CHANGEMENTS QUE SUBIT LA RÉTINE SOU S L'INFUENCE DE LA LUMIÈRE
98. — La couche sensible delà rétine est, selon toute probabilité, celle des cônes et des bâtonnets. Outre que la structure même de la couche rend cette .hypothèse probable, elle est encore fortifiée par les expériences et les mensurations de Henri Millier (sur la vision entoptique des vaisseaux, v. p. 1 45) ainsi que par les observations sur Facilité visuelle. Mais on n'a pas réussi à expliquer d'une manière satisfaisante le mécanisme par lequel la lumière se transforme en action nerveuse. On a réussi à constater un certain nombre de changements que subit la rétine sous l'influence de la lumière, et on a étudié d'autre part les fonctions de la rétine, lesquelles sont maintenant très bien connues, mais on n'a pas réussi à expliquer leurs relations communes.
Pourpre rétinien. — Si l'on examine l'œil d'un animal qu'on a laissé dans l'obscurité pendant quelque temps avant l'énucléation, on trouve que le segment externe des bâtonnets a une couleur pourpre qui disparait très vite sous l'influence de la lumière du jour, en passant par une teinte jaune. Les cônes n'ont pas cette coloration et la fovea de l'œil humain, qui n'est composée que de cônes, est incolore. Si l'on expose l'œil d'un lapin vivant à la lumière du jour pendant un quart d'heure, le pourpre se change d'abord en jaune et pâlit ensuite complètement. En le plaçant de façon que l'image d'un objet brillant, une fenêtre par exemple, puisse se former sur la rétine, on peut ainsi obtenir une image durable (Opto-
gramme). Si, après avoir fait pâlir le pourpre, on laisse l'animal dans l'obscurité, la couleur pourpre se reforme peu à peu, à la condition cpie la rétine soit en contact avec les cellules pigmentaires. Il n'est pas nécessaire que ce soient les cellules pigmentaires du môme animal : si l'on met la rétine d'un œil à la place de celle d'un autre œil, la régénération se fait également dans l'obscurité.
La vision ne dépend pas du pourpre rétinien, puisqu'il n'y a pas de pourpre dans, la fovea, puisque les lapins dont on a laissé la rétine pâlir complètement ne sont pas aveugles et puisqu'il y a certaines classes d'animaux, les serpents par exemple, chez lesquels le pourpre fait défaut.
Le pourpre rétinien fut découvert par Boit en 1876 ; à sa suite, Kit /me travailla beaucoup la question, en étudiant surtout les propriétés chimiques du pourpre et du jaune rétinien. L'enthousiasme avec lequel on accueillit d'abord la découverte de Boll s'est vite refroidi, quand on a vu qu'elle ne donnait pas une explication directe du mécanisme de la vision. Depuis quelque temps, on a repris la question et essayé de mettre le pourpre rétinien en rapport, d'un côté avec la vision de certaines couleurs, d'un autre côté avec l'adaptation de la rétine à des lumières très faibles. Ces essais, dont quelques-uns seront mentionnés plus loin, n'ont, jusqu'à présent, qu'un caractère hypothétique.
99. Mouvements du pigment sous l'influence de la lumière. — En
expérimentant avec des grenouilles, Boll a encore observé un autre phénomène dépendant de l'influence de la lumière. Il remarqua qu'il était facile de séparer la rétine de l'épithélium, quand les animaux sont restés dans l'obscurité pendant une heure ou deux avant la mort. Si l'animal a été exposé à la lumière pendant un certain temps avant l'énucléation, il est au contraire difficile de les séparer, et si l'on arrache la rétine, on la trouve couverte de taches de pigment noir qui y adhèrent. On sait que les cellules épithéliales envoient des prolongements entre les bâtonnets qu'ils séparent les uns des autres. Dans l'obscurité, le pigment se trouve ramassé entre les segments extérieurs des bâtonnets, mais, sous l'influence de la lumière, il se déplace de manière à couvrir la surface terminale du bâtonnet et à s'avancer entre les bâtonnets, quelquefois môme jusqu'à la membrane limitante externe. Le segment extérieur du bâtonnet se gonfle en môme temps. On a décrit des phénomènes analogues dans les yeux des oiseaux, des mammifères, et aussi dans un œil humain. Il n'y a pas longtemps (1889), v. Genderen Stort a observé que les parties internes des cônes se gonflent sous l'influence de la lumière, mais ce phénomène ne semble pas avoir de rapport avec la vision, puis-
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qu'on obtient le même effet en laissant l'œil clans l'obscurité, si on laisse agir la lumière sur la rétine de l'autre œil ou simplement sur la peau de l'animal.
Remarquons encore que Kuehne a observé certains phénomènes galvaniques dépendant de l'action de la lumière sur la rétine.
Bibliographie. — Boll (F.). Dit Bois-Reymonds Archiv. /'. Anat. u. Physiol., 1877, p. 4- — Boll (F.). Monatsbcr. d. Akad. Berlin, 1877. Jan. ri- — Kuehne (W.), dans Hermann (L.). Handbuch der Physiologie. Leipzig, 1879. — Van Genderen Stort. Acad. d'Amsterdam, 28 juin 1881.