I 38. THÉORIE DE HERING
une certaioe direction unique des lignes visuelles. Dans tous les autres cas infiniment nombreux, la localisation serait plus ou moins erronée et devrait être corrigée par Texpérience. Ainsi, les hypothèses de Hering facilitent peut-être l'explication des phénomènes visuels dans un cas unique, mais la rendent d'autant plus diffîcile dans tous les autres. Quoi qu'il en soit, on peut dire que : sileséléments fournis par l'expérience sont capables de nous faire reconnaître exactement les conditions d'espace, même lorsqu'ils sont en contradiction avec des sensations directes, ils doivent encore plutôt et bien plus facilement pouvoir nous les faire reconnaître exactement lorsqu'il n'y a aucun obstacle pareil à surmonter (1). Mais dès que, adoptant la théorie empiristique, nous rapportons à Texpérience toutes les notions d'espace, les illusions des sens ne nous présentent jamais de combat entre la sensation et l'expérience; c'est seulement une induction acquise dans certaines conditions restreintes qui vient se trouver en opposition avec ime autre, obtenue dans d'autres conditions. Il y a alors une lutte entre des puissances de même nature, et nous comprenons que la victoire peut rester tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, suivant que les circonstances se modifient, ou que le résultat puisse être indécis lorsque les conditions restent inaltérées.
Cependant je reconnais d'une manière formelle que les questions que nous avons discutées ici ne sont pas encore complètement résolues. J'ai choisi mon point de vue à cause de la simplicité des explications que Ton peut en déduire ; j'ai été guidé davantage encore par certaines considérations de méthode; en effet, il me semble toujours préférable de fonder les explications des faits naturels sur les hypothèses les moins nombreuses et les plus déterminées possible. Mais je dois le dire aussi, dans le cours de ces recherches^ qui ont absorbé une bonne partie de mon existence, plus j'ai appris à soumettre à ma volonté les mouvements de mes yeux et mon attention, moins il m'a paru admissible d'expliquer les phénomènes principaux de ce ressort, par l'action d'un mécanisme nerveux préexistant.
(1) Je désire que cette critique, que l'intérêt de la question m'a obligé de diriger contre les opinions de M. E. Herikg^ ne soit pas considérée comme l'expression d'une aniniusité causée par les attaques qu'il a dirigées contre mes derniers travaux. Je crois que le point de ▼ue d'une théorie nativistique de la vision, adopté par M. Hcring, devait presque nécessailement amener un esprit conséquent à proposer des hypothèses du genre de celles qui ser- ▼eot de base à sa théorie ; si j'ai spécialement dirigé mes attaques contre les travaux de cet auteur, c'est qu'ils m'ont paru être l'exposé le plus clair et le plus conséquent que l'on puisse encore faire actuellement de la théorie nativistique. Quant aux objections que M. Hering a soulevées contre mes travaux, j'ai cherché à les réfuter dans le cours de cette dernière partie, en tant qu'elles intéressent laques' ion scientifique. Pour celles qui n'ont qu'un intérêt personnel, j'ai préféré les passer sous silence, excepté lorsque j'ai été dans le cas de reconnaître que je m'étais trompé.
En ce qui concerne les différences que cette exposition , dont la partie essentielle a déjà été publiée dans une conférence populaire en 1855, présente avec les autres travaux récents qui reposent sur la base d'une théorie empiristique de la vision, je n'ai pas tenu compte autant que Wundt, de la conscience musculaire^ pour l'appréciation du relief dans le champ visuel et pour celle de la distance des objets : pour les raisons que j*ai déjà indiquées plu haut, la conscience musculaire me parait être un élément assez inexact et assez variable. J'ai déduit, au contraire, les principales mensurations du champ visuel, de la coïncidence d*ima|e$ différentes avec les mêmes parties rétiniennes. WimoT a le mérite d'avoir soumis les phénomènes psychiques, dont il s'agit ici, à un travail complet et très-utile. J'ai indiqué plus haut quelques observations où je ne suis pos d'accord avec lui.
A. Nagel explique la production des images doubles binoculaires eu admettant que les deux jeux projettent leurs images rétiniennes sur deux surfaces sphériques différentes. Les centre! de ces surfaces sphériques seraient aux points de décussation des lignes de visée de chaque œil et les deux surfaces se couperaient au point de fixation. Alors, tout point qui ne serait pas sur la ligne d'intersection des deux sphères doit être vu double. Nagel suppose qu'on regarde ces projections à partir du milieu de la ligne qui joint les deux centres oculaires, et suivant que les images doubles paraîtraient alors coïncidentes^ croisées ou homonymes, dles présenteraient ces mêmes aspects dans le champ de la vision.
La théorie de Nagel se rapproche déjà passablement de la réalité; mais, d'une part, die est un peu artificielle, puisqu'elle suppose une double projection, et, d'autre part, on n'ob. serve jamais la différence de distance des images doubles que la théorie de Nagel exige dan la plupart des cas ; enfin la position ainsi obtenue pour les images simples ne s'accordenit pas toujours exactement avec les laits. Du reste, c'est peut-être là le seul point essentiel par où ma théorie, donnée plus haut, diffère de celle de Nagel.
C'est A. Glassen qui a donné la théorie exacte des images doubles et de leur position; cependant il a eu tort dé ne pas admettre Texactitude des phénomènes indiqués par Hsiok, et qui placent le centre apparent des lignes de direction au milieu de l'intervalle qui tèçut les deux yeux. Je suis d'ailleurs aussi peu disposé que M. Classer à prendre ce phénonBèiie pour base de toutes nos localisations ; je ne le considère que comme une illusion sensuelle accessoire, qui présente même chez moi une valeur différente pour les deux yeux, et qui peut être évitée à l'aide d'une attention bien soutenue ; mais c'est une illusion qui existe réellemeiit.
Une différence plus importante entre mon exposé théorique et celui de Classer, c'est qu'A considère le sens local de la rétine et la projection dans le champ visuel comme des éléments innés et non acquis. Mais si nous connaissions, par une sensation innée, la position relatirê des différents points rétiniens, l'identité des points correspondants serait également innée, puisque leur position similaire par rapport au point de regard serait alors donnée originairement dans la sensation. Cependant cette différence n'influe en rien sur l'exposé des chapitre de la vision que Classen a traités en détail, tels que l'étude du sens musculaire et de la vision binoculaire, et Ton y trouve un grand nombre d'explications intéressantes pour la physiologie, tirées des observations pathologiques qu'il expose.
Nous avons mentionné, en leur lieu, différentes idées de H. Meycr, de Do5DERi, de YOLKM ANN et de A. FiCK, qui se rattachent à l'opinion empiristique.
1855. Helmholtz, Ueber das Sehen des Menschen. Eiu popular wissenschafllicher Vortr4. gehalten zu Kônigsberg i. Pr., zum Besten von Kant's Denkmal. Leipzig, L. Vo5s.
1861. A. Nagel, Das Sehen mit zwei Augen und die Lehre von den identischen Netzhant-
stellen. Leipzig und Heidelberg.
1862. W. Wdndt, Beitràge zur Théorie der Sinneswahrnehmung. Leipzig und Heidelbcre.
1863. A. Classen, Das Schlussverfahren des Sehactes. Rostock.
86/i. A. FiCK, Lehrbuch der Anatomie und Physiologie der Sinnesorgane. Lalir Hefl 2. — W. WuNDT, Voriesungen iiber Menschen- und Thierseele. Leipzig, Voss 2 vol.