cet œd est

FlG. 92.

accommodé. Les flèches figurées en a et en b. représentent la grandeur des .mages conjuguées. L'image de la partie de rétine est agrandie et renversée. Un obserrlteur qui voudrait voir, sans instruments, l'image de la porl.on de rélme

240 {177) PREMIÈRE PARTIE. — DIOPTRIQUE DE L'OEIL. § i6.

qui se forme en b, devrait donc, se trouver encore plus loin de l'œil A, en C par exemple, de manière que la distance Cb soit égale à la distance de vision distincte de l'observateur. Mais, dans ces conditions, ie champ visuel de l'observateur, limité par la pupille de l'œil observé, serait tellement petit, qu'il serait impossible de rien distinguer.

On a, jusqu'à présent, suivi deux méthodes pour rendre la position de l'image b plus commode à l'observateur. Dans l'une, on forme une image virtuelle et droite de la rétine; dans l'autre, une image réelle et renversée.

A. — Production d'une image virtuelle et droite de la rétine.

A cet effet, on emploie une lentille concave B (fig. 93) dont la distance focale Bp est plus petite que la distance du point b à cette lentille. Une semblable lentille rend divergents les rayons lumineux venant de A et qui convergent vers b, de

Fig. 93.

telle sorte qu'ils paraissent venir d'un point d qui serait situé en arrière de l'œil observé. Ici encore, les flèches représentent la position et la grandeur de la portion I de rétine et de ses images.

Désignant par p la distance focale négative de la lentille concave, par a la distance Bb, par y la distance dB, nous avons

y doit être égal à la distance visuelle de l'observateur, s'il doit voir distinctement : l'image de la rétine formée en d, tandis que a dépend de la distance d'accommodation A b de l'œil observé et de la distance de A à B. Si l'on a déterminé la valeur de ces deux dimensions, on peut déduire, de l'équation indiquée, la valeur r qu'il faut donner à p pour obtenir des images distinctes.

Si les deux yeux étaient accommodés pour une distance infinie, ce qui implique <x = y = oo, on aurait nécessairement aussi p = oo, c'est-à-dire qu'on n'aurait pas besoin de lentille.

Il en est de même si les deux yeux ont des degrés de myopie et d'hypermétropie qui se compensent.

Ordinairement, même pour examiner un œil myope, l'œil emmétrope n'exige pas de lentille pour les parties excentriques de la rétine, parce que celles-ci paraissent, même dans la myopie forte, être situées à une distance convenable pour recevoir des images assez nettes des points lumineux éloignés, et qu'inversement,

§ ic. THÉORIE DE L'OPHTHALMOSCOPE. (178) m

pour celte raison, les milieux de l'œil donrient, à l'observateur, une image assez bonne de ces parties périphériques de la rétine.

Dans ce mode d'observation, l'image de la rétine, vue en d, est droite.

Quant au grossissement, figurons-nous en b un objet lumineux dont l'image se forme en a sur la rétine. Les rayons émergents forment, de l'image rétinienne, une image qui coïncide en b avec l'objet lumineux, ainsi que cela résulte des principes, déjà vus, de la lueur oculaire. Désignons par (3 la grandeur commune de l'objet lumineux et de son image en b, par <5 celle de l'image vue en d par l'observateur, on a

On peut prendre pour mesure de la grandeur apparente de l'image, le quotient de sa grandeur vraie par sa distance à l'œil de l'observateur. Si cet œil est placé tout contre la lentille, la grandeur apparente de l'image est

Désignons, d'autre part, par q la distance AB ; la grandeur apparente de l'objet b

nour l'œil A est — — , elle est donc un peu moindre que celle de l'image S

pour l'observateur. Si la distance visuelle de l'œil A est beaucoup plus grande que q, on peut négliger q par rapport à a, et la grandeur apparente de l'objet lumineux est également 2 pour l'œil observé.

Dans la disposition décrite, les images rétiniennes de l'œil sont donc vues par l'observateur sous un angle égal à celui sous lequel les objets correspondants sont vus par l'œil observé, ou sous un angle un peu plus grand. De là il est facile de déduire le grossissement des portions de rétine de l'œil observé. Soient x la grandeur de l'image de (3 formée sur la rétine en a, et y la distance du second point nodal de l'œil à la rétine, on a

o y X M . ce

multipliant membre à membre, — = * — - .

Dans l'œil schématique de Listing, on a y = 15mn\0072 (ou G, 694 lignes de Paris); pour y, nous prendrons 8 pouces, dislance visuelle généralement adoptée pour les calculs de grossissement. 11 en résulte pour le grossissement

8Û2(*70) PREMIÈRE PARTIE. - DIOPTRFQUE DE UŒïL. § 16.

Comme q est ordinairement très-petit par rapport à a, nous pouvons admettre, pour le grossissement, le chiffre Ik %»

Dans celle méthode, le champ visuel n'est pas nettement circonscrit, étant limité par le bord de la pupille de l'œil observé, bord qui est vu diffusément. Pour choisir une limite déterminée, on peut prendre les lignes de visée de l'observateur, menées suivant le bord de la pupille de l'œil observé, et dont le point d'intersection (1) se trouve au centre de la pupille de l'observateur. Si l'on traite ces lignes de visée comme des rayons lumineux émis par le centre de la pupille de l'observateur, on trouve que le champ visuel de l'observateur, sur la rétine de l'œil observé, correspond à l'image de diffusion que donnerait, sur cette rétine, le centre de la pupille de l'observateur. Si ce centre, ou plutôt son image vue à travers la lentille concave, se trouve au premier foyer de l'œil observé, le cercle de diffusion, comme nous l'avons vu dans le paragraphe précédent, au sujet des images entoptiques, possède précisément la même grandeur que la pupille de l'œil observé. Mais, le plus souvent, l'œil de l'observateur ne peut pas se rapprocher autant de l'œil observé, et alors le cercle de diffusion qui donne la mesure du champ visuel devient plus petit que la pupille de l'œil observé, et diminue d'autant plus que l'observateur s'éloigne davantage.

B. — Production d'une image réelle et renversée de la rétine.

La seconde manière de faire voir aisément à l'observateur l'image de la rétine, consiste à tenir près de l'œil observé une lentille convexe d'une faible distance focale : de 1 à 3 pouces, par exemple. — Soient, comme précédemment (fig. 9k), a un point éclairé de la rétine, b son image en avant de l'œil observé A, soit B une lentille convexe que les rayons rencontrent avant de se réunir pour former l'image. Cette lentille produit en (/ une image plus petite et plus rapprochée que b, et qui est renversée comme l'était l'image située en b. L'œil de l'observateur est en C, à une distance qui lui permette de s'accommoder à l'image d.

Soit p la distance focale positive de la lentille B ; continuons à désigner la distance Bb par a et la distance Bd par y, nous avons

Fig. 94.

oc

Comme a est ordinairement bien plus grand que p, on voit que y devient presque égal à p, mais reste toujours un peu moindre.

(1) Voy. § 11, p. 123.

§ 16. THÉORIE DE L'OPHTHÀtMOSCOPË. 243

Soient x la grandeur que possède un élément rétinien en «, soit (3 celle de son image en b, soit <î celle de la dernière image en d, soient encore y la distance du second point nodal de l'œil à la rétine, q la distance du premier point principal de la lentille fi au premier point nodal de l'œil A, on a

Multipliant membre à membre et tenant compte de la relation qui lie a, y et p,

il vient — = — ■ — - = — - — ■ .

En général, on place la lentille D de manière que la pupille de A se trouve à l'un de ses foyers principaux; p devient alors sensiblement égal à q, et le grossissement est

Si nous prenons pour y la valeur qui lui appartient dans l'œil schématique de Listing, il s'ensuit que l'image S

est grossie 2 fois, pour = 30mm (13"', 4),

— 3 — p = 45mm (20"', 1),

— l\ p = Mmm (26"', 8).

Tel est le grossissement véritable de l'image objective. Si l'on représente par c la distance Cd, le grossissement est, pour l'observateur,

— X 8 pouces.

yc

Dans cette méthode, l'observateur voit son champ visuel limité par la pupille de l'œil observé, tant que la lentille convexe est très-voisine de l'œil. Plus on éloigne la lentille, plus la pupille paraît grossie, jusqu'à ce qu'enfin, lorsqu'elle se trouve au foyer de la lentille, le bord pupillaire disparaisse tout à fait du champ visuel dont l'étendue n'est plus limitée alors que par l'ouverture de la lentille. Pour déterminer l'étendue du champ visuel, nous pouvons, comme dans le cas précédent, raisonner sur les lignes de visée de l'observateur comme sur des rayons lumineux. D'abord, la lentille II forme près de son foyer une image du point de Croisement de lignes de visée qui se trouve, par conséquent, à peu près dans le plan de la pupille de l'œil observé. De là, les lignes de visée divergent vers le fond de l'œil observé. Comme le point de concours de ces lignes vient se placer dans le voisinage du point nodal antérieur de l'œil observé, ou vient même se confondre avec ce point, suivant la position de la lentille /?, on voit que les lignes de *isée de l'observateur pénètrent presque sans déviation dans l'œil observé. Leur

m (180) PREMIÈRE PARTIE. - D10PTRIQUE DE L'ŒIL. § 16.

marche est indiquée, clans La figure 9l\, par les lignes ponctuées. Soit u l'ouverture de la lentille B, et v le diamètre du champ visuel sur ia rétine, on a

Comme, pour de si petites lentilles, on peut fort bien rendre l'ouverture égale à la demi-distance focale, ce qui donne u = */s p, on a alors.

1 / mm

On embrasse donc., dans ce cas, un champ visuel plus étendu qu'on ne l'obtient à l'image droite, observée sans avoir recours à la dilatation artificielle de la pupille au moyen de l'atropine.

vu.

Appareils éclairants des ophthalmoscopes.

Dans les trois méthodes indiquées plus- haut, l'éclairage peut se faire, [soit directement, soit au moyen d'un miroir opaque et percé d'une ouverture, soit enfin en employant comme miroir des lames de verre non étamées.

1) . L'éclairage sans aucun miroir ne peut être employé que pour l'image renversée de la réline ; il demande une très-grande adresse et ne peut être recommandé que dans le cas où l'on n'aurait à sa disposition aucun autre instrument qu'une simple lentille convexe à court foyer.— Le mode d'observation est le suivant. L'observateur regarde vers l'œil observé, en rasant le bord d'une lumière contre les rayons directs de laquelle il est protégé par un écran (voy. fig. 88), et il ajoute au-devant de l'œil observé une lentille convexe de 2 à k pouces de dislance focale (voy. fig. 94). Pour trouver la position convenable, on place d'abord la lentille tout près de l'œil observé, puis on l'éloigné peu à peu, jusqu'à ce que la pupille paraisse tellement grossie que ses bords disparaissent derrière ceux de la lentille. On voit alors en d (fig. 9k) une image réelle et renversée de la rétine. Pour déterminer l'intensité de cette image, suivons, d'après les règles du n° V de ce paragraphe, le faisceau de rayons qui part du point a de la rétine (fig. 9k) ; ce faisceau converge vers b par l'effet des surfaces réfringentes de l'œil, puis vers d par l'action de la lentille B : en arrière de d il diverge, et en qq, où se trouve l'œil de l'observateur, il est certainement assez large pour que la pupille de cet œil puisse y plonger en entier et voir, par suite, la portion de rétine avec toute son intensité véritable. D'après ce qu'on a vu en V, le rapport de cette intensité vraie à l'intensité normale, c'est-à-dire la plus grande possible, est le même que celui de la partie qq du cône lumineux qui atteint la flamme, au cône entier. Or si la flamme est suffisamment grande et convenablement placée, il suffit que très-peu de rayons du cône qq passent à côté de la flamme pour que la pupille de l'observateur en soit remplie. Alors l'intensité vraie de la portion de rétine a n'est guère inférieure à l'intensité normale, et, pour l'observateur, l'intensité apparente est égale à l'insensité vraie.

2) . L'observation devient bien plus commode si l'observateur se sert d'un miroir

[ l6 THÉORIE DE L'OPHTIIALMOSCOPE. W)

opaque et percé pour éclairer l'œil A, -Soient toujours (fig. 95) A l'œil observé B l'œil observateur, C la lentille convexe, SS un miroir percé. Le pointa de a rétine donne en d une image que l'observateur examine à travers l'ouverture du miroir. De tout le cône lumineux venant de a, on ne perd, pour l'éclairage, que

Fig. 95.

la faible partie qui traverse l'ouverture du miroir : tout le reste se réfléchit et peut être dirigé sur le corps lumineux. A cette fin, le miroir SS peut être, soit un miroir concave (Ruete), soit un miroir plan (Coccius) on convexe (Zehender), auprès duquel est adaptée une lentille L qui réunit les rayons sur le corps éclairant. De cette exposition on peut déjà conclure, d'après le n° V, que l'intensité de l'éclairage peut être très-voisine de l'intensité normale.

Nous avons trouvé que le champ visuel de l'observateur est déterminé par la grandeur de la lentille C, lorsque la pupille est au foyer de celte lentille. Cherchons à savoir dans quelle étendue la rétine peut être éclairée. Gomme toute la lumière qui pénètre dans l'œil de l'observateur a traversé la lentille C\ il est évident que le champ éclairé de la rétine ne peut pas être plus grand que l'image de diffusion de cette lentille ; cette image de diffusion elle-même, comme nous l'avons montré au n° VI, répond au champ visuel de l'observateur. Cette image de diffusion présente dans toutes ses parties son maximum d'intensité si chaque point delà lentille C envoie de la lumière à chaque point de la pupille. Cette condition est remplie lorsque la pupille de l'œil observé est au plus égale à l'image que la lentille C donne du miroir SS (ou de la lentille L) dans le voisinage de la pupille, et que, de chaque point de ce miroir excepté le trou central, il vient de la lumière sur chaque partie de la lentille C : or c'est ce qui a lieu lorsque la lentille C se trouve à l'endroit où le miroir donne une image de la flamme />, et que la lentille est au plus aussi grande que cette image.

Pour donner un exemple d'une construction de ce genre, supposons qu'on demande à l'ophthalmoscopc un grossissement de quatre fois et qu'on donne, en conséquence, à la len-

348 (183) PREMIÈRE PARTIE. — DIOPTRIQUE DE L'ŒIL. § iG.

tille C une distance focale de 60mm el une ouverture de 30mm. Le miroir, que nous prendrons concave, pour fixer les idées, doit être suffisamment loin de d pour que l'observateur puisse accommoder son œil à l'image formée en ce point. — Prenons cette distance égale à 150mm. Alors le miroir S est à une distance de 210"'m de la lentille C. D'après l'équation 14 b) du § 9, l'image du miroir par la lentille possède °%so = a/s de la grandeur du miroir môme; or comme cette image du miroir doit être de même grandeur que la pupille de l'œil observé, et que celle-ci peut atteindre, par mydriase artificielle, une largeur de 10min nous devons donner au miroir un diamètre de 25 millimètres.

La distance focale qu'il nous faut donner au miroir est déterminée maintenant par la condition que l'image qu'il donne de la flamme doit recouvrir la lentille C. La flamme d'une forte lampe mesure environ 15mm de diamètre. Si, dans l'équation 14 b) du § 9 (p. 84), nous posons le diamètre fJt de la lentille C égal à 30mm, le diamètre /32 de la flamme égal à 15mm, la distance de C à S égale à 210ram, nous trouvons 70mm pour la distance focale F dû miroir, et la flamme de la lampe doit être à 105mm du miroir.

Si, au lieu d'un miroir concave, on veut employer un miroir plan et une lentille convexe, comme dans la figure 95, au lieu de la distance qui sépare le miroir de la lentille C, il faut introduire dans le calcul la somme des distances des deux lentilles L et C au centre du miroir.

Si l'observateur tient librement dans sa main le miroir et la lentille, il lui est évidemment impossible de maintenir exactement ces instruments dans les positions qui ont servi de base au calcul; même en s'écartant très-notablement de ces conditions, on obtient d'assez bonnes images ; cependant il est utile que l'observateur connaisse les meilleures conditions dans lesquelles il puisse tenir son appareil.

Quand on emploie un miroir percé dans l'observation de l'image droite, les conditions sont plus désavantageuses. — Dans la figure 96, A désigne encore l'œil

observé, B celui de l'observateur, S le miroir. Si l'on veut examiner le point a de la rétine, il faut qu'une partie du cône lumineux qui en émane pénètre dans l'œil de l'observateur — nous nommerons « cette partie — et qu'une autre par lie (1— a) soit réfléchie par le miroir vers la lumière. Si donc H est l'intensité normale de la portion de rétine a, d'après ce qu'on a vu au n° V (p. 238), l'intensilé vraie de cette portion rétine est H (1 — a). Soit, comme plus haut, Jh surface de la pupille apparente de l'œil observé A, soit R celle de B, soit g la distance qui sépare ces deux pupilles apparentes, et enfin h la distance d'accommodation de l'œil A, on a, pour la seclion de la partie du faisceau lumineux qui pénètre dans l'œil de l'observateur,

FlG. 96.

aJ

Cette section est, en général, moindre que fi. L'intensité apparente pour l'observateur est alors

La quanlilé a (1 — a) atteint son maximum pour «= l/s : elle devient alors •/<• La disposition la plus avantageuse, sous le rapport de l'éclairenioni, sera donc

, tfi THÉORIE DE I/OPI1TI1ALMOSCOPK. 2''7

Le' où la moitié du cône lumineux pénètre dans l'œil de l'observateur et où l'autre moitié est réfléchie. On obtient alors l'intensité

J . (Ii — gf)"

Rlr

Pour éclairer le pins grand champ possible dans l'œil observé, on doit employer une flamme do grande dimonsion et très-rapprochée, et, si cela ne suffit pas, [n peul ajouter en L une lentille convergente. Colle lentille donne-t- elle une image de la flamme qui couvre toute la pupille, on se trouve avoir éclaire, dans L'œil observé, toute l'image de diffusion de la lentille L.

3) Dans l'observation de l'image renversée , l'éclairage au moyen de lames de verre non étamées ne donnerait qu'un quart de l'intensité qu'on obtient au moyen de miroirs opaques percés. Mais, en revanche, les lames non étamées peuvent Cire employées avec avantage , dans certains cas, pour l'observation de l'image droite.

Prenons, en effet, le miroir SS de la figure 96 comme non perce et transparent, et formons-le d'une ou de plusieurs lames de verre superposées. Appelons a la partie de chaque rayon lumineux incident qui traverse le miroir, et (1 — a) la partie qui en est réfléchie. Si H est l'intensité normale de la portion de rétine a, éclairée directement, la lumière réfléchie par le miroir ne donne que l'intensité #(!—«). La section du faisceau lumineux venant de a est alors, à son arrivée en Bf

Comme les lames ne laissent passer que la partie « de la lumière, l'intensité apparente pour l'observateur est

Dans ce cas encore, cette expression atteint son maximum pour «=7s> et elle prend la valeur

tant qu'on a R <C •

Celle condition est, en général, remplie dans des yeux normaux, puisque la pupille ./ de l'œil A , qui reçoit une grande quantité de lumière, est en général plus étroite que la pupille R de l'observateur. Le contraire ne se présente que pour le cas d'une dilatation artificielle de la pupille au moyen de l'atropine, et alors l'intensité apparente devient simplement '/* Dans ce cas' l'observation au moyen d'un miroir percé est plus avantageuse, car, avec cet instrument, l'expression de l'intensité que nous avons donnée est applicable tant qu'on a

Il < « . ; et « = */, •

2/i8 (184) PREMIÈRE PARTIE. — DIOPTRIQUE DE L'OEIL. § ig.

Quand on examine des yeux normaux sans employer l'atropine, on pourrait obtenir la même intensité par l'un ou l'autre prorôdé d'éclairage, si les pupilles étaient immobiles. Mais le miroir étamé envoie, en somme, plus de lumière dans l'œil observé, l'éblouit davantage, ce qui cause une contraction plus considérable de la pupille, de telle sorte que, dans ces conditions, le miroir non étamé peut donner un plus grand champ visuel et une plus grande intensité. En outre, il éclaire d'une manière uniforme la portion de réline que l'on examine, tandis qu'avec le miroir percé, l'image de diffusion du trou rend l'éclairage irrégulier. Enfin, le reflet cornéen est moins gênant avec le miroir non étamé, parce que la lumière réfléchie par le miroir est plus ou moins polarisée, et qu'étant renvoyée par la cornée sans changement dans sa polarisation, elle ne traverse qu'en faible proportion les lames de verre.

Pour que le miroir non étamé renvoie la moitié de la lumière incidente, on peut le former d'une seule lame de verre ou de plusieurs lames superposées, mais il faut choisir en conséquence, l'angle d'incidence des rayons réfléchis. L'angle d'incidence convenable est

de 70°, pour une lame,

60°, — trois lames,

56°, — quatre lames.

Formes des ophthalmoscopes.

1) Ophthalmoscopc de Helmholtz, avec lames de verre réfléchissantes et lentilles concaves. — Cet ophthalmoscope est représenté (pl. III, fig. 1) en coupe et en grandeur naturelle, et (fig. 2) vu de face, moitié grandeur, avec une modification de sa forme primitive, due au mécanicien Rekoss, et qui consiste en deux disques mobiles qui portent les lentilles concaves nécessaires. Les trois lames réfléchissantes sont marquées oa. Dirigées en avant, ces lames forment l'hypothénuse d'une boîte prismatique dont la base est un triangle rectangle, ainsi qu'on le voit sur la coupe (fi;*. 1). Les autres faces de ce prisme creux sont formées de lames métalliques, et pour absorber le plus possible la lumière, elles sont tapissées de velours noir. La plus petite des faces rectangulaires du prisme est fixée au support de l 'ophthalmoscope, de manière à pouvoir tourner autour de l'axe optique de l'instrument, et elle porte une ouverture suivant cet axe. Les lames de verre sont reliées à la boîte prismatique au moyen d'un cadre rectangulaire ; le cadre lui-même est fixé, au moyen de deux vis ee, aux bases triangulaires du prisme. Les lames de verre forment un angle de 56° avec l'axe optique de l'instrument.

Le support métallique gg de l'instrument porte un axe dd autour duquel tournent deux disques bb et ce. Chacun de ces disques est percé de cinq ouvertures. Dans quatre de ces ouvertures sont serties des lentilles concaves de 6 à 13 pouces de distance focale; la cinquième est vide. On peut amener successivement ces ouvertures dans l'axe optique de l'instrument, de manière que l'observateur, qui

§ 16. DESCRIPTION D'OPHTHALMOSCOPES. (18$) 2/j9

applique son œil à la bonnette voit à travers l'oculaire cl les lames au. Dans la figure l, on a amené sur l'axe l'ouverture libre du disque bb et l'une des lentilles du disque ce. On voit que l'observateur peut amener devant son œil l'une quelconque des huit lentilles ou de leurs combinaisons deux à deux. Pour que les disques ue se déplacent pas sans la volonté de l'observateur, leurs bords portent des encoches où viennent buter les extrémités de deux ressorts h.

Pour les observations à l'image droite, c'est-à-dire avec un fort grossissement, laites sur des personnes dont on n'a pas dilaté artificiellement la pupille, surtout avec les sujets dont l'œil est très-sensible à la lumière, par les motifs que j'ai indiqués plus haut dans la théorie de l'éclairage au moyen de lames de verre non étamées, je persiste à trouver que cet ophthalmoscope à main, le plus anciennement décrit, est celui dont l'usage est préférable. Un œil sain peut supporter pendant des heures, sans en être ébloui, l'éclairage que donne ce miroir. C'est ainsi qu'il m'est souvent arrivé de montrer successivement, avec cet instrument, ma rétine à vingt étudiants, sans en éprouver d'incommodité, tandis que l'œil ne peut guère supporter, pendant cinq minutes, l'éclairage au moyen des miroirs étamés sans être fortement ébloui. Aussi je préfère ce miroir aux autres pour la plupart des expériences physiologiques. Pour les oculistes, au contraire, il est

I plus avantageux d'avoir le champ visuel très-étendu et fortement éclairé, en sacrifiant le grossissement; aussi emploient-ils, le plus souvent, des miroirs étamés percés et des lentilles convexes.

Pour se servir de l'instrument, l'observateur s'assied en face et tout près du sujet, et place à côté de lui une forte lampe. Un écran est disposé de manière à mettre dans l'ombre la figure de l'observé. Sans regarder dans l'instrument, l'observateur commence par le placer à peu près dans la position qu'il doit occuper devant la figure du sujet, et le tourne de manière que le reflet des lames de verre vienne éclairer l'œil à observer. Alors, regardant dans l'instrument, il voit la rétine éclairée en rouge. S'il ne peut pas aussitôt accommoder son œil aux

| parties plus fines de la rétine, il fait tourner, avec l'index de la main qui tient l'instrument, un des disques porte-lentilles, jusqu'à ce qu'il ait trouvé le verre concave convenable.

Si la rétine cesse d'être éclairée, on n'a qu'à se reporter au reflet brillant des lames de verre sur la figure du sujet, et à ramener ce reflet sur l'œil.

2) Op/tt/mlmoscope de Ruete, à miroir concave percé, représenté ci-après (fig. 97) sur un pied.— Sur un support de bois tourné, s'élève une colonne creuser, dans laquelle est logé un cylindre mobile de bois, b, qu'on peut fixer à une hauteur quelconque au moyen d'un ressort. Ce cylindre porte un demi-anneau c de laiton, qu'on peut monter, descendre ou déplacer latéralement avec le cylindre de bois.' Cette demi-bague porte un miroir concave percé, d, d'un diamètre d'environ 3 pouces et d'une distance focale d'environ 10 pouces. Suivant qu'on serre plus on moins les vis qui le maintiennent, ce miroir peut tourner plus ou moins librement autour (U-, son axe horizontal. A moitié hauteur de la colonne a se trouvent ta bagues de bois, e d /; qui peuvent tourner autour de la colonne Ces bagues portent chacune un bras horizontal, g et // ; le bras g supporte un écran noir qui

250 PREMIÈRE PARTIE. - DIOPTMQUR DE ÉflOElL. § 1C.

sort h protéger l'observateur contre la lumière de la lampe el aussi à affaiblir, au besoin, la lumière que le miroir envoi" /mus l'œil observé, ce qu'on réalise en recouvrant une partie du miroir par l'écran. Le bras h, long d'un pi.nl, et qui porte une division en pouces, supporte deux colonnes verticales i et k, mobiles d'arrière, en avant; chacune d'elles reçoit une tige de laiton, / et m, munie d'un ressort à son extrémité inférieure; on peut faire monter ou descendre ces tiges, et lesi

FiG. 97.

ressorts permettent de les fixer à la hauteur qu'on veut. Sur ces tiges on adaptesuivant les cas, des verres concaves ou convexes qui réunissent en une image dis tincte pour l'observateur, les rayons lumineux émanés de l'œil observé. A est lil sujet observé, B l'observateur. Le dessin fera comprendre facilement le reste.

Cet instrument se prête mal à l'examen de l'image droite, que les oculiste! pratiquent assurément moins souvent que celui de l'image renversée. Le motif ei est que les deux yeux ne peuvent pas se rapprocher suffisamment, et que, pa suite, le champ visuel est peu étendu. Pour l'observation de l'image renversée au contraire, dont on fait grand usage dans les cliniques, l'instrument parai très-commode, particulièrement lorsqu'on fait diriger par un aide la tête du suje de manière que sa pupille vienne se placer au foyer des rayons lumineux; o peut, de plus, en ajoutant un second verre convexe, dont la vraie place est den ier le miroir, former une sorte de petite lunette d'approche et obtenir un plus foi grossissement. L'intensité lumineuse de l'instrument est très-grande. - C( ophthalmoscope ne permet pas d'examiner les images rétiniennes.

3) Ophthalmoscope d'Epkens, avec miroir plan percé, monté sur un pied, ( modifié par Donders et Van Trigt.- L'instrument entier est représente en coup horizontale (pl. III, fig. 3) et en élévation (fig. h). Le miroir 0, représente ans, isolément (fig. 5), est une lame de verre étamée, au centre de laquelle on a enœw le tain sur mie surface à peu près égale à celle de la pupille; plus lard, Dontte*

g 16. DESCRIPTION D'OPHTHALMOSCOPES, (488) 251

a fait percer le miroir, à l'exemple de Coccius, pour éviter l'affaiblissement que l i réflexion faisait subir à la lumière avant son entrée dans l'œil de l'observateur, l.c miroir, contenu dans une boîte cubique EE, est fixé de manière à pouvoir tourner, par l'action du bouton F, autour d'un axe vertical. L'œil à observer est appliqué en .V a l'ouverture de la boîte, celui de l'observateur, en 0. Près de cet œil, on voit un disque avec différentes lentilles, analogue à celui que Rekoss a ajouté à l'opbtlialmoscope de Helmholtz. Donders choisit trois verres positifs de de 20, S et h centimètres de distance focale, et trois verres négatifs de 16, 10 et 6 centimètres.

Epkens avait joint h la boîte cubique un tube conique à l'extrémité duquel il disposait une lampe, 'au lieu du micromètre M qu'on voit sur la figure. A l'extrémité du tube on peut, si cela paraît nécessaire, ajouter une lentille positive dont le foyer soit peu distant de la flamme, de manière que toute la lentille paraisse lumineuse à l'œil observé, ce qui a pour effet d'éclairer une plus grande partie de la rétine de cet œil. L'appareil tout entier peut monter ou descendre le long de la colonne cylindrique A qui lui sert de support. En If, on a figuré un écran circulaire recouvert d'une étoffe noire, destiné à arrêter la lumière inutile; enfin, à la partie inférieure de l'instrument, et suspendu à la tige Z, un morceau de taffetas gommé ZZ, sépare les visages de l'observateur et de l'observé.

Comme il était difficile de faire exécuter aux malades les mouvements désirés, Donders et Van Trigl augmentèrent la mobilité de l'appareil : le tube put tourner (dans une bague C, le cube EE fut rendu mobile autour d'un axe déterminé par Iles vis b et c. La lampe fut séparée de l'instrument. A l'extrémité du tube G on adapta un micromètre dont les pointes se dessinent sur la rétine de l'œil observé, lorsque celui-ci est exactement accommodé. Pour rendre possible cette accommodation, le micromètre fut rendu mobile au moyen du tube G qui se déplace parle tube B. On voit en Fia vis micrométrique au moyen de laquelle on fait parier et l'on mesure la distance des pointes. Soit n la distance des pointes, soit x leur distance au premier point nodal de l'œil observé; prenons 15mm pour la distance du point nodal postérieur à la rétine, la distance des pointes dans l'image tétitienne est

y = — X 1Smin.

as

Si l'on adapte au-devant de l'ouverture 0 un appareil à dessiner, tel qu'on les emploie en micrographie, et qu'on figure sur le dessin la distance des pointes en 'me temps (pie les vaisseaux, etc., de la rétine, on peut déterminer la vraie randeur des différents objets qu'on aperçoit sur cette membrane.

l'Ins tard, Donders a ajouté, pour les yeux très-myopes, un second micromètre I'i'on peut enfoncer dans le tube B. De plus, pour l'examen après dilatation de la wpiUe par la belladone, il a ajouté, à l'extrémité du tube B, une partie évasée en ônc, munie d'une lentille ayant une ouverture plus grande que J} afin d'éclairer l;ills l'œil un champ plus étendu.

Cet ophihalmoscopc est destiné particulièrement à l'examen de la réline dans «Wge droite. Il permet d'observer et de mesurer avec sûreté et exactitude les

252 (187) PREMIÈRE PARTIE. - DIGPTRIQUE DE L'OEIL. § 16j

images rétiniennes et les moindres détails du fond de l'œil ; il est, de plus, d'un maniement facile et commode.

L'ophthalmoscope portatif de Saemann est d'une construction analogue. Qu'on ; se figure le tube du miroir d'Epkens réduit à un simple ajutage de la boîte cubique, qu'on supprime le pied et qu'on remplace le disque aux lentilles par une bague qui puisse recevoir successivement les différents verres, et l'on a l'ophthalmoscope de Saemann.

k) Ophthalmoscope portatif de Coccius, avec un miroir plan, étamé, percé, , accompagné d'une lentille d'éclairage. — Représenté fig. 98, l'instrument consiste

en un petit miroir plan, carré, a, de Ik lignesde côté. L'ouverture a un diamètre de 2 lignes, et son bord antérieur, celui qui est tourné vers; l'œil observé, est un peu aminci. Le miroir estenchâssé dans une mince lame de laiton qui présente, à sa partie inférieure, un prolongement fixé à la lige b. La lentille d'éclairage possède* une distance focale de 5 pouces ; pour qu'on puisse la remplacer par d'autres, elle est contenue* dans un anneau f, à rainure et formant ressort,! et qui est porté par la tige g et la traverse évidéerfj En vissant fortement le manche e, on peut fixer la traverse et, par suite, la lentille /, dans là position qu'on veut. Démonté, cet instrument) tient facilement dans un petit étui.

Coccius met, comme Ruete, les verres concaves de même que les verres convexes entre le miroir et l'œil observé. Comme cette disposition est désavantageuse pour les verres concaves, à cause des images réfléchies, on a ajouté plus tard, en arrière du miroir, plusieurs verres concave» dans un petit cadre, ou isolés et dans des anneaux.

A cause de sa mobilité, cet ophthalmoscope est très-approprié aux usages médili eaux * il permet facilement l'examen à l'image renversé, comme l'ophthalmoscope de Ruete, et l'examen à l'image droite, comme celui d'Epkens.

5) Ophthalmoscope portatif de Zehender, avec miroir métallique, convexe percé, accompagné d'une lentille collectrice, le tout disposé comme l'instrumen de Coccius. — La seule différence notable entre cet instrument et le précédent c'est que le miroir plan, de verre, est remplacé par un miroir métallique cou, vexe de 6 pouces de distance focale. En faisant varier la distance de la lenlil convexe au réflecteur convexe,, on peut faire varier à volonté la distance fecah

du système éclairant.

Le miroir de métal, qui nous donne naturellement un bord mince, bien opaqu et dépourvu d'aspérités qui puissent réfléchir de la lumière, me paraît présente un avantage capital. J'ai démontré plus haut que, pour obtenir la plus grand intensité possible dans l'observation de l'image droite au moyen du miroir perci

Fig. 98.

g 16. DESCRIPTION D'OPHTHALMOSCOFES; 253

il faut que l'œil do l'observateur ne reçoive que la moitié du faisceau lumineux émis par chaque point de la rétine, tant que la pupille de l'œil observé ne présente pas une surface plus que double de celle de l'observateur. L'observateur devra àom -, en général, cacher une partie de sa pupille derrière le bord du trou et avoir une partie de ce bord devant l'œil. Il est donc avantageux d'éviter sur ce boni tout ce qui pourrait réfléchir de ta lumière; cette condition est bien mieux remplie avec le miroir métallique de Zehendcr qu'avec le miroir de verre de Coccius.

6) Miroir prismatique de Meyerstein. — Au lieu de miroir métallique , on s.' sert d'un prisme rectangulaire, dont l'hypothénuse agit comme surface réfléchissante. L'observateur regarde à travers une ouverture pratiquée dans le prisme.

Plus tard, au prisme percé, Meyerstein a joint une lentille d'éclairage, il a ajouté une petite lunette d'approche entre l'œil de l'observateur et le prisme, et enfin, pour diminuer le prix de l'instrument, il a remplacé le prisme par un miroir percé ; je crois d'ailleurs que l'emploi du prisme offrait plutôt des inconvénients qu'un avantage quelconque. Le tout est fixé à une monture qu'on peut appliquer contre le bord orbitaire de l'œil observé ; un bras deux fois articulé porte une petite bougie qui sert à l'éclairage.

Comme l'œil observé est complètement mis dans l'obscurité, on dit qu'il est possible de se servir de cet appareil sans avoir besoin d'une chambre noire. En faisant avancer ou reculer l'oculaire de la petite lunette, on peut mettre le système optique au point pour tous les yeux.

7) Ophthalmoscope d'Ulrich. — Les parties essentielles de l'ophthalmoscope de Ruete sont contenues dans un tube portatif, qui porte latéralement une lumière.

8) Ophthalmoscope généralement employé. — La forme d'ophthalmoscopc, dont l'usage s'est le plus généralisé parmi les oculistes, se rapproche le plus de celui de Coccius ou de celui de Zehender, dont nous avons parlé plus haut; seulement on remplace le miroir plan ou convexe et la lentille convexe éclairante de ces instruments par un miroir concave sans lentille, d'une distance focale de 5 à 6 pouces et de 1 pouce de diamètre. Tantôt les miroirs sont de métal, ce qui présente l'avantage d'une ouverture plus nette, à bords tranchants, qui ne réfléchissent pas la lumière, tantôt ils sont de verre étamé, percés au milieu. Ces miroirs tle verre possèdent une surface réfléchissante moins altérable et sont plus clairs, en général, que les miroirs métalliques ordinaires. Mais, par contre, ils ont, surtout pour l'éclairage de l'image droite, le désavantage de ne pas offrir, entre la surface réfléchissante et l'ouverture, un bord aussi net et aussi tranchant que les miroirs métalliques.

9) Autophthalmoscopes. — Nous décrirons plus loin (p. 211 de l'édit. ail. ) le procédé par lequel, d'après Coccius, tout observateur peut voir le fond de son

254 {188) PREMIÈRE PARTIE. — DI0PTRIQUE DE L'CEIL. g ig.

propre œil. Un miroir percé quelconque peut servir a cet usage; le mieux est i d'employer util miroir convexe. — F. Heymann a décrit un autre auloplithalmoscope à l'aide duquel l'œil gauche peu! TOir la rétine éclairée de l'œil droit. La lumière pénètre dans l'œil droit à travers l'ouverture dont est percé un miroir plan; le gauche regarde vers l'ouverture et aperçoit, dans cette direction, une image réfléchie de l'œil droit. Devant l'œil droit on place, comme dans l'ophlhalmoscope de Ruete, une lentille convexe de 2 pouces il h de distance focale, au i foyer de laquelle se trouve la pupille de cet œil. Cette lentille donne en même temps à son foyer une image renversée de la rétine. Près de cette image est disposé un prisme rectangulaire à réflexion totale qui dirige les rayons vers le miroir percé. Une seconde lentille convexe placée entre le prisme et le miroir, et une troisième placée devant l'œil gauche, forment une sorte de lunette brisée à travers laquelle l'œil gauche voit l'image rétinienne du droit; cette lunette empêche en même temps les deux yeux d'accommoder pour l'ouverture du miroir. Afin de pouvoir examiner successivement différentes parties de la rétine, Heymann : amène encore, devant l'œil observé, un verre prismatique de force variable dont le bord réfringent peut être placé dans différentes directions.

10) Vophthalmoscope binoculaire de Giraud-Teulon est décrit plus loin (p. 684 de l'édit. allem.). On doit au même auteur un autophthalmoscope analogue à celui de Heymann.

Disons quelques mots des observations qu'on peut faire sur les yeux normaux, au moyen de l'ophthalmoscope. — Le fond de l'œil, sous un fort éclairage tel qu'on l'obtient à l'image renversée, paraît rouge; seule, la partie oùii

pénètre le nerf optique paraît d'uni blanc clair. Sur le fond rouge, onu distingue tout de suite les ramifications des vaisseaux de la rétine et dont les troncs principaux apparaissent au milieu du nerf optique. Les artères se font reconnaître à leur couleur rouge plus claire et à la rég flexion assez forte de la lumière surr leur surface. Entre les vaisseaux de< la rétine, l'œil présente une coloration tantôt rouge clair, tantôt brune, suivant la quantité de pigment; sou-i, vent, surtout dans les parties les plus latérales, on reconnaît les vaisseaux de la choroïde, comme les représente la ligure 99. Au milieu, on a figuré la papille du nerf optique; aaa sont des branches de l'artère rétinienne, bbb des branches de la veine. Dans les interstices, on voit les vaisseaux bien pli»

g 16. OBSERVATIONS OPHTHALMOSGOPIQUI5S DE LtEEi SAIN. (189) 255 larges de la choroïde. Ces vaisseaux choroïdiens ne sont pas toujours également nets; dans la plupart des yeux, la couche de pigment qui les recouvre est assez mince pour qu'ils se distinguent facilement des intervalles plus fortement pigmentés.

Avec un fort éclairage, les différentes parties du fond de l'œil ne présentent pas, saufla papille, des différences d'intensité bien marquées. Il paraît qu'une quantité de lumière, relativement considérable, traverse la couche pigmentaire. En effet., dans la plupart des veux, une assez grande quantité de lumière peut traverser les membranes: cela nous estdémontré, tantpar l*expériencc(§ 10, p. 86) danslaquclle l'image rétinienne apparaît dans l'angle interne de l'œil, que par la production de l'image entoptique vascnlairc, au moyen de lumière qui pénètre à travers la sclérotique. Cette partie de la lumière renvoyée, qui provient de la réflexion sur la choroïde et la sclérotique, est sans doute à peu près la même pour toutes les parties du fond de l'œil, même si l'éclat de la rétine elle-même varie beaucoup d'un point à un autre.

Avec un éclairage faible, au contraire, tel que le donnent les lames de verre non étamées, les parties du fond de l'œil qui avoisinent le nerf optique paraissent particulièrement éclatantes, et, en général, l'intensité diminue uniformément en marchant vers les bords. La partie qui sert à la vision directe se distingue seule des parties avoisinantes par un aspect sombre et une coloration jaunâtre qui ne se manifestent pas par un éclairage plus intense. La raison en est, sans doute, que, par un éclairage faible, il n'entre et ne sort à travers la couche de pigment qu'une quantité de lumière insensible, qu'alors la réflexion lumineuse perceptible provient surtout des éléments de la rétine et particulièrement de ses vaisseaux, et il n'y a point de vaisseaux à l'endroit de la vision directe.

Cette région montre, dans les deux modes d'observation, une petite tache lumineuse de la forme d'un ovale à grand diamètre horizontal, et que Coccius, qui l'a remarquée le premier, regarda comme l'image réfléchie de la fovea; Donders dé-montra plus tard directement que cet petit reflet lumineux occupe l'endroit de la vision directe.

Pour cette expérience, il faut employer un miroir plan derrière lequel se trouve une lentille concave (Donders-Epkens ou Ilelmhollz). On prend pour point de mire une lumière ou le micromètre de l'instrument de (Donders. L'œil observé regarde l'objet dans le miroir; il faut faire en sorte qu'il puisse s'accommoder • xactement, et on lui fait fixer un point déterminé de l'objet. L'observateur aperçoit alors, sur la rétine de l'œil observé, une image de l'objet très-nette et renversée, et, au point iixé directement, il voit le reflet de la fovea, centralis. Si ce reflet, est trop faible pour être aperçu au début, on parvient assez facilement à le voir cependant, en faisant regarder successivement au sujet observé différentes parties de l'objet; le petit reflet exécute sur l'image rétinienne les mouvements correspondants.

Pour vérifier la netteté de l'image rétinienne, on peut se servir avec avantage du micromètre ajouté par Donders à l'ophthalmoscope d'Epkens. Pour mon ophilialmoscopc, je choisis dans le même but, pour servir de mire, un fil tendu horizontalement en avant d'une lumière. Mon instrument donne, en effet, pour

des lignes verticales minces, des images multiples provenant de la multiplicité des surfaces réfléchissantes. Dès que l'œil observé s'accommode à l'objet désigné, ce dernier apparaît bien défini dans l'image rétinienne. Aussitôt que l'accommodation change, l'image s'estompe. Du reste, il n'est aucunement nécessaire d'emplo\( r des objets bien déliés pour voir le changement de l'image produit par l'accommodation. Il suffit, si l'œil observé n'est pas myope, de disposer une lumière dont on examine l'image rétinienne dans l'œil observé pendant que cet œil s'accommode alternativement pour deux points inégalement distants, placés dans la même direc- tion. Dans l'accommodation à distance, l'image de la lumière éloignée paraît nette,, dans l'accommodation rapprochée, elle se brouille. Le plus souvent, l'observateur voit disparaître en même temps l'image des éléments rétiniens de l'œil observé, à moins qu'il ne puisse accommoder son œil pour la nouvelle position de l'image, et h il lui faut prendre un autre verre concave pour se convaincre que, sur la rétine de l'œil observé, qu'il voit distinctement, il se forme une image confuse de la lumière* éloignée. Une modification de l'expérience consiste à faire regarder l'œil observé" continuellement au loin et à rapprocher la lumière; l'observateur peut se convaincre qu'alors l'image de la lumière devient confuse.

La lueur oculaire a été observée depuis les temps les plus reculés sur les yeux de chiens,de chats et d'autres animaux qui possèdent au fond de l'œil un tapetum, c'est-à-dire une place dépourvue de pigment, recouverte de fibres ou de lamelles minces et très-réfléchissantes. Chez ces animaux, le reflet est si intense qu'on l'aperçoit facilement, pour peu que les conditions! soient favorables. D'après une opinion ancienne et très-répandue, ces yeux lumineux passaient! pour développer de la lumière, et cela surtout lorsqu'on irritait les animaux, ce qui porlaiti à attribuer à l'influence du système nerveux, cette prétendue formation de lumière. C'esfe surtout lorsque la lumière vient de derrière l'observateur et rase sa tête pour pénétrer dansi l'œil de l'animal, que la lueur des yeux est sensible, et l'on conçoit que la présence d'unelumière ainsi placée ait pu échapper aux observateurs. On croyait, de même, que les yeux des lapins blancs et des albinos possédaient une lumière propre. Prévost (1) démontra le premier que la lueur des yeux des animaux ne se produit jamais dans une obscurité complète, que nii la volonté ni l'irritation n'y peuvent donner lieu, et qu'elle est toujours due à la réflexion d'une lumière incidente. Gruithuisen (2) a trouvé le même résultat de son côté ; il fait voir que la cause du phénomène réside dans le tapetum joint à une m réfraction extraordinaire»: du cristallin. Il vit aussi cette lueur dans les yeux d'animaux morts. Ces faits furent confirme; par Rudolphi (3), J. Muller (4), Esser (5), Tiedemann (6), Hassenstein (7). — Rudolphi fait observer qu'il faut regarder dans l'œil suivant une direction déterminée pour apercevohi la lueur, Esser explique fort bien les changements de couleur par l'aspect de parties ditTé« remment colorées de la rétine qui se présentent successivement derrière la pupille, Hassen-1' stein, enfin, trouve que la lueur se produit lorsque les yeux sont comprimés suivant leur axt et suppose que, chez l'animal vivant, la lueur peut aussi se produire volontairement par ur: raccourcissement de l'axe au moyen de la pression des muscles. On reconnaissait donc ltl lueur comme un phénomène de réflexion, sans se rendre compte des conditions dont dépendait sa production.

(1) Biblioth. britannique, 1810,, XLV.

(2) Beitriige zur Physiognosie und Eautognosie, p. 199.

(3) Lehrbuch der Physiologie, 1, 197.

Zur vergleichenden Physiologie d. Gesichlssinns. Leipzig, 1826, p. 49.-— llamlhucl d. Physiologie, 4. Aufl., I, H9.

(5) K us hier' s Archiv fur die gesammte Naturiehre, VIîl, 399.

(6) Lehrbuch der Physiologie, p. 509.

(7) De luce ex quorundam animalium oculis prodeunte atquc de tapeto lucido. Jciue, 1886

g [6. BIBLIOGRAPHIE DE L'OPHTHÀLMOSÇOPE. {M) 257

Sur l'œil humain, on n'avait d'abord observé la lueur que dans des cas de maladies rares, en particulier dans des cas de tumeurs du fond de l'œil. Beiih (1) l'a aussi vue dans des cas d'aniridie, et constaté que les yeux de l'observateur doivent regarder l'œil du malade presque parallèlement aux rayons incidents ; telle est aussi la base de la méthode de Bruche pour l'observation de la lueur oculaire. Dans ces cas d'aniridie, la lueur est plus remarquable parce que la rétine est bien plus fortement éclairée ; en outre, la propriété d'accommodation peut faire défaut dans des cas de ce genre.

Enfin W. Cumming (2) et BuiicKE (3) trouvèrent, indépendamment l'un de l'autre, le procédé à suivre pour rendre lumineux l'œil humain bien constitué, lorsque l'observateur regarde presque parallèlement aux rayons incidents. Briîckg avait déjà précédemment appliqué cette méthode aux yeux d'animaux pourvus d'un tapetum. Enfin Wharton Jones (a) dit que Barrage lui avait montré, vers la même époque, un miroir étamé dont une petite portion de tain était enlevée, de manière à pouvoir envoyer la lumière dans l'œil tout en regardant par l'ouverture. Cette description rappelle déjà bien l'ophthalmoscope de Coccius ; mais comme Babbage semble ne pas avoir ajouté de lentilles à son miroir, il n'a dû pouvoir distinguer qu'exceptionnellement quelques parties de la rétine, et c'est sans doute pour cette raison qu'il n'a pas publié sa découverte.

L'autre côté de la question, c'est-à-dire pourquoi les parties de la rétine, lors même qu'elles sont éclairées, par exemple dans les yeux d'animaux pourvus de tapetum, dans ceux des albinos, ne peuvent pas être distinguées, a été le sujet de bien des commentaires. La solution était plus facile. Dès le commencement du xvme siècle, Méry (5) avait observé qu'il pouvait distinguer les vaisseaux de la rétine d'un chat plongé dans l'eau, et dont les yeux paraissaient fortement lumineux. La Hire (6) donna de ce fait une explication exacte. Il comprit qu'il fallait un changement de réfraction du rayon pour faire paraître l'œil lumineux, mais il ne sut pas donner d'explication plus précise. Il en fut de même de Kussmaul (7). Ce dernier montre que la rétine devient claire et reconnaissable, soit lorsqu'on enlève en avant de l'œil la cornée et le cristallin } soit lorsqu'on sort une portion du corps vitré de manière à raccourcir l'axe de l'œil.

Si je ne me trompe, j'ai été le premier (8) à bien rendre compte de la relation qui existe entre les directions des rayons incidents et émergents, et à trouver le vrai motif de la coloration noire de la pupille, ce qui m'a permis d'indiquer le principe de la conslruction des ophthalmoscopes. J'ai employé, pour l'éclairage, des verres plans non étamés, et, pour mieux distinguer la rétine, des lentilles concaves. Th. Buete, au contraire, employa le premier un miroir percé pour l'observation de l'image renversée. Comme le nouvel instrument ne tarda pas à acquérir une importance extrême en oculistique, on a construit depuis un grand nombre d'ophthalmoscopes de différentes formes, dont j'ai cité plus haut les principaux; mais on n'a pas trouvé de principes essentiellement nouveaux pour éclairer et reconnaître la rétine.

La théorie de la lueur oculaire et de l'ophthalmoscope, telle que je l'ai établie, n'a subi aucune modification essentielle. Je ne puis pas considérer comme des améliorations les modifications que Stellwag de Carion a essayé d'y introduire. Cet oculiste, qui s'est occupé, du reste, avec beaucoup d'ardeur à introduire dans son art les connaissances physiques, s'est laissé égarer, dans le travail auquel je fais allusion, par de faux principes sur la force de l'éclairage et l'intensité lumineuse.

170a. Méry, in Annales del' Académie des sciences, 170a.

1709. La Hire, ibid., 1709.

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(2) Medico-chirurgical Transactions, XXIX, 28a.

(3) J.Mùller's Archiv fur Anat.u. Physiologie, 1847, p. 225. (a) Archives générales de médecine, 185a, II.

(5) Annales de l'Acad. des se, 170a.

(6) Annales de l'Acad. des se, 1709.

(7) Die Farbenerscheinungem im Grunde des mcnschliclien Auges. Heidelher" 18a 5

(8) H. Helmholtz, Bcschrcibung cincs Augenspiegcls zur Beobachtung der Net/haut im lebenden Auge. Berlin, 18*1. - Vicrordt's Archiv fur physiol. Ilcilkumlc, II, 827

258 {191) PREàilêfttë PAKT1K. — DIOPTHIQUE DE VtMlL. § 10.

1810. Gruithuisen, Beilriigc zur Physiognosic und Eaulognosie, p. 199.

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