AVANT-PROPOS
Pourquoi ceci plutôt que cela? Pourquoi la Vie de Michèle Amari plutôt que la Biographie de Silvestre de Sacy ? Que de curieuses ou subtiles théories je pourrais émettre pour justifier mes choix! Elles ne seraient que mirage et fiction. Les choses se sont passées plus simplement: j'ai réimprimé les morceaux pour lesquels mes entrailles de père avaient conçu le plus d'affection, comme étant mes enfants les plus oubliés ou les plus
Ignorés, par exemple «Antar))et «la Composition du Coran», deux péchés de jeunesse, «Adolphe Franck ^t la Société des études juives », fragment d'un discours prononcé dans une séance solennelle de cette Société savante, discours enfoui si profondé- ^nent dans les annexes de sa Revue qu'il avait échappé à l'enquête clairvoyante, minutieuse, bien informée et bien conduite du dernier biographe de Franck, mon ami trop tôt disparu, le poète Eugène Manuels Ma collaboration au Journal des Sauants
' Eugène Manuel, Préface (p i-xxxii) en tête de Adolphe Franck, Nouvelles éludes orientales^ Paris, 1896.
VI AVAXT-PROPOS
est largement représentée dans les Opuscules dun arabisant. La série sur Michèle Amari y ayant été interrompue brusquement par des circonstances indépendantes de ma volonté, je lui ai ajouté un supplément inédit, conçu dans la même pensée d'admiration pour un beau caractère d'homme et pour une science impeccable d'érudit.
Les deux derniers chapitres du volume risquent d'être dénoncés comme empreints d'un individualisme outré. Je ne nie pas qu'ils pourraient me faire accuser d'orgueil, voire même d'outrecuidance, je ne méconnais pas qu'ils auraient donné barre contre moi aux malveillants et aux détracteurs, s'il y en avait dans ce paradis terrestre, où les humains sont si bienveillants les uns pour les autres. Mon optimisme, héréditaire et inébranlable, maintiendra jusqu'à la fin sa résidence favorite, sa tour d'ivoire, avec la compagne, qui l'a partagé, entretenu, affermi et sauvé de l'effondrement, avec ses amis les rêves, avec ses amies les espérances, que le vulgaire appelle des illusions.
Je n'ai d'ailleurs pas réédité Les Derenbourg, qui avaient paru en Amérique tronqués et écourtés, ni prolongé la bibliographie de mes livres, brochures et articles jusqu'au commencement de 1905 pour mes confrères d'aujourd'hui seulement, mais je me suis préoccupé surtout de faciliter la tâche à mon successeur, quel qu'il soit, un ami, un indifférent ou un inconnu, en tout état de cause condamné,