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Les Chroniq. de Saint-Denis ; LëCOintb, ( AnnaL EccL Francor. , t. 2 , /. 640^ ) Mêzerai (t. 1 , /. I73j; Vellt (t. i,p. 197^, et M. Gaillard (Acad. lnscr. Mém. t. 54»
p. 64, in-12 ) * appellent ce lieu Rtonne* qui* disent-ils, est sur les rives de la Vïgenne qui se dégorge dans la Saône.
Daniel ( Hisi. de France , t. 1 , p. 100^ porte Rionava sur la Vigenne, petite rivière <jui se jette dans la Saône : Sauval (An»
tiq. de Paris , ù. 2 , fol. 6ojJ se sert à peu ^ près des mêmes expressions, et écrit Rionà sur la Vicenne : il combat les auteurs qui Tavoient précédé dans l'Histoire de Paris, et qui prétendoient que le supplice de Brunébaut avoit eu lieu à là Groix du Trahoir ou du Tiroir à Paris; mais il place ce Lieu en Bourgogne, près de Chalon.
Parmi nos auteurs de Bourgogne, le bénédictin D. Plancher (t. 1 , fol. g5^; Dunod (t. 2, p. 2âf) portent Reneve sur la Vingenne; Courtépée et Mille sont les seuls qui jayent - désigné ce Lieu par sa véritable dénomination, mais sans en administrer les preuves.
Nous essayons de les fournir : mais avant il convient de reprendre d'un peu plus haut les événemens relatifs au fait sur lequel nous avons porté nos recherches, ^
Brunébaut, renvoyée d'Austrasie, abandonnée seule près d'Arcis- sur -Aube, recueillie
par un paysan (7) et conduite par lui en Bourgogne dans les états de Théodoric ou Thierry, le second de ses petits-61s, qui tenoit sa cour à Chalon-sur-Saône, fut reçue avec les égards dûs à son rang. Cette princesse , profondément offensée du traitement que les Austrasiens vendent de lui faire, ne cessoit de méditer, contre eux et contre leur roi , des moyens de vengeance.
Elle sollicitoit vivement Théodoric de les châtier d'une pareille injure : le roi de Bourgogne , longtemps sourd aux instances de Brunéhaut, différoil toujours d'en venir aux mains contre son frère; on proposa une entrevue pour terminer une contestation qu'ils avoient ensemble : mais- cette conférence* qui eut lieu sur le Rhin , dans les environs de Saveme, en Tannée 612, devint prédU gément la cause d'une rupture ouverte, et *pxi fut la. suite de l'attentat de Théodobert sur la personne même de son frère.
Brunéhaut ne laissa point échapper cette
" (?) Quelques-uns, d'après FrédEgàire , ont préfendu qu'il reçut pour récompense l'évêché d'Auxerre: ïabbé Legekdre combat- cette fable en faisant voir çue ce siège ne vacqua ppint à cette époque, et que le prélat qui succéda à S. Annuaire éloit un homme riche, lequel mourut postérieurement à Brunéhaut : cet évêque est S. Didier, parent de la Reine; S. Annuaire occupoit le siège d"Auxerre dès 56a.
occasion de porter Théodoric à «errir s* vengeance : ce monarque réunît tontes ses forces dans les environs de Langres qu'il indiqua pour point de rassemblement, marcha contre les Austrasiens , les dé Ht une première fois près de Toul , où le carnage fut si affreux que les cadavres , soutenus les uns par lest autres, ne pouvoient tomber à terre; Théodebert, poursuivi jusqu'à Tolbiac, à l'endroit même où Clovis, un siècle auparavant , triompha des Allemands , y perdit une seconde bataille ; rejeté jusques sur les bords du Rhin, le roi d'Afcstrasie fjit enfin obligé de céder au vainqueur} Théodoric s'empara de sa personne , et l'envoya prisonnier au château de Chalon-sur- Saône , pour satisfaire la vengeance de la principale offensée, Brunéhaut, après l'avoir fait raser, lui fit donner la mort. Théodoric exerça sa vengeance sur les deux fils de Théodebert. Il crut, par cette exécution sanglante, assurer à jamais ses droits sur le royaume d'Austrasie; mais il ne jouit pas longtemps du fruit de ses crimes , et mourut l'année suivante , fîi3 , de dyssenterie à JVtgtz; d'autres disent qu'il fut empoisonné. Cette mort faisoit rentrer les Austrasiens sous la domination de Brunéhaut qui espéroît gouverner les deux, royaumes^ pendant la minorité de ses arrière petits -fils : mais
les peupjes d?Àustrasie qui s*étoient une première fois débarrassés eux-mêmes de la ty* rannie de cetle Beine, vaincus par les armée qu'elle avoit dirigés contre eu\, sentirent l'insuffisance de leurs propres forces , et appelèrent à lenr secours le rot de Neustrie. Clotaire, qui ne deman<Ioit pas mieux que de réunir le royaume d'Austrasie au sien, entre à la tête de son armée dans les anciens états de Théodebert , et s'avance jusqu'à Àndernach : Brunéhaut, avertie de sa marche, se retire à Vorms avec les enfans de ' Théodoric , cherche à lever des troupes au delà du Rhin pour les opposer à. Glotaire , et en même temps lui . députe des ambassadeurs pour l'engager à s'arrêter; Clotaire fait répondre qu'il s'en rapporte à ce que les principaux de la nation pronory ceront sur la succession de Théodoric,* et qu'il suivra en lotit point leur décision :
Brunéhaut, qui ne pouvoit se dissimuler qu'elle u'étoit point aimée des peuples, préféra de s'en remetlre au sort des armes plutôt qu'au jugement de ses ennemis; d'après les conseils de Warnachaire (ou Garnier), maire du palais de Bourgogne, elle se décida à se retirer en ce royaume pour y rassembler de son côté le plus de forces qu'elle pourroit, laissant les troupes qu'elle avoit levées en Australie sous la conduite de
Waynachaîre » entrç les mains duquel elle renut, avec confiance les héritiers de ces deux trônes , les quatre 61s, de Théodoric.
Les Austrasiens et les Bourguignons se .
réunirent donc sur les bords de TAisne (8),
(8) Trompé par le mot Axonia, Nie. Gille , dans ses Anna\es , indique la position de ces armées à Auxerre et plus bas à Axone , maintenant Série 9 ditil : on peut juger pa» là combien l'on est sujet à se tromper lorsque Ton n'a , par soi - même , aucune connoissance des lieux où se sont passés les faits sur lesquels on écrit. Axonia est le nom ancien de la rivière postérieurement appelée Aisne ; Auxerre n'a jamais porté le nom à'Axonia, mais celui tfAntissio* dorum; fa Sône n'a jamais été appelée Axone, %\ai& Arar, sangona, et la ville d'Auxonne jadis Aussonne, n'existoit pas sous les deux premières races de nos rois.
C'était à peu près le point de contact des royaumes . de Neustrie, d'Austrasie et de Bourgogne; il confinoit encore avant 1790 avec les diocèses de Langres dépendance du royaume de Bourgogne, de Chdlonssur* Marne qui a toujours appartenu aux Rois de France, et de Trêves qui faisoit partie du royaume d'Austrasie; Et l'on sait que la juridiction ecclésiastique avoit ta même circonscription que les provinces et les royaumes : de ce point de jonction des trois royaumes, la source de l'Aisne n'est pas très- éloignée. Au surplus, nous avouerons avec M. de Foncemaque, Acad. inscr. Mém. 9 et avec les auteurs de la Gall. Chr. 9 U 12, p. 206, qu'il n'est guères possible de donner quelque chose d'exact sur les diverses * limites de ces trois royaumes.
dans les environs de Châlons* sur -Marne; Wamachaire commandoit en cbef ces deux armées : ce fut là que Clotaire vint les joindre avec ses ^ troupes; ibique Clotarius cùm èxerc/tn t f\niô. Fredegaire.
Mais Wamachaire "a qtû la reine se repentoit d'avoir accordé un si grand pouvoir, informé par un soldat de Tordre donné par Bruneliaut de le tuer (9), résolut de s'y soustraire, se ménagea des intelligences dans l'armée de Clotaire, et dans des conférences d'abord tenues secrètes , sous la promesse qu'il conserveroit pendant toute sa vie la pi a je de maire du palais du royaume de Bourgogue, (Sacramento a Clotario accepte* fie unquam vitœ sum temporibus dégrada* rebur. Fred.), sans pouvoir en être destitué, . •il convint avec le monarque des Francs d'une retraite simulée, à la suite de laquelle il lui livreroit les quatre fils de Thierry ; les principaux seigneurs de Bourgogne, consultés sur ces projets, y donnèrent leur approbation. Factione Warnacharli Majoris Do* mus , cùm reliquis- mdximè totis proceribus de Regno Burgundice* Fred. *n.° 41.
Les deux armées étant donc en présence*
(9) Pasquier, Rech , lib. V, cap. 24, doute très- • fort de la vérité rie ce t^n , m le repute une fable faite à plaisir.
et à un signal donné, les troupes australiennes au lieu de sonner la charge sonnent la re« traite, se replient et rétrogradent $ur la Bourgogne : Clotaire marche derrière elles, a l'ai* de les poursuivre, mais sans leur faire au* cun mal, il les serre de plus en plus et les accule à la Saône : Clotarius paulatim , ut convenerat , post tergum cùm exerçitu se" quëns , usque ad àràrim, id est SàNGO- NAM, fluvium pervertit Fréd.
Ce témoignage de Frédegaire, auteur contemporain, bourguignon de naissance, comme le croit D. Ruinart parce qu'il paroît le plus instruit des affaires qui concernent la Bourgogne , dont les écrits doivent être du plus grand poids, comme le seul té* moin oculaire, et' le plus ancien de nos historiens après Grégoire de Tours, ne permet pas de révoquer en doute que les armées de Clotaire et de Brunéhaut ne se soyent arrêtées sur les bords de la Saône ; et tous les écrivains postérieurs en conviennent assea généralement.
Mais à quel endroit le long* de cette ri* vière? C'est ici que commencent la différence des opinions, c'est aussi le point que noua allons essayer d'éclaircir. *
11 ne peut pas être contesté qtfe ce fut sur la rive droite ou occidentale de la Saône; parce qu'il n'est pas naturel que ces
armées soyent allées tourner cette rivière au dessus de sa source, puisqu'il u'etoit pas nécessaire de la traverser : depuis Chaalon eu Champagne, le chemin le plus court étoit de côtoyer la Marne en la remontant jusqu'à Langres, et, depuis celte ville, de suivre le cours d'une petite rivière, qui coule du nord au sud , jusqu'à son embouchure dans la Saône , u,n peu avant le contluent de la Saône et de TOgnon.
Là , nous apprend Frédegaiite , Glotaire s'arrêta, in Rionova vico super Vicennam; ad vicum Riona super Vicennam, dit Aimoin; à une ville qui est appelée Rionne sor une iave siet qui a nom Vincenne , rapporterit les Chroniques de Saint-Denis. Dans les expressions Vicenna , Vincenne , pouvonsnous ne pas reconnoître la Vingeanne, cette petite rivière dont nous venons de parler, dont la source est près de Langres, et qui a son embouchure dans la Saôue, au dessous du Bourg de Tulmay.
Sur cette rivière , nous trouvons un bourg autrefois beaucoup plus considérable, divisé en deux parties, la ville et le château (10),
(10) L'une dépendoit du bailliage de Gray, ancienne province de Franche-Comté; l'autre faisoit partie du bailliage de Dijon, comme situé dans le duché de Bourgogne.
frontière des deux Bourgognes, et sur le finage duquel est placé Je poteau qui sépare ces deux! provinces. Cest Renêve dont on reconnoît aisément le nom dans celui de Rionova mentionné par Frédegaire, ou de Riona qui n'est qu'une abréviation * ou une contraction du premier.
11 étoit nécessaire que Clôt aire s'arrêtât t où les armées de Brunébaut terminèrent leur marche rétrograde, puisqu'il ne les suivoit que pour la forme : ce fut donc à Renêve 9 et non à Rionne , ni dans tout autre lieu , que Clotaire établit son camp. Le pacte odieux (ii) du traitre Warnachaire fut ex.é*
(n) Nous qualifions d'odieux le pacte de ce Maire, et sa conduite de trahison , et les expressions sont adoucies : ce fut un crime dans tous les temps, dans tous les pays , de livrer les fils de son souverain ; mais livrer ses souverains eux-mêmes [car les enfans de Théodoric éloieni héritiers des trônes de leur père]/ mais conduire sous le glaive des enfans innocens , est une action qui lait frémir la nature* En supposant vraie la lettre de Brunéhaut, on conçoit que Warnachaire ait pris les moyens de se soustraire à la mort dont elle le menaçoit : mais qu'il ait abusé du pouvoir que cette Reine lui avoit donné sur son armée pour la faire retirer sans combattre, qu'il ait vendu la vie de quatre fils de Rois, Rois eux-mêmes, et cela, pour se venger de leur bisayeule , il n'y a pas de termes assez forts pour qualifier une telle conduite : Warnachaire se mon-
cuté dans ce lieu; les fils de Tbéodorîc , Sigebert Corbe, et Mérovée furent livrés à la vengeance du fils de Frédégonde:Childebert, lç second de ses en fans , montant subitement à cheval s'enfuit et ne reparut plus: on croit, dit M. Gaillard, qu'il se noya daus la Saône,. Captis filiis Thtodorici tribus, Sigoberto , Corbo , Merovœo ; Childebertus ver à fuga* citer ùscendens } nunqudm postea fuit rêversus. Fredeg.
Mais ces enfans n'a voient de rois que le nom, leur bisayeule gouvernoit pendant leur minorité : s'il suffisoit, à l'ambition du roi de France de les tenir en son pouvoir, afin de s'assurer les couronnes de Bourgogne et d'Austrasie; il importoit encore à la vengeance de Clotaire de se saisir de la personne
tra digne par cette action du supplice que Brunéhaut lui réservoit, et justifia la défiance qu'avoit conçuecette princesse sur le compte de ce ministre. Les peuples de Bourgogne firent bien voir que Brunéhaut avoit raison de ne point vouloir se servir de Warnachaire, puisqu'après la mort de ce maire du palais, ils témoignèrent à Clolaire qu'ils se contentaient detre gouvernés par les rois de France seuls et directe* ment (^preuve du mécontentement qu'ilsavoient de son administration], et la place de maire de Bourgogne ne fut donnée à personne. Godin, fils de Warnachaire, condamné comme coupable de lèze-majesté , expia dans les supplices les crimes de son père. Du-