‹ Optique physiologiqueChapitre 44 sur 57 · KO S-9 *8 M · texte numérisé non relu

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Fig. 167. — Table de couleurs d'un daltoniste (d'après les mensurations de Kœnig et Dieterici).

pourpre, qui ne se trouve pas dans le spectre. Comme les couleurs complémentaires aux parties grises du spectre ne correspondent pas à l'extrémité rouge, celle-ci garde son intensité ordinaire et le spectre n'est pas vu raccourci.

Guidé surtout par des considérations théoriques (v. p. a5a), on a voulu

(1) Pour ne pas m' écarter de la terminologie qu on emploie généralement, j'ai désigné les couleurs de 0,62 à o,G3 ;* comme rouges, mais il faut remarquer qu'avec la division du spectre que j'ai adoptée pour la figure i5i, et qui a été proposée par Listing, ces couleurs se trouvent déjà dans l'orangé. D'autre part, Chibret avec son appareil a trouvé que les couleurs que les daltonistes confondent le plus souvent sont l'orangé et le bleu.

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distinguer entre ces deux formes, en désignant la première comme anerythropsie (Rothblindheit), la seconde comme achloropsie {Gruiiblincl- Iteit). C'est Seebeck qui a distingué le premier entre ces deux formes ; mais, quoiqu'il ait été suivi par un grand nombre de savants, entre autres par v. Helmholtz, Holmgrén, Leber et Kœnig, cette distinction ne semble pas encore complètement justifiée. Si le diamètre neutre avait toujours soit la direction S Q, soit la direction RT, il serait raisonnable de distinguer entre les deux formes, mais il semble exister des formes intermédiaires. — La position du point neutre n'est, du reste, même pas constante chez le même individu : il se déplace un peu vers le bleu lorsqu'on augmente l'intensité du spectre (Preyer).

On a encore décrit des cas très rares d'anomalies de la vision des couleurs, qu'on a voulu réunir sous la dénomination à'akyanopsie (Blaublindheit). Dans ces cas, le point neutre se trouverait dans le jaune-vert, et le spectre serait vu raccourci de son extrémité bleue. Mais l'existence de cette forme est loin d'être assurée. Dans l'empoisonnement avec la santonine, on rencontre des anomalies de la vision des couleurs qui offrent quelques analogies avec ces observations, mais ces phénomènes semblent plutôt attribuables à une légère coloration passagère du corps vitré.

Par suite de la défectuosité de leur système chromatique, les daltonistes sont souvent exposés à des erreurs qui sont surtout frappantes lorsqu'ils confondent le rouge avec le vert. C'est ainsi que Dàlton se promenait dans la rue avec la robe écarlate des docteurs d'Oxford, croyant qu'elle était noire ou grise. Les cerises leur paraissent de la même couleur que les feuilles du cerisier, etc. Pour comprendre ces erreurs, il faut se rappeler que les couleurs des objets ne sont jamais pures ; elles contiennent toujours du blanc, et c'est ainsi que les objets rouges paraissent gris et non presque noirs, comme le rouge du spectre. Malgré ces erreurs, il est souvent étonnant de voir comme les daltonistes savent se tirer d'affaire en se servant des différences que les couleurs leur présentent. En comparant, par exemple, du rouge avec du jaune, ils peuvent souvent donner leurs vrais noms à ces couleurs. Le ton est pour eux le même, mais le rouge leur parait moins intense que le jaune, et ils savent que ce jaune moins intense est ce qu'on désigne en général comme du rouge. Ils semblent, en général, plus sensibles à des différences d'intensité que les personnes normales, et ils peuvent quelquefois voir des traces de couleur que l'œil normal ne découvre pas. Mauthner relate ainsi un cas où un daltoniste prétendait voir du jaune sur une feuille de papier noir. En examinant le papier, on trouva qu'il réfléchissait en effet un peu de lumière jaune qui avait échappé à l'observateur normal.

111. Monochromasie. — Il existe encore une anomalie du sens chromatique, qui est très rare, mais, à ce qu'il semble, bien constatée, la monochromasie. Tandis que le daltonisme n'implique aucune autre abnormité, les yeux monochromates offrent tous d'autres signes de faiblesse : photophobie, albinisme, diminution de l'acuité visuelle, etc. Pour ces personnes, les différences de couleur n'existent pas ; les seules différences qu'elles perçoivent sont des différences d'intensité, à peu près comme sur une gravure. Toute la table de couleurs se rétrécit en un point. Le spectre leur parait simplement une bande lumineuse, dont l'intensité a son maximum, non dans le jaune, comme c'est le cas avec l'œil normal, mais dans le vert (à o,52 u. environ). Hëriiig a insisté sur l'analogie qui existe entre la manière dont les monochromates voient le spectre et l'aspect qu'il offre à l'œil normal, lorsque son intensité est très faible.

112. Examen clinique du sens chromatique. — La méthode des mélanges de couleurs forme l'examen fondamental du sens chromatique, et on ne peut guère s'en passer si l'on veut se former une idée exacte du système chromatique de la personne qu'on observe ; mais la méthode est trop compliquée pour l'usage clinique, et elle est en outre complètement subordonnée à la bonne volonté de la personne qu'on examine. Pour le clinicien, il est important de pouvoir décider rapidedement et sûrement si son client est daltoniste on non. Dans ce but, on a inventé différentes méthodes.

Il est d'abord à remarquer qu'on n'obtient que peu de renseignements utiles en demandant à un daltoniste comment il désignerait la couleur de tel ou tel objet. Si on lui présente du rouge, par exemple, il peut très bien arriver qu'il désigne cette couleur comme rouge, quoiqu'il ne la voie pas différente de certains verts.

La méthode la plus employée est l'épreuve avec les laines colorées (Holmgren). On présente au sujet la nuance verte la moins saturée et on lui prescrit de chercher les nuances qui ressemblent à celle-ci, en ajoutant qu'elles peuvent être un peu plus ou moins foncées. Outre les nuances vertes, le daltoniste assortit des gris jaunes, des gris bruns, des gris rouges et des gris purs. On lui présente ensuite le pourpre saturé. C'est ici que se montrerait la prétendue différence entre les deux espèces de daltonistes. Une personne atteinte d'anerythropsie trouverait que les nuances bleues et violettes ressemblent au pourpre saturé, tandis qu'une personne atteinte d'achloropsie choisirait les nuances vertes et grises. Les individus qui n'ont qu'un daltonisme incomplet réussissent la dernière épreuve, mais pas la première. Kren-

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ehel, Daae et d'autres ont disposé les laines colorées en tableaux ; Cohn emploie des poudres colorées ; Seebeck , qui a inventé la méthode, employait des papiers colorés.

Sur les tables de Stilling sont disposées un grand nombre de taches de deux couleurs, choisies de manière à être vues pareilles par le daltoniste. 11 v a par exemple sur une feuille des taches complémentaires rouges et vertes : les rouges sont disposées entre les vertes, de manière à former des chiffres visibles à l'œil normal, mais invisibles à l'œil daltoniste qui voit toutes les taches de la même couleur. Les tables de Stilling ne semblent pas très bonnes ; il paraît qu'il y a des daltonistes qui les lisent et des yeux normaux qui ne les lisent pas. Les tables de Pflïtger, que j'ai déjà mentionnées, sont préférables ; elles sont basées sur un phénomène de contraste. Le malade regarde une feuille pourpre sur laquelle sont imprimées des lettres grises; le tout est couvert d'un papier de soie. Un œil normal voit le fond pourpre à travers le papier de soie, et lit facilement les lettres qui apparaissent par contraste dans la couleur complémentaire. Le daltoniste voit le fond gris comme les lettres, de sorte qu'il ne peut pas distinguer ces dernières.

On peut s'assurer que l'anomalie n'est pas simulée en faisant regarder à travers un verre coloré. Si le malade confond un vert et un rouge, il ne doit plus les confondre en regardant à travers un verre rouge, car, les rayons verts ne traversant pas ce verre, le vert doit lui paraître bien plus sombre que le rouge. Les daltonistes qui ont besoin de pouvoir distinguer des couleurs, les chimistes par exemple, peuvent quelquefois se servir avec avantage d'un verre coloré, qui les met en état de distinguer entre deux couleurs qu'ils confondent autrement.

On a employé des appareils de polarisation pour découvrir le daltonisme ; Rose a construit le premier appareil de ce genre ; le leucoscope de Kœnig est fondé sur le même principe. Le meilleur de ces appareils est le chromatoptomètre de Chibret. Si l'on place une plaque de quartz, taillée parallèlement à l'axe, entre deux Niçois parallèles à celui-ci, on voit la plaque teinte d'une certaine couleur qui dépend de l'épaisseur du quartz. En faisant tourner autour de l'axe du tube le Nicol le plus voisin de l'œil (l'analyseur), la couleur devient de moins en moins saturée. A 45° le champ est blanc, et si l'on continue à tourner le Nicol, on obtient la couleur complémentaire qui augmente de saturation, jusqu'à 900, où la saturation atteint son maximum. En remplaçant l'analyseur par un cristal biréfringent, une lame de spath par exemple, qui agit comme deux Niçois perpendiculaires l'un sur l'autre, le champ est vu dédoublé et l'une des images du champ a la couleur complémentaire à celle de l'autre. En tournant le spath, les couleurs deviennent de moins en moins

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saturées, et à 4^° les deux champs sont blancs. Les tons des deux couleurs complémentaires dépendent de l'épaisseur de la lame de quartz. Dans l'appareil de Chibret, en plaçant la lame plus ou moins obliquement, on peut se servir d'une épaisseur plus ou moins grande et obtenir ainsi toute la gamme des couleurs. L'appareil présente ainsi un très grand nombre de tons et de degrés de saturation.

Le malade regarde vers une fenêtre à travers l'instrument. On place l'indice de la saturation ES (fig. 168), qui règle la position du cristal biréfringent à 5°, ce qui donne des couleurs fortement mélangées de blanc, et, après avoir mis l'indice des tons EC, qui règle l'inclinaison du quartz sur l'orangé à zéro, on demande au malade si les champs sont

ESL

Fig. 1O8. — Chromatoptomètre de Chibrel,

pareils. S'ils ne le sont pas, on tourne l'indice des tons lentement vers le rouge, le jaune et le violet. Si le malade voit toujours les deux champs différents, on répète l'expérience, après avoir placé l'indice de saturation à zéro, ce qui rend les deux champs blancs. Il doit maintenant les voir pareils. Si le malade réussit ces épreuves, il n'est pas claltoniste. Si, au contraire, dans la première expérience, il voit les deux champs pareils pour un certain ton, il est dalloniste. On augunente alors de plus en plus la saturation de ces tons. Si l'on réussit ainsi à produire une différence entre les deux champs, le daltonisme est incomplet ; dans le cas contraire, il est complet.

S'il s'agit de sujets qui désirent un certificat pour être employés de chemins de fer, matelots, etc., il peut encore être utile d'examiner s'ils peuvent distinguer des signaux. Une ouverture de 3 millimètres de diamètre dans un écran, couverte d'un papier blanc, et éclairée par derrière par une lampe, suffit pour cet examen. On place l'homme à examiner à 5 ou 6 mètres de distance, et on voit s'il commet des erreurs quand on place des verres de différentes couleurs devant l'ouverture.

113. Hypothèses sur le mécanisme de la vision des couleurs. —

LE SENS CHROMATIQUE %$i

On a essayé d'expliquer le mécanisme de la vision des couleurs par différentes hypothèses : les anciennes étaient sans aucune base anatomique, les plus récentes ont été plus ou moins inspirées par la découverte du pourpre rétinien. Aucune de ces hypothèses n'a un caractère satisfaisant, et les faits connus jusqu'à présent ne semblent pas encore suffire pour expliquer le mécanisme de la vision des couleurs. Mentionnons brièvement ces hypothèses.

Théorie de Young: — Voici comment Young a exposé son hypothèse,. « Il est certain qu'on peut produire une sensation parfaite de jaune et de bleu par un mélange de lumière verte et rouge et de lumière verte et violette. Et il y a des raisons pour admettre que ces sensations sont toujours composées d'une combinaison de sensations séparées. Cette supposition simplifie au moins la théorie des couleurs; on peut donc l'admettre avec avantage, jusqu'au jour où on la trouverait incompatible avec un phénomène quelconque. Nous allons donc considérer la lumière blanche comme composée d'un mélange de trois couleurs seulement, le rouge, le vert et le violet. »

Suivant cette hypothèse, on se figure chaque fibre nerveuse de la rétine composée de trois fibres de second ordre ; chacune de ces trois fibres serait munie d'un organe terminal spécial (substance photo-chimique) et également d'un organe central spécial. Une irritation de la première fibre produirait une sensation rouge, une irritation de la seconde fibre une sensation verte et une irritation de la troisième une sensation violette. Ces trois couleurs sont désignées couleurs principales. Une irritation des deux premières fibres produirait du jaune, etc. Une irritation à la fois des trois fibres produit du blanc, et, si aucune des fibres n'est irritée, on a la sensation du noir. Les rayons rouges irritent la première fibre, les rayons verts la deuxième, les rayons violets la troisième ; les rayons jaunes irritent la première et la deuxième, et ainsi de suite. Young expliquait le daltonisme en admettant qu'une des fibres faisait défaut. — Un des avantages de cette hypothèse est qu'on peut se figurer l'action identique dans les trois fibres. L'action dans les organes terminaux doit nécessairement être différente, mais la manière dont l'impression est conduite au cerveau peut être la même dans les trois cas. La différence entre les sensations se produirait par la réaction différente des organes centraux.

Sous cette forme, la théorie était très jolie, mais elle ne s'est pas montrée d'accord avec les observations sur la vision des couleurs. Elle exige en effet qu'on puisse choisir trois couleurs spectrales, de manière à pouvoir reproduire tous les tons et toutes les saturations existantes

en les mélangeant, mais nous avons vu que cela n'est pas possible ; il reste toujours quelques-unes des couleurs" spectrales qui sont plus saturées que les mélanges. D'après Yowig, la table des couleurs devrait avoir une forme exactement triangulaire, mais les observations de Maxwell ont montré que ce n'est pas le cas. On ne peut pas choisir par exemple les standard colours de Maxwell comme couleurs principales, parce qu'on ne peut pas reproduire avec elles les couleurs situées en dehors du triangle.

Modification de la théorie de Young par v. Helmholtz. — Il faut donc admettre que les sensations correspondant aux couleurs principales sont encore plus saturées que les couleurs spectrales, car alors leurs mélanges pourraient avoir la même saturation que celles-ci. Sur la table, les couleurs principales seraient alors à placer plus loin du centre que les couleurs spectrales, de sorte que le triangle qu'on obtiendrait en les réunissant enfermerait toute la courbe.

v, Helmholtz admettait que chaque couleur spectrale irritait les trois fibres à la fois, mais à un degré différent. Les rayons rouges irriteraient ainsi fortement la première fibre, faiblement les deux autres. L'impression produite par le rouge spectral contiendrait déjà du blanc. v. Helmholtz rappelait à cet égard que cette impression n'est pas la sensation de rouge la plus saturée qu'on puisse avoir. Si l'on produit d'abord une image secondaire d'un objet de couleur complémentaire, avant de regarder le rouge spectral, l'impression devient bien plus vive, parce qu'on aurait ainsi « fatigué » les deux autres fibres.

v. Helmholtz essayait d'abord d'expliquer le daltonisme, d'après Young, par le défaut de l'une des fibres. Il admettait donc trois espèces de daltonisme, YanérytJiropsie, Y achloropsie et Y akyanopsie. Comme nous l'avons vu, la dernière forme est très douteuse, et les deux premières semblent se confondre en une seule. Mais, il y a encore d'autres difficultés. Les daltonistes déclarent voir du jaune et du bleu dans le spectre, tandis que, d'après v. Helmholtz, ils devraient voir du vert et du violet, ou du rouge et du violet. On sauvait l'hypothèse en disant qu'il n'était pas possible de savoir ce qu'ils entendent par du bleu et du jaune, mais comme cette explication devenait très douteuse, après l'observation de v. Hippel, on modifia encore une fois l'hypothèse, en admettant que les daltonistes possèdent bien les trois fibres, mais que les couleurs agissent chez eux également sur deux des fibres. Si, par exemple, les rayons rouges agissent autant sur la première que sur la seconde fibre, ils doivent produire la sensation jaune. Il en est de même pour les rayons verts. En prenant du bleu comme troisième couleur principale, on

LE SENS CHROMATIQUE

pourrait ainsi expliquer la manière dont les daltonistes voient les couleurs; mais toutes ces modifications ne rendent pas l'hypothèse très plausible.

Théorie de Hering. — Ce savant admet une « substance visuelle » qui est un mélange de trois autres : une qui détermine la sensation du noir et du blanc, une autre qui détermine celle du rouge et du vert, une troisième qui détermine celle du jaune et du bleu. La lumière rouge agit sur la substance rouge-verte qui s'use (se désassimile), ce qui produit la sensation du rouge. La lumière verte reproduirait au contraire cette substance par son action (assimilation), ce qui produirait la sensation du vert. Il en est de même pour les rayons jaunes et bleus par rapport à la substance bleu-jaune. Les rayons intermédiaires agissent sur les deux substances à la l'ois. Mais tous les rayons agissent sur la substance blanche-noire, ce que Hering exprime en disant que ces rayons ont, outre leur valeur (Valenz) colorée, encore une valeur (Valenz) blanche. Ce n'est pas seulement la lumière blanche, mais aussi les rayons colorés qui « désassimilent » cette substance. Si les deux autres substances n'existaient pas, tous les rayons produiraient une sensation blanche, mais d'intensité différente. C'est ce qui a lieu pour les monochromates (achromates). Si seulement une des deux substances fait défaut, on a le système dichromate.

Hering admet donc quatre couleurs principales : rouge et vert, jaune et bleu, et il pense qu'on a une impression directe de ce que ces quatre couleurs sont pures, les autres, perçues par une action sur les deux substances à la fois, composées.

La rivalité entre ces deux théories, dont la première a été inspirée par les observations sur les mélanges des couleurs, tandis que la deuxième semble surtout dériver de l'étude des images secondaires, a fait surgir un grand nombre de travaux ; les élèves de v. Helmholtz ont essayé de prouver que l'hypothèse de Hering était fausse, et inversement. Il me semble que les deux théories en ont souffert. La théorie de Hering semble plutôt donner un exposé des faits connus que les expliquer. Elle se base sur le fait, qu'il me semble difficile de nier, que l'œil humain ne voit pas de ressemblance entre les quatre couleurs principales du spectre, le rouge, le jaune, le vert et le bleu, tandis que les couleurs intermédiaires ressemblent chacune à deux des couleurs principales. Mais il est à remarquer que le rouge de Hering doit être complémentaire au vert; il ne correspond donc pas au rouge spectral, qui, d'après Hering, contient déjà du jaune, mais à une couleur pourpre, dont on peut difficilement prétendre qu'elle donne l'impression directe d'une couleur non corn-

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posée 1 . Il me semble aussi qu'une théorie qui ne rend pas compte de la situation spéciale du jaune parmi les couleurs est nécessairement insuffisante.

Autres théories. — Parmi les théories plus récentes, citons celle de Ebbinghaus, qui admet l'existence., dans les cônes, d'une substance verte, dont la décomposition produirait la sensation de rouge et de vert, tandis que le pourpre, par sa décomposition, produirait la sensation de jaune et de bleu. Parinaud admet que l'irritation des bâtonnets produit une sensation de lumière non colorée, tandis que l'irritation des cônes peut produire toutes les sensations possibles, la sensation des couleurs et la sensation de blanc. La rétine aurait deux systèmes sensibles à la lumière, l'un monochromate, l'autre trichromate. Les idées de p. Kries concordent à peu près avec celles de Parinaud.

Arthur Kœnig a émis une théorie qui peut être considérée comme un développement de la théorie de Young-Helmholtz. Il admet le rouge, le vert et le bleu comme couleurs principales. Suivant Kœnig, la décomposition du pourpre rétinien en jaune produit la faible sensation de gris que provoque n'importe quelle couleur lorsqu'elle est assez faible. La décomposition ultérieure produit la sensation du bleu. La perception des deux autres couleurs principales, le vert et le rouge, se fait par l'intermédiaire des cellules pigmentaires, tandis que les cônes doivent être considérés comme des appareils dioptriques destinés à concentrer la lumière sur la couche épithéliale. — J'ai déjà mentionné qu' Henri Mû lier a mesuré la distance des vaisseaux rétiniens à la couche sensible au moyen de la parallaxe des vaisseaux, vus entoptiqueinenl (v. p. 1 44)- E]l collaboration avec Zumft, Kœnig a répété ces expériences avec de la lumière spectrale. Il a trouvé que la distance augmente à mesure qu'on se rapproche de l'extrémité rouge du spectre. La couche sensible à la lumière verte, et surtout celle sensible à la lumière rouge, seraient donc situées en arrière de la couche sensible au bleu. La distance de ces deux couches dépassait même l'épaisseur rétinienne, ce qui a obligé Kœnig à admettre que la perception de ces deux couleurs a lieu dans la couche épithéliale. — Ces expériences demandent encore à être vérifiées ; Koster les a répétées sans succès.

(i) Vers la périphérie du champ visuel existe une zone dichromate, dans laquelle on ne voit que les couleurs jaune et bleue. Un objet rouge semble à cet endroit jaune, tandis qu'une couleur pourpre parait bleue : c'est la teinte intermédiaire qui correspond au rouge de Hering.

LE SEMS CHROMATIQUE

Bibliographie. — Malgré le grand nombre de travaux sur la vision des couleurs, cette question semble encore peu élucidée. Dans la préface de son traité de la lumière, qui a paru peu d'années avant l'optique de Newton, Huyghens dit qu'il ne parlera pas des couleurs, « une question dans laquelle, jusqu'à présent, personne n'a pu se louer de succès ». Il me semble que cette phrase, qui était vraie à l'époque de Huyghens quant a la physique des couleurs, peut s'appliquer aujourd'hui à leur physiologie. Ce sujet n'a pas encore trouvé son Newton.

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