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APPRÉCIATION DE LA DISTANCE ABSOLUE

Inversement, m l'on vient à regarder un dessin ou une photographie, le relief se manifeste plus vivement que sans le secours de l'instrument. En effet, lors de la contemplation binoculaire d'un dessin, les mouvements que les yeux exécutent nous apprennent que tout est sur un même plan, et ce renseignement vient entraver l'action des éléments accessoires favorables à la perception du relief, tels que les ombres, etc. , tandis qu'ici, aucune perception sensuelle ne venant contrarier la représentation que nous sommes disposés à nous faire de l'objet, le relief produit est à peu près le même que pour la vision monoculaire.

Les personnes qui possèdent l'ophthalmoscope binoculaire de Giraud- Teulon (voy. p. 684) pourront facilement obtenir un iconoscope, d'un champ très-faible il est vrai, en supprimant le miroir de cet instrument.

Si tous les autres moyens d'évaluation venaient à manquer, le sentiment du degré de convergence qu'affectent nos lignes de regard pendant la contemplation binoculaire d'un objet pourrait encore nous renseigner sur la distance absolue de cet objet. Cependant, ce sentiment ne présente qu'un faible degré de certitude et, sous ce rapport, nous pouvons être exposés à des illusions assez considérables.

L'expérience suivante, indiquée par Wheatstone, peut servir à démontrer que, tant qu'aucune autre circonstance ne s'y oppose, la convergence des lignes de regard nous sert à apprécier la distance absolue des objets, et, par conséquent, leur grandeur. — Ce physicien avait fait disposer son stéréoscope à réflexion de telle façon que, d'une part, les deux images pussent être rapprochées ou éloignées des miroirs, les planchettes qui reçoivent les images étant mobiles, à cet effet, dans des rainures ; et, d'autre part, les deux branches du stéréoscope avaient été rendues mobiles autour d'un axe fixe, situé entre les miroirs. Lorsqu'on rapproche les deux images des miroirs, les deux images rétiniennes grandissent sans modification de la convergence : la grandeur apparente de l'objet augmente alors sans qu'il y ait variation de sa distance apparente. Si, au contraire, on ne déplace pas les images sur les branches de l'instrument, mais on fait tourner les miroirs autour de la charnière qui les réunit, la convergence varie et la grandeur de l'image rétinienne reste invariable : alors la grandeur et la distance apparentes de l'objet diminuent lorsque la convergence augmente.

On peut observer une diminution et un grossissement analogues des objets sur toute paire de dessins stéréoscopiques que Ton fusionne, soit sans verres, soit dans un stéréoscope à lentilles ; il suffit de rap-

{650) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § iiO. procher ou d'écarter les dessins. H. Meyer (1) a indiqué un appareil pour faire les mensurations relatives à cette expérience.

Wundt a fait des expériences directes sur l'appréciation de la distance d'après le degré de convergence. — Il avait pris pour objet un fil noir vertical qui se détachait sur un fond blanc uniforme un peu éloigné; il regardait des deux yeux à travers une fente horizontale un peu allongée en forme de tube du côté du fd, de manière qu'on ne voyait que la partie moyenne du fd et non ses extrémités ; ce tube empêchait de voir aucune partie des objets environnants qui eût pu servir à donner une idée de la distance. Le fd était mobile le long d'un fd métalhque horizontal, tendu dans le plan médian de l'observateur, et auquel il était supendu. "Wundt chercha d'abord à apprécier la distance absolue et à la comparer avec la longueur d'une règle divisée tenue à la main. Les résultats obtenus furent, en centimètres.

A chaque fois, l'évaluation était inférieure à la distance réelle. J'ai exécuté une série d'expériences analogues par un procédé peu différent et j'ai obtenu un résultat opposé. Je tenais tout à fait contre ma figure, et dans le plan médian, une feuille de papier fort et je regardais un fil suspendu verticalement. Le papier cachait pour Tceil droit tout ce qui se trouvait dans le voisinage du fil, vers la gauche, et pour l'œd gauche, ce qui était près de la droite du fil. Lorsque, partant du côté droit, je rapprochais du fil un crayon, je ne le voyais qu'avec l'œil droit. J'essayais alors de toucher le fil en approchant vivement le crayon : à tous les coups je passais derrière le fil. L'erreur était faible si, pour faire l'expérience de la manière indiquée, je n'attendais que quelques instants après m' être mis en position et avoir ouvert les yeux. Si j'attendais plus longtemps sans cesser de fixer le fil. Terreur devenait de iplus en plus forte , probablement par suite de fatigue croissante des muscles droits internes.

La perception des changements de distance était bien plus exacte

Distance -véritable.

Évaluation.

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(1) Vogg, Ann,, LXXXV, p. 198-207.

§ 30. APPRÉCIATION Dl^ LA DISTANCI^: ABSOLLJK. {Oryl) 825

lorsque, dans les expériences de Wundt, on faisait varier la distance du fil. Voici, en centimètres, quelles furent alors les plus petites différences perceptibles.

DISTANCE DU FIL A l'oeil.

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