‹ Optique physiologiqueChapitre 43 sur 57 · COULEUR · texte numérisé non relu

COULEUR

RouSe / 2,36

Orangé I 2,04

Jaune 3>'20

Vert 5,26

Bleu 5>'4

indig° S 4,10

Violet | 8,09

63o) zr 2,36 -f- 0,00 -)- 0,00

1 ,282 i,363 1 ,275 1,116 1 , io5

En divisant chaque équation par le coefficient à gauche, on obtient l'expression correspondant à la largeur de la fente de 1 millimètre.

Fig. — Courbes de couleurs de Maxwell.

Sous cette forme le résultat se trouve exprimé sur la figure 162. Les trois courbes, désignées par R, V, B, correspondent aux trois standard

colon rs; les chiffres en bas sont les longueurs d'onde des différentes couleurs du spectre, et la position des trois points, dans lesquels les courbes coupent la ligne verticale correspondant à chacune des couleurs, indique les quantités des trois standard colours qu'il faut pour produire le mélange.

Le signe négatif du bleu, dans l'équation de l'orangé, se retrouve pour la plus grande partie des couleurs ajoutées à l'une ou à l'autre des standard colours. Sa signification est facile à saisir. En effet, si l'on écrit l'équation de l'Orangé ainsi :

2,04 Or -(- 0,01 Bl = 2,36 R -(- 0,74 Y

elle indique qu'on ne peut pas, avec les trois standard colours, produire un mélange exactement pareil à l'orangé, mais qu'il faut, au contraire, ajouter un peu de bleu à l'orangé, pour qu'il soit pareil au mélange de rouge et de vert.

11 faut remarquer que, jusqu'à présent, j'ai simplement exprimé la quantité d'une couleur par la largeur en millimètres de la fente donnant accès à cette couleur. Pour construire la table de couleurs, on en fait de même pour les trois standard colours ; mais, pour les autres couleurs, on sera obligé de choisir les unités d'une autre manière. J'ai en effet dit qu'avec Newton on considère la quantité d'un mélange comme égale à la somme des quantités des couleurs composantes. La somme des trois composantes de l'orangé était

tandis que la largeur de la fente était de 2""",o4. D'après Newton, la quantité de l'orangé passant par la fente de 2™m,o4 est donc 3,09, c'est-à-dire que l'unité de l'orangé correspond à une largeur de la

fente de |^- = oram,662.

Si l'on veut se servir de la table pour résoudre des questions de mélanges de couleurs, il faut donc multiplier les quantités trouvées par la table avec lee chiffres indiquant les unités, pour obtenir un résultat exprimé par la largeur de la fente en millimètres. Les unités se trouvent inscrites dans la dernière colonne du tableau. Elles sont obtenues en divisant les coefficients à gauche par les chiffres de l'avant-dernière colonne, lesquelles indiquent la somme des composantes.

Pour construire la courbe spectrale, on commence par tracer le triangle équilatéral pointillé de la figure i63. On se figure les trois standard colours placées aux trois sommets, disposition qui a été proposée par Young. Pour trouver l'endroit de l'orangé, on commence par diviser le côté rouge-vert en deux parties, dans le rapport de 0,7.3 : 2,36. Soit P le point de division : joignons ce point avec le

LE SENS CHROMATIQUE

sommet bleu, par une ligne droite dont on mesure la longueur a. La couleur en P peut être considérée, soit comme un mélange de 2,36 R avec 0,73 V, soit comme un mélange de 3, 09 Or avec 0,01 Bl. lien résulte cpie l'Orangé doit être placé sur le prolongement de <7, au delà du point P, et, en désignant sa distance de P par .r, on doit avoir x = ~1-a. Cette distance est, pour l'orangé, si petite, qu'elle n'est guère visible sur la figure, la courbe coïncidant presque à cet endroit avec la ligne pointillée.

Fig-. i6j. — Table de couleurs de Maxwell.

— On remarque que, par suite de la présence du coefficient négatif, la couleur en question doit être placée en dehors du triangle. Une couleur qui est située dans l'intérieur du triangle peut être reproduite exactement par un mélange des trois standard colours; ce qui n'est pas possible pour une couleur située en dehors du triangle : il faut, au contraire, la mélanger avec l'une des standard colours, pour qu'elle semble égale au mélange des deux autres.

Sur la table de Maxwell la plus grande partie du spectre (de o,63 p. dans le rouge orangé à o,53 p. dans le vert et de o,5i p dans le vert à 0,47 p dans le bleu) est rangée sur les deux côtés d'un triangle dont le

vert, entre o,53 [/. et o,5i p., forme le sommet arrondi, tandis que les extrémités du spectre forment les deux autres sommets, un peu irréguliers. 11 faut se figurer le troisième côté de ce triangle occupé par les couleurs pourpres qu'on obtient en mélangeant du rouge avec du bleu. Comme presque toutes les couleurs spectrales ont un des coefficients négatifs, presque toute la courbe est située en dehors du triangle des standard colours, ce qui indique que les couleurs de mélange sont presque toutes un peu moins saturées que les couleurs spectrales. La partie située entre le rouge et le vert est pourtant très près de coïncider avec le côté correspondant. En choisissant une autre standard colour verte, on aurait pu faire coïncider la partie de la courbe située entre o,5ip et o,47^ avec l'autre côté du triangle, mais il est facile de voir qu'on ne peut pas choisir la couleur verte de manière à faire coïncider les deux côtés à la fois avec la courbe. On ne peut donc pas choisir trois couleurs spectrales, telles que l'on puisse reproduire toutes les autres couleurs spectrales exactement par leurs mélanges; on peut bien reproduire tous les tons, mais quelques-unes des couleurs de mélange restent toujours moins saturées que les couleurs spectrales correspondantes, quelque soient les standard colour s que l'on choisisse.

Au moyen de la table de Maxwell on peut construire le résultat de mélanges de n'importe quelles couleurs. Si l'on mélange deux couleurs placées sur le même côté de la courbe approximativement triangulaire, on obtient une couleur de mélange qui est aussi saturée que la couleur spectrale, tandis que si l'on mélange deux couleurs situées chacune sur un côté différent, on obtient un mélange fortement dilué de blanc. Les trois couleurs que Maxwell a choisies comme standard colour s, le rouge, le vert et le bleu, ont donc ceci de particulier, qu'elles ne peuvent pas être reproduites en mélangeant d'autres couleurs spectrales, le mélange étant toujours fortement dilué de blanc. — La forme approximativement triangulaire de la courbe, avec les trois couleurs, rouge, vert et bleu placées aux sommets, ne dépend pas du choix des standard colours. Au moyen des équations de Maxwell, on peut, par un simple calcul, exprimer toutes les couleurs spectrales par trois couleurs autres que ses standard colours, par exemple par l'orangé, le vert-bleu et le bleu. La courbe garde quand même sa forme approximativement triangulaire ayant le rouge, le vert et le bleu aux sommets, mais elle s'écarte beaucoup du triangle équilatéral formé par les droites joignant les trois nouvelles standard colours, ce qui indique que les couleurs de mélange sont en ce cas très peu saturées. Maxwell choisissait le rouge, le vert et le bleu pour que la courbe se rapprochât autant que possible du triangle.

LE SENS CHROMATIQUE

Contrairement à ce qui a lieu pour ces trois couleurs, celles qui sont placées sur chacun des deux côtés de la courbe triangulaire peuvent être reproduites exactement en mélangeant d'autres couleurs spectrales. Elles sont à cet égard analogues aux couleurs pourpres qu'on obtient en mélangeant le rouge et le bleu spectral et qui paraissent à l'œil aussi saturées que les couleurs spectrales pures.

Le phénomène le plus curieux, parmi le grand nombre de faits qui se trouvent exprimés par la table de Maxwell, est certainement qu'on puisse produire la sensation parfaite du jaune en mélangeant du rouge et du vert. Le fait était déjà connu de Young et forme la base principale de sa théorie de la vision des couleurs, que je mentionnerai plus loin. Lord Rayleigh a construit un appareil spécial pour déterminer les quantités de rouge spectral et de vert spectral qu'il faut pour produire une égalité complète avec le jaune spectral. Dans ses nombreux examens, toujours il pouvait obtenir une égalité parfaite, mais, pour ce qui est des quantités requises des composantes, il trouva des différences individuelles tout à fait inattendues (voir p. 241). On peut aussi mélanger de la lumière des flammes de lithium et de thallium, de manière à obtenir une lumière qu'on ne peut pas distinguer de celle de la flamme de sodium. Une autre méthode également indiquée par Lord Rayleigh consiste à regarder à travers un liquide qui ne laisse passer que des rayons rouges et verts (un mélange de bichromate de potassium et de bleu d'aniline, dissous dans l'eau). En observant à travers ce liquide un objet d'un blanc brillant, un nuage éclairé par le soleil par exemple, il paraît d'un jaune pur, quoique tous les rayons jaunes soient complètement absorbés. — Le liquide est du reste très sensible aux teintes de la lumière blanche ; la lumière du ciel bleu, qui contient trop peu de rouge, paraît verdâtre, tandis que la lumière de la lampe à arc parait rougeâtre.

Le jaune occupe une position spéciale entre les couleurs. Un observateur complètement ignorant des résultats des mélanges — aussi bien de ceux des physiciens, qui obtiennent du jaune en mélangeant du rouge et du vert spectral, que de ceux des peintres qui, avec leurs pigments, obtiennent du vert en mélangeant du jaune avec du bleu — serait probablement tenté de ranger le jaune parmi les trois standard colours de Maxwell, de façon à compter quatre couleurs principales dans le spectre : le rouge, le jaune, le vert et le bleu. Comme nous l'avons vu, le jaune se distingue des trois autres en ce qu'il peut être reproduit par un mélange d'autres couleurs. A cet égard, il est analogue aux couleurs qui se trouvent placées sur les autres côtés du triangle, le pourpre et le vertbleu, mais il se distingue de celles-ci en ce que l'œil ne perçoit aucune trace du rouge ou du vert dans le jaune, tandis que personne

LEÇONS D'OPTIQUE P HY SI O L O G I QU E

n'hésiterait à déclarer qu'il voit du bleu et du rouge dans le pourpre ou du vert et du bleu dans le vert-bleu. Le jaune se rapproche à cet égard du blanc, dans lecpiel l'œil ne distingue non plus aucune trace des composantes. Le jaune est aussi celle des couleurs spectrales qui, à l'œil, semble offrir le plus de ressemblance avec le blanc. — Une autre particularité du jaune, sur laquelle Hersc/iel a insisté, est le changement considérable que subit cette couleur lorsque son intensité baisse. Un bleu sombre semble encore bleu, tandis qu'un jaune sombre parait brun, couleur qu'un observateur non prévenu considérerait plutôt comme une couleur spéciale.

On peut obtenir l'impression du blanc de beaucoup de manières différentes. La célèbre expérience par laquelle Newton réunissait au moyen d'une lentille tous les rayons colorés du spectre en une image blanche montre d'abord que toutes les couleurs du spectre, mélangées, donnent du blanc. Les équations de Maxwell fournissent une longue série d'exemples de la possibilité de former du blanc en mélangeant trois couleurs. La table indique enfin un grand nombre de paires de couleurs complémentaires, c est-à-dire de couleurs qui, mélangées deux à deux dans des proportions convenables, donnent du blanc. Pour trouver la couleur complémentaire à une couleur donnée, on n'a qu'à prolonger la ligne qui la joint au blanc, jusqu'à ce qu'elle rencontre de nouveau la courbe. Le point d'intersection est la place de la couleur complémentaire, et les quantités à prendre des deux couleurs sont inversement proportionnelles à leurs distances du blanc. Il faut pourtant se rappeler que, si l'on veut exprimer la quantité par la largeur de la fente en millimètres, on doit réduire les chiffres de la manière déjà indiquée.

Un coup d'œil sur la table montre que les couleurs vertes (verdàtres) de 57 à 49,5 n'ont pas de complémentaires dans le spectre. Leurs complémentaires sont les couleurs pourpres. Les complémentaires de l'extrémité rouge jusqu'à 61 sont situées très près les unes des autres (de 49,5 à 4.9, 2)> celles de l'extrémité bleue sont entassées près de £7; Le ton varie donc très lentement vers les extrémités du spectre, tandis que la variation atteint sa plus grande rapidité dans le vert-bleu, où les divisions sont séparées par des intervalles très marqués.

Maxwell n'a pas déterminé les parties extrêmes du spectre ; on pourrait donc croire que la courbe devait en réalité être plus étendue ; mais, suivant les recherches de KœnigeX Dieterici, ce n'est pas le cas. Ces auteurs ont fait une longue série de recherches très minutieuses, dans le genre de celles de Maxwell, avec leur grand appareil spectral. Leurs résultats semblent bien concorder avec ceux de ce dernier auteur; cependant, ils n'ont pas pu constater le crochet que fait la courbe de Maxwell dans le

LE SENS CHROMATIQUE a3q

rouge. D'après ces auteurs, le ton ne varie pas dans le spectre au delà de 67 et de 43, de sorte que les divisions au delà de ces limites doivent sur la table coïncider avec celles-ci. Maxwell signale du reste lui-même la forme des extrémités de la courbe comme un peu douteuse.

Si I on compare des quantités complémentaires de rouge et de vertbleu, on remarque que le rouge parait plus sombre que le vert. Pour représenter les faits de ce genre sur la table, v. Hélmholtz admettait comme quantités égales de deux couleurs différentes des quantités paraissant avoir le même éclat. Il obtenait ainsi la courbe spectrale représentée par la figure 164. Le petit cercle indique l'endroit du blanc.

Fig. 1O4. — Table de couleurs de i>. Ilclmhultz.

Puisque le rouge complémentaire au vert-bleu parait plus sombre que celui-ci, il considérait sa quantité comme plus petite et le plaçait par conséquent plus loin du blanc. Une telle comparaison de l'éclat de deux couleurs différentes n'est pas du reste facile, comme v. Hélmholtz le fait remarquer lui-même, et le résultat dépend en outre du phénomène de Purkinje. Si, par exemple, une certaine quantité A de lumière jaune parait avoir le même éclat que la quantité B de lumière bleue, on trouve que la quantité— de lumière jaune paraîtra plus sombre que la quantité

--de lumière bleue. La forme de la courbe varierait donc suivant ■1

l'intensité employée.

Maxwell a montré comment, à défaut d'un appareil spectral, on peut faire des déterminations analogues aux siennes au moyen du disque tournant de Massoii. Il faut avoir des disques de papier (colorés, blancs et noirs) de deux grandeurs différentes, de manière à pouvoir exécuter deux mélanges à la fois, en couvrant la partie centrale des grands disques avec les petits.

On fend les disques le long d'un rayon, pour pouvoir les combiner de manière à obtenir des secteurs colorés de n'importe quel angle. On choisit trois standard colours, le rouge, le vert et le bleu, et on combine trois grands disques, de manière à avoir un secteur de chaque couleur. Au milieu on place deux petits disques combinés de façon à avoir un secteur noir et un secteur blanc. En faisant tourner le tout, on

u4o LEÇONS D' OPTIQUE PHYSIOLOGIQUE

obtient au milieu un cercle gris, entouré d'un anneau teinté du mélange des trois standard colours. En réglant les angles des secteurs, on rend les deux teintes pareilles, et on écrit l'équation ainsi:

i65 R -|- 122 V + 7 3 Bl = too W + 260 N [Aubert]

W désigne le blanc, N le noir, et les chiffres indiquent les angles des secteurs. En négligeant le peu de lumière réfléchie par le noir, on peut écrire :

i65 R + 122 V + 7.3 Bl = 100 W.

Pour exprimer une autre couleur, le jaune par exemple, parles standard colours, on remplace le secteur rouge par un secteur de cette couleur. En réglant la grandeur des secteurs, on trouve par exemple :

146 J + 17 V -f- 197 Bl = i5g W + 201 N

ou, en divisant par i,5c),

92 J -f 1 1 V 4- 124 Bl = 100 W.

On combine ensuite cette équation avec celle des standard colours, ce qui donne

92 J + 1 1 V + 124 Bl = i65 R + 122 V + 73 Bl

ou

1 J = 1,97 R -f- 1,21 V — o,55 Bl.

Avec ces équations on peut construire des représentations graphiques dans le genre des figures 160 et 162, et, en opérant toujours avec les mêmes sortes de papiers, on peut ainsi étudier et comparer le sens chromatique de différents yeux ; mais la méthode spectrale reste toujours supérieure.

109. Triehromasie abnorme. — Si l'on examine un certain nombre de personnes d'après la méthode de Maxwell, en construisant la table de couleur de chaque personne on constate souvent de petites différences : un mélange qu'un observateur déclare pareil au blanc semble à un autre légèrement teinté. Il est probable que ces différences tiennent, au moins pour la plupart, à ce qu'une partie des rayons est absorbée par les milieux de l'œil et que cette absorption est plus prononcée chez certains sujets que chez d'autres. C'est ainsi que la couleur jaunâtre du cristallin des vieillards indique qu'il doit absorber une partie des rayons bleus. Un mélange de jaune et de bleu, qui parait égal au blanc à une personne normale, doit paraître jaunâtre au vieillard, dont le cristallin absorbe relativement plus de là lumière du mélange 'que de la lumière blanche. Après l'extraction d'une cataracte, le malade accuse souvent,

LE SENS CHROMATIQUE

au premier moment, voir tout bleu, à peu près comme tout parait teinté de la couleur complémentaire lorsqu'on a regardé pendant un peu de temps à travers un verre coloré et qu'on l'enlève subitement. Quelques-uns des phénomènes en question semblent dus à l'absorption des rayons vert-bleus dans le pigment jaune de la macula. Maxwell semble avoir eu ce pigment très développé ; en regardant une ligne brillante à travers un prisme, il observa une tache sombre, correspondant à la t'ovea, qui montait et descendait avec le regard, tant que celui-ci restait dans la partie bleue du spectre, mais qui disparaissait aussitôt que le regard sortait du bleu. Il recommande aussi, pour observer le phénomène, de fixer un papier jaune pendant un peu de temps et de porter ensuite le regard sur un papier bleu. La tache apparaît alors pendant quelques instants. En prenant deux blancs égaux, l'un constitué par la lumière blanche ordinaire, l'autre par un mélange composé en grande partie de rayons vert bleu, celui-ci, vu en vision indirecte, semblait verdàtre et plus lumineux que le premier. La table de couleur de Maxwell lui-même semble aussi présenter quelques différences avec celle de Madame Maxwell., représentée figure 160, différences qui pourraient bien être dues à l'absorption en question. Les phénomènes semblent surtout prononcés chez des personnes brunes; j'ai répété ces expériences sans succès.

En négligeant ces petites différences, une équation de couleur qui est vraie pour un œil normal reste vraie pour tous les yeux, aussi bien poulies yeux normaux que pour les yeux dichromates.

Cette dernière assertion a été considérée comme tout à fait générale, jusqu'à ce que Lord Rayleigh, en 1880, découvrit une classe d'yeux pour lesquels elle ne se vérifie pas. Après avoir produit un mélange de rouge spectral et de vert spectral qui lui parût identique au jaune spectral, il demanda à un certain nombre de personnes de comparer les deux teintes. La plupart les trouvèrent identiques, mais quelques-unes, parmi lesquelles ses trois beaux-frères, déclarèrent n'y voir presque aucune ressemblance ; la couleur pure leur parut jaune, tandis que la couleur composée leur semblait presque aussi rouge que de la cire à cacheter. Pour voir les deux teintes pareilles, ces personnes ajoutèrent tant de vert au mélange, qu'il parut presque vert pur à un œil normal. Le mélange de Lord Rayleigh était 3, 1 3 R -+- 1,00 V, celui de son beaufrère i,5 R -f- 1,0 ,V.

(1) Les chiffres ne sont pas comparables à ceux de Maxwell, Lord Rayleigh ayant probablement employé des couleurs différentes des standard colours. Autrement, Maxwell et Madame Maxwell auraient tous les deux appartenu à la catégorie de la trichromasie abnorme, ce qui semble peu probable.

OPTIQUE PHYSIOL. l6

Les personnes en question ne présentaient pas d'autres anomalies du système chromatique ; elles n'étaient nullement dichromates [daltonistes). Des recherches ultérieures (Donders, Kœnig et Dieterici) ont confirmé l'opinion de Lord Rayleigh que ces personnes forment un groupe à part : on n'a pas trouvé de formes intermédiaires entre leur anomalie, que Kœniga. désignée sous le nom de trichromasie ab norme, et le système chromatique normal. L'anomalie semble presque aussi fréquente que le daltonisme ; Kœnig et Dieterici en ont trouvé trois cas parmi soixante-dix: personnes examinées. On ne connaît pas de cas où l'anomalie ait été découverte par la personne même qui en était atteinte.

110. Daltonisme (Dichromasie). — La forme la plus répandue de dyschromatopsie est dite daltonisme, d'après le célèbre chimiste anglais Ballon, qui en était atteint et qui en a donné la première description un peu exacte. On compte qu'environ 4 p- ioo des hommes sont atteints de cette anomalie ; elle est beaucoup plus rare chez les femmes, surtout dans sa forme complète.

Pour les daltonistes, il y a dans le spectre un endroit, dans le vertbleu, dont la couleur est pareille au blanc (gris). On désigne cet endroit sous le nom de point neutre. Au lieu de la grande variation que l'œil normal aperçoit dans le spectre, les daltonistes n'y voient que deux couleurs : l'une qu'ils désignent le plus souvent comme jaune, et qui remplit toute la partie située entre le point neutre et l'extrémité rouge, et l'autre qu'ils nomment bleue, et qui s'étend du point neutre jusqu'à l'extrémité violette. Dans toute la partie qui appartient à l'une ou à l'autre des couleurs le ton ne change pas ; il n'y a que des différences de saturation et d'intensité. La couleur dite jaune leur semble pure dans le rouge, l'orangé, le jaune et le vert, jusqu'à environ o,54 [Jou o,53 Y-i près de la raie E. Dans toute cette partie, il n'y a que des différences d'intensité ; on peut rendre une de ces couleurs pareille à n'importe quelle autre en changeant l'intensité. Le rouge et l'orangé du spectre sont souvent si faibles, qu'ils ne sont pas aperçus, à moins que le spectre ne soit très vif. A partir de la ligne E, la couleur devient de plus en plus grisâtre, et au point neutre, dans les environs de o,5o (u (v. fig. i65), la couleur est pareille au gris. L'intensité baisse en même temps ; en général, les daltonistes indiquent que les parties situées près du point neutre sont plus sombres que celles situées à quelque distance. Il est possible que cette diminution d'intensité tienne à ce que le point neutre est situé dans la partie vert-bleue du spectre, dont les rayons subissent le plus l'influence de l'absorption dans le pigment jaune de la macula, phénomène qui semble souvent très prononcé chez

LE SENS CHROMATIQUE

les daltonistes. A partir du point neutre, l'autre couleur, dite bleue, commence à se faire sentir ; de plus en plus saturée, elle devient pure à 0,46 u. environ et n'offre, à partir de ce point, que des différences d'intensité ; le maximum se trouve à peu près à l'endroit où la couleur devient pure.

Les daltonistes ne voient donc, dans le spectre, cpie deux couleurs, mais il est difficile de dire lesquelles. S'ils désignent les couleurs comme jaune et bleue, ce n'est pas un signe certain que les couleurs spectrales leur donnent les mêmes impressions que celles que nous obtenons parle jaune et le bleu. En général, il est impossible de communique]' à quelqu'un la nature d'une sensation qu'on éprouve autrement que par une comparaison. Si, par exemple, un homme dit à un autre qu'un objet a un goût sucré, cela ne veut pas dire autre chose que ceci, que l'objet lui donne une sensation pareille à celle que lui donnerait le sucre. L'autre peut alors vérifier s'il trouve aussi que le goût de l'objet est pareil à celui du sucre, et s'il le trouve, il dira que le premier a le goût normal ; mais il est impossible de dire si l'objet a le même goût pour les deux. — Comme on ne peut pas savoir comment les daltonistes voient les couleurs, Donders a proposé de remplacer pour eux les expressions de couleurs jaunes et bleues par celles de couleurs chaudes et froides, termes qui sont en usage parmi les peintres.

Il est pourtant à remarquer que, tandis que, dans tous les autres cas connus, le daltonisme était bilatéral, il existe dans la littérature un cas unique de daltonisme monolatéral ; il est clair qu'un tel malade serait bien en état de donner des renseignements sur la question de savoir comment les daltonistes voient les couleurs. Le cas a été très bien étudié par v. Hippel. L'œil gauche était normal, tandis que l'œil droit, qui louchait, mais qui avait été opéré et ne présentait aucune lésion ophtalmoscopique, montrait une anomalie tout à fait analogue au daltonisme ordinaire. Le point neutre (situé à o,5ia ja) divisait le spectre en une partie jaune et une partie bleue. Le rouge et le vert du spectre étaient, comme ton, pareils au jaune, mais paraissaient un peu moins intenses. Or, en regardant la raie jaune du sodium alternativement avec l'un et avec l'autre œil, le sujet déclara que l'aspect était le même pour les deux yeux, à part une petite diminution d'intensité pour l'œil daltoniste. 11 en était de même pour la raie bleue d'indium, ainsi que pour le blanc. Si donc on peut considérer le cas de v. Hippel comme un cas de vrai daltonisme, la question semble élucidée. Les sensations que les daltonistes désignent comme jaune et bleu seraient identiques à celles des personnes normales.

Comme les daltonistes reconnaissent les équations des yeux nor-

maux, les couleurs qui sont complémentaires pour des yeux normaux le sont aussi pour eux. 11 en résulte que la couleur complémentaire au point neutre doit aussi leur paraître grise (ou être invisible), ainsi que toutes les couleurs situées sur le diamètre de la table qui les réunit. Comme les couleurs voisines du point neutre paraissent fortement mélangées de blanc, leurs complémentaires, tant qu'elles se trouvent dans le spectre, doivent paraître très peu intenses, puisqu'ils ne doivent

Fig. iC5. — Table de couleurs de Maxwell.

neutraliser que le peu de valeur chromatique qui se trouve dans ces couleurs grisâtres.

Tandis qu'une équation de couleurs qui est vraie pour un œil normal, l'est aussi pour les daltonistes, l'inverse n'est pas vrai : les daltonistes reconnaissent comme pareils des mélanges qui ne le sont nullement pour un œil normal. Pour un daltoniste, on peut reproduire l'impression de n'importe quelle couleur du spectre, ainsi que celle du blanc, par des mélanges de deux couleurs. A cause de cette particularité, l'anomalie en question est aussi désignée comme clichromasie.

LE SENS CHROMATIQUE

Maxwell se servait de deux de ses standard colours, les couleurs verte et bleue. Il trouva ainsi, pour un étudiant daltoniste, l'équation.

4,28 V + 4,20 Bl = W.

La position de cette couleur de mélange est marquée sur la table (fig. 1 65) par la lettre k; la lettre K indique la couleur spectrale corres pondante, qui est le point neutre. Comme les daltonistes reconnaissent les équations des yeux normaux, on peut combiner cette équation avec relie de l'œil normal [page 23a).

2,36 R + 3,99 V + 3,87 Bl = W.

On aurait donc, pour le daltoniste,

2,36 R + 3,99 V + 3,87 Bl = 4,28 V + 4,ao Bl,

équation qu'on peut aussi écrire

L == 2,36 R — ■ 0,29 V — o,33 Bl = o.

Cette dernière couleur ne produirait donc aucune impression sur l'œil daltoniste et représenterait jusqu'à un certain point l'élément qui lui manque. Sa place est marquée par la lettre L sur la table (fig. 1 65) . Comme L est situé en dehors de la courbe spectrale, c'est une couleur fictive, qui n'existe pas en réalité, mais qu'il faut se figurer plus saturée encore que la couleur spectrale correspondante qui est marquée /, puisqu'elle est située plus loin du blanc que celle-ci. Comparé avec L, l est déjà à considérer comme mélangé de blanc. Aussi n'est-il pas tout à fait invisible, mais très faible.

Pour son daltoniste, Maxwell réussissait à reproduire toutes les couleurs du spectre par des mélanges de ses deux standard colours. Les résultats sont représentés par les courbes de la figure 166. Il serait du reste plus simple de choisir deux couleurs qui paraissent pures aux daltonistes, comme van der Weyde et dernièrement Koenig et Dieterici l'ont fait. La couleur verte de Maxwell semblait au daltoniste un peu mélangée de gris, comme le montrent les courbes.

Sur la table de couleurs tout le système chromatique des daltonistes se réduit à une ligne droite (fig. 167), puisque toutes les couleurs qu'on peut produire en mélangeant deux couleurs données doivent être placées sur la ligne droite qui les réunit. La ligne même ne correspond qu'à la partie du spectre où les couleurs sont vues mélangées de blanc, car toutes les parties où les couleurs semblent pures doivent se réunir dans les deux points qui forment les extrémités de la ligne.

En examinant une série de daltonistes, on remarque que la position du point neutre n'est pas exactement la même chez tous. Elle varie chez

les différentes personnes entre 0,492 ;j. et o.Soa y.. Sur la figure 168 ces deux points sont marqués R et S ; c'est donc entre R et S que la position du point neutre peut varier, et par suite la direction du diamètre neutre varierait entre RT et SQ. Il en résulte une certaine différence entre les daltonistes dont le point neutre est situé plus près de R et ceux

R Or. J V. Bl I Yi

Fig. 1OG. — Courbes de couleurs d'un daltoniste, d'après Maxwell.

chez lesquels il est situé plus près de S. Chez les premiers, le diamètre neutre passe par le vert-bleu et le rouge », et le spectre semble raccourci parce que l'extrémité rouge contient les couleurs complémentaires aux couleurs grisâtres et doit, par conséquent, comme nous l'avons vu, paraître très sombre. Pour les autres, le point neutre correspond à une couleur située plus près du vert, et dont la complémentaire est le

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