THÉORIE DE HERING
aussi les illusions qui dépendent de la torsion et de la déviation des méridiens ?
Même dans les cas où les contours des images répondent parfaitement à ceux d'un objet réel, et où, par conséquent, les sensations de profondeur se trouvent dans un accord parfait avec les observations qu'on peut faire à l'aide des mouvements des yeux, dans les expériencs pseudoscopiques par exemple, les perceptions de profondeur ne peuvent pas se produire lorsque les ombres portées sont en contradiction avec elles; et cependant la relation entre la forme et l'ombre portée est certainement un élément expérimental. Lors même que les ombres portées ne sont pas en contradiction, sous la seule influence du souvenir de la forme que possède en réalité le corps qu'on observe pseudoscopiquement, bien des personnes, qui sont peut-être peu habituées à tenir compte de la parallaxe binoculaire, sont absolument incapables d'obtenir l'impression pseudoscopique ; d'autres n'y parviennent qu*à la longue et après avoir beaucoup promené leur regard.
11 résulte de tous ces fsûts que les sentiments de profondeur de Hmng agissent alors seulement que les éléments donnés par l'expérience exigent une perception de profondeur ; qu'ils disparaissent, au contraire, sans laisser de traces dès qu'ils sont en contradiction avec l'interprétation donnée par l'expérience aux phénomènes visuels ou même avec le souvenir de la forme de l'objet considéré. Ne doit-on pas conclure de là que les sentiments de profondeur, si tant est qu'ils existent, sont tout au moins trop faibles et trop confus pour pouvoir exercer aucune influence notable en présence des éléments déduits de l'expérience, et que la notion de profondeur doit pouvoir se produire tout aussi bien sans ces sentiments qa*avec leur secours, ou même en contradiction avec eux, ainsi que cela doit avoir lieu d'après M. Hering lui-même ?
Nous arrivons enfin à une difficulté importante, à laquelle n'a encore échappé aucune théorie nativistique, à moins de se borner à des indications générales. En effet, ces théories obligent toujours à admettre que des sensations réelles peuvent céder devant une expérience démontrant qu'elles ne sont pas fondées. Mais il n'existe aucun exemple bien constaté qui soit favorable à cette assertion. Dans toutes les illusions des sens qui sont provoquées par des sensations anormales, la sensation illusoire ne disparait jamais par suite de la réflexion qui pénètre la cause de l'illusion. Les phosphènes par pression, les gerbes lumineuses du bord de la papille, les images accidentelles, etc., subsistent à leur position apparente dans le champ visuel, tout aussi bien que l'image réfléchie par un miroir continue à paraître située derrière le
1026 {8i8) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 83, miroir, quoique nous sachions très-bien que cette image n a aucune existence réelle. On peut assurément détourner Tattention, et la maintenir détournée des sensations qui n*ont aucune relation avec les objets extérieurs, telles que les faibles images accidentelles, les objets ento[vtiques,etc. On peut, de plus, commettre de notables erreurs dans Tappréciation de leur intensité, par suite de contraste; ou bien encore, lorsqu'on les considère comme des efiets communs de deux objets, on peut les distribuer d'une manière erronée entre ces deux objets, ce (jui arrive dans certains phénomènes du contraste. Tant qu'on ne distinguait pas encore suiBsamment les conclusions conscientes d'avec les conclusions par induction, l'une des principales objections qu'on opposait aux formes anciennes de la théorie empiristique était que les illusions des sens ne cèdent ni à l'intelligence de leur mécanisme, ni à l'expérience qui les contredit. Que deviendraient nos perceptions sensuelles si nous avions la faculté de négliger, ou même de changer en leur contraire, une partie de ces sensations qui ne répondraient pas exactement à l'ensemble de nos résultats d'expériences?
Prenons, par exemple, le cas de doubles images d'un seul et même objet, qui seraient situées toutes deux à droite du plan médian. D'après la théorie de Hering, Tune de ces images produit un sentiment de profondeur positif, et l'autre un sentiment négatif, aucun de ces sentiments n'est faible : d'après sa théorie des phénomènes stéréoscopiques, ils présentent tous deux une valeur considérable et très-nettement perceptible. Mais comme nous savons que les deux images vont ensemble et appartiennent à wi seul objet, situé à une distance qui nous est plusoa moins bien connue, nous ne reconnaîtrions ordinairement pas la différence de leurs sentiments de profondeur, alors même que nous cherche rions à voir si Tune de ces images paraît plus ou moins rapprochée de nous que l'autre. Produisons maintenant une faible différence de couleur entre les deux images, soit en fatiguant préalablement un œil pour une couleur, soit en l'éclairant latéralement , les deux images nous donnea: alors réellement des sensations différentes. Mais cette différence e>n sensible alors même qu'elle est des plus faibles, et (ju'elle ne serait peut-être pas perceptible sans le concours du contraste binoculaire, bien que nous sachions, en outre, que la coloration est subjective el oe possède aucune existence objective.
Considérons enfin le système complet de la localisation, tel qu'il esî donné originairement, d'après Hering, par une sensation d'espaceimmé' diate. Après tous les petits perfectionnements qu'on pourrait peut-être) apporter pour le rendre plus conforme à la réalité, tout ce qu'un pami système peut faire, c'est de donner une localisation exacte des objelspour