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général de Brienne. Cette position le mit en rapport avec les naturalistes les plus distingués de son temps, tels que Gigot-d'Orey, Lapeyrouse, Séguier, Broussonnet, Sibthorp, Gouan, Willdenew , Linné, etc. (1).
A l’époque de l’'émigration, Pourret se rendit en Espagne, où il devint bientôt directeur du Jardin botanique de Barcelone et professeur d'histoire naturelle à l’Université de cette ville. « De Barcelone, dit M. Galibert, il fut appelé à Madrid pour y remplir les fonctions de sous-directeur du Jardin botanique de cette capitale ; il fut ensuite pourvu d’un canonicat à l’église cathédrale d'Orense, et, de là, (vers 1816), il passa chanoinetrésorier en l'église métropolitaine de Santiago de Galice, où il continua à cultiver sa science favorite... » Il avait formé le projet de compléter les Flores d'Espagne de Quer et de Palau. Dans ce but, il faisait de fréquentes et longues herborisations , en compagnie de jeunes gens qu'il initiait à l'étude de la botanique, et au nombre desquels était M. Ramon de la Sagra, aujourd'hui correspondant de l'Institut. Il réunissait dans un jardin particulier toutes les plantes du pays qu'il pouvait se procurer. Îl avait colligé un Herbier qu'il légua à l'Ecole de pharmacie de Santiago, et qui appartient aujourd'hui à l'Ecole de même nom de Madrid. Il jouissait, dans les derniers temps de sa vie, d’une dotation sur les revenus de lopulent hôpital de Santiago. Il fut enlevé à la science en 1818, à l’âge de soixante-quatre ans. « C'était, m'écrit M. Ramon de la Sagra, un véritable savant, un éminent botaniste, un homme
(1) Aussi Willdenow d’une part (Spec. plant., t. 3, p.844, ann. 1800), Ruiz et Pavon de l’autre ( Flor. peruv. et chil., t. 3, p. 33, ann. 1802), s’empressèrent-ils d'inscrire le nom de Pourret dans la science. Le genre Pourretia Willd. (famille des Bombacées ) a été adopté par Persoon ( Synops. plant. ,t. 2, p. 260), par De Candolle ( Prodr., t. 1, p. 477), par M. Spach (ist. vég. phan.,t.3, p.343), etc.; Endlicher au contraire, oublieux en cette circonstance des droits de l’antériorité , a donné la préférence , j'ignore pour quel motif, au genre Pourretia Ruiz et Pav. qui appartient aux Broméliacées ( Gener. plant., p. 184, n°1314).
Lapeyrouse aussi à consacré deux pages à Pourret dans sa Nofice des Auteurs qui ont voyagé dans les Pyrénées, placée en tête de son Histoire abrégée des plantes des Pyrénées, p. xxvIij à xxx.
(5) doué des qualités les plus honorables. » Le culte de Dicu et la science furent ses seules passions.
Quant à l’Herbier général de Pourret, un des plus magnifiques, selon l'expression de Lapeyrouse , il avait été d’abord déposé dans le cabinet de MM. de Brienne. Après avoir passé dans les mains du D° Barbier, pharmacien des armées impériales, il est devenu la propriété du Muséum d'Histoire naturelle de Paris, qui a classé les plantes exotiques de cette collection dans l'Herbier général; celles d'Espagne, dans l'Herbier d'Europe ; celles du CAloris, dans l'Herbier de France.
Parmi les travaux imprimés de Pourret, il faut citer : {° un Mémoire sur deux nouveaux genres de Liliacées; 2V Extrait de la Chloris Narbonensis, insérés l’un et l'autre (en 1786) dans le Recueil intitulé : Histoire et Mémoires de l Académie royale de Sciences de Toulouse,t. WE, p. 73 à 82, et 297 à 334 ; 3° un Mémoire servant de suite à un autre intitulé : Description de deux nouveaux genres de la famille des Liliacées , désignés sous le nom de Lomenia et de Lapcirousia, inséré, en 1789 , dans let. XXXV des Observations sur la Plusique , par Rozier, etc., p. 425-432; &o Noticia historica de la familia de Salvador ; Barcelone, 1796.
Ses travaux manuscrits sont : 1° #lore narbonnaïse ; 2° Voyage botanique au Monserrat ; 3 Liinéraire pour herboriser dans les Pyrénées; k° Catalogue des plantes usuelles des environs de Narbonne (1); 5° CAloris Narbonensis, lu les 27 mai -23 juin, — 1 — 8 et 12 Juillet 178%, à l’Académie des Sciences de Toulouse; 6° CAloris Hispanica !2) (ouvrage cité par Lapeyrouse); 7° Projet d’une Histoire générale
(1) Ce catalogue, intitulé Hortus Narbonensis, 1791, énumère environ 1200 espèces que Pourret cultivait et offrait en échange à ses correspondants, soit en graines , soit en plants, soit en échantillons d’herbier. La bibliothèque de Narbonne ne possède d’autre manuscrit de Pourret que ce travail et une lettre adressée par Pourret à L’héritier (M. Maugeret).
(2) M. Maugeret nous écrit de Narbonne : « M. Bubani m'a laissé entendre qu’il avait feuilleté à Madrid (mais non sans peine) un travail manuscrit considérable de Pourret sur la Flore espagnole. »
de la famille des Cistes; 8° un travail monographique sur le genre S{atice.
Il convient d'ajouter que Pourret contribua par ses travaux à la publication des {llustrationes botanicæ de Gouar; qu'il fournit de nombreux documents à Gigot-d'Orcy pour son Iistoire des Papillons d'Europe ; à Lapeyrouse, pour son Histoire abrégée des plantes des Pyrénées ; à Willdenow, pour son Species plantarum; enfin, à Linné lui-même, qui lui écrivait, à la date du 20 février 1780 : Nullas litteras tam avide expecto ac tuas (1).
Dans le tome Il de la collection intitulée Æistoire et Mémoires de l Académie royale des Sciences, Inscriptions et Belles- Lettres de Toulouse, in-k°, p. 297-334, Pourret a publié un Extrait de la Chloris Narbonensis. On y lit, p. 311 et suiv., les diagnoses de sept espèces nouvelles de Cistes, croissant aux environs de Narbonne, et ainsi nommés : Cistus nicricans Pourr., C. glaucus Pourr., C. hybridus Pourr., C. varius Pourr., C.dubius Pourr., C. pulverulentus Pourr., C.rosmarinifolius Pourr. Or, parmi les phytographes qui se sont occupés soit de ce genre, soit de la description des plantes de la Flore française, les uns, tels que Poiret ( Encyclop. suppl. ), De Candolle (F1. franc.), Dunal ( 2» De Candolle Prodromus), Mutel (F4. franc.) , ont cité deux ou trois de ces noms en synonymes ; les autres, MM. Duby (Bot. gall.), et Grenier et Godron (ZT. de France) les ont presque entièrement négligés. Cependant, à l'exemple de Linné (2), De Candolle a depuis longtemps proelamé que la fixité de la nomenclature est fondée sur ce principe, dont la justesse a été reconnue par tous les botanistes : Le premier qui découvre un être ou qui l'enregistre dans le catalogue de la nature, a le droit de lui donner un nom, et ce nom doit être nécessairement admis , à moins qu'il n’appar-
(4) Voir la lettre de Linné dans la Biographie déjà citée de Pourret, p. 9.
(2) Nomen quod primus inventor aut descriptor imposuit, nisi omnia repugnent , retineatur ( Linné ).
tienne déjà à un autre être, ou qu’il ne pèche contre les règles essentielles de la nomenclature. ( Théor. élém. , 1'° éd., p. 228 ). « Les lois de l’antériorité, dit à son tour M. Moquin- Tandon , sont sacrées en Histoire naturelle, car sans elles la nomenclature, déjà si embrouiilée, deviendrait un vrai chaos. On doit les respecter, même vis-à-vis des auteurs les plus obscurs. { Voy. Mém. de l’Acad. des Sciences de Toulouse, 3° série, t. 6, p. 344). » On pouvait objecter, peut-être avec quelque apparence de raison , que les diagnoses données par Pourrel ne suffisaient pas pour faire reconnaître avec certitude les espèces signalées par lui; mais le manuscrit dont j'ai parlé, et qui a pour titre : Projet d’une histoire générale de la famille des Cistes , 1783, permet, pour plusieurs d’entre elles , grâce aux descriptions détaillées qu’il renferme, de lever cette difficulté.
Vingt-deux espèces de Cistes s’y trouvent mentionnées sous les noms suivants : 1. Crstus albidus L.; 2. C. incanus L:; 3. C. villosus L. ; &. C. Creticus L. (espèce dont le nom n'est accompagné ni d’une description, ni d’une diagnose ) ; 5. C. crispus L. (même observation ); 6. C. populifolius L. ; T. C. Corbariensis Pourr.; 8. C.salvifoliusL.; 9. C. PechiiPourr.; 10. C. laurifolius L. ; 11. €. Cyprius Pourr. ; 12. C. longifolius Pourr. ; 13. €. grandiflorus Pourr. ; 14. C. ladaniferus L. ; 15. C. nigricans Pourr. ; 16. C. MonspeliensisL., 17. C. varius Pourr. ; 18. C. Libanotis L. ( accompagné seulement d’une très-courte diagnose) ; 19. C.rorismarinifolius Pourr.; 20. C. umbellatus L.; 21. C. hispidus Pourr. ; 22. C. ericæfolius Pourr. Celui-ci forme seul la seconde subdivision du genre, celle des sous-arbrisseaux. Les noms des trois dernières espèces citées ne sont suivis d'aucune indication ; et ilen est de même des soixante-deux noms d'espèces d’ÆHélianthèmes qui terminent le Manuscrit; aussi ne m’occuperai-je dans ce travail que du genre Cistus.
L. CisTus niéricaxs Pourr. /. c., pag. 311, n° 328, Mss. n° 15.
Persoon (Enchir.t. 2, p. 74), Poiret (Æncycl. suppl., & 2,
p. 271), De Candolle ( F. fr., t. k, p. 813), et Dunal (ir De Candolle. Prour., t. 1, p.266), rapportent le nom de Cnigricans Pourr., en synonyme au €. longifolius Lam. , tandis que ce nomest omis par M. Duby (Bot. gall.t. 1, p. 58), par Mutel (FI, fr. L 1, p. 109), et par MM. Grenier et Godron (71. de Fr.,t.1, p. 165). Or, la description du C. nigricans Pourr. convient à merveille au C. longifolius Lam. , et a les plus grands rapports avec celle que donnent de ce dernier MM. Grenier et Godron. Nous croyons devoir reproduire ici celle de Pourret et sa diagnose manuscrite :
Foliis petiolatis, lanccolatis, acutis, nigricantibus, sabtas rugosis viscidis; floribus divaricatis cymosis ; foliis calycinis 5 planis latioribus.
» Celteespèce me parait tout à fait inconnue aux auteurs. Sa tige cendrée et qui se colore de rouge en montant, s'élève. jusques à 3 ou 4 pieds de hauteur ; elle se ramifie confusément ; elle est un peu visqueuse ; ses feuilles le sont davantage; elles sont opposées , lancéolées, pointues avec un péliole assez court et qui jamais n’embrasse la tige ; elles sont noiràtres et lisses par-dessus, jamais blanches en dessous, mais très-veinées, ridées et d’un vert brun qui noircit à mesure que la plante se sèche. Les rameaux d’où doivent sortir les fleurs sont composés d’une foule de petites feuilles velues dont les extérieures sont toujours plus petites, colorées et caduques , tenant la place destipules. Du milieu de celle petite louffe s'élève un pédoncule d'environ deux pouces de long, couvert de poils denses et longs, portant vers le milieu de son étendue un ou deux rangs de bractées sessiles , courtes et lancéolées , velues de tout côté, et terminé par 3-6 fleurs disposées en guise d’ombelle sur des pédicules velus qui se ramifient. Les calices sont composés de cinq feuilles planes, ovales, pointues et transparentes. Les fleurs sont blanches et ont environ 15 lignes de diamètre.
Cette description manuscrite , précédée d'une diagnose , est antérieure de trois ans à celle que Lamarck a donnée de la même plante, tandis que la diagnose imprimée est postérieure de deux ans à celle de Lamarck. Si, comme nous n’en doutons
(9) pas, la communication d’un travail à une Société savante (alors même qu'il reste manuscrit) , est un titre suifisant pour assurer la priorité, celle-ci est incontestablement acquise à la dénomination donnée par Pourret. J'ajoute que le nom de €. nigricans paraît préférable à celui de C. longifolius , plusieurs espèces de Cistes ayant les feuilles plus longues que ce dernier.
Il. Cisrus ecaucus, Pourr., /. c., p. 311, n° 339.
Lamarck d’abord (Encycl. t. 2, p.17, n° 16), puis Lamarck et De Candoile (F1. fr.t. k, p. 814), ont rapporté au C. /edon Lam., le C. glaucus Pourr., dénomination qui est omise par Dunal (Z. c.), Duby (/. c.), Mutel {Z. c.) et par MM. Grenier et Godron {/. c.). Il n'est pas douteux que le Cistus désigné d’abord par Lamarck, sous le nom de C. ledon H. KR. (ÆEncycl.), et plus tard (Flore franc. 3° éd.), sous le nom de C. ledon LAM., ne soit la même plante que le €. glaucus Pourr. Pourquoi Lamarck, qui déjà dans l'Encyclopédie rapporte ce dernier nom en synonyme, terminant sa description du C. ledon par ces mots : « Cet arbrisseau croît dans les environs de Narbonne, où il a été observé par M. l'abbé Pourret, » n’a-t-il pas conservé la dénomination de C. glaucus Pourr., qui semblerait par cela même avoir la priorité ?
IL. Cisrus ayeribus Pourr., /. c., p. 112. C. Corbariensis , Mss. n° 7. |
Pourret avait cru devoir préférer la première dénomination à la seconde { qui a cependant prévalu }, par ce double motif : 4° que le C. Corbariensis , loin d’être confiné dans les Corbières, est aussi propre à l'Espagne, et parce qu'on serait presque tenté de croire que le C. salvifolius L. et le C. populifolius ont concouru l’un et l'autre à former cette troisième espèce. Tel n'est pas l'avis de M. de Martrin-Donos, qui s’exprime ainsi au sujet du C. Corbariensis Pourr. « Pour moi, qui lai bien observé dans diverses localités, je demeure convaincu qu'il constitue une bonne espèce , et j’ajouterai que je
(10) l'ai rencontré souvent Îà où ne croissent jamais ni le C. populifolius, ni le C. longifolius L. ( Herbor. dans le Midi, p. 6).» Remarquons encore en faveur de la dénomination €. Corbariensis, qu'elle est antérieure de trois ans à celle de C. kybridus, et que Vabl a établi sous ce dernier nom (postérieurement à Pourret , il est vrai}, une espèce qui a été adoptée.