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Opuscules de botanique

Professeur à la Faculté des Sciences et Directeur du Jardin des Plantes de Toulouse.

£u à l'Arademie des Sciences de Coulouse, Le O février 1860,

et extrait de ses Mémoires, 5° série, t. 1v, pp. 324 et suiv.

IL n'va guère plus d’un demi-siècle que les questions de morphologie végétale ont commencé à être envisagées à un point de vue philosophique, et voilà pourquoi il en reste encore tant à résoudre ou qui réclament un nouvel examen. De ce nombre est peut-être celle du coussinet et des nœuds vitaux.

Ruellius parait être le premier qui, en 1536, ait mentionné le coussinet. On lit, en effet, dans l’œuvre de cet auteur : Pulvinus est quod inter versus aut sulcos eminulum protumet , dictum quod quamdam refert pulvinorum in quibus sedemus similitudinem ( De natura stirpium , p. 12).

Après lui, cette partie de la plante est restée longtemps entièrement ignorée; n1 Jungius, ni Tournefort, ni Linné, ni Ludwig, ni Adanson, ni Willdenow, ni Duhamel n’ont su ou voulu la distinguer. Dans la première moitié de ce siècle, le .coussinet fut de nouveau signalé par Mirbel(1), par Link (Ælem.. philos. bot., 2° édit., t. Il, p. 412), par MM. De Candolle père (Théor. élém., 1"° édit., p. 335; 8° édit., p. 314, Organ., t. 1, p. 335,t. 11, p. 179), et fils ( /ntrod. à la bot., t. 1, p. 102 ); et, plus près de nous, par Adr. de Jussieu ( Elém. de bot., 5° édit., p. 107), par MM. Lindley ( An introd. to botany,

(1) Au rapport de M. Payer, qui lui attribue la création de ce mot, voyez Annal. des Scien. natur., 3 série, t. xvint, p. 238, et Trailé d'Organogénie, p. 361.

2e édit., p. 116 ) et Schleiden ( Grundzuege der Wissenschaft. Botanick, 3° édit., 1. 11, p. 183) ; tandis que d’autres auteurs modernes , Turpin (con. végét.) , Treviranus (Physiol. der Gawaechse ), Ach. Richard ( Elém. de bot. ), Aug. de Saint- Hilaire ( Morphologie), Seringe ( Elém. de bot.), M. Germain de Saint-Pierre ( Guide du bot.) , et M. Guillard lui-même qui a étudié avec tant de soin la cicatrice laissée sur l’axe par la feuille (voy. Annal. des Scien. nat., 3° sér., t. vin), n’en font nulle mention. Enfin , Desvaux considérait la création du mot coussinet , comme à peu près inutile ( Traité génér. de bot., p. 51).

De Candolle définit les coussinets, les protubérances de la branche sur lesquelles les pétioles sont placés ( Organogr., t. 1, p- 179); et Link a écrit : Sub petiolo ‘ob fasciculos ad latus versos interdum elevatio orilur, quam cum Ruellio pulvinum dixerim (loc. cit.). Adr. de Jussieu donne une définition analogue du coussinet (loc. cit. )(1). Au contraire, le nœud vital attire seul l'attention de Turpin et d'Aug. de St -Hilaire. Le nœud vital donne naissance à la feuille et au bourgeon axillaire ; il est partiel, n'occupant qu’une partie de la circonférence de la tige, ou périphérique lorsqu'il embrasse celle-ci, soit par une seule feuille engainante ( Buplevrum rotundifolium L.), soit par deux (chèvrefeuille, Labiées, Caryophyllées, &c.), soit par plusieurs verticillées et se touchant ( Rubia, Galium ). 1 y a verticille de nœuds quand ils sont distincts. Telles sont les idées du savant auteur de la Morphologie végétale (2).

Toutefois, longtemps avant les écrits de Turpin et d’Aug. de Saint-Hilaire, l'expression de nœud vital avait reçu une tout autre acception.

(4) C'est à tort que dans son Dictionnaire des Termes de botanique , t.1, p. 327, A. J. Jourdan énonce que le coussinet est le bourrelet du pétiole de Putrochet. Ce bourrelet appartient à la feuille; le coussinet à la tige.

(2) Link divise aussi les nœuds vitaux , 1° en simples et composés , les premiers portant la feuille seule ou le rameau sans la feuille axillante , les seconds la réunion de ces deux organes; 2° en entiers et divisés suivant qu'ils comprennent tout ou partie. de la circonférence de la tige (Joe. cit., tr, p. 230 ).

Lamarck à appelé le collet de la racine nœud vital, considérant celte partie comme le seul et vrai corps de da plante, car elle est plus générale que la tige, c'est-à-dire qu'elle se trouve dans un bien plus grand nombre de végétaux, et peut-étre même qu'elle existe généralement dans tous. — Le nœud vilal d'une plante liant ses tiges AÉRIENNES à ses tiges SOUTERRAINES , doit donc être le vrai corps de cette plante , et par conséquent la parhe qui est essentielle à son existence. Aussi lorsque le nœud vital d'une plante périt , la mort de cette plante en est le résultat (A). (Poiret, in Encyclop. méthod. t. v, pp. 412 et 413).

Ces assertions offrent un mélange de vérités et d'erreurs. J'ai prouvé que le collet était un organe bien distinct de la plante, n'appartenant ni à la racine, ni à la tige , et auquel la découverte des lois de symétrie des racines m'a permis d’assigner d'exactes limites (voy. Annal. des Scien. nat., 8° sér., t. XI, pp. 5-20 ); mais on n’est pas fondé à dire qu’il se trouve dans un plus grand nombre de végétaux que la tige , car il n’y a pas chez la plante développée de collet sans feuilles, dont l'existence implique à son tour celle d’une tige ou d’un rameau. On ne saurait non plus énoncer que le collet existe généralement dans tous les végétaux ; 11 manque chez tous ceux qui naissent d'une spore, c'est-à-dire chez toutes les plantes Æthéogames (Cryptogames), et chez beaucoup de Phanérogames, après la disparition du pivot, en particulier chez les monocotylédones. Enfin , la perte du collet n'entraine pas nécessairement la mort du végétal. Sans doute, la plante à racine pivotante et à tige dressée, amputée en ce point, ne peut vivre quà la condition d'émettre des bourgeons adventifs, ou d'être alimentée par la greffe naturelle de ses racines avec celles d'autres plantes, comme l’a vu M. Gæppert, pour des souches de pin ou de sapin. Mais, sans recourir à ces cas exceplionnels, il suffit de citer les rhizomes, vivant après la perte du pivot et du collet, d’une foule de

(4) Dans cette théorie, le nœud vital était quelque chose d’analogue à ce que M. Flourens à désigné sous ce nom dans les animaux supérieurs.

plantes monocotylées et dicotylées (ris, Carex, Graminées, Primula , &c.). Je crois inutile de discuter ces autres propositions, émises dans le même article, que le nœud vital « paraît constituer le corps charnu qui soutient l'oignon dans les racines bulbeuses ; que le nœud vital de certaines fongères et celui des palmiers s’allonge et s'élève dans l’atmosphère sous la forme d'une tige, dont l'extrémité est couronnée par une touffe de feuilles (ibid., p. 413 ).» Tous les botanistes reconnaissent aujourd'hui que le plateau d'un bulbe est une tige ou un rameau raccourci, et que les tiges aériennes des palmiers et des fougères arborescentes méritent ce titre à tous égards , formées comme les bulbes par la réunion d’un grand nombre de nœuds vitaux.

Plusieurs auteurs modernes ont conservé dans leurs écrits l'expression de 2œud vital, les uns la considérant, à l'exemple de Lamarck et de Poiret, comme synonyme de collet (1); les autres lui attribuant une signification différente et semblant confondre, à certains égards, les nœuds vitaux et les coussinets.

Puisque les idées de Lamarck et de Poiret au sujet du nœud vital sont dénuées de fondement, et que ces termes, pris dans l'acception qu'ils leur donnaient, impliquent des idées fausses, il convient de les abandonner. Mais faut-il les conserver dans le sens que leur ont assigné deux des principaux fondateurs de la Morphologie végétale, Turpin et Aug. de Saint-Hilaire? Faut-il leur préférer le nom de coussinet? Ou bien ces expressions doivent-clles prendre place toutes deux dans la nomenclature botanique ? Il y a lieu, selon moi, de les maintenir l’une et l’autre. En effet, le coussinet peut manquer là où le nœud vital existe; mais il ne saurait y avoir de coussinet sans nœud vital. Le mot coussinet ne s'applique qu'à la protubérance offerte par la tige au-dessous du point d'origine de la feuille ; et c'est l'insertion de celle-ci, y compris celle du bourgeon axillaire , quand il existe , qui constitue essentiellement le

(1) Tel M. Germain de Saint-Pierre, Guide du Botan., p. 682.

C5) nœud vital. Cette restriction est devenue nécessaire, depuis que j'ai prouvé, contrairement à l'opinion soutenue par Du Petit-Thouars, par Link et par bien d'autres physiologistes, que dans plusieurs plantes herbacées ou ligneuses le bourgeon fait normalement défaut, en l'absence de tout avortement , à l’aisselle d'un grand nombre de feuilles (1).

S I. Du nœud vital. — Les observations qui précèdent permettent de distinguer, au point de vue physiologique, trois sortes de nœuds vitaux : le nœud vital stérile ne produisant ni feuilles ni bourgeons , comme on le voit dans beaucoup de Cactées ( Cereus , Phyllocactus, Echinopsis, Echinocactus , Mamillaria , &c. ); le nœud vital exclusivement folüfere , la feuille étant dépourvue de bourgeon axillaire ( Crassula arborescens Pers., C. perfossa Lam., Cotyledon orbiculata L., plusieurs espèces de Sempervioum, de Kleinia, d'Euphorbia, &c.; enfin, le nœud vital complet, caractérisé par la coexistence de ces deux organes.

Y a-t-il des nœuds vitaux aux racines ? Turpin n'hésite pas à les leur accorder (Essai d’une iconogr., pp. 40 et 195 ); Aug, de Saint-Hilaire est muet sur ce point. La solution du problème dépendra évidemment de la manière dont on interprétera la ramification des racines. |

On reconnait deux modes d'augmentation de nombre des parties de la racine : la véritable ramification du pivot des dicotylédones est due à la partition , phénomène fréquent aussi dans les tiges, où (abstraction faite des végétaux inférieurs) , il était resté à peu près inaperçu, considéré comme

(1) Voir le Bulletin de la Société botanique de France, t. 11, pp. 4-10. Un des résultats de ce travail est de montrer combien sont erronées les définitions de la feuille tirées de la présence du bourgeon axillaire , et en particulier celle de Link : Folia sunt partes, sub gemmis ramisre posilæ, ante ramum fultum explicatæ ( Elem. philos. bot., 2e édit., p. 408); et combien il est faux d’énoncer, comme l’a fait ce savant , que le principal caractère de la feuille est d’avoir un bourgeon ou un rameau à son aisselle : Character primarius folii est locus sub gemma aut ramo (Ibid. , p. 410). Un second résultat, est de fournir un argument de plus contre la théorie phytogénique de Du Petit-Thouars.

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