‹ Optique physiologique [electronic resource]Chapitre 39 sur 105 · DES DIHECTIONS DE LA VISION · texte numérisé non relu

DES DIHECTIONS DE LA VISION

18G^. V. WiTTiCH, Studien iiber den blinden Fleck^ ia Ardiiv fur Ophtha/mologir, IX, 3,

— 0. FuNKE, Zur Lehre vom blinden Fleck, in Benchfc der natuvf. Gcs. zu Freiburg im Breisgau, III, Heft 3.

1865. A[îRERT, Physiologie der Netzhaut, Breslaii, 1865, p. 260-271.

§ $9. — Des direction.^ de lu vision.

I Les faits que nous avons mentionnés jusqu'ici ne se rapportent qu'à la position relative des différents points lumineux dans le champ de vision. Il nous reste encore à parler de l'appréciation de leur position absolue dans ce champ. A cet égard, il nous faut distinguer deux choses. En géaéral, la direction d'une hgne est donnée par les deux angles qu'elle forme avec les directions de deux axes ou de deux plans convenablement choisis, sans qu'elle soit assujettie à passer par un point déterminé. Nous attribuons la même direction à toutes les lignes paral- I lèles à une Hgne ainsi définie. C'est ainsi que toutes les aiguilles aimantées, suspendues dans une même ville, possèdent la même direction du nord au sud. Il n'en est plus de même lorsque nous rapportons j toutes les directions à un centre déterminé, et non plus, d'une manière I générale, à un système déterminé de coordonnées, tel que celui formé 1 dans une ville par la verticale, le méridien terrestre et la perpendiculaire à ce méridien menée dans le plan horizontal. D'après ce nouveau système, les directions doivent être représentées par des lignes droites complètement déterminées qui passent par le centre choisi et dont la direction doit, de plus, être déterminée par deux angles formés avec des axes fixes convenablement choisis. Ici la direction d'une ligne ne j peut plus être définie par une autre ligne, parallèle à celle-là, et préî sentant la même direction : elle doit présenter une position ou une direction identique, c'est-à-dire que, suffisamment prolongée, elle doit coïncider complètement avec la première ligne.

Tant qu'il ne s'agit que de directions pareilles, il suffit donc de déterminer des angles qui définissent la position ; mais pour que la position ou la direction soient identiques, il faut encore spécifier le point qui doit servir de centre. On peut dire que, dans le premier cas, on détermine la direction seulement et, dans le second, une ligne de direction déterminée.

Lorsque nous parlons des directions de la vision, nous les rapportons évidemment à un centre, qui est notre corps et sa position dans l'espace, j Cependant il existe tout un ordre d'objets dont la vision est indépenj dante de la détermination du centre des lignes de direction. Ce sont notamment tous les objets lointains, tels que les étoiles, les montagnes

762 {599) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 29. 'OU les bâtiments très-éloignés. En effet, de semblables objets présentent nécessairement aussi des dimensions considérables, et toute ligne de direction menée parallèlement à une certaine direction déterminée par un point quelconque de notre tête ou même de notre corps, parvient toujours à l'objet.

Si l'on fait abstraction des illusions dont il a été question jusqu'ici, la position des objets dans le champ visuel se trouve déterminée, en général, dès qu'on connaît la position de la ligne de regard et celle d'un méridien quelconque passant par le point de regard.

La position du point de regard varie avec la position de l'œil par rapport à la tête, et respectivement par rapport au corps ; cependant nous sommes généralement à même d'apprécier exactement les directions successives de la ligne de regard. On a nommé conscience musmlaire les sensations qui nous permettent de percevoir les modifications que subit la position des parties de notre corps par suite de l'action des nmscles. Mais il faut distinguer, sous cette dénomination, un grand nombre de sensations essentiellement différentes. Ainsi nous pouvons percevoir :

1° U intensité de r effort de volonté par lequel nous cherchons à faire agir les muscles ;

2° La tension des muscles^ c'est-à-dire la force avec laquelle ces

muscles cherchent à agir ; 3" Le résultat de l'effort^ qui, indépendamment de sa perceptibilité par d'autres sens, notamment la vue et le toucher, se traduit extérieurement par un raccourcissement effectif du muscle et qui Ipeut se manifester aussi par la sensation d'un changement de tension dans la peau qui le recouvre. Ainsi, lorsque certains muscles sont très-fatigués, je puis avoir conscience de faire le plus grand effort de volonté possible pour les tendre, tout en sachant que leur contraction ne suffit plus pour atteindre le résultat désiré. D'un autre côté, avec des muscles puissants, il me suffit d'un médiocre effort de volonté pour produire une tension considérable du muscle, tout en étant empêché, par quelque cause extérieure, d'atteindre le résultat désiré. Tous ces cas se distinguent, dans la perception, de celui oh j'atteins réellement le résultat, et dans la théorie de la conscience musculaire, il nous faut aussi les distinguer les uns des autres.

Nous nous bornerons naturellement ici à examiner les circonstances qui se présentent pour l'œil.

D'abord nous savons, par des expériences connues, que nous cessons d'apprécier la direction de notre regard d'après la position véritable de

§ 29. DR LA (rnSClENCK MUSCULAIRE. {600) 76.".

notre œil, toutes les fois que cette positioTi est modifiée par des forces autres que celles de nos muscles. Lorsqu'on presse sur la partie du globe oculaire qui est recouverte par les paupières, ou que l'on tire sur la peau qui entoure cet organe, on produit de légères modifications dans la position de l'œil. La manière la plus fjicile de répéter cette expérience consiste à pincer un repli de la peau à l'angle externe de l'œil, puis à tourner le regard en dedans, de manière à tendre du côté externe la conjonctive qui recouvre le globe oculaire. Si l'on ouvi-e alors les deux yeux, on obtient des images doubles : l'image de l'œjl sur lequel on agit ne coïncide pas avec celle de l'autre. Si l'on n'ouvre que l'œil qu'on tiraille, à chaque traction exercée sur le repli (le la peau répond un mouvement apparent des objets dans le champ visuel. Chaque traction exercée directement en dehors sur l'œil droîl communique aux objets un mouvement apparent à gauche. La direction de la ligne visuelle se déplace vers la droite, mais nous jugeons la position des objets comme si la traction n'avait pas changé la direction (le cette ligne.

C'est par un effet correspondant que la position des images accidentelles produites dans l'œil fermé, ou projetées sur un écran uniforme et non limité, ne paraît pas varier par l'effet d'une traction extérieure, tandis qu'en réalité ces images se déplacent avec l'œil.

Par contre, pendant l'action d'une semblable traction extérieure, les mouvements de l'œil provoqués par les muscles ne modifient nullement la position apparente des objets extérieurs, tandis que les images accidentelles paraissent se déplacer sous l'influence de ces mouvements.

Lorsque, par une traction extérieure, on tourne ainsi le globe oculaire en dehors, le muscle droit interne s'allonge et le droit externe se raccourcit de la même quantité que lorsque la rotation est produite par une action musculaire. Car, même à l'état de repos, les muscles sont des bandes élastiques qui se raccourcissent toujours autant que le permet la position de leurs points d'insertion.

On voit donc que nous n'apprécions la position de notre ligne visuelle ni d'après la position véritable du globe oculaire, ni d'après l'allongement ou le raccourcissement que les muscles subissent en réalité par suite de cette position.

Notre appréciation de la position de la ligne visuelle ne se fonde pas davantage sur la tension des muscles de l'œil. — En effet, dans les cas de paralysie subite de quelques muscles de Tœil, lorsque les malades s'efforcent d'amener l'œil dans une position qu'il ne peut plus atteindre, ils voient des mouvements apparents qui sont accompagnés de diplopie dès qu'ils ouvrent l'autre œil. Prenons pour exemple une paralysie du

76/t {601) TUOiSlÉMfc: PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELl.ES. g 29. moteur oculaire externe de l'œil droit, ou du nerf correspondant ; l'œil ne peut plus se porter dans l'abduction. Tant que le patient le tourne en dedans, il peut encore lui imprimer des mouvements réguliers, et perçoit exactement la position des objets dans le champ visuel. Mais dès qu'il cherche à le diriger en dehors, c'est-à-dire à droite, l'organe n'obéit plus à la volonté, il s'arrête à moitié chemin et les objets paraissent se déplacer à droite, bien que l'œil et les images rétiniennes qui s'y produisent ne changent pas de position.

Dans un pareil cas de paralysie, l'eftbrt de volonté ne produit ni mouvement de l'œil, ni raccourcissement des muscles qui devraient agir, ni augmentation de leur tension. L'acte volontaire ne se traduit par rien en dehors du système nerveux, et cependant nous jugeons la direction de la ligne visuelle comme si la volonté avait exercé ses effets normaux ; dans l'exemple cité, nous croyons que la ligne visuelle s'est déplacée à droite, et comme les images rétiniennes ne changent pas de position sur la rétine de l'œil paralysé, nous croyons voir les objets participer au mouvement que nous attribuons d'une manière erronée au globe oculaire.

Lorsque la paralysie n'est pas complète, de manière que l'œil puisse encore fixer un objet situé à droite, mais au prix d'une plus grande innervation du muscle paralysé que dans l'état normal, il se produit encore une représentation fausse de la position de la hgne visuelle et de celle de l'objet ; c'est ce qu'on reconnaît en engageant le patient à porter vivement la main sur l'objet considéré : il commence par saisir dans le vide (1) .

D'après ces phénomènes, il est hors de doute que nous n'apprécions la direction de la ligne visuelle que par l'effort de volonté à l'aide duquel nous cherchons à changer la position de l'œil. Le déplacement de la cornée sous les paupières est assurément accompagné de certaines sensations qui pourraient nous renseigner, jusqu'à un certain point, sur la position réelle de l'œil ; de plus, les déplacements latéraux exagérés de l'œil entraînent une tension fatigante dans les muscles; mais toutes ces sensations paraissent trop faibles et trop vagues pour pouvoir être utilisées dans la perception de la direction.

Nous savons donc quelle est la direction et la force de l'impulsion volontaire qui nous est nécessaire pour amener l'œil dans toute position voulue. Comme, dans les conditions normales ordinaires, le mouvement

(1) A. V. Graefe, in Ai^ch. fur Ophthalmologie, l, 1, p. 67, Remarque, — A. Nagel, Das Sehen mitzwei Augen, 1861, p. 12/i-129. — Alfred Graefe, in Arch. fur Ophfhn/mohgie, XI, 2, p. 6-16.

§ 21). LA CONSCILNCE MLSCULAIUL . {60^2^ 765

de l'œil ne subit aucun obstacle étranger, on peut, le plus souvent, juger suffisamment l'effet d'après la force de l'impulsion volontaire ; cette appréciation est, du moins, bien plus parfaite qu'elle ne pourrait l'être pour nos extrémités et pour la plupart des autres parties mobiles du corps. Le seul effet de l'impulsion volontaire que nous puissions percevoir sur l'œil, d'une manière directe et suflisamment nette, c'est le changement de position des objets dans le champ visuel, qui accompagne le déplacement de l'œil. On peut démontrer, de plus, que nous nous servons continuellement de ces changements de l'image pour vérilier l'exactitude de la relation qui doit exister entre l'impulsion de la volonté et ses effets.

Ajustons dans une monture de lunettes deux prismes de verre, dont les angles réfringents soient de 16" à 18% ces deux angles étant tournés à gauche. Vus à travers ces prismes, les objets du champ visuel paraissent tous déplacés vers la gauche. Evitant d'abord d'amener la main dans le champ visuel, qu'on regarde attentivement un objet qui soit à portée de la main, puis, après avoir fermé les yeux, qu'on essaye de toucher l'objet avec le doigt indicateur, on passe naturellement à gauche. Mais lorsqu'on a répété ces expériences pendant quelque temps ou encore plus rapidement, lorsqu'on amène la main dans le champ visuel et qu'on touche pendant quelque temps les objets, sous la direction du regard, on voit qu'en recommençant l'expérience avec les yeux fermés, on ne passe plus à côté des objets, mais qu'on les atteint exactement ; il en est de même pour d'autres objets qu'on amène à la place de ceux qu'on a déjà examinés. Lorsqu'on en est arrivé à ce point, qu'on retire la main, et, après avoir regardé un objet pendant quelque temps sans l'intermédiaire des prismes, qu'on essaye de le saisir en tenaiU les yeux fermés : on trouve que la main passe à droite jusqu'à ce que plusieurs tentatives infructueuses aient rectifié l'appréciation de la position occupée par les yeux (1) .

Pour s'assurer que ce n'est pas le sentiment musculaire de la main, ni l'appréciation de sa position, mais bien l'appréciation de la position du regard qui a été faussée, il suffit, lorsqu'on s'est habitué, en présence des prismes, à atteindre les objets avec la main droite, de faire l'expérience avec la main gauche, en fermant les yeux : bien que cette main n'ait pas encore paru dans le champ visuel, elle atteint alors les objets avec exactitude et sans hésitation. Ainsi, dans un cas de ce genre, le sens du toucher détermine tout à fait exactement la position des

(1) CzERMÂK indique la même expérience, sous une forme peu différente, in Wîm. Bcrichte, XVII, 575-577.

166 {605) TROISIÈME PARTIE. - DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 29. corps, et, d'après cette donnée, on la retrouve, avec certitude, à l'aide d'un autre organe tactile.

L'expérience nous apprend que les enfants de trois mois n'apprennent que très-lentement à diriger leurs mains vers les objets extérieurs, alors qu'ils savent déjà fort bien les porter à la bouche ou vers une partie douloureuse de la peau, c'est-à-dire les diriger à l'aide des sensations tactiles. Ainsi, de même qu'il faut à l'enfant des expériences pour apprendre à connaître l'accord des mouvements de l'œil et de ceux de la main, de même, chez l'adulte, des expériences continuellement répétées sont nécessaires pour contrôler sans cesse l'exactitude de cette relation.

J'ai déjà mentionné plus haut qu'on peut troubler, d'une manière analogue, l'harmonie des mouvements des deux yeux, en faisant monter peu à peu, à l'aide d'un prisme, l'image de l'un des champs visuels ; l'œil sur lequel on opère suit ce mouvement et les deux yeux continuent à voir simple, l'un regardant un peu plus haut que l'autre. Ici encore, on s'habitue bien vite à employer cette position comme position de fixation normale ; et lorsqu'on supprime les prismes, on continue à fixer de la même manière , de sorte qu'on obtient deux images superposées, qui se fusionnent rapidement, aussitôt que la position des yeux s'est rectifiée. Cette expérience montre que c'est également d'après le résultat de la vision que se règle la concordance des mouvements des yeux, puisqu'on s'habitue, dans des circonstances nouvelles, à produire les impulsions volontaires requises pour diriger les deux points de fixation sur le même objet.

Il faut encore mentionner ici l'expérience d'après laquelle, lorsqu'on s'est efforcé pendant quelque temps de fixer des objets mobiles, les objets en repos paraissent se déplacer en sens opposé. La production de ces mouvements apparents a reçu le nom de vertige. Lorsque, par exemple, on voyage en chemin de fer et qu'après avoir regardé pendant quelque temps les objets extérieurs voisins de la voie, on dirige ensuite le regard sur le plancher du wagon, celui-ci, qui se trouve à l'état de repos relativement au corps du voyageur, paraît fuir dans le sens du train.

Ces résultats s expliquent en remarquant que les objets voisins de la voie présentent un mouvement apparent de sens contraire à celui du train. Toutes les fois que le voyageur veut fixer un de ces objets, il lui faut déplacer rapidement les yeux en sens inverse de la marche du train. Une fois habitué à considérer les impulsions volontaires nécessaires dans ces conditions comme appropriées à la fixation d'un objet*

Page 1