ANTAGONISME DES CHAMPS VISUELS
Dans les cas que nous avons vus jusqu'ici, les images doubles étaient plus ou moins semblables aux images que pourrait offrir un seul et même objet extérieur, et, pour cette raison, elles étaient pour nous les signes familiers et facilement reconnaissables d'un objet situé hors de i'horoptère, de sorte qu elles pouvaient encore nous servir à apprécier à peu près exactement la distance de l'objet.
Nous avons encore à examiner les cas où les deux champs visuels sont remplis de formes tout à fait différentes, qui ne peuvent pas être combinées pour former l'image d'un objet unique. — Dans les cas de ce genre, on voit en général deux images simultanées qui se superposent dans le champ de la vision. Mais ordinairement l'une ou l'autre de ces images prédomine plus ou moins dans telle ou telle partie du champ ; quelquefois il se produit une alternance telle qu'aux endroits où, pendant un certain temps, on ne voyait que des parties de l'une des images, on voit celle-ci s'effacer pour fsure place à des parties de l'autre. La dénomination d' antagonisme ou de lutte des champs visuels nous servira à désigner cette alternance dont l'effet est de faire apparaître des parties des deux images tantôt simultanément, tantôt successivement au même endroit.
Les cas les plus simples et les plus réguliers sont ceux où l'un des champs visuels présente une coloration ou un éclsdrage uniformes dans toute son étendue; on ne remarque alors que les objets contenus dans l'autre champ. — Ainsi, lorsque après avoir feimé un œil, on regarde une page d'impression, on voit les caractères et le papier blanc sans remarquer l'obscurité du champ visuel de l'œil fermé. Il faut observer que le papier ne paraît pas sensiblement plus foncé que lorsqu'on le regarde avec les deux yeux. Le noir de l'un des champs ne se mêle donc pas au blanc de l'autre ; il n'a aucune influence sur l'apparition de l'autre image.
Il en est de même lorsque, ayant ouvert l'œil qui était fermé, on tient tout près de lui une feuille de papier blanc, de manière que son champ visuel, qui était obscur auparavant, soit uniformément éclairé en blanc. Dans ce cas également, on voit sans modification les caractères contenus dans l'autre champ, et si le papier blanc uniforme n'est pas plus clair que l'autre, ce dernier ne paraît pas plus clair lorsque l'autre champ visuel est uniformément blanc que lorsqu'il est uniformément noir. Mais si l'on se tourne de telle façon que le papier blanc uniforme soit vivement éclairé par le soleil, dès qu'on ouvre le second œil, on croit assurément voir le papier imprimé devenir plus clair que précédemment.
Il en est encore de même lorsqu'une grande partie seulement deTun
966 (768) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 32. des champs visuels est uniformément éclairée tandis que la partie correspondante de l'autre contient des dessins. Si Ton contemple, par exemple, les lettres