POURRET ET SON HISTOIRE DES CISTES
Par M. D. CLOS,
Professeur à la Faculté des Sciences , et Directeur du Jardin des Plantes de Toulouse.
L'HOMME qui voue sa vie à l'étude d’une science, semble avoir pleinement mérité de vivre après sa mort dans le souvenir de ceux qui la cultivent. Il est cependant un botaniste qui, durant le cours d’une longue existence, consacra toutes ses heures de loisirs à la connaissance des plantes du Midi de la France sa patrie et de l'Espagne, recueillit de nombreux documents, fut en relation avec les naturalistes les plus distingués de son époque, avec le grand Linné lui-même, et au sujet duquel on eût vainement consulté, naguère encore, l'Histoire de la botanique. Jusqu’en 1856, où parut, à Narbonne, une Biographie de Pourret (1), le nom de ce dernier était, il est vrai, connu des phytographes, mais les détails de sa vie étaient restés à peu près ignorés. Un de ses compatriotes (M. L. Galibert) a, le premier, cherché à revendiquer pour ce savant la part de gloire qui lui est due.
En 1783, Pourret présentait à l’Académie des Sciences de Toulouse , sous la forme d’un itinéraire, la suite des plantes les plus rares observées par lui dans les environs de Narbonne et sur les Pyrénées , ainsi que la relation d'un voyage qu’il venait de faire en Catalogne. L'Académie approuva cet ouvrage ; mais, sur l'invitation de ce corps savant, Pourret donna un nouvel ordre aux plantes décrites dans ce travail, dont furent exclues toutes celles déjà mentionnées dans le Æ/ora Monspeliaca.
IL forma ainsi à cette Flore une sorte de supplément de plus
(1) Narbonne , imprimerie d'Emmanuel Caillard , 21 pag. in-80.
de 1200 espèces, parmi lesquelles il s’en trouvait environ 236 omises par Linné, et plus de 130 tout-à-fait nouvelles (1). Au nombre de celles-ci, étaient plusieurs espèces de Cistes, dont Pourret avait, il est vrai, tracé les diagnoses, mais qui étaient restées jusqu'ici négligées ou à l’état d’énigmes pour les botanistes. Et cependant le naturaliste de Narbonne s'était occupé avec un soin extrême des plantes de ce beau genre ; car, cette même année (1783), il adressait encore à notre Académie un travail qui est resté manuscrit, sous ce titre : Projet d’une Histoire générale des Cistes (19 p. in-4°) (2). Grâce à l’obligeance de notre savant confrère M. le D' Desbarreaux-Bernard , j'ai pu découvrir cet opuscule dans nos archives ; ce qui m'a permis de restituer à Pourret quelques espèces dont la propriété ne saurait lui être légitimement contestée. Ce sera là l’objet de cette Note. Toutefois j ai pensé que quelques renseignements biographiques sur Pourret, empruntés en partie à la Notice que j'ai citée, en partie au manuscrit signalé, ne seraient pas déplacés ici, et auraient de l’intérêt pour les botanistes.
Né à Narbonne en 1754, Pierre - ANpré POURRET sentit en lui, jeune encore, une irrésistible passion pour les plantes. « Attaché par un goût naturel à l’étude de l'Histoire naturelle, j'avais, dit-il, commencé à étudier la Botanique dès ma plustendre enfance. L’habitude de voir des plantes m'avait donné de la facilité pour les reconnaître et en causer. La connaissance de la plupart des espèces du pays que j'habite me fournit de bonne heure les moyens de correspondre avec divers savants du premier ordre, qui, m'honorant d’une bienveillance particulière et d’une prévention flatteuse que je ne méritais pas, et que je ne devais qu'à leurs bontés, m’engagèrent à bien observer les plantes de notre Gaule, pour en donner dans la suite une his-
(1) Voy. Hist. el Mém. de l'Acud. des Sciences de Toulouse, t. 11, p. 298. (2) C’est probablement la première ébauche de l'ouvrage cité à plusieurs reprises par Pourret, et notamment dans les Observations sur la Physique, par Rozier , etc., t. xxxv, p. 428, sous le nom de Cistographie.
(3) | toire qui füt plus vraie, mieux soignée et plus étendue que les Botanicon et les Flora, connus sous le titre de Montpellier. La jeunesse est ardente : je formai dès lors le projet d'étudier assidûment les plantes de ma province, dont j'espère d’être un Jour à portée de publier l'histoire complète.
» Après avoir parcouru tous les environs de Narbonne, nos montagnes des Corbières, une partie des Pyrénées et le diocèse de Saint-Pons, je fus à Montpellier pour y faire des études en Médecine et y suivre mon penchant pour la botanique; mais J'y trouvai si peu de ressources pour mes goûts, que j'eus du regret au temps que j'y perdis. Je continuai mes courses; je voyageai dans les Cevennes avec le savant abbé de Sauvages ; Je vins à Nîmes auprès du respectable M. Séguier, auprès duquel je trouvai tous les moyens de m'instruire. Ce fut chez lui que je reçus de M. Linné l'invitation pressante de travailler à la refonte de certaines familles dont les espèces sont nombreuses dans notre Gaule. Parmi celles qui me furent proposées, se trouvait celle des Cistes, dont j'avais déjà plusieurs espèces intéressantes , et dont l'herbier de M. Séguier me présentait une suite assez considérable pour me faire sentir de quelle importance pouvait être un travail suivi sur cette famille. Ce fut alors qu'obligé de revenir dans le sein de ma famille, je me vis engagé à renoncer presque entièrement à l'étude de l’aimable science... et de m'occuper sérieusement, pendant trois ans, d’études bien disparates.
» Les premiers goûts sont ceux auxquels on ne renonce que difficilement ; aussi suis-je revenu à la botanique lorsque j'ai pu m'y livrer, par intervalle, sans nuire aux devoirs de mon état...
» Le désir que j'ai d'accélérer mon travail et de lui donner le degré de perfection dont il est susceptible, va m'amener incessamment à Paris, etc. »
Pourret était âgé de vingt-neuf ans lorsqu'il écrivait ces lignes. À Paris, il devint le secrétaire de Son Eminence le cardinal de Brienne, et directeur du magnifique cabinet d'histoire naturelle que possédaient le cardinal et le lieutenant-