‹ Optique physiologique [electronic resource] (volume 2)Chapitre 8 sur 124 · OPTIQUE · texte numérisé non relu

OPTIQUE

§ * • — Formes de l'organe de la vision en général.

L'appareil oculaire des animaux peut se présenter sous deux formes différentes :

Sous la forme la plus simple, l'œil sert seulement à distinguer la lumière de l'obscurité. C'est ce qu'on peut supposer pour ce qu'on appelle les points visuels des animaux inférieurs (annélides, vers intestinaux, astéries, holothuries, méduses, infusoires). Un nerf de sensibilité spéciale, dont l'extrémité périphérique est accessible à la lumière à travers des téguments transparents, suffit à cet usage. L'extrémité périphérique du nerf semble, le plus souvent, être entourée par un pigment de différentes couleurs, ce qui la trahit au regard de l'observateur. Cependant nous ne savons encore en. aucune façon si tous ces points visuels entourés de pigment, que nous présentent les animaux inférieurs, servent réellement à la perception de la lumière; d autre part, de ce fait que des animaux inférieurs sans points visuels se montrent impressionnables à la lumière, nous sommes obligés de conclure qu'il y a aussi, dans des animaux transparents, des nerfs sans pigment, sensibles à la lumière, mais que l'observateur ne peut en aucune façon reconnaître.

Sous une forme plus complexe, l'œil ne sert pas seulement à distinguer la lumière de l'obscurité, mais aussi à percevoir des formes. A cet effet, il faut que la lumière émise par des points lumineux dis-

tincts soit perçue distincte, c'est-à-dire au moyen de filets nerveux différents. Chaque filet nerveux ne doit plus, dans ce cas, recevoir de la lumière venant de toutes parts, mais seulement celle provenant d'une partie limitée de l'espace. A chaque filet nerveux correspond alors un certain champ visuel, et il devient possible de distinguer dans la perception quels sont, parmi ces champs élémentaires, ceux qui contiennent des corps lumineux et ceux qui n'en contiennent pas. A mesure que chacun de ces champs visuels devient plus petit et que leur nombre total devient plus considérable, il devient possible de distinguer des parties de plus en plus petites des corps environnants, jusqu'à ce que, dans la perfection la plus grande de l'organe, chaque champ visuel élémentaire devienne infiniment petit par rapport au champ total. Pour un semblable organe, nous pouvons énoncer ainsi les conditions de la vision distincte : La lumière qui est émise par un point éclairant du monde extérieur doit ne tomber que sur un seul point de la masse nerveuse sensible à la lumière (la rétine).

La séparation de la lumière provenant de différents points de l'espace se fait î

Soit au moyen de cloisons opaques disposées en forme d'entonnoir (yeux composés des invertébrés) ;

Soit par réfraction de la lumière sur des surfaces courbes réfringentes (yeux simples des invertébrés et yeux des vertébrés) .

La distinction que nous établissons entre les yeux qui ne perçoivent que la lumière et l'obscurité et ceux qui perçoivent aussi des formes n'est pas tranchée. Déjà dans les animaux lès plus inférieurs, les cloisons pigmentaires des fibres nerveuses sensibles à la lumière ont pour effet de ne laisser arriver à l'extrémité périphérique de la fibre que la lumière qui se trouve du côté de cette extrémité, et l'animal pourvu de semblables points visuels pourra, avec le secours de mouvements de son corps, distinguer de quel côté vient la plus grande quantité de lumière, de même que l'homme perçoit par la sensibilité tactile de la peau la direction de la chaleur rayonnante, et qu'un malade dont le cristallin est complètement troublé arrive à reconnaître la position des fenêtres dans une chambre.

Sous ce rapport, les cloisons pigmentaires des points visuels ont évidemment une utilité très-réelle. Lorsque, comme chez les sangsues et les planaires, il y a au devant de la substance nerveuse, un corps transparent de forme sphérique ou conique , les parties différentes de la rétine peuvent déjà recevoir avec des intensités différentes la lumière provenant de différentes directions. Nous rencontrons des perfectionnements de structure progressifs en passant par les yeux

g 1. FORMES DE L'ORGANE VISUEL EN GÉNÉRAL. (3) 3

simples des crustacés, des arachnides et des insectes, chez lesquels on distingue le plus souvent un cristallin et un corps vitré derrière la cornée, pour arriver à ceux des .mollusques, et notamment à ceux des céphalopodes, lesquels ressemblent déjà beaucoup à ceux des vertébrés. Gomme les éléments microscopiques des tissus animaux, et notamment ceux du système nerveux, ont des dimensions assez peu différentes dans toutes les classes, et que l'exactitude de la vision dépend essentiellement du nombre des éléments impressionnables, mais que, d'autre part, le nombre de ces éléments doit être sensiblement proportionnel à la surface postérieure du corps vitré des yeux simples, on peut bien admettre, en général, que l'exactitude de la vision de ces yeux est directement proportionnelle à leurs dimensions linéaires.

Les yeux composés se trouvent chez les crustacés, où ils présentent souvent aussi comme une agglomération d'yeux simples allongés- en forme de cônes. C'est chez les insectes qu'on les rencontre principalement. Leur surface extérieure est arrondie, et forme souvent plus de la moitié ou même les deux tiers d'une sphère. Au centre de la sphère se trouve un renflement nerveux du nerf optique qui envoie des fibres de tous côtés dans une direction rayonnante vers les corps vitrés coniques, qui offrent également une disposition rayonnée. La base de ces corps vi- « très est tournée vers la cornée, qui présente généralement à sa surface externe une facette carrée ou hexa- 6 gonale, passablement plane, correspondante à chaque cône, mais qui, intérieurement, présente souvent une è #

saillie de forme lenticulaire. Chaque FlG> 4<

cône transparent est séparé des autres par une cloison pigmentaire en forme d'entonnoir, dans laquelle il est emboîté. Je représente ici, d'après Joh. Mûller (1), quelques-uns de ces cônes faisant partie de l'œil d'une phalène. Les facettes de la cornée sont désignées par a ; b désigne les cônes transparents ; c, les fibres du nerf optique ; dt le pigment qui les sépare.

Si chaque cône recevait un seul filet nerveux, le champ de la vision ne se diviserait qu'en autant de parties qu'il y a de cônes. Cependant Gottsche (2) a démontré récemment qu'une image optique des objets placés devant l'œil se dessine à l'extrémité interne des cônes, de ma-

(1) Zur vcrgleichondcn Physiologie des Gesichtssiniios. Leipzig, 1826, S. 3à9, Taf. VU, F>g- 5.

(2) J. Mutier's Archiu /ùr <lwt, wd Pkysiol., 1862, 8. 483.

û (-f) DESCRIPTION ANATOMIQUE DE L'OEIL. I.

nière que, dans chaque cône, il puisse encore se produire une séparation des différentes impressions, s'il se trouve, dans chacun, plusieurs éléments nerveux sensibles. Admettant qu'il n'y ait qu'un seul de ces éléments dans chaque cône, la réfraction delà lumière serait cependant utile, en concentrant sur l'extrémité du filet nerveux les rayons parallèles à l'axe du cône, et en séparant, mieux que ne le feraient les cloisons seules, ceux qui proviennent des points voisins dans le champ de vision.

J'ai représenté (pl. I, fig. 1) une coupe horizontale de l'œil de l'homme avec un grossissement de cinq fois ; l'œil des vertébrés ressemble à celui de l'homme dans ses parties principales. Ces yeux contiennent les parties transparentes suivantes :

1° V humeur aqueuse dans la chambre antérieure de l'œil B;

2° Le cristallin A ;

3° Le corps vitré C. <

Ces parties sont contenues dans trois systèmes d'enveloppes qui s'emboîtent réciproquement :

1° Le système de la rétine i et de la zonule de Zinn e renferme directement l'humeur vitrée, et adhère par sa partie antérieure au cristallin A .

2° Le système de Vuvée se compose de la choroïde g, indiquée par un trait noir plus fort, du co?*ps ciliaire h, et de l'iris b. 11 entoure le système précédent, ainsi que le cristallin, et présente, seulement à la partie antérieure du cristallin, une ouverture, la pupille.

3° La coque solide de l'œil, qui est composée d'une partie postérieure plus grande, formée par la sclérotique, membrane blanche et opaque, et d'une partie antérieure, de moindre étendue, constituée par la cornée, membrane cartilagineuse et transparente. Sur le vivant, on voit, entre les paupières, la partie antérieure de la sclérotique (le blanc de l'œil) , et derrière la cornée, qui est transparente et forme une saillie, l'iris sous l'aspect d'un anneau brun ou bleu, ayant à son centre la pupille.

On appelle axé de l'œil une ligne passant par le centre de la cornée et par celui de l'œil entier; parce que l'œil se présente, approximativement du moins, comme un corps de révolution qui aurait pour axe une semblable ligne. On nomme plan équatorial un plan perpendiculaire à cet axe et passant par le plus grand diamètre du globe de l'œil.

Je donnerai, dans les paragraphes suivants, une description des diverses parties de l'œil ; mais je n'entrerai naturellement dans les détails qu'autant qu'il est nécessaire pour l'intelligence des fonctions de cet organe.

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