FUSION DES IMAGES DOUBLES
mun de la vision et à essayer de percevoir les images doubles. — J'ai déjà dit plus haut qu'en général c'est seulement au milieu des champs visuels qu'on reconnaît bien les images doubles, tandis qu'à la périphérie on rencontre de très-grossières inexactitudes. Mais la circonstance la plus importante qui nous empêche de percevoir la différence de position des deux images doubles d'un seul et môme objet, c'est la représentation que nous nous faisons de l'unité de cet objet. Si, ainsi que nous avons cherché à l'établir, les mensurations du champ visuel reposent sur une estimation à vue d'œil acquise par l'habitude, la perception des images doubles se fonde également sur l'estimation ; aussi cette perception peut-elle, comme toutes les estimations oculaires, être sujette à erreurs excessivement grandes par l'effet d'influences psychiques de toute espèce, et, en particulier, par celle qui nous impose l'idée, vraie ou fausse, que les deux images appartiennent à un seul et même objet. C'est pour cette raison que la dissemblance des deux images nous échappe avec une facilité bien plus grande lorsque ces images sont relatives à un même objet réel, tant que cette différence n'est pas trop considérable et trop frappante ; c'est pour la même cause encore que la plupart des personnes n'ont jamais remarqué les doubles images, bien que la présence de ces images soit à peu près continuelle dans le champ de la vision. Il nous est difficile également de dissocier les images doubles des lignes de même couleur et de même intensité, lorsque celles-ci sont tracées de manière à représenter à peu près exactement les images d'une seule et même ligne objective. Mais ce sont les mouvements de l'œil qui donnent le principal obstacle à la perception des images doubles. Lorsque nous examinons un objet, nous fixons successivement différents points de sa surface de telle façon que les fossettes rétiniennes reçoivent constamment des images correspondantes. Ces images sont à la fois celles qu'on perçoit avec le plus de netteté et qui attirent le plus l'attention. Dès que notre attention commence à se porter sur un point de l'objet qui soit situé latéralement, et qui présente peut-être des images doubles, nos yeux se mettent presque involontairement à le fixer, ce que nous ne pouvons empêcher qu'en y apportant un effort d'attention tout particulier.
Aussi, pour distinguer le mieux possible des images doubles, faut-il d'abord éviter les mouvements des yeux et s'assurer un point de fixation bien déterminé. En second lieu, il est bon de donner, aux images à distinguer, des colorations ou des intensités différentes, ce qui rend difficile ou impossible leur interprétation comme images d'un même objet. En troisième lieu, on peut souvent produire toutes sortes d'autres différences entre les images, soit en les couvrant partiellement, soit
918 (727) TROISIÈME PARTIE, --DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 31. en y ajoutant des points de repère dissemblables, afin d'attirer l'attention de l'observateur sur les différences qu'elles présentent, ce qui permet d'amener à une assez grande délicatesse la distinction des images doubles.
On a vu plus haut, à l'occasion de la recherche des positions des lignes et des points correspondants, les méthodes à l'aide desquelles on peut éviter les difficultés en question, et obtenir la plus grande exactitude possible dans la comparaison des égalités apparentes que présentent les deux champs visuels. Mais lors même qu'on emploie les meilleures méthodes, la comparaison des grandeurs correspondantes des deux champs visuels est bien plus imparfaite que celle des dimensions analogues dans le même champ.
Les expériences de Volkmann, qui ont été décrites plus haut, sont très-propres à nous donner, à cet égard, des nombres déterminés. — Dans celles qui ont été faites suivant le schéma de la figure 203 et décrites page 892, il compara les distances verticales entre deux couples de lignes horizontales situés respectivement dans le champ visuel droit, à droite de la ligne médiane, et dans le champ visuel gauche, à gauche de la ligne médiane. Dans le champ de vision commun, les deux couples paraissaient se rejoindre sur la ligne médiane. Dans l'un, la distance des lignes était fixe et de 5'^''\5. La moyenne de trente observations de ce genre, où Volkmann cherchait à rendre l'intervalle variable du second couple égal à celui du premier, donna des nombres qui s'accordaient assez bien et ne s'écartaient de la valeur réelle que de O'^'^fil et de 0"'™,03. Mais si l'on considère les observations une à une, on trouve que, dans la première série (horizontale mobile à droite) , il avait trouvé successivement égales à 5™™, 5 des distances de 6,0, puis de 5,0; de même, la seconde série présente des observations qui ont donné 5,0 et 5,85. Dans d'autres séries où les lignes étaient verticales, on trouve 5,55 et /i,75, jyuïs 5,55 et Zi,85, pour des distances qui furent jugées égales à 5,2.
Il serait assurément tout à fait impossible de commettre des erreurs aussi considérables si les deux couples de hgnes étaient juxtaposés dans le même champ visuel. La difficulté de la comparaison binoculaire me paraît provenir principalement de ce que la fixation est difficile à maintenir bien invariable, et que, pour cette raison, les deux champs visuels présentent continuellement de petites oscillations dans leur mode de coïncidence. Pour m'en assurer, j'ai dessiné, sur une feuille de papier, deux lignes parallèles à 5™", 5 d'intervalle et allant jusqu'au bord; j'ai tracé, de même, sur une seconde feuille, deux lignes faiblement convergentes, dont la distance était de /!,5 à l'un des bords du papier, et