EN ÉLOIGNANT
Pour une distance de l'",80, chaque œil est tourné en dedans de Vi' et un rapprochement de 3% 5 du fil répond à un déplacement de 72" pour chaque image rétinienne. Cette valeur se trouve déjà à la limite de ce que l'œil peut distinguer. On ne peut remarquer que des déplacements angulaires bien plus considérables, lorsque le fil est plus rapproché; pour une distance de 0'",50 le déplacement est de 263 secondes.
Du reste, on peut encore se demander si, dans ces expériences, les deux yeux ont suivi le fil, l'image restant immobile sur la rétine, ou si les yeux ont été maintenus fixes tandis qu'on remarquait le déplacement de l'image rétinienne. On pourrait, dans la dernière hypothèse, expliquer la diminution de l'exactitude pour des convergences plus fortes, en remarquant qu'il est plus difficile de maintenir le globe oculaire en position pour la convergence forcée que pour le parallélisme, qui n'exige aucun effort.
L'imperfection avec laquelle nous apprécions la distance du point de fixation se manifeste aussi lorsqu' ayant les yeux fermés nous tenons un crayon à une certaine distance du visage et que nous cherchons à amener les yeux dans une position telle qu'il ne nous faille faire aucun mouvement pour le fixer au moment où nous ouvrons les yeux. Le plus souvent il se trouve que la convergence est insuffisante, et le crayon paraît double. Cependant, comme je l'ai déjà fait remarquer plus haut, on réussit bien mieux à réaliser la position correcte lorsqu'on tâte et qu'on frotte la pointe du crayon avec le bout du doigt. On obtient ainsi une représentation sensuelle plus nette de sa position et je réussis ordinairement alors à diriger les yeux de manière à ne pas voir d'images doubles en les ouvrant.
L'incertitude avec laquelle nous apprécions le degré absolu de la convergence et, par déduction, la distance absolue de l'objet fixé, se fait sentir dans un grand nombre de cas. Si, par exemple, on tient à la main une feuille de papier sur laquelle sont dessinées des images stéréoscopiques que l'on fusionne, l'image résultante paraît, en général, située dans le plan du papier dont nous connaissons la position, ou même un peu en avant de ce plan, bien que les lignes de regard, dirigées parallèlement ou à peu près, ne se coupent qu'à une très-grande distance en arrière du papier et que cette intersection dût être la position apparente de l'objet vu stéréoscopiquement. De même, on ne réussit pas, en général, à se former une notion corporelle par combinaison d'images accidentelles négatives d'un objet éclairé ; ces images paraissent projetées, à chaque instant, sur la surface de l'objet réel sur lequel on dirige les yeux. Cependant on parvient parfois à reconnaître les images accidentelles avec trois dimensions et avec une position indépendante dans l'espace, lorsque ces images sont très-nettes et trèsprononcées, et que la surface réelle située devant nos regards ne présente pas de particularité remarquable.
De même, lorsque l'on combine des dessins au stéréoscope, où Ton ne voit pas d'autre objet avec lequel on puisse comparer la distance de l'image en relief obtenue, on est assez incertain sur la distance absolue ; et si l'on cherche à désigner avec la main, en dehors de la boîte, la position de l'objet apparent, on commet des erreurs analogues à celles que Wundt a trouvées en appréciant la distance de son fil vu binoculairement. Si l'on regarde alternativement à travers l'instrument et audessus, on peut facilement comparer la position de la main avec celle de l'image stéréoscopique et évaluer ainsi l'erreur qu'on avait commise. Ici encore je trouve, comme "Wundt, que je suis le plus souvent disposé à considérer l'image comme plus rapprochée qu'elle n'est. Au lieu de prendre pour point de comparaison la position de la main, sans y porter le regard, il est bien plus exact de recourir à des objets vus monoculairement à droite et à gauche du stéréoscope. Le plus souvent, les boîtes des stéréoscopes de Brewsterne sont pas tellement larges qu'il soit impossible de voir avec l'œil droit des objets réels situés à droite, avec l'œil gauche, des objets situés à gauche, et dont on connaît la distance et les dimensions. Bien que ces objets soient vus monoculairement et que la distance de l'image stéréoscopique ne se détermine que par la vision binoculaire, on fait le plus souvent des déterminations assez exactes pour qu'il n'y ait pas grand'chose à y changer lorsque l'on compare ensuite l'image stéréoscopique avec des objets réels vus binocuiairement, soit au-dessus, soit au-dessous de l'instrument.
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Ce dernier procédé montre que l'appréciation do la distance d'après la convergence des lignes visuelles donne d'assez bons résultats lorsqu'elle se fait sous des conditions favorables et qu'elle n'est pas dérangée par des circonstances accessoires, mais cet élément d'appréciation est de ceux qui se laissent facilement surmonter par d'autres éléments contradictoires, comme dans l'exemple cité plus haut, où des images se projettent sm' une surface dont la distance est connue.
Les images des tentures (1) font ressortir également, d'une manière non douteuse, l'influence de la convergence. — Lorsqu'on regarde, avec des lignes de regard convergentes, une tenture dont le dessin se répète régulièrement, on réussit, pour des degrés de convergence croissants, à faire coïncider des parties correspondantes du dessin de plus en plus éloignées. On voit alors une image diminuée de la tenture, image qui paraît planer dans l'air, que l'observateur croit voir d'autant plus rapprochée et plus petite que la convergence est plus grande et que, par suite, les parties fusionnées sont plus éloignées l'une de l'autre sur le mur.
Inversement, il est possible de fusionner des images stéréoscopiques dont les points correspondants sont plus éloignés que les centres des yeux, ce qui exige une direction divergente des lignes de regard. Les observateurs peu exercés à faire diverger leurs yeux obtiennent le plus facilement ce résultat en mettant dans un stéréoscope ordinaire deux épreuves conjuguées et les écartant peu à peu en cherchant toujours à les voir réunies. On peut encore, comme l'ont fait Rollet (2) et Becker, dessiner les unes au-dessous des autres, sur un papier, mie série de figures stéréoscopiques conjuguées deux à deux, mais de plus en plus écartées. Les observateurs que nous venons de citer ont donné une série de figures dont chacune représente un cercle en avant duquel se trouve un second cercle plus petit. Les centres des petits cercles de chaque couple présentent la même distance que ceux des grands cercles du couple précédent. Par conséquent, lorsqu'on fait coïncider ces derniers, les petits cercles du couple suivant coïncident d'eux-mêmes; on arrrive ainsi, de proche en proche, à fusionner les petits cercles et les grands cercles des couples successifs. En partant de petits cercles dont les centres sont écartés de hli^"^, on arrive ainsi à de grands cercles distants de 93""", et je puis fusionner ces derniers à 30^^ de mes yeux, lesquels présentent un écartement de 68"°".
(1) H. Meyer, in Roser v.nd Wwnderlich's Archiv, 1842, I. — D. Brewster, in Phil. Mag., XXX, 305.
(2) Wiener Sitzungsberichte, 10 Mai 1861, XLill. — Burkchardt a déjà mentionné la possibilité de la fusion pour une position divergente des lignes visuelles , in VerhandL d. naturforsch. Ges. zu Basel^ 1, 145.
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Dans les, cas de ce genre, les lignes de regard cessent de se couper en un point de l'espace situé devant nous ; elles se rencontrent derrière notre tête, et cependant nous croyons avoir devant nous une image stéréoscopique tout aussi bien que lorsque la distance des images est convenable. C'est tout au plus si la sensation d'un efFort insolite peut nous avertir que nos yeux occupent une position inaccoutumée. Et lorsque nous comparons une image stéréoscopique, observée lors de la divergence des lignes visuelles, avec des objets réels très-éloignés, visibles au-dessus du stéréoscope, tels qu'une chaîne de montagnes éloignée, l'image stéréoscopique nous parait bien plus éloignée que les objets réels les plus lointains (1).
Lorsque nous regardons des objets réels éloignés à travers deux prismes dont les angles réfringents soient d'environ Zi% ces angles étant tournés en dehors, la fusion exige la divergence des lignes visuelles, et si les objets nous paraissent peut-être un peu plus éloignés qu'à l'œil nu, en somme, la différence n'est pas grande. L'infini ne se présente pas, dans nos conceptions visuelles, comme une limite infranchissable. Lorsque la convergence des lignes visuelles diminue, cela nous indique que la distance de l'objet augmente, et nous continuons à juger d'après ce signe lorsque la convergence diminue jusqu'à atteindre des valeurs négatives, bien qu'aucun point réel situé devant nous dans l'espace ne réponde plus à une semblable position des yeux. Quand nous sentirions, avec plus ou moins de certitude, que nos yeux occupent une position qui ne s'est jamais présentée dans l'observation normale des objets réels, tout ce que nous pouvons faire, en nous conformant à la règle que nous suivons ordinairement pour l'interprétation des sensations anormales, c'est de comparer la sensation produite avec celle qui lui ressemble le plus et qui ne s'en distingue que par une convergence plus faible, c'est-à-dire avec celle que nous donnent des objets réels très-éloignés.
L'imperfection avec laquelle nous jugeons le degré de convergence peut aussi provoquer des illusions dans l'appréciation des formes vues avec les deux yeux, en nous laissant attribuer aux phénomènes visuels une interprétation qui conviendrait à une autre convergence, mais qui n'est pas exacte pour la convergence actuelle. — Cette circonstance se présente surtout d'une manière remarquable en présence d'objets dont les images rétiniennes auraient une signification également claire pour
(1) VoyeZ;, à ce sujet, une discussion à laquelle prirent part Ruete, Nagel, Javal et DoNDERS, au congrès ophthalmologique de Heidelberg de 186/i, in Klin. MonatsbL /. Angfnheilk., II, 387-392. — Ann. d'ocul., 1865, LIV, 93-96.
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différents degrés de convergence. Qu'on plante, par exemple, dans une poutre horizontale située transversalement en avant de notre œil et à une certaine hauteur, trois clous séparés de quelques pouces les uns des autres; qu'on suspende à ces clous, avec des coulants làciies, trois fils de soie fins tendus par de légers poids. Disposant d'abord les fils de manière qu'ils soient tous les trois dans un même plan, on s'assied en face d'eux, à portée du bras, de manière que le fil moyen se trouve dans le plan médian du visage et que le plan des fils soit perpendiculaire à ce plan médian. A quelque distance en arrière des fils doit se trouver un fond uniformément coloré, sans points particulièrement marqués. Si l'on examine attentivement les fils pour voir s'ils paraissent réellement se trouver dans un même plan, on constate alors que le fil moyen paraît se trouver un peu en avant du plan des deux autres, et cela d'autant plus que le visage est plus rapproché des fils. Reculant un peu le fil moyen de manière que les fils se trouvent sur une surface cylindrique qui présente sa concavité à l'observateur, on se met de nouveau en observation. Si l'on regarde alors d'un peu loin, les fils paraissent former une surface qui présente sa concavité à l'observateur; si l'on se rapproche davantage, la surface devient plane; enfin, si l'on se rapproche davantage encore, le fil moyen, bien que situé en arrière du plan des autres, paraît se placer en avant de ce plan. La distance pour laquelle les fils paraissent former un plan varie beaucoup d'un observateur à l'autre. M. E. Hering, qui a perfectionné, par l'emploi de fils, cette expérience que j'avais déjà faite de la manière indiquée, mais en me servant d'épingles, trouve qu'il lui faut s'éloigner d'une distance égale au diamètre du cyfindre circulaire droit qui comprend les fils, pour les voir former un plan, et il rattache cette expérience à sa théorie de l'horoptère, dont il sera question plus loin. Quant à moi, lorsque je suis à la distance indiquée par Hering, la surface des fils me paraît nettement concave ; il en est de même de MM. les docteurs Berthold, Bernstein et Dastich, qui ont répété ces expériences dans mon laboratoire. MM. Berthold et Dastich devaient se rapprocher jusqu'à la moitié de ce diamètre, et il me fallait me rapprocher davantage encore, à environ 3/10, avant de voir les fils dans un plan ; après moi, c'était M. Bernstein qui était obligé de se rapprocher le plus. Lorsqu'on faisait varier, soit Técartement des fils, soit la distance du fil moyen au plan des deux autres, la proportion restait à peu près la même pour chacun de nous : c'est ainsi que M. Berthold voyait toujours les fils à peu près dans un plan, lorsque la racine du nez se trouvait aux environs de l'axe du cylindre mené par les fils ; de même, il me fallait toujours m'avancer jusqu'à près du milieu du rayon ou du quart du diamètre.
Dans ces expériences, il se manifesta une influence de la fatigue des yeux : tout d'abord, lorsque les yeux passent du parallélisme à la convergence nécessitée par la contemplation des fils, Terreur commise dans l'appréciation de leur position est relativement plus faible, et l'on est porté à se rapprocher davantage pour les voir dans un plan ; mais lorsqu'on maintient la convergence pendant quelque temps, le fd moyen paraît avancer un peu, et il faut se reculer légèrement de nouveau.
Voici, en millimètres, les résultats de quelques expériences que j'ai faites avec une convergence prolongée :