‹ Optique physiologique [electronic resource]Chapitre 77 sur 105 · FOSION DES IMAGES DOUBLES · texte numérisé non relu

FOSION DES IMAGES DOUBLES

de 6,5 à l'autre; je posai ensuite la première feuille sur la seconde, de telle façon que les lignes convergentes fussent encore en partie visibles, et parussent être les prolongements des lignes parallèles. Imitant alors les oscillations des champs visuels en donnant un mouvement de va-etvient à la feuille supérieure, je cherchai à déterminer avec un seul œil, si les hgnes convergentes présentaient, sur le bord du papier où on les voyait paraître, le même intervalle que les lignes parallèles. Dans cette expérience, les deux couples de lignes apparaissaient donc dans le même champ visuel, et l'on imitait, par les mouvements de l'un des deux, les oscillations des axes oculaires qui accompagnent la vision binoculaire. D'un autre côté, je pouvais recouvrir d'un papier blanc une partie du couple de lignes convergentes, puis, comme dans les expériences de Volkmann, en amener, à la vision binoculaire, la partie visible au contact du couple de hgnes parallèles ; de sorte que, dans le champ de vision comm.un, les deux couples étaient contigus et paraissaient être leproîongement l'un de l'autre. Cette méthode est un peu plus avantageuse que celle de Volkmann, chez qui une ligne de chaque couple était tracée tout entière et se fusionnait avec la ligne correspondante de l'autre; dans mes expériences, au contraire, comme dans celle décrite page 899, et faite d'après le schéma de la figure 205, il n'y avait aucune fusion, mais seulement continuation apparente des deux lignes. Il se trouva que les différences de 1/2 millimètre dans les distances des deux couples de lignes apparaissaient aussitôt, et que des différences de de millimètre n'échappaient guère. Il résulta de ces expériences que la comparaison des distances correspondantes réussissait presque aussi bien chez moi à la vision binoculaire qu'à la vision monoculaire, à condition d'imiter, dans ce dernier cas, les déplacements relatifs des deux champs visuels par un mouvement oscillatoire continuel de l'un des dessins.

Les erreurs atteignirent également des valeurs très-considérables dans les expériences où Volkmann comparait la direction d'une ligne située dans l'un des champs visuels avec celle d'une ligne située dans l'autre. Dans ce cas, les différents chiffres s'écartent souvent de la moyenne, d'un demi-degré et parfois d'un degré, en plus ou en moins. Mais il est tout à fait impossible de considérer comme formant une hgne droite deux hgnes qui comprennent, dans le champ visuel monoculaire, un angle de 179°; on néghge même difficilement la déviation de deux lignes qui forment un angle de 179' ]/2. Il serait encore plus impossible de considérer comme parallèles deux hgnes situées l'une à côté de l'autre dans le champ monoculaire, et qui formeraient entre elles un angle d'un degré ou d'un demi-degré. Si des aberrations de cette importance passent inaperçues dans la comparaison des deux champs,

visuels, cela me paraît devoir provenir des oscillations que présentent les torsions dans les deux yeux, et que l'on peut percevoir à l'aide des images accidentelles, ainsi que je l'ai fait remarquer plus haut. Il n'y a rien d'extraordinaire à ce que les moyennes d'un grand nombre d'expériences puissent donner un résultat très-exact, malgré ces oscillations qui accompagnent chacune d'elles.

D'après ce qui précède, il est assez naturel d'admettre que si l'appréciation de la troisième dimension des objets réels est susceptible d'une exactitude bien plus grande, cela tient à ce que nous sommes infiniment plus habitués à parcourir du regard les contours d'un objet réel vu binoculairement, qu'à maintenir une fixation invariable, en présence d'images dissemblables des deux rétines.

Sous ce rapport, je dois appeler l'attention sur un fait que j'ai souvent observé. Lorsque j'ai devant les yeux un dessin stéréoscopique difficile à fusionner, je ne parviens que péniblement à faire coïncider les lignes et les points analogues, et ils se séparent de nouveau à chaque mouvement des yeux. Mais dès que j'ai acquis une notion bien vive de la forme représentée par le dessin, ce qui arrive souvent tout à coup, par suite d'une heureuse interprétation, je puis promener en toute assurance mes yeux sur la figure, sans crainte de voir les deux images se séparer de nouveau. La nature de la forme de l'objet commande la règle du genre de mouvement que doivent exécuter les lignes de regard pour l'examiner ; on peut même, ce me semble, se demander, avec quelque raison, si la notion visuelle de la forme d'un corps présente, en somme, une existence réelle autre que de s'offrir à nous comme une règle des mouvements des yeux. Nous devons, du moins, donner à cette question une réponse négative, si nous considérons la mensuration des champs visuels comme étant le résultat des expériences que nous avons faites à l'aide des mouvements des yeux.

Passons à l'étude des circonstances qui restreignent l'exactitude de la comparaison des deux champs visuels, c'est-cà-dire à l'examen des cas où l'on voit coïncider des images représentées sur des points non correspondants des deux rétines, et des cas où des images représentées sur des points correspondants paraissent occuper des positions différentes dans le champ de la vision.

La principale des causes qui peuvent provoquer la fusion des images de points rétiniens disparates est l'analogie qu'elles présentent avec les deux images perspectives d'un seul et même objet. Plus une semblable analogie est complète, plus il nous devient difficile d'échapper à la représentation d'un seul objet solide, et de comparer, indépendamment de

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cette idée, la disposition et la distance relatives des lignes et des points vus isolément dans le champ de la vision.

Si nous considérons, par exemple, les deux couples de lignes verticales de la figure E (pl. VII) , en fixant, respectivement avec chaque œil, la plus à droite des lignes du couple qui lui est offert, l'image binoculaire nous présente deux lignes dont celle de droite est située un peu plus loin que celle de gauche. Dans cette expérience, les deux images de la ligne de gauche ne peuvent pas tomber sur des portions rétiniennes correspondantes, car les deux lignes de l'image de droite sont distantes de 3'"'%5, et celles de l'autre, de 2""",7 seulement, c'est-à-dire de 0'"'",8 en moins. Cependant il me semble presque impossible de distinguer que Tune ou l'autre des deux lignes, qui paraissent situées dans un plan oblique par rapport au papier, apparaisse double. Je ne vois se produire de tendance à voir double l'une des Ugnes, que lorsque je fixe l'autre d'une manière attentive et soutenue. Il est peut-être quelques observateurs qui, même dans ces conditions, réussissent à percevoir facilement les doubles images, et il en est d'autres auxquels cela est absolument impossible; en effet, sous ce rapport, on rencontre de trèsgrandes différences individuelles.

Dans les couples de hgnes El (pl. VII) , la différence des distances est plus grande (3""", 7 et 7 millimètres; différence, o"'"',3j. Une fois la fusion obtenue, je parviens à voir également cette figure représenter deux lignes situées à une grande distance en avant l'une de l'autre ; mais les images doubles de l'une, et même parfois des deux hgnes, ne disparaissent jamais d'une manière complète, parce que la distance de ces doubles images est relativement trop considérable.

Dans la figure /, les deux couples de lignes verticales présentent également des écartements assez différents (6'""', 7 et 9'"'", 2; différence S'*"", 5) ; cependant la différence de leurs distances est moindre que pour les couples et la fusion est facilitée par les hgnes supérieures et inférieures qui donnent à la figure l'aspect d'un plan rectangulaire vu en perspective. Dans cette dernière figure, la différence est précisément convenable pour me permettre d'obtenir, d'une manière facile et complète, la fusion stéréoscopique sans cesser de pouvoir distinguer cepen ' dant les images doubles, pour peu que j'y porte mon attention. Si, dans ces conditions, je fixe l'une des lignes verticales, l'autre paraît double, et j'ajouterai que c'est la plus courte et la plus à droite des hgnes verticales de l'image binoculaire qu1l m'est le plus facile de voir double. Tandis que je fixe la ligne de droite de l'image totale, si je viens à faire augmenter très-lentement la convergence des yeux en produisant graduellement et avec beaucoup de précaution l'effort musculaire néces-

922 {7m) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 31. saire, que je connais par suite d'une longue habitude, je puis obtenir des images doubles très-voisines (éloignées de l"^"^ à 1""'" y^^) de la ligne de droite ; alors la ligne de gauche doit continuer à paraître double, et je peux m' assurer, par moments, qu'il en est véritablement ainsi. Cependant il est très-difficile de maintenir, pendant un certain temps, une semblable position des yeux sans être soutenu par un objet de fixation déterminé, et les oscillations continuelles des lignes de regard se traduisent par les variations correspondantes de l'intervalle des deux images de la ligne de droite. Sur la figure H, je réussis plus facilement à maintenir le regard de telle façon que le couple de gauche paraisse entièrement compris dans celui de droite, position où les quatre lignes apparaissent isolément.

Lors donc que l'observateur est suffisamment maître des mouvements de ses yeux, il peut amener à volonté les deux images à se superposer dans la position qu'il veut, et il peut parvenir à distinguer, en général, les images doubles dans toute position donnée, pourvu que ces images ne soient pas par trop voisines.

J'ai d'ailleurs parfaitement conscience de la manière dont je dois diriger mon attention pour voir ou pour ne pas voir les images doubles. Lorsque je neveux pas les voir, je cherche à mesurer, avec le regard, de combien la ligne de droite de la figure H ou / est plus éloignée de moi que celle de gauche; je porte donc mon attention sur la perception du relief. Si je veux voir les images doubles, je cherche à apprécier quelle est la forme de l'image, considérée comme figure plane, quelle est, par exemple, la distance horizontale qui sépare les lignes verticales dans le plan du papier, et autres choses semblables. Cette différence dans la manière d'observer me paraît tout à fait analogue à celle qui se présente, par exemple, lorsque je cherche à apprécier la forme des faces d'un cube que je verrais devant moi dans une position oblique. Je puis, d'une part, examiner le cube pour voir si ses faces sont réellement rectangulaires et si ses arêtes sont égales, ce qui peut se faire avec un certain degré d'exactitude même lorsqu'on le regarde obliquement. Je puis encore, d'autre part, essayer de dessiner le cube et examiner ses faces dans l'intention de distinguer la forme des parallélogrammes qu'elles découpent dans le champ visuel. Si tel est mon but, je m'applique à voir de combien les angles qui paraissent obtus semblent plus grands que ceux qui paraissent aigus, de combien l'une des diagonales d'une face paraît plus grande que l'autre, et ainsi de suite. Il m'est possible de passer à volonté de l'une à l'autre de ces deux manières de voir. Si les faces sont très-déformées par la perspective, au moment où je perçois distinctement que les angles des faces

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sont tous égaux et droits, je ne puis cependant pas complètement m' empêcher de voir que les trois angles droits groupés autour de l'un des sommets paraissent, dans l'image, mesurer ensemble quatre angles droits, et, en général, que les différents angles droits paraissent différemment grands. Mais lorsque l'obliquité n'est pas considérable, la plus grande attention et la plus grande habitude pourront ne pas suffire pour me faire distinguer que les différents angles droits paraissent avoir des grandeurs différentes dans le champ visuel ; c'est ce qui a lieu, par exemple, lorsque mon œil se trouve dans le prolongement de l'une des arêtes, position où je n'ai devant moi qu'une seule face du cube, qui présente seulement une faible inclinaison par rapport à la ligne de regard. Nous sommes, en général , bien mieux exercés à apprécier exactement la forme véritable des corps que leur aspect dans le champ visuel, et c'est à cette circonstance que tient l'une des principales difficultés du dessin d'après nature.

Les choses se passent d'une manière tout à fait analogue pour l'appréciation du relief et des images doubles dans le champ visuel. — Si je porte mon attention sur le relief, les distances différentes des points correspondants de l'image deviennent, d'après rexpérience, les signes sensuels de la forme solide de l'objet extérieur, et leur dissemblance ne s'impose à l'attention de l'observateur que lorsqu'elle est très-prononcée; absolument comme, dès que la déformation perspective est considérable, la forme rhomboïdale apparente des surfaces du cube ne peut pas être complètement oubliée, bien que l'on perçoive en même temps la forme carrée qu'elles possèdent en réalité.

11 m'est possible, cependant, de porter mon attention sur les particularités du champ de vision, et je remarque alors entre les deux images des différences qui m'avaient échappé ; mais la perception du relief peut s'imposer aussi et entraîner à laisser passer inaperçues de très-petites différences des deux aspects du corps, de même que la perception de la forme réelle du cube peut m' empêcher complètement de voir de trèspetites déformations perspectives de ses surfaces. Dans l'un comme dans l'autre cas, il s'agit de reconnaître, dans le champ de vision, l'inégalité de certaines dimensions que nous savons, par expérience, être l'expression sensuelle de grandeurs égales dans l'espace objectif; seulement dans l'un des cas les deux grandeurs à comparer ne sont pas situées dans le même champ visuel, tandis que, dans l'autre, elles sont situées toutes les deux dans le champ commun de la vision.

Du reste, lorsque je cherche à me procurer la notion de profondeur sur les figures H et /, j'y réussis le mieux en laissant errer le regard de l'une à l'autre extrémité de cette profondeur. Mais j'y parviens

92/1 (752) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § yj. encore, d'une manière moins vive, il est vrai, en maintenant le regard immobile, et les images doubles qui surgissent de temps en temps me prouvent que je fixe alors de manière à faire coïncider les milieux des deux figures : les deux verticales de l'image binoculaire deviennent doubles au même instant. La position adoptée est celle qui donne, en somme, le moindre écartement des images doubles.

On peut faciliter f apparition des images doubles en disposant sur les deux images à fusionner des marques différentes, souvent même trèslégères, et qui s'opposent à l'interprétation d'après laquelle les deux images appartiendraient à un seul et même objet. — Ainsi, comme Volkmann l'a fait voir, il suffit de recouvrir d'un papier blanc la moitié d'une des lignes de la figure E, ou de tracer deux lignes horizontales à des hauteurs différentes, dans l'intervalle des deux couples verticaux, de façon qu'il se forme des figures analogues à des H, mais dont les lignes transversales soient à des hauteurs différentes. On peut encore, dans la figure P (pl. IX) , faire l'un des couples de hgnes noir sur fond blanc et fautre blanc sur fond noir, ce qui rend plus difficile la combinaison stéréoscopique, sans la rendre impossible. La figure G (pl. VII) reproduit les couples de Ugues de la figure E, en y ajoutant deux points situés à la même distance de la Hgne gauche de chaque couple, ces points étant fun en dedans et fautre en dehors de la ligne de droite. Si Ton fusionne les deux points en les fixant, les deux lignes situées de part et d'autre du point de fixation se séparent immédiatement; en effet, comme l'une est à droite et fautre à gauche du point fixé, c'est une différence bien plus remarquable que lorsqu'elles sont toutes les deux du même côté du point de fixation et seulement à des distances différentes de ce point. Mais alors même qu'on fixe la ligne de gauche, le point paraît simple, tandis que la ligne de droite, qui semble passer derrière ce point, parait assez facilement double. Nous sommes ici sous l'empire d'une perception qui nous représente la ligne de droite comme à la fois plus rapprochée et plus éloignée que le point, et comme nous distinguons que le point est à une distance invariable de la ligne de gauche, il faut bien admettre que les deux images de la ligne de droite sont séparées. Par une sorte de contraste, le point, qui devrait paraître dans le plan du papier, paraît avancer, comme si, dans fiinage de droite, il était plus rapproché de la hgne de gauche que dans f image de gauche.

La fusion peut également se produire pour des points situés à des hauteurs un peu différentes au-dessus ou au-dessous de l'horizon rétinien : par exemple, lorsqu'on amène à se superposer les deux couples de lignes de la figure F (pl. VU), l'écartement étant respectivement de

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3'"'" et de B'""\7 dans les couples de gauche et de droite. Ce cas trouve son analogue dans la réalité, lorsqu'on a devant les yeux deux lignes horizontales situées latéralement par rapport au plan médian. Des lignes ainsi situées n'étant pas à la même distance des deux yeux, leur intervalle paraît plus grand à l'un qu'à l'autre. Mais les diflerences entre les dimensions verticales, qui peuvent se présenter dans l'observation d'objets réels, sont généralement faibles relativement à celles qui se présentent entre les distances horizontales. C'est pour ce motif, sans doute, que nous ne pouvons fusionner que des images dont les dimensions verticales ne présentent que de très-faibles différences. De plus, la fusion de ces lignes, et même celle de lignes dont les distances diffèrent encore bien moins, disparaît assez rapidement pour faire place à la vision double de Tune des lignes, si l'on a soin de fixer d'une manière bien inébranlable.

Il faut encore insister sur ce point que ce n'est pas seulement sur les parties plus ou moins latérales de la rétine, mais aussi sur les parties même les plus centrales qu'il nous est possible de fusionner des images disparates. Lorsque je fusionne les deux croix de la figure L (pl. VIII) et que je fixe le centre de l'image binoculaire, les deux lignes verticales situées à droite de ces croix doivent paraître se réunir pour former une hgne continue. C'est ce qui a lieu, en effet, lorsque je fixe attentivement et exactement le centre de la croix ; mais cela n'arrive pas toujours lorsque je n'apporte pas une attention particulière à la fixation. En effet, tantôt c'est la verticale supérieure, tantôt la verticale inférieure qui paraît alors située plus loin de la croix, et la distance qui sépare les deux verticales peut bien atteindre un millimètre au moins, sans que la verticale de la croix se dédouble sensiblement. Si j'examine d'abord le dessin naturellement, ce qui exige une position convergente, et que je fasse diverger peu à peu les yeux jusqu'à ce que les croix coïncident, c'est ordinairement la partie supérieure de la verticale, celle qui appartient à l'image du côté droit, qui paraît la plus éloignée. Les yeux conservent donc une convergence un peu trop forte. Mais je puis encore, à volonté, donner aux lignes visuelles un écartement un peu plus grand (ce qui, pour moi, reste toujours de la convergence, puisque la distance de mes yeux est de 68""", tandis que celle des dessins est seulement de 03'"'", 5) ; alors la moitié supérieure de la ligne verticale se rapproche un peu plus delà croix que la moitié inférieure. Dans ce cas, les oscillations des verticales latérales , dont les positions sont faciles à comparer, trahissent l'existence, dans la position des yeux, d'oscillations qui ne se décèlent pas par le dédoublement de la ligne verticale de la croix que l'on paraît fixer. C'est là une circonstance dont il faut

926 {755) TROISIÈME PARTIE. - DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 31. avoir bien soin de tenir compte dans les expériences sur les images doubles. Il ne faut pas croire que, dans la fixation ordinaire et peu exacte d'un point, celui-ci se représente toujours sur des points exactement correspondants des milieux des rétines. C'est ainsi que, pour ma part, je fixe toujours les figures E et F de telle façon que les deux lignes les plus voisines sont toujours comprises entièrement entre les deux autres. Pour m'en assurer., il me suffit de recouvrir, à partir d'une extrémité, la moitié de l'un des couples de lignes avec une feuille de papier blanc.

Je m'étais d'abord proposé d'employer une figure analogue à L pour déterminer la grandeur des portions correspondantes sur la ligne horizontale, mais je ne pus pas Futiliser parce que, pour moi, la ligne verticale de la croix paraît toujours simple, même lorsque les verticales latérales subissent des déplacements assez considérables. L'expérience réussissait beaucoup mieux lorsque je supprimais également, dans chaque figure, l'une des moitiés delà verticale de la croix.

Une verticale tracée sur l'une des figures peut aussi se fusionner avec deux verticales qui lui correspondent à peu près dans fautre. — La figure T (pl. X) présente deux lignes à gauche et trois à droite. Si l'on fait coïncider exactement les lignes situées le plus à gauche dans les deux groupes, l'image de la ligne située à droite dans le groupe gauche vient se placer entre les deux lignes de droite du groupe droit et se fusionne avec elles* On obtient alors l'impression d'une image de trois lignes dont la plus à droite est plus loin de l'observateur que la ligne située le plus à gauche, la troisième étant plus voisine de lui que les deux autres. Les trois lignes paraissent être les arêtes d'un prisme rectangulaire, et elles sont, en effet, l'expression optique d'un semblable prisme dont le prolongement de l'une des faces passerait par l'œil gauche de l'observateur. Pour reconnaître où se trouve l'image de la ligne simple de la figure de gauche, on a marqué un gros point sur le milieu de cette ligne. Lorsque je fixe la ligne de gauche de l'image binoculaire, ce point se place tantôt sur l'une, tantôt sur l'autre ligne de la paire correspondante, tantôt dans F espace qui les sépare : on prend ainsi sur le fait les oscillations de la convergence.

Il m'est possible également de fusionner deux cercles de rayon un peu différent, tels que ceux de la figure R (pl. X). — Cette expérience répond au cas réel où l'observateur regarde un cercle (ou une sphère) situé en dehors de son plan médian de manière à être plus voisin d'un œil que de l'autre. On peut fusionner ainsi, d'une manière facile et assez durable, les parties verticales des deux cercles, tandis que les arcs horizontaux se dédoublent facilement, à moins que la différence des

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rayons des deux cercles ne soit relativement très-faible. On prend pour point de fixation le centre de l'image binoculaire. Je dois faire observer qu'en faisant cette expérience je me suis surpris à tourner involontairement la tête vers le cercle le plus petit, ce qui égalisait à peu près la grandeur apparente des deux cercles. La fusion se faisait naturellement alors d'une manière bien plus complète. Mais si l'on cherche à fusionner

i un cercle avec deux autres dont l'un est un peu plus petit et l'autre un peu plus grand que le premier, comme dans la figure S (pl. X) , la fusion a certainement lieu pour les arcs qui sont à peu près verticaux,

' et, le plus souvent, le cercle simple coïncide d'un côté avec celui qui est plus grand, et, de l'autre, avec celui qui est plus petit. En haut et en bas, au contraire, les cercles se séparent, et l'on voit des arcs du

j cercle simple passer du grand au petit. On voit donc, dans l'image

I binoculaire, deux cercles reliés en haut et en bas par un arc qui n'est perçu, il est vrai, que d'une manière assez vague et confuse. Le cercle

I intérieur paraît être en arrière du cercle extérieur vers la droite et en avant de ce cercle, vers la gauche, ce qui provient d'un effet stéréoscopique analogue à celui des verticales de la figure T (pl. X). Ici encore la fusion a lieu en tant qu'on peut trouver de l'analogie entre les dessins combinés et des objets réels ; les cercles se dissocient là où cette analogie fait défaut.

Volkmann (1) a exécuté une série de mensurations sur les valeurs limites des différences qui deviennent imperceptibles dans la vision stéréoscopique. ■ — Il regardait, à l'aide d'un stéréoscope, deux couples de lignes noires sur fond blanc, que nous nommerons ab et cd. L'une de ces lignes, d, était un cheveu tendu dans une fenêtre mobile dans une I coulisse horizontale. On plaçait d'abord la fenêtre de manière à combiner a et b et d, puis on approchait ou l'on éloignait la ligne d de la voisine c, jusqu'à ce qu'on la vît se séparer de la ligne b de l'autre couple, avec laquelle elle était fusionnée jusque-là. L'angle visuel, modifié par les lentilles du stéréoscope, était le même que si les lignes avaient été observées à ISC"'" de distance.

Bien que, dans ces expériences, l'observateur fût censé fixer invariablement l'une des lignes de l'image binoculaire; je crois cependant pouvoir admettre, d'après mes expériences décrites plus haut, qu'en réalité il plaçait les yeux de telle sorte que les deux lignes fusionnées auraient donné des images doubles à peu près également distantes, dans le cas oii ces images auraient pu être perçues. Je pense donc que les véritables distances des images doubles à fusionner n'étaient guère

(i) Archiv fur Ophthalmologie, II, 2, p. 32-59.

928 [m) TROISIÈME PARTIE. ~ DES PERCEPTIONS VISUELLES. § Si. que de moitié ou d'un peu plus de moitié des différences des deux distances comparées.

J'indique ci-dessous un résumé des résultats deVolkmann, et dont chacun est la moyenne de 15 observations. Les valeurs de la distance i cd sont les plus fortes qu'il était possible de fusionner avec ah ; les longueurs sont exprimées en millimètres.

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