DU VER'IIGE VISUEL
il essaye de fixer de la même manière des objets immobiles. Mais ces impulsions de volonté provoquent des mouvements des yeux, et comme l'observateur croit ses yeux immobiles, les objets lui paraissent se mouvoir, et cela suivant un sens opposé à celui du mouvement objectif examiné préalablement.
Mais si, pendant qu'on regarde au dehors, on fixe d'une manière constante une petite tache de la vitre, le vertige visuel en question ne se reproduit pas, bien qu'on ait encore vu passer des objets mobiles, car on n'a pas exécuté les mouvements nécessaires pour les fixer. D'ailleurs lorsqu'on fixe un point immobile par rapport à l'œil, en présence de la vitesse nécessaire pour cette illusion, les images des objets mobiles se brouillent complètement. On ne peut les distinguer qu'en les sui- I vant un peu du regard. Le plus souvent, les mouvements de l'œil nécessaires à cet effet restent inconscients; c'est pour ce motif que leur existence a échappé à Plateau ) et à Oppel (2) , qui ont fait des observations sur ces phénomènes. Mais l'existence de ces mouvements est î démontrée par cette circonstance que les images mobiles se brouillent j lorsqu'on maintient l'œil dans une fixation absolue. I D'après une observation que me communique Javal, l'illusion en j question devient bien plus saisissante lorsque, accoudé sur la balustrade d'un pont qui passe au-dessus de la voie d'un chemin de fer, on vient d'observer attentivement le passage d'un long train de marchandises, animé d'une vitesse modérée. Aussitôt après la disparition du train, la voie paraît fuir avec vivacité en sens contraire, et cet effet persiste pendant assez longtemps. — Dans ces conditions, l'expérience n'exige pas qu'on change la direction du regard après avoir regardé les objets en mouvement. De plus, et cette circonstance paraît exercer une influence capitale, nous avons une grande habitude de regarder des objets qui se déplacent suivant la ligne qui joint nos yeux, tandis que, dans l'expérience de Javal, le mouvement qu'il faut faire pour examiner les marchandises du train est une rotation autour d'un axe horizontal, que l'expérience de tous les jours ne nous a pas appris à supprimer aussitôt qu'elle devient inutile.
Dans les expériences de ce genre, c'est en supprimant effectivement les mouvements des yeux que nous arrivons à voir de nouveau les objets en repos. Il ne sera peut-être pas superflu d'observer que les personnes affectées de nystagmus ne voient jamais les objets fixes se mouvoir, malgré la persistance de l'oscillation de leur regard : ces
(1) PLATEAU, in Pogg. Ann., LXXX, 287. — Bull, de Bruxelles, XVI.
(2) Oppel, in Pogg. Ann.^ XCIX, 5A3.
768 (604) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 29. personnes tiennent compte d'wie manière inconsciente du mouvement continuel de leurs yeux.
Le vertige des valseurs, qui se produit par suite d'une rotation un peu prolongée du corps autour de son axe longitudinal, est analogue à celui des expériences précédentes. Dès qu'on s'arrête, les objets paraissent, pendant un certain temps, se mouvoir dans le sens suivant lequel on a tourné. Je trouve que si l'on a fermé les yeux pendant le mouvement, cette rotation apparente ne se produit pas lorsqu'on n'ouvre les yeux qu'après s'être réellement arrêté. Si l'on ouvre les yeux au moment où l'on croit s'arrêter, les objets prennent encore un mouvement apparent en sejis contraire de la rotation du corps ; mais on constate facilement qu'avant d'arriver réellement au repos, le corps exécute encore un quart de tour environ autour des pieds, à partir du moment où Ton croit s'être arrêté ; c'est donc alors une illusion sur la position du corps qui est cause du mouvement apparent des objets. Du reste, ce mouvement apparent en sens opposé de la rotation du corps se présente parfois, lors même qu'on a tourné avec les yeux ouverts, et, en somme, cette expérience est moins nette que les précédentes, où le corps de l'observateur reste immobile.
On a décrit encore d'autres sortes de vertige, où les différentes parties du corps observé se meuvent diversement. — Ainsi, lorsqu'on fait tourner sur un disque la spirale représentée par la figure 15 (p. 501) , la spirale paraît se dilater ou se contracter d'une manière continue, selon le sens de sa rotation. Si l'on arrête brusquement le disque, la spirale paraît se contracter un moment, si elle se dilatait pendant le mouvement, et se dilater si elle paraissait se contracter auparavant. De même, les autres objets, comme un papier imprimé, que l'on regarde immédiatement après la spirale, présentent aussi un semblable mouvement de contraction ou de dilatation.
On voit avec bien moins de netteté un mouvement apparent analogue, consécutif à la contemplation d'une figure rotative étoilée, et par lequel le corps objectivement immobile que l'on examine paraît se mouvoir un peu en sens opposé de l'étoile.
Ces derniers mouvements apparents présentent le plus de netteté lorsqu'on dirige le regard sur le centre immobile de l'axe et qu'on regarde à la vision indirecte, la figure mobile, qui ne doit pas tourner assez rapidement pour empêcher d'en distinguer les différents traits, ni assez lentement pour qu'on puisse la percevoir sans aucune difficulté. Si l'on fixe bien invariablement le centre de l'axe et qu'on ne porte l'attention que sur ce point, les parties latérales de la rétine reçoivent, comme précédemment, la figure mobile, mais il ne produit pas de mou-