‹ Optique physiologiqueChapitre 1 sur 228 · VICTOR MASSON ET FILS · texte numérisé non relu

VICTOR MASSON ET FILS

PLACE DE l'école-de-médecine HDCCCLXVII

La première partie de cet ouvrage a paru dès 1856, la seconde en 1860, la troisième en deux fascicules, au commencement et à la fin de 1866. Le long retard qu'a subi la publication de la troisième partie a été cauBé non-seulement par des circonstances accidentelles, telles que deux changements de résidence successifs et l'attrait d'autres études, d'un genre différent, mais aussi par des raisons inhérentes au sujet. En effet, précisément dans ces dernières années, l'étude des perceptions visuelles a été l'objet d'un grand nombre de travaux, et c'est depuis peu de temps que l'on peut se faire une idée de la richesse et du profond intérêt qu'oflTre ce sujet. On peut se demander à bon droit s'il n'est pas téméraire d'essayer dès maintenant, comme l'exige le plan général de cet ouvrage et de X Encyclopédie dont il fait partie (1), d'exposer d'une manière didactique une science aussi jeune et qui est, pour ainsi dire, encore à l'état de fermentation. Cependant la nature particulière du sujet ne permet guère de s'attendre à voir les questions encore pendantes recevoir prochainement des solutions définitives. D'une part, en effet, cette étude est intimement liée à celle des problèmes les plus diflBciles de la psychologie ; d'autre part, le

(I) Ce Tolame est le neuvième de V Encyclopédie de physique de Karsten (Aligemeine Encyclopàdie der Physik, bearbeilet von P. \V. Brix, G. Decher, F. G. 0. V. Fkiutzsch, F. Grashof, F. Harms, H. Helmholtz, G. Karsten, H. Karsten, C. KcHN, J. Lamont, J. Peiffer, E. E. Schmid, F. Schulz, L. Seidel, G. Weyer, W. WcNDT, herausgegeben von Gustav Karsten; Leipzig, Leopold Voss).

nombre des observateurs capables de la faire avancer est nécessairement très-restreint, car il est besoin d'acquérir une longue expérience dans l'observation des phénomènes subjectifs et une grande habitude de diriger à volonté les mouvements des yeux, avant d'être simplement en état de voir ce que d'autres ont déjà vu ; et si l'on ne prend pas les précautions convenables dans ces exercices, on peut être obligé de les suspendre sous peine de compromettre l'usage de ses yeux. Ajoutons enfin que dans ce domaine, où les actions psychiques viennent jouer un rôle, les différences individuelles paraissent exercer une influence bien plus considérable que dans les autres questions de physiologie.

Cependant il était nécessaire de faire la tentative de mettre enfin un peu d'ordre et d'unité dans cette matière, de la débarrasser des contradictions qu'on y rencontrait à chaque instant. Si j'ai entrepris cette tâche, c'est dans la conviction que l'ordre et l'unité, fussent-ils même fondés sur un principe incertain, sont encore préférables aux contradictions et au défaut d'ensemble. J'ai pris pour fil conducteur le principe de la théorie empirislique, tel que je l'ai exposé aux paragraphes 26 et 33, et à mesure que je continuais mon travail, je me suis convaincu de plus en plus que ce principe est le seul qui permette de se guider sans encombre dans le labyrinthe des faits actuellement connus. J'ai déjà été devancé dans cette voie par d'autres observateurs dont les travaux ne me paraissent pas avoir obtenu toute l'approbation qu'ils méritent, sans doute à cause de la faveur que rencontrent plus facilement aujourd'hui les explications mécaniques, par suite d'une certaine tendance matérialiste de notre époque. La cause de cet insuccès provient peutêtre aussi de ce que mes prédécesseurs n'ont travaillé chacun que des chapitres isolés de l'étude des perceptions visuelles, tandis qu'un aspect d'ensemble peut seul entraîner la conviction en faveur de la théorie qui comprend les diflTérents faits. Aussi me suis-je efforcé de développer complètement cette vue d'ensemble.

Pour tâcher de remédier aux inconvénients causés par le temps

qui s'est écoulé depuis la publication des deux premières parties, j'ai ajouté un supplément contenant la bibliographie récente et le résumé des plus importants parmi les faits découverts depuis l'impression de ces parties. Parmi ces faits, il ne s'en est heureusement trouvé aucun qui fût de nature à entraîner des modifications importantes dans les conclusions et les théories déjà exposées.

En ce qui concerne les revues bibliographiques exigées par le plan de \ Encyclopédie, je les ai données aussi bien que le permettMent les ressources que j'avais à ma disposition. La littérature récente est assez complète ; quant aux auteurs anciens, j'ai dû souvent les citer de seconde main : je ne puis donc point garantir l'exactitude de ce travail. L'entreprise d'une histoire véritablement exacte de l'optique physiologique serait un travail qui demanderait de longues années, et qui ne présenterait un intérêt suffisant que si Télat de cette science était plus avancé qu'il ne l'est actuellement.

Ma préoccupation constante, en réunissant les matériaux de cet ouvrage, a été de vérifier par mes propres yeux et par ma propre expérience l'exactitude de tous les faits qui présentent quelque importance. Parmi les procédés d'expérience, j'ai toujours décrit ceux dont l'application m'a paru présenter le plus de garanties, et lorsque j'ai procédé autrement que mes prédécesseurs, j'espère qu'on voudra bien ne pas attribuer ces modifications à un simple désir de changement.

Je prie les personnes qui trouveront à critiquer dans ce livre de vouloir bien tenir compte de la difficulté et de retendue de la tâche qui m'était imposée.

HeideU)erg, décembre 1866.

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