‹ Optique physiologiqueChapitre 216 sur 228 · PRINCIPES DES EXPLICATIONS EMPIRISTIQÙES. {S · texte numérisé non relu

PRINCIPES DES EXPLICATIONS EMPIRISTIQÙES. {S

déterminés, les autres mensurations des champs visuels et, par suite, la position des points qui y sont congruents, peuvent se déterminer cornpléteroent, ainsi qu'il a été expliqué plus haut, à l'aide des mouvements des yeux.

Si la comparaison des dimensions dans les deux Champs visuels et la position des points cotigruents sont des résultats de perfectionnement de l'estimation oculaire, il peut se produire de petites erreurs de cette . estimation, lorsque la notion d'un corps unique, auquel se rapportent les deux images, s impose fortement à nous. Quand les doubles images présentent, au contraire, des écartements très-sensibles, une interprétation plus ou moins exacte de leur signification est conciliable avec leur perception séparée dans le champ de la vision. Tout ce qui rend difficile la fusion des images doubles en la notion d'un corps unique, tout ce qui facilite la comparaison de leur position dans le champ de la vision, l'habitude de les observer et le soin d'éviter les mouvements des yeux, tout cela contribue à rendre ces images plus facilement visi-* blés. Suivant la direction de Tattention, on peut voir ou ne pas voir celles qui se trouvent sur les limites de la perceptibilité, même à Féclairage de l'étincelle électrique, qui élimine toute influence des mouvements des yeux. Toutes ces circonstances s'accordent parfaitement avec notre explication et peuvent en être déduites.

Enfin, les phénomènes de Y antagonisme dépendent de cette particularité de notre conscience d'après laquelle nous ne pouvons accueillir à la fois qu'une seule mipression ou qu'un agrégat d'impressions susceptibles de se réunir en une seule représentation. L'expérience journalière en fait foi ; de plus, cette particularité se manifeste très-nettement dans l'intervalle de temps qui sépare les perceptions de la vision de celles de rouîe, et qui, lors de l'observation du passage des étoiles, donne lieu à V erreur personnelle des astronomes ; elle se reconnaît aussi au petit nombre d'objets que l'on peut percevoir à la lumière de l'étincelle électrique et pendant la courte durée de son efTet consécutif. La fusion des impressions des deux champs visuels se présente à nous sous forme de relief. Lorsque cette combinaison est empêchée par la nature des deux images , on voit se manifester l'oscillation de l'attention , caractéristique de la lutte des champs visuels, dès que l'attention n'est {las retenue par des contours nettement dessinés dans l'un des champs. J'ai décrit plus haut les méthodes à l'aide desquelles on parvient à fixer Tattention sur l'un des champs, ce qui supprime l'oscillation. Ce moyen est particulièrement propre à démontrer que cette lutte est seulement un phénomène de l'attention.

D'après l'exposé qu'on vient de lire, on voit que nous n'avons à tenir

4M0 {mn THOISIÉMR PARTIE. - BES. PEnCEPTÎONS VISUELLES, compte, parmi les pimcssiLS psychiques, que des associations ifivoloih taires des rûprfeentalion!*, twim qui m\ sont pas sous k doininafon directe de notre comcience el de mim volonté ; îivee cette réâ^at, cependant, que nous pouvons eu hitluencer la marche eu leur oppck^ant àm repréttBiitationë et des buta dont nous avons coriscieûce. C'est pifcmément pour celte rai^son cpio 1rs résnltatâ de cette productioii dm repnisentAtionô Hofft^nt a mm coinme impos^*^ i>ar une puissance çae nous nu pouvons pas» dominer, ou seulement pour une faible part, ta qui m pril^ente, par cons/iquent, à notrt3 volonté et h natm conâctenoi» j nomme une forte nainreHû ôlninj^ère k noua, ou objertlve, alitmlamem cotnnie les sensations qui uom arrivent immédiatement <lu monde cxlé- | rieur. Ainîii, parmi les résultats de processus psy chiques, tout ceqm * s'a^isode avt*€ les nenaationa nouis (mraît donné par des iiiRoiïnM j extérieures tout aus<i bien tjuo la mtiî^vLioû, et lie nous offre pat k^i* caractères d'un résultat de la réllexion consciente et libre ou d'une vue de notre esiprit. Sou§ ce rapport, ropinion empirlntlfiue a soiMHH été mal comprime, piU* se^ adhuniolïi aussi bien que pw ses ailvCfmmV c'est là mon excuse pour avoir insisté de nouveau sur c^ point. Si rcra ne veut pas ranger ces processus^ de rassoclation d'idées el du mm naturel des œprésen talion h parmi les actes psychiques, mais les atiri» buer k la substance nerveuse, c'eât une queielle de inota dans laquetk je ne in^engagerat pas* On pourrait concilier peut-être ici la Ihéam eniplrislique avec la forme que Panuui, par ejicmpte, a donnée à h théorie nativistique» avec cette différenoe que Panuin oonsidëre comw donné par la nature ce qui me paraît acquis par Vwpftim».

En ce qui concmtie les différentes thèmes fmthmiifUês^ leur pont fondamental c'est qu'elles attribuent la localisation^esimpre^nfinsdaiB le champ visuel à une disposition innée^ sdt que l'âme ait une < sance directe des dimensions de la rétine, soit que Texcitalion de 1 nerveuses déterminées donne lieu à certaines repnSsentatioiis d'espM par un mécanisme prééubli et impossible à définir avec plm de fréd* sion. C'est surtout J. MûUer qui a développé cette théorie Moslapit* mière ÎKanne. Il dit (I) : it L'i^ d'espace ne peut pas être un praèÉ » d'éducation ; au contraire, la notion de l'e^paoe et du temps sofit » nécessaires, et toutes les aensations se soumettent néoeesairement i » ees notions : aucune sensation ne peut exister en dehors ée fat nolhi p d'espace et de temps. Biais quant à ce qui remplit l'espace, nous ne » Mitions rien autre que noi»«mèmes dans i'eqyaoe, quand nous pari<ms

(i) îtf wslefelHttânPbyMociedMGeiieMMfoDi,|k5ael|^

§ 33. DES THÉORIES NATIVISTIQUBS. {806) lOii

n de sensation ou de sens; le jugement ne nous fait distinguer, dans » l'espace rempli objectivement, que les parties de nous-même qui sont » dans l'état d'affection, sensation qui est accompagnée de la con- » science de cause extérieure de l'excitation. Dans chaque champ visuel, » la rétine voit sa propre étendue à l'état d'afiection; lorsque nous » gardons le repos le plus absolu et que les yeux sont fermés, elle se » perçoit à l'état obscur dans l'espace, n

Cette théorie, en admettant que la localisation spéciale de chaque impression est donnée par une intuition immédiate, est donc une exten- «on de l'opinion de Kant, d'après laquelle l'espace et le temps sont des formes préexistantes de nos notions. La plupart des physiologistes allemands se rangèrent à cette opinion de MfiUer, et ils fondèrent bien des explications des phénomènes visuels sur les particularités de la forme des images rétiniennes. C'est ainsi que Recklinghausen (1) a essayé d'expliquer l'aberration des angles droits apparents, en supposant que la surfoce de la rétine est située obliquement par rapport à la ligne vbuelle de l'œil, ce qui expliquerait comment les images optiques d'un angle droit pourraient être obliques dans l'image rétinienne. Suivant cette manière de voir, la nature des images rétiniennes pourrait donc être perçue immédiatement. E. Hering (2) et A. Kundt (8) ont été jusqu'à admettre que l'ftme voyait directement les distances de deux pointa rétiniens, non pas suivant l'arc rétinien, mus suivant la corde, et ils voulurent déduire de cette hypothèse l'explication des illusions, décrites fins haut, que présente la localisation monoculaire dans le champ de la vision. Mais nous avons déjà fait voir que cette hypothèse ne suffit nullement pour rendre compte des phénomènes mêmes pour l'explication desquels elle a été inventée.

L'hypothèse des théories nativistiques est, en définitive, une renondatkm à toute explication des phénomènes de localisation, une manière de clore toutes les dL<)cussions. Peut-on blâmer J. MûUer, — qui écrivait à nue ^[K>que où l'on n'avait encore aucune observation sur les lois des mouvements des yeux, et où un essai de les faire servir à une explication de la localisation n'aurait pu conduire qu'à des conclusions trèsvagues, — de n'avoir pas été disposé à pousser plus loin ses essais d'explication? Je me suis déjà efforcé de £ûre voir plus haut que les principaux faits de l'estimation oculaire, que la théorie nativistique ne s'occupe pas d'expliquer, peuvent également être déduits de la loi des

(i) NeUhautfunctionen, in Archiv f&rOphthalm», V, 2, p. 128-141.

(2) Beîtrige lur Physiologie, Heft 1, p. 65-80.

(3) Pogg, iiiM., 1863, CXX, 118-158»

101*2 TROISii^^MH PAUtlIL - im PRRCKrTIOW VISUOXE

nïouveinPiîtR wulaîm^, telle qm non» la comiaissons dam ms traita géiiôraux.

Couiine conséquence nécessaire, ropîniôn qai considère kloealiM- Uon des impressions^ dans le cliatiip visuel comme innée, condml à adnieltre msm une notion préôtahlîe îles points des rétines qui donnenl deux à deux la mCme iocalisiUion, c*esL-à-dire qitî sont correspùndanis et auxquels la théorie nativistique a doniîè le ïïom de points iffentiqtits* Main c'iîst ici que la théorie de K identité innée et anatomique, ipii doit être consîdérôe comme conséquence ïiécessaîm de la théorie nativistique, vient se heurter aux dîflîcultés fondamentales signalées plu» haut ; nous sommes donc sur le terrain qui a toujours été le granJ ehanip de bataille des deux théories.

Kîi effet, robser^atioti directe des corpfï naturels suflisait pour It prouver, et rinverition du stéréoscope par ^\'hcatstûIîe l*a montfé Niieux encore : nous Bommesloinde voir toujourj^ des images doubles partout où Ton devrait s'y attendre en appliquant rigoureusement b tliéuriiî de F identité» et ces images disparaissent sous l'induenoe de la Uf^uon du relief» Brucke avait insisté jusiement, il est vrai, sur la grande influence exercée par les mouvements des yeux. Cependant 0 n'eu est pas moins cf)n:^tant que, même lorsque Ton élimine ceitprD» lluenee, Tobstîrvateur le plus exercé ne peut s empêcher de fusiôua» des images doubles pareilles et très-voisines, tandis qu'il distingue ai^ la plus grande facilité de semblabl&«i images tout aussi rapprocliéês* mais situées dans le champ monoculaire ou différenciées par leur couleur dans le champ binoculaire. Les partisans de la théorie d'identité ont été encore plus choqués par l'assertion de Wheatstone, d'après laquelle, dans certaines circonstances, les impressions des points rétiniens identiques peuvent aussi être dissociées et localisées dans deux parties différentes de l'objet, situées l'une à côté de l'autre. J'ai déjà dit plus haut que ce dernier fait est une conséquence nécessaire do premier, et qu'on peut en constater l'exactitude lorsque l'expérience est convenablement disposée. Seulement il ne faut p^s exiger, comme l'ont toujours fait les adversaires de Wheatstone, qpie la dissodatioD des impressions identiques puisse aller bien plus loin que ne fiait, dans les mêmes conditions, la réunion des impressions disparates.

Sous la pression des faits, Panum fut amené à fûre suUr à la théorie d'identité une modification d'après laquelle chaque point a de l'une des rétines serait identique avec un certain cercle sensitif A qui lui correspondrait dans l'autre; de sorte que l'image du point a pourrait se fusionner avec celle d'un point quelconque- de i4 qui appartiendrai à un

§33. THÉORIE DE PÂNUM. [807) iOiZ

contour analogue à celui dessiné en a; la perception de profondeur variant avec celui des points A qui se fusionnerait avec a. La coïncidence avec l'un ou l'autre point dépendrait de l'endroit où se trouverait, dans le cercle ^, un contour analogue à celui passant par a. Panum utilise les phénomènes d'antagonisme pour démontrer l'action dominatrice des contours dans le champ de vision commun aux deux yeux ; mais il a considéré la domination des contours comme trop absolue et trop durable. D'après lui, la lutte a principalement lieu entre des couleurs et des contours différents, mais d'intensité à peu près égale. Ceux qui se ressemblent ont de la tendance à se fusionner.

Si l'on veut considérer les propositions établies par Panum comme étant seulement l'expression générale des faits, et c'est ce à quoi il attache surtout de l'importance, on peut dire qu'elles sont assez exactes. Je n'aurd que peu d'objections à faire à la manière dont il expose les faits : l"" Je n'ai pas pu constater l'existence réelle des couleurs résul* tantes binoculaires, même en répétant les expériences qu'il a décrites. 2** Jl. Panum n'a pas employé de moyen suffisant pour fixer l'attention, et, par conséquent, il n'a pas pu reconnaître suffisamment le rôle important que l'attention joue dans la lutte des champs visuels et dans la (distinction des images doubles. S"" Il considère les mouvements des yeux qui se produisent lors de la fixation des images, comme étant des mouvements réflexes involontaires, tandis que je puis bien reconnaître en moi une tendance à prendre certaines positions habituelles, mais que cette tendance n'influence en rien la spontanéité du mouvement lorsque je désire produire ime autre position des points de regard. A* La fusion des images doubles ne dépend pas seulement de l'analogie des contours et de la quantité dont elles s'approchent d'être correspondantes, mais aussi de la présence ou de l'absence d'autres points de comparaison pour la mensuration exacte de la disposition apparente des deux contours dans le champ commun de la vision. Ce dernier point Avait déjà été mis en lumière par les expériences de Bergmann (1) , et il ressort également de l'expérience de la figure £/, qui est décrite plus haut page 937, même si l'on fait abstraction des expériences de Volkmann contre lesquelles Panum a objecté que, par suite de l'addition de lignes et de points, elles présentent des modifications des contours qui, bien que petites et insignifiantes» peuvent cependant empêcher aussitôt la fusion. Mais, ainsi qu'il résulte des expériences de Bergmann et des miennes, des lignes correspondantes situées toutes deux du même côté de deux lignes disparates empêchent encore la fusion de ces lignes,

...(1) Gôttinger geiehrte Anzeigen^ 1859, p. 1055-1063.

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1014 t^^ TRDtSIÊME PARTre. — OliS PERCEPTIONS VISÎTËLLES, §33. qui se produirait en l^ur aliseuÊe, et cela sans exercer la nioiodit Influence sur Fanalogie des conlourg do ces lignes disiwiites.

Les explications de Panum, après les confirmations et les déviloppe» nients contenus dans un second travail (1;, ne coosistent guère qu'à élever chaque classe d' observai ions au rang de faculté parUetiJi^ du système nerveux* C'est ainsi qu'il attribue aUjt deux yeux, ou à kura appareils nerveux, une éneryfe (dHocnhire de cùmtmmi^mt des tm^ leurs ^ à Taide de laquelle les couleurs vues binoculaîreiiient ]K>ujTaiieot se conibiner en une coyieur rC'sultante* Puis vient une sf/neryie éim cuiaire itaUétnamê^ à Taido de laquelle lescouleui-s vues bîiioculati^ ment peuvent rester isolées et entrer en lutte. Cette dernière action prôdoniineralt lorsque les excitations qui agissent des deux côtés sota très-intenses ou que l'excitabilité de lorgane visuel mt très-considérable. Les images disparates se fusionneraient à Taidê d'iiiiô ti-okièroi Sfpwrf/ie hinoculnirs de h vhimt simptt* à ftnd& de eeretm smsitifr norrespoiidants, Enlin . la i)erception de la trôij^ième dimeiiditt il ferait à l'aide d'une quatrième synergie spéciûque : U si/iteryk de k pamUase fmarutaire.

Les contours des figures «ont considérés cotnuie des excitaats nei^eia d'une intensité partîculièretnont grande, et les mouvenieiits de^ ycnï, comme étant des mouvements réflexes involontaires, M. Patium insisie également pour que fou fOtrsid(Te Im diverses sy iiergies dont il a parl(\ comme des forcés physiologiques et non comme des tartm psj* chiques.

Je dois avouer que je u*al pas bien saisi oommont M« Patmm ompreud que la fUsion des imàgm disparates à l'Mide de eercks eeoaitift correspondants puisse se concilier avec la proposition fondamontale de 11 théorie de Tidentité, d*aprèë laquelle les impressâons dea parties identiques doivent se fusionner ; e*est là une eontradîction récÂle ou wppkrente sur laquelle M. Volkmann a déjà appelé Tattentildii. M* Vmm déclare avoir voulu dire que les impressions ^peurtenam à des cevdoi sensitifs correspondants peuvent se fuBioaner, tandis que <^lles do parties identiques se fusionnent néiessairêméni. Mais il résulterait^ là que, toutes les fois que l'impt^ssion a de l'une des naines se fuskniie avec celles d'une partie disparate p, il devait nécessaireoiMt y avoir aussi fusion entre n et la partie identique à de la seconde tMa^ ^ par suite, entre a et p; il faudrait dotiô qu'il y eût fusion entre deox parties de la même image, à moins tjue Tune d'elles ne Mt effocée, œ qui n'a pas lieu dans beaucoup de càs^ tels que les présentent lesesqpé^

(1) ReicherVs und du Bois-Rcym^mi Arohw fir Anat. wid Ph^êM^j iSSlt p. eS4li.

§ 33. THÉORIE DE PANUM. {809) 1015

riences décrites plus haut. Dans les figures comme M etN (pi. VIII) , les deux lignes identiques et non fusionnées sont rendues saillantes par des contours ; aucune d'elles ne disparaît par suitede lutte avec l'autre; 8*il en était autrement, leur réunion avec une ligne disparate de l'autre image ne pourrait pas donner lieu à un relief stéréoscopique, lequel se produit même à la lumière de l'étincelle électrique. De même , il doit toujours exister, entre les deux contours disparates et fuâonnés qui limitent des champs différemment colorés, certains points identiques pour lesquels il y a équilibre dans la lutte entre les couleurs que font ressortir les contours voisins; ces points sont donc vus tous les deux et on les localise en des points différents de l'objet solide. Cette question me parait, du reste, avoir peu d'importance pour la théorie ; je dois, en outre, d'après le résultat de mes propres observations, la considérer comme résolue dans le sens de l'observation de Wbeatstone.

Bien qu'on renonce à la nécessité de la fusion des impressions reçues sur les points identiques, ces points n'en conservent pas moins cette importance pratique que les impressions analogues des deux rétines se fusionnent d'autant plus facilement qu'elles tombent plus près de parties identiques. Telle me parait être la seule description exacte de la relation d'identité, quelque idée qu'on se fasse d'ailleurs de la cause qui donne naissance à cette relation, et M. Panuu), en mettant cette circonstance en lumière par la nature de ses expressions, a fait faire & l'étude de la vision binoculaire un progrès que je m'empresse de reconnaître ; je serais également le dernier à lui reprocher de s'être montré prudent et même craintif, dans la généralisation théorique des fûts qu'il a observés. Je n'aurais pas critiqué ici ses essais de théorie, qu'il prie lui-même de ne pas considérer comme étant la partie importante de son travail, si je n'étais pas forcé, par la nature du sujet, de parler de toutes les explications possibles, et si une partie des idées théoriques de Panum ne formaient pas la base de la théorie plus récente de E. Bering, dont nous allons avoir à nous occuper.

Le lecteur a compris que les explications données par Panum, au moins pour ce qui a trait à la fusion et à l'antagonisme des images, sont plus apparentes que réelles : le procédé suivi consiste à réunir les faits en une idée abstraite ; quant à l'explication causale, nous n'y trouvons qu'une négation^ sous forme d'une protestation contre la participation des processus psychiques, négation qui ne s'appuie que sur l'observation inexacte des faits. Du reste, ces explications attribuent à la substance nerveuse des formes d activité que nous trouvons bien dans le domaine des actes psychiques d'ordre inférieur, tandis qu'on n'a ja- Huûs rien trouvé d'analogue dans le monde matériel.

1016 TmïISlÊMK l'AHTIE, - HKS PEHCEPTIONS VISUELLE, %\

Lm traits principaux àf* la théorie de Panum se présentent à m soiiH une forme plus nette et pi Uï* définie dans la théorie de k vi^oiil binoculaire ôtablie par E* lltring* Nous rencontrons icî^ ce m6! la fornie la plus€ori8<^qiicntG que la ibéorie nalivi&jtlqae ail fêçut» : examen approfondi devieiildon^ neeessaire. Un progrès ioiportaiîtde] Ibéoriede Hering, c'e^t qu'elle part d'une connaini^aiire plus exacte de la dir^cliOiï visuelle apparente des objets, ce qui supprime les dil qu'avaiôùt rencontrées len théories anlérieures.

M, Hering admet qu'à Tétai d'excitation, les différents pciints rétine provoquent, outre les sensations colorées, trois autres flottes à sentiments d'étendue {Banmgefûhlp), La première répond à la \^m\m en hauteur de la portion de la rétine coiTespondante, la saionde à i^ po^îttau en largeur. Les sentiments de hautenr et de largeur, donr la réunion donne la notion de direction relativement à la position de roti^ dajis le champ de la vision, sont égaux pour les points rétiiiieDS corre^poiîdantSt II cxisle, de plus* un iroisièrne sentiment d'étendue» d*une ntlQlt particulière, c'est le sentiment de profondeur qui doit avoir d^ ralem* égales, maïs de signe ctmtraire^ pour des points rétiniens ideiitîqiie$,tt des valeurs égales et de même signe pour les points situés Bymétririwment. Le sentiment de profondeur des moiUé» externes des* rétines est positif, c'est-à-dire qu'il répond à une profondeur plus grande; c^lni des mnîtiéR întenif^R r^^^l népr.itif: il r^'pond à uop rlinlaîTre mnindre.

Cette hypothèse remplit la condition que nous avons vue être nécessaire pour qu^une théorie d'identité puisse s'accorder Avec les faits : ks impressions des parties rétiniennes correspondantes sont pareifles sons un rapport, c'est celui du sentiment de direction, et différentes sous un autre, celui du sentiment de profondeur. Jusqu'ici les hypotliësesde Hering me paraîtraient non pas nécessaires, mais avantageuses pourh théorie empiristique que je défends ; elles contribueraient à expliquer pios facilement comment l'habitude peut contribuer à l'éducation de Teslimation oculaire. Seulement les «sentiments d'étendue» devraient être considérés alors comme des signes locaux dont l'applicaticm à l'éteodue ne pourrait être apprise que par l'expérience. Il iserait évidemment avantageux d'avoir des signes semblables pour les parties semblables . qu'ils doivent désigner.

Sous un seul rapport, l'écart des méridiens verticaux apparents et identiques rend nécessaire une modification des hypothèses de Hering pour les yeux qui présentent cette aberration, ainsi que cela résulte des expériences que j'ai faites avec M. Dastich. En effet, il faudrait donner chez nous à la hauteur et à la largeur des valeurs égales pour des parties identiques, m^s les valeurs positives et négatives d^ la profondeuft

§ 33. THÉOUJK; \}E IIËHING. (SU) 1017

au lieu d'être séparées par les méridiens verticaux apparents correspondants, le seraient par les méridiens verticaux réels. Et, comme je Tai déjà fait remarquer plus bayit, lorsque les yeux sont symétriquement placés, nous voyons perpendiculaire au plan de visée une ligne qui se peint sur les deux méridiens verticaux réels, lesquels ne sont pas identiques, tandis qu'une ligne qui se peint sur les méridiens verticaux apparents, qui sont identiques, pai*a!t inclinée par rapport à l'observateur, son extrémité supérieure étant plus éloignée que l'inférieure. Autant que je puis en juger, cette aberration n'exerce aucune autre influence relativement aux conséquences de la théorie.

Mais voici que, chez M. Hering, nous nous heurtons encore au mystère de la théorie de l'identité : Les excitations lumineuses pareilles ou différentes qui tombent sur des points de coïncidence (c'est-à-dire des points correspondants) ne peuvent jamais produire qiiune sensation lumineuse simple. Elles (/orre/i/ donc nécessairement se fusionner, c'est ce qui est répété à chaque instant par Hering ; tandis que, d'un autre côté, les images disparates de cercles sensitifs correspondants peuieiu également être fusionnées. Chez Hering aussi, cette proposition me parait née d'une disposition polémique contre des adversaires peut-être trop ardents de la théorie d'identité, plutôt qu'elle ne me paraît être nécessairement exigée par la théorie. Autant que je puis en juger, on aurait pu éviter cette phrase sans nuire à l'ensemble de la théorie, en disant que les images qui présentent des contours et des colorations analogues se fusionnent d'autant plus facilement, qu'elles sont plus voisines de parties identiques.

A cette vision simple, obtenue par des parties rétiniennes disparates, M. Hering n'assigne pas une cause organique, comme M. Paimm, mais une cause psychique ; il s'appuie sur cette circonstance que la dissociation de sensations complexes exige de l'exercice et une éducation toute particulièie de l'attention, proposition qui est parfaitement exacte et qui peut expliquer bien plus de contradictions apparentes que ne semble le penser M. Hering. Sa théorie rencontre notanmient la difliculté suivante. Soient a et « des paities rétiniennes correspondantes; soit b une partie voisine de a et dans le même œil; supposons que h et a reçoivent des images pareilles : d'après M. Hering, elles se fusionnent parce qu'elles sont égales en qualité, très-analogues pour le sentiment de direction, ne diffèrent d'une manière notable que pour le sentiment de profondeur, et que nous ne prenons pas le temps de les considérer séparément ; nous nous hâtons de les fixer dès que nous les remarquons, — ce qui, d'après son idée, se ferait par une sorte de mouvement réflexe, — et alors nous les voyons simples. Mais je demanderai alors

1018 TROïSrÈME PARTIE, — DES PEHCEPTIONS VISUELLES. | ».

pourquoi nous distinguons d'une manière tellement plus rapide et plus facile deux images pareilles reçues en a et en i. En effet» nyu-eimkïment ces images se resâstiiblenl qualkativemeni et préâeziteiit au miûment de direction la môme petite différence que à et o» mais elles pie» sentent encore une dillérence tout aussi petite pour le seâllmêiit k profondeur, tandis que b et a présenlent, sous ce rapport, tine tr^ grande différence, 11 résulterait donc de la manière do voiide M, Qeiû^ que les Haisations de a et de b devraient ae fusionner bien plus fâcilemrt encore que celles de a et de A, ce qui est en contradiction directe ait les faits. M. Hering peut nous répoudre que si nous cherebons à ûmt ou à, noua ne pouvons fixer qu*un seul de ces points, et que» pourcip raison, nous avons appris à disiinguer a et î» mais non a et é. Mm^ serait ta revenir absolument au point de vue de la théorie einpirîstiqai, d'après hujuelle nous sommes obligés d'apprendre à distinguer ci 4iih terpréter Icâ sensations des signes locaux.

Cette circonstance, où M, Hering est obligé de chercher dans lo théo^ rie psychique la solution des difïicultôs que provoque son opinion, ci précisément celle qu'il choisit pour attaquer les eipIiaitÎDii<% psyi gîques donném par Volkman et par d'autres. La faute dc! Volknii c'en est une, consiste uniquement on ceqn*il adonné aux proccâsus pifchiques dont il s'agit ici les mêmes dénominations que noua leur attribuons lorsqu'ils parviennent à la conscience* Mais nous n*avons pûn d'autres dénominations à notre service, parce que nous uti pouvûfli dénommer des actes qu'en tant qu'ils parviennent à notre oofu» sance. Si donc nous désignons sous le nom d'actes psychiques inem- ^cienis ceux que nous ne connaissons que par les résultats, on comprad parfaitement ce que cela Teut dire; c'est même là la seule dénooiiD^ tion que nous puissions employer à ce sujet pour éviter des pèri|^inMi continuelles.

D'après M. Hering, la sensation totale résultant de la tasion ïÂxMt laire des deux impressions prend la valeur moyenne des sentiaiaitsde direction et de profondeur. Comme les sentiments de profondeur do parties identiques sont de même valeur, mais de signe contraire, h moyenne du sentiment de profondeur devient nulle pour la fusion des impressions identiques. Pour les images doubles homonymes, il eà facile de voir que la moyenne du sentiment de profondeur devient p(^ sitive, et l'objet paraît plus éloigné ; potnr les images donbks croisées, la moyenne est négative et l'objet paraît plus voisin que les objets représentés identiquement.

K toute impression rétinienne devait toujours se fu^onner, sous une intensité égale, avec celle des parties coirespondantes de fautrerftiDe,

9 33. THÉORIE m HËRING. (812) 1019

la valeur moyenne de la profondeur, lors de la fusion, serait toujours nulle. Ce qui rend libre la valeur de profondeur relative à un contour et lui permet d'entrer avec sa valeur particulière dans la fusion avec le contour correspondant de l'autre champ visuel, c'est seulement cette circonstance que, dans Tantagonisme, l'impression du champ visuel qui contient le contour l'emporte complètement sur la sensation de l'autre champ. Cette explication se trouve également en opposition avec les modifications indiquées plus haut pour l'expérience de Wheatstone : dans cette forme de l'expérience, les contours dissemblables qui ne se fusionnent pas, se trouvent sur des parties coïncidentes, et, même à la lumière de l'étincelle électrique, chacun des deux apiuirait dans l'image BtéréoBcopique, avec la valeur de profondeur qui lui est propre, ce qui prouve bien qu'aucun d'eux ne disparaît par un effet d'antagonisme.

C*est sur cette hypothèse que M. Hering édifie sa construction de Tespace. 11 admet que tous les points dont la valeur de profondeur est nulle, apparaissent, par un acte immédiat delà sensation^ dans un plan qu'il appelle la surface centrale de F espace visuel. Prenons, dans cette surface, pour origine d'un système de coordonnées rectangulaires, le point qui correspond aux deux centres rétiniens, les coordonnées répondant à la profondeur étant perpendiculaires à la surface centrale; les trois coordonnées de chaque point visible seraient proportionnelles aux valeurs de hauteur, de largeur et de profondeur de la sensation d'étendue que donne l'impression binoculaire. D'après M. Hering, on «aurait ainsi une distribution des points dans l'espace qui répondrait, au moins pour la disposition des points, à leur distribution réelle, bien que les rapports des différentes distances linéaires aient encore à subir, d'après l'expérience, un grand nombre de corrections. Gomme le corps de l'ob^rvateur se présente également dans l'espace ainsi rempli, on obtient en même temps la notion de la relation entre la position des objets et celle de l'observateur.

Tels sont les traits essentiels de la théorie de Hering. — Les théories nativistiques plus anciennes n'avaient considéré comme innée que la distribution des points dans le champ visuel, tandis qu elles prenaient pour un acte du jugement la perception de la troisième dimension. Panum avait émis le premier, mais sans lui donner une forme bien précise, l'hypothèse d'après laquelle la parallaxe binoculaire i)ourrait nous donner la sensation immédiate des profondeurs. C'est cette idée que, comme nous venons de le voir, M. Hering a cherché à dévelopjKîr d'une manière plus précise, de manière à donner à la tiiéorie nativistique un champ bien plus étendu qu'on n'avait encore fidt. Le système qu'il a édifié est l'œuvre d'un esprit clair et logique ; il tient compte

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t\r tous le8 faifs ronnus jusqii*jd et ausm fie qimlqaea nouv^ux fait^ ioiportàiUs (jue M. Heniig lui- même a découverts; aussi ce systèuis peut-il, à mon a\is, êti*e considéré œmme un bou spécinien de c^tii classe de théories, et c'est pour ce motif que je me permets de diriger spécialement ma critique contre la lliéorie de M. Herîng,

La première objection que j*aurais à faire et qui est sufiisante ptur moi* c'est que je ne peux pas me figiu'er comment une simple eJCritAtui nerveusej sans aucune expérience préalable, peut donner lieu h ii» représentation d'espace complète. Mais je reconnais que celte ohjecM est peut-être de nature trop métaphysique pour être apjKirlée sur !f terrain srientifiqiie; je ne la mentionne donc que pour les lectenrsçï partagent mon sentiment, — Passons maintenant aux ubjectiottâ sont tirées des faits expérimentaux.

J'ai déjà mentionné plus haut que les hypothèses de la tl Panum-Hering, sur la fusion des denx champs visuels, sont en cord avec les faits, La possibilité de percevoir le lustre stérécjsco| même à T éclairage instantané, est en opposition avec ThyTiothèsed'ap* laquelle les impressions des deux yeux ne se fusionuerajent que prèceà de lentes alternatives où prédomineraient tantôt Tmje, tantôt l'auîit de ces impressions. L'opinion que, dans le cas de fusion de coulomb déparâtes, les images identiques qui leur répondent dans Tautre réÉ* , seraient neutralisées, se trouve contredite par la réussite de lespérience de Wheatstone, et surtout parce que celte expérience réii^t sous un éclairage instantané, où les mouvements des yeux ne peufOK exercer aucune influence.

Une autre hypothèse fondamentale de la théorie de Hering, c'est qoe les points qui se peignent sur des parties rétiniennes identiques (ooi d'une manière plus générale, sur des parties dont la valeur de profondeur est nulle) , doivent toujours paraître situés dans un même [Jan; que si les points objectifs vus binoculairement paraissent situés en avant ou en arrière de ce plan (surface centrale de l'espace visuel), cela proviendrait uniquement de la valeur positive ou négative de leur paralhie stéréoscopique. J'ai déjà décrit plus haut (pages 830 et suivantes) ime série d'expériences, d'où il résulte qu'à défaut de tout autre renseignement de profondeur, des systèmes linéaires simples, ayant exacteroeat la même parallaxe binoculaire, peuvent présenter au stéréoscope l'aspect de surfaces bombées ou planes,, suivant que les lignes transversales présentent plus d'analogie avec les images binoculaires d'un objet voIsId qu^on regarderait avec des lignes de regard convergentes ou avec celles d'un objet lointain qu'on regarderait avec des lignes visuelles parallèles.

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