MÉMOIRE
JSur la dynastie des Assassins et sur V origine de leur nom ; par M. Sur es tue de Sacy : lu à la séance publique de Tlmtitut^ du 7 juillet 1809.
Parmi les écrivains qui nous ont transmis l'histoire de ces guerres mémorables qui , pendant 1>rès de deux siècles , ne cessèrent de dépeupler 'Europe, pour porter le ravage et la désolation dans tes plus belles contrées de l'Asie et de l'Afrique , il n'en est presque aucun qui n'ait fait mention de cette peuplade barbare , qui établie dans un coin de la Syrie , et connue sous le nom & Assassins h s'était rendue redoutable aux
> Orientaux comme aux Occidentaux ,• et exerçait indifféremment ses atrocités sur les sultans musulmans et sur les princes chrétiens. Si les historiens des Croisade* ont mêlé quelques fables aux renseignemens qu'ils nous ont transmis sur
. la croyance et les mœurs de ces sectaires , il n'y m pas lieu de s'en étonner. La terreur qu'ils inspiraient ne permettait gueres à nos guerriers d'approfondir l'histoire de leur origine* et de se procurer des lumières exactes sur leur constitution religieuse et politique. Leur nom même a été défiguré et présenté sous unemultitude de formes
( différentes , et c'est à cette cause qm'jl faut attrj-
' buer l'incertitude des critiques modernes*, sur son origine et son étymologie. Entre les écrivains célèbres qui se sont occupés de recherches historiques et critiques sur les Assassins, aucun n'a répandu plus de jour sur cette matière que M. Falconet, membre distingué de l'Académie des Belles- Lettres. Cependant, comme c£ savant ne s'était
point appliqué à l'étude des langues de l'Orient « et de pouvajt par conséquent s'aider pour ce» recherches des écrivains arabes et persans donc les ouvrages n'avaient été ni publiés ni traduits 9 il n'a pu remonter, à la véritable origine de im, secte èct Assassins , ni découvrir l'étymologie de leur nom. C'est pour suppléer à l'imperfection de son travail , que j'ai cru devoir traiter de nouveau ce sujet , et dans une dissertation <iue j'ai soumise au jugement de la Classe et dont je vais présenter une courte analyse , je me suis proposé de faire conoaitre en quoi consistait la doctrine de cette secte , par quels rapports elle se liait avec Tune des principales divisions du mahométisme , et enfin pourquoi elle avait reçu un nom qui, en passant dans l'Occident avec une légère altération , a fourni à «plusieurs de nos langues modernes un terme destiné à exprimer un meurtre commis de propos délibéré.
Une des circonstances les plus singulières dont On ne peut manquer d'être frappé , lorsque l'on étudie ihistfOire de la religion et de la puissance des Musulmans , c'est que leur empire qui soumit dans un petit nombre d'années toute l'Arabie , la Syrie , l'Egypte , la Perse et plusieurs autres vastes contrées de l'Asie et de l'Afrique , fut déchiré dès les premiers instans par des divisions intestines qui semblaient devoir arrêter ses progrès, et rassurer les puissances voisines contre 1 envahissement dont elles étaient menacées. 11 est assez difficile d'expliquer comment l'esprit de faction * en armant les Musulmans les uns contre les autres , n'empêcha point la rapidité et l'étendue de leurs conquêtes; mais sans nous arrêter à cette considération qui n'est point de notre sujet , nous nous contenterons de rappeler que la mort de Mahomet fut le premier signal de la division parmi ceux qui avaient embrassé sa doctrine et combattu jusques -là sous ses étendards victorieux. Ali, cousin de Mahomet, époux de sa fille Fatime, et qui à un zèle ardent pour la nouvelle religion joignait plus d'instruction que le reste des
Musulmans , semblait appelé à remplacer le légis*
iateur et le pontife de l'Islamisme , et à achever l'ouvrage qu'il laissait encore imparfait. Mais Mahomet n'avait point eu la prudence de désigner son successeur ,, ou , s'il Pavait fait , comme le soutiennent en général les partisans d'Ali , il n'avait point donné à cette désignation assez dd publicité pour qu'elle ne pût être contestée, et il avait négligé de la revêtir de cette sanction divine qu'il savait si bien donner à toutes ses volontés , lors même qu'il ne s'agissait que des intérêts de son ménage , et des tracasseries que lui suscitait la jalousie de ses femmes : aussi Ali se vit-il successivement préférer le sage Aboubecr , le farouche Omar, le faible Ûthman , et ce ne fut qu'après la mort violente de ce dernier, que les vœux des Musulmans semblèrent se réunir en sa faveur. A peine était-il monté sur le trône • qu'un ambitieux , soutenu d'une famille puissante, se. déclara son rival , et parvint par la perfidie et en mettant à profit les fautes d'Ali , à lut ravir une autorité dont la légitimité ne pouvait être contestée» Bientôt Ali tomba sous le fer des meurtriers* Ses deux fils ne tardèrent pas à éprpu* ver un sort pareil , et dès-lors fut irrévocablement jeté le fondement de la duûsion qui sépare en-r core aujourd'hui les discipBs de Mahomet en deux grandes factions ennemies l'une de l'autre, et qui ne cessa pendant plusieurs siècles d'en* sanglanter les provinces orientales de l'Empire , et se fit ressentir jusqu'aux extrémités les plut méridionales de l'Arabie, et jusqu'aux bords de» l'Océan atlantique. Les partisans d'Ali ne tar* derent pas à se diviser eux-mêmes en plusieurs partis; réunis par leur vénération pour le sangi du prophète qui coulait dans les veines ,des descendant d'Ali, ils n'étaient d'accord ni sur les prérogatives qu'ils attachaient à cette nobld origine , ni sur la branche à laquelle devaient s'être transmis les droits à laïdignué dVmam. Ce, nom qui renfermait l'idée de toute la puissance^ temporelle et spiriuuçlle , et qui v aux. yeux.de>
<4> quelque* fanatique* , allait presque de pair avec celui de la divinité', était le mot de ralliement de tous les ennemis des califes issus de la maison de Moavia et de celle d'Abbas ; mais tous ne reconnaissaient pas pour Imam le même person-» nage* Entre les factions qui se fermèrent parmi les sectateurs d'Ali , une des plus puissantes fut celle des Ismaéliens , ainsi appelés , parce qu'ils assuraient que ta dignité d'Imam avait été transmise par une suite non interrompue de descendons d'Ali jusqu'à un prince nommé Ismacl / et qu'après lui , cette même dignité avait reposé •ur des personnages inconnus aux hommes, en attendant que le moment fut venu où la postérité d'Ali devait triompher de ses ennemis. Un des caractères particuliers de cette secte , c'est qu'elle expliquait d'une manière allégorique tous les préceptes de la loi musulmane; et cette allé* gorie était poussée si loin par quelques-uns des docteurs Ismaéliens , qu'elle ne tendait à rien moins qu'à détruire tout culte public , et à élever une doctrine purement philosophique et une morale très-licencieuse , sur les ruines de toute révélation et de toute autorité divine. A cette Secte appartenaient les» Carmates , dont nous ne rappellerons point j* les brigandages , et aux* quels semblent avoiWsuccéde les rrahabis ^yai remplissent aujourd'hui de la terreur de leur nom plusieurs provinces de l'empire Ottoman , et qui sous l'apparence de réformateurs , paraissent destinés à renverser la religion de Mahomet. De cette même secte étaient sortis les califes Fatimites ; ceux-ci , après s'être établis dans les provinces d'Afrique , ne tardèrent pas à enlever aux califes de Bagdad l'Egypte et la Syrie , et formèrent un empire puissant qui dura deux siècles et demi . et fut renversé par Saladin. Ces califes Fatimites se reconnaissaient eux-mêmespour Ismaéliens, mais l'intérêt de leur politique les obligeait à déguiser la doctrine secrète de leur secte qui n'était connue que d'un petit nombre d'adeptes , SC lo» plut intolérant parmi c*x o'imposajenc
d'autre obligation à leurs sujets , que celles de reconnaître les droits d'Ali et de ses descendant à la souveraineté , et de vouer une haine mortelle aux califes de Bagdad. En la personne des Fa limites , la secte des Ismaéliens était montée sur le trône , et avait enlevé aux Abbassides une Cran de partie de leur empire ; mais son ambition n'était pas satisfaite. La race du prophète ne devait point partager la souveraineté avec les descendons des usurpateurs , et l'honneur même de l'Islamisme et de la doctrine enseignée et propagée par les Imams, exigeait. que tous les Musulman! fussent réunis dans une même croyance et dans l'obéissance au seul pontife légitime. Pour parvenir à. ce but , des missionnaires ré* pandus dans toutes les provinces orientales , enseignaient en secret les dogmes des Ismaéliens * et travaillaient sans cesse à augmenter le nombre de leurs prosélytes , et à leur inspirer l'esprit dp révolte contre les califes de Bagdad et les prince* qui reconnaissaient leur autorité.
Du nombre de ces missionnaires était , vers le milieu du cinquième siècle de l'hégire , un homme nommé Hasan fils d'Ali , qui avait été gagné à la secte des Ismaéliens , et se signala dans la suite par son zèle pour la propagation Àt cette même secte. Cet homme , d'ailleurs bon musulman , persuadé que le calife fatimite Mestanser , qui régnait alors en Egypte , était l'Imam légitime , résolut de se rendre auprès de lui 1 s'estimant heureux de pouvoir lui offrir ses hommages , et révérer en lui l'image et le vicaire de la Divinité. A cet effet , il quitta les provinces septentrionales de la Perse v où il exerçait les fonctions secrètes et dangereuses de missionnaire , et vint en Egypte. Sa réputation l'y avait précédé ; l'accueil qu'il reçut du calife ne laissait aucun lieu de douter que bientôt il ne fut appelé aux premières dignités de l'Etat. La fa<veur excita , comme il est. d'ordinaire , la jalousie ; et bientôt les ennemis de Hasan trouvèrent une occasion de le fendre suspect au calife. Us vou<-
laient même le faire arrêter; maïs Mosranlét' ué te prêtant qu'avec peine à servir leur vengeante , ils se contentèrent de l'embarquer sur un vaisseau franc, qui faisait voile pour la côte septentrionale d'Afrique. Après quelques aventures qui semblaient tenir du prodige , Hasan revint en Syrie ; et de là , passant par Alep , Bagdad» ' Ispaban * il parcourut les différentes provinces soumises aux Seldjoukides 1 exerçant par- tout ses fonctions de missionnaire, et n'oublianr rien pour taire reconnaître le pontificat de Mostanser. Après bien des courses , il s'établit enfin dans la for* teresse d'Atamout , située dans les montagnes de -l'ancienne Parthie , à peu de distance de Kazvin. Les prédications de Hasan et de quelques autres missionnaires avaient tellement multiplié dans ces contrées les partisans des Ismaéliens , qu'il ne lui fut pas difficile de forcer le gouverneur de cette forteressse , qui y commandait pour le sultan Mélicscbah , à la lui vendre pour une modique somme d'argent. Devenu maître de la place , il sut s'y maintenir contre , toutes les forces du sultan ; et par les insinuations des missionnaires qu'il entretenait dans les lieux voisins et des excursions faites à propos , il soumit plusieurs places dans les environs d'Alamout , et se forma une souveraineté indépendante , dans laquelle cependant il n'exerçait l'autorité qu'au nom de rima m , dont il se reconnaissait le ministre.. La position d'Alamout , située au milieu d'un pays de montagnes , fit appeler le prince qui y régnait Scheikh*aldjébal\ c'est-à-dire , te S cheikh ou Prince des montagnes % et l'équivoque du »ot scheikh , qui signifie également vieillard et £ rince ? , a donné .lieu aux historiens des croisades et au célèbre voyageur Marc-Pol , de le nommer le Vieux de la montagne.
Hasan et les princes qui lui succédèrent pendant prés de 'deux siècles , ne se contentèrent Sas d'avoir établi leur puissance dans la Perse, tentôt ils trouvèrent moyen de s'emparer de quelque* placei-foaes. en Syrie. Masyat*, place
, tri
située dans les montagnes de l 1 Anti-Liban , devînt leur chef- lieu dans cette province, et c'est -là que résidait le lieutenant du prince d'Alamouu C'est cette branche d'Ismaéliens établie en Syrie f qui a été connue des historiens occidentaux de» Croisades, et'c'est à elle qu'ils ont donné le nom* & Assassins.
Avant de passer à l'étymologie de ce nom , nous devons observer que Hasan et les deuxprinces qui lui succédèrent dans la souveraineté sur les Ismaéliens de Perse et de Syrie , quoique attachés aux dogmes particuliers de cette *ecte , ne laissaient pas cependant de pratiquer fidèlement toutes les lois de l'Islamisme ; mais ," sous le quatrième prince de cette dynastie , il survint un grand changement dans la religion des Ismaéliens. Celui-ci, nommé Hasan fils der Mohammed , prétendit avoir reçu de l'Imam des ordres secrets , en vertu desquels il abolit le* pratiques extérieures du culte musulman , permit à ses sujets de boire du vin , et les dispensa' de toutes les obligations que la loi de Mahomet impose à ses sectateurs. Il publia que la connaissance du sens allégorique des préceptes dispense de l'observation du sens littéral , et mérita ainsr âux Ismaéliens le nom de Molahed , c'est-à-dire, impies , nom sous lequel ils sont le plus souvent désignés par les écrivains orientaux. L'exemple de ce prince fut suivi par son fils ; et , pendant cinquante ans environ , les Ismaéliens de- Perse et de Syrie persistèrent dans cette doctrine. Après cette époque, le culte fut rétabli v et il se conserva parmi ces Ismaéliens, jusqu'à l'entière destruction de leur puissance.
♦ L'ambassade que le Vieux de la montagne- dès; historiens des Croisades , c'est-à-dire le souverain des Ismaéliens , envoya au roi de Jérusalem , Amaury I er , tombe sous le règne de l'un des . deux princes apostats dont nous venons dé parler^ II est donc vrai, comme le dit Guillaume , archevêque de Tyr , que le prince par lequel cette* ambassade fut envoyée , avait- aupprimé toutes
les- pratiques de la religion musulmane , détroit les mosquées , autorisé les unions incestueuses » permis Pusage du vin et de la chair de porc.
Quand on a lu les livres sacrés des Druzes et et lçs fragtneos que nous possédons de ceux de* Ismaéliens , on n'a pas de peine à croire que ce prince , comme le ait encore le même historien % connaissait les livres des chrétiens , et qu'il avait conju le désir , non pas d'embrasser la religioa chrétienne, mais d'en étudier plus à fond la doctrine et les pratiques.
Il est tems de passer au nom des Assassins. Ce nom , comme je l'ai dît , a été écrit de bien de* manières ; mais , pour me borner à celles qui ont le plus d'autorité , je dirai qu'il a été prononcé Assassini, Assissini et Heissessini : Joinville a écrit Haussaci. Les bornes que je me suis prescrites , ne me permettent point d'entrer ici dans la discussion des diverses étymolegies de ce nom , qu'un grand nombre de savans ont proposées. Il me suffit de dire qu'ils se sont tous égarés , parce que sans doute ils n'avaient jamais rencontré ce nom dans aucun écrivain arabe. Les Assassins sont presque toujours appelés , dans les historiens orientait* , Ismaéliens , Molahed , c'est-à-dire , impies , ou Baténiens , ce qui signifie partisans du sens allégorique. Un seul littérateur , dans utoe lettre qtll jious a été conservée par Ménage , avait entrevu la véritable étymoioffie du mot ass assin ; mais il l'avait établie sur de mauvaises raisons , parce • qu'il n'avait pas même soupçonné le motif pour . lequel les Ismaéliens avaient été désignés sous cette dénomination.
Parmi les victimes de la fureur des Ismaéliens , une des plus illustres est 4 sans contredit , Sàladin, Ce grand prince échappa, il est vrai, à leurs attaques ; mais deux fois il fut prés de perdre la vie par le poignard de ces scélérats dont il tir» ensuite une vengeance éclatante. C'est en lisant dans quelques écrivains arabes , contemporains de Saladin et témoins oculaires de ce qu'ils racontent , le récit de ces entreprises réitérées x que je
mesuis assuré que les Ismaéliens , 0*1 du> moin* les hommes qu'ils employaient pour exercer leurs horribles vengeances , étaient nommés en arabe Hasthischin au pluriel , et au singulier Haschischi $ et ce nom , un peu altéré par les écrivains latins , a été exprimé aussi exactement qu'il est possible , par divers historiens grecs, et par le juif Benjamin de Tudèle.
. Quant à l'origine, du nom dont il j'açit , quoi- . que, je ne Taie apprise d'aucun des historiens orientaux que j'ai consultés , je ne doute point que cette dénomination, n'ait été donnée aux Ismaéliens à cause de l'usage qu'ils faisaient d'une liqueur ou d'une préparation enivrante , connue encore dans tout l'Orient sous le nom 'de haschisch. Les feuilles de chanvre , et quelquefois d'autres parties de ce végétal , forment la base de cette préparation que 1 on employé de différentes manières , soit en liqueur , soit sous forme de confections ou de pastilles * édulcorées avec des substances sucrées, soit même en fumigations. L'ivresse produite par le haschisch jette dans une sorte d'extase pareille i celle que les orientaux se . procurent par l'usage de l'opium , et d'après le témoignage d'un grand nombre; de voyageurs , on peut assurer que les ho«mee tombés dans cet état de délire s'imaginent jouir des objets ordinaires de leurs vœux , et goûtent une félicité dont l'acquisition leur coûte peu , mais dont la jouissance trop Souvent répétée altère l'organisation animale et conduit au marasme et à la mort* Quelquesuns même dans cet étaj de démence passagère , Ierdant U conscience de leur faiblesse , se livrent des actions brutales , capables de troubleT Tordre public. On n'a point oublié que , Tors du séjour de l'armée française en Egypte , le général en chef fut obligé de défendre sévèrement la vente et l'usage de ces substances pernicieuses , dont l'habitude a fait, un besoin impérieux pour les habitans de l'Egypte „ et sur-tout pour les classes inférieures du peuple. Ceux qui se livrent à cet
mage sont etocore appelés aujourd'hui Haschtechin et Haschaschin , et ces deux expressions différentes font voir pourquoi les Ismaéliens ont été nommés par les historiens des Croisades , tantôt Assissini , et tantôt Assassini.
Hâtons-uous de prévenir une objection que Tort ne manqueiait pas de faire contre le motif sur lequel nous fondons l'origine de la dénomination d'Assassins , appliquée aux Ismaéliens. Si l'usage des substances enivrantes que Ton prépare avec les feuilles de chanvre , est propre a troubler la raison, s'il jette l'homme dans une aorte de délire , et lui fait prendre des songes pour des réalités , comment pouvait-il convenir a des gens qui avaient besoin de tout leur sang* froid et du calme de l'-esprit , pour exécuteriez meurtres dont ils étaient chargés , et que Ton voit se transporter dans des contrées éloignées de leur résidence , épier pendant plusieurs jour* l'occasion favorable à l'exécution de leurs desseins , se mêler aux soldats du prince qu'ils devaient bientôt immoler à la volonté de leur chef, combattre sous ses drapeaux , et saisir habilement l'instant on la fortune l'offrait à leurs coups ? Ce n'est pas là assurément la conduite d'hommes en délire , ni celle cie frénétiques . emportés par une fureur dont ils ne sont plus les maures * tels que nous sont peints jar les voyageurs , les Amoques , si r«*douiés parmi les Malais et let Indiens. Un seul mot suffira pour répondre à cette objection , et c'est le récit de Marc-Pol qui me le fournira. Ce voyageur , dont la véracité est aujourd'hui généralement reconnue, nous apprend que lô J'~ieux de la montagne faisait élever des jeunes gens choisis parmi les habitans les plus robustes des lieux de sa domination, pour en faire les exécuteurs de ses barbares arrêts. Toute leur*- éducation avait pour , objet de les convaincre qu'en obéissant aveuglément aux ordres de leur chef , ils s assuraknt , après leur mort , la jouissance de tous les plaisirs qui peuvent flatter les sens. Pour parvenir à
ce but , ce prince avait fait faire auprès de son palais des jardins délicieux. Là , dans des pavillons décorés de tout ce que le luxe asiatique peut imaginer de plus riche et de plus brillant , habitaient de jeunes beautés , uniquement consacrées aux plaisirs de ceux auxquels étaient destinés ces lieux enchanteurs. C'était là qife les princes des Ismaéliens faisaient transporter de tems à autre les jeunes gens , dont ils voulaient faire les ministres aveugles de leurs volontés. Après leur avoir fait avaler un breuvage qui les plongeait dans un profond sommeil , et les privait pour quelque tems de l'usage de toutes leurs facultés , ils les faisaient introduire dans ces pavillons , dignes des jardins d'Armide ; à leur réveil , tout ce qui frappait leurs oreilles et leurs yeux , les jettait dans un ravissement qui ne laissait à li raison aucun empire sur leurs âmes. Incertains s'ils étaient encore sur la terre , ou s'ils étaient déjà entrés en jouissance de la félicité dont on aVait si souvent offert le tableau à leur imagination , ils se livraient avec transport à tous les genres de séduction dont ils étaient environnés. Avaient-ils passé quelques jours dans ces jardins , le même moyen dont on s'était servi pour les y introduire sans qu'ils s'en apperçussent, était de nouveau mis en usage pour les en retirer. On profitait avec soin des premiers instans d'un réveil qui avait fait cesser pour eux le charme de tant de jouissances , pour leur faire raconter devant leurs jeunes -compagnons les merveilles dont ils avaient été témoins ; et ils restaient euxmêmes convaincus que le bonheur dont ils 'avaient joui pendant quelques jours , trop rapidement écoulés , n'était que le prélude et comme l'avantgoôt de celui dont ils pouvaient s'assurer la possession éternelle par leur soumission aux ordres de leur prince.
Quand on supposerait quelque exagération dans le récit du voyageur vénitien , quand même au lieu de croire à l'existence de ces jardins enchantés , attestée cependant par plusieurs autres
( It )
écrivains < on réduirait toutes les merveilles, de ce séjour magiaue à un fantôme, produit de l'ima-
{;ination exaltée de ces jeunes gens enivrés par e hascfusch , et que depuis l'enfance on avait bercés de l'image de ce bonheur, il n'en serait
|>as moins vrai que Ton retrouve ici l'usage d'une iqueur destinée à engourdir les sens , et dans laquelle on ne saurait méconnaître celle dont Femploi , ou plutôt l'abus , est répandu aujourd'hui dans une grande partie de l'Asie et de {'Afrique. A l'époque de la puissance des Ismaéiens , ces préparations enivrantes n'étaient point encore connues dans les pays soumis aux Musulmans. Ce n'est qu'à une époque postérieure , que la connaissance en fut apportée des régions les plus orientales , et vraisemblablement même de l'Inde , dans les provinces de la Perse. De là elle se communiqua aux Musulmans de la Mésopotamie , de l'Asie mineure , de la Syrie et de l'Egypte, Sans doute les Ismaéliens dont la doctrine avait
(»lusieurs points de ressemblance avec les dogmes ndiens , avaient reçu plus tôt cette connaissance ., et la conservaient comme un secret précieux et un des principaux ressorts de leur puissance. Un fait qui vient a l'appui de cette conjecture, c'est que l'un des plus célèbres écrivains Arabes attribue à un Ismaélien de Perse , l'introduction d'un électuaire préparé avec le chauvre, parmi les babitans de l'Egypte.
Je terminerai ce mémoire en observant qu'il ne serait pas impossible que le chanvre ou quelques* unes clés parties de ce végétal , par leur mélange avec d'autres substances qui nous sont inconnues, eussent été employées quelquefois à produire un état de frénésie et de fureur violente. On sait que l'opium , dont les effets sont en général analogues à ceux des préparations enivrantes formées avec le chanvre , est cependant le moven dont se servent les 4 moques pour se jeter dans cet état de fureur, dans lequel, n'étant plus maîtres d'eux-mêmes , ils massacrent tous ceux qui se trouvent à leur rencontre , et se précipitent
(>3) aveuglément eux-mêmes au milieu des lances et des epées. Le moyen employé pour changer ainsi' les effets de l'opium , est , si Ton doit en croire les voyageurs , de le mêler avec du jus de citron , et de laisser ces deux substances l'amalgamer ensemble pendant un intervalle de quelques jours.
Je me reprocherais d'avoir arrêté si long-tems l'attention de l'assemblée sur une matière peu importante en elle-même , si elle ne m'avait paru recevoir quelaue intérêt de sa liaison avec notre histoire , et de ses rapports avec, le sujet qui , dans cette même séance vient de mériter une palme glorieuse à un littérateur estimable»
(Extrait du Moniteur , n° 210, an 1809. )
Lettre de M. Silvestre de Sjtcr 9 aie rédacteur du Moniteur, surt étymologie du nom des Assassins.
Monsieur
Vous avez bien voulu insérer , dans votre n° \o?< du 29 juillet de cette année , le Mémoire su^'a dynastie des Assassins et sur Porigine de leur nom , que j'avais lu à la séance publique de l'Institut , le 7 du même mois t Ce Mémoire a été l'occasion d'une lettre datée de Marseille le iff septembre 1809 , et signée M. R. , anciens résident au Levant , insérée pareillement dans 1 votre n° «69 , le 26 septembre. Je ne sais si je me trompe? en soupçonnant que la signature de cette lettre déguise un nom justement célèbre, dont l'autorité aurait pu ajouter beaucoup de poids aux objections que la lettre contient , si celui qui l'a écrite eût^oulu se faire connaître. Quoi qu'il en soit, comme l'auteur ou les auteurs de cette lettre, en attaquant , d'ailleurs avec le ton le plus honnête et dts expressions extrêmement obligeantes , l'étymologie que j'ai proposée du nom des Assassins , annoncent des connaissances peu communes dans la langue arabe , je crois devoir justifier mon opinion et répondre à leurs objections. Il me paraît d'autant plus convenable de le faire , que le morceau que j'ai lu dans le séance publique du i et juillet, n'est qu'un extrait très-court d'un Mézrioire beaucoup plus étendu, et que ce Mémoire, ainsi que tous ceux que j'ai soumis au jugement de la classe d'histoire et de littérature ancienne de l'Institut , ne sera peut-être point publié de mon virant , par des circonstances bisarres qu'il n'est ni
en mon pouvoir , ni au pouvoir de cette classe de rinstitut , de faire cesser.
L'origine que j'ai attribuée au mot Assassins , parait aux auteurs de la lettre dont il s'agit , amenée de trop loin. Us en proposent en conséquence une autre , et veulent que le nom des Assassins ne soit autre chose que le pluiiel de ha s s as , a mot qui , ajoutent-ils , est employé par 99 le peuple de Syrie, et même de la Basse-Egypte, 99 pour désigner un voleur de nuit , un homme de 99 guetà-pens. »9
Ces messieurs auraient pu étayer leur opjnion d'autorités infiniment respectables , car cette étyxnologie n'est pas nouvelle , et je n'avais pas manqué d'en faire meniton ainsi que d'une multitude d'autres qui peut- êtie ne leur sont pas; connues , dans le Mémoire que j'ai lu dans nos séances particulières. Cette discussion ne pouvait trouver place da*ns une lecture destinée à une séance publique : je l'ai donc supprimée en entier : permettez-moi d'en transcrire ici quelques, lignes.
<< Thomas Hyde , disais -je, qui sans doute 99 n avait jamais rencontré dans aucun . écrivain 99 arabe la véritable dénomination des Assassins , 99 a cru que ce devait être le mot arabe hassas , 99 dérivé de la racine hassa qui signifie entre 99 autres choses tuer , exterminer. Cette opinion 99 a été adoptée par Ménage et par le savant Fal- 99 conet. M. Volney l'a aussi admise , mais sans 99 en citer aucun garant, n
Je discutais ensuite les diverses étymologies pro- : posées par M. de Caseueuve , le prélat J. S. Assemani , M. Falconet, dom Carpentier . le. célèbre Reiske ', M. Court de Gébelin, M. l'abbé S. Assemani de Padoue , e»fin le ministre le Moyne , et je faisais voir qu'aucun de ces écrivains n'avait deviné la véritable origine de ce nom , à l'exception du mjnistre le Moyne qui avait bien vu que 'la. dénomination d'Assassin* ou Asfissins,'dtvaïi dériver du mot arabe Haschisch* quil écrivait peu correctement Assissa ou Assessa ; .«« mais aj ou*
(3) tt taîs-je , M. le Moyne a ignoré pourquoi les Ism maéîiens portaient le nom de Haschischin et n il en a donné une très-mauvaise raison , ce qui 99 a fait proscrire son étymologie. 99
MM. M. R. s'imaginent assurément que c'est Car conjecture que j'ai avancé que les Ismaéliens étaient désignés chez les Arabes sous le nom de Haschischin ; car ils s'expriment ainsi : << Les plus m anciens' auteurs italiens et français ont écrit or- 99 dinairement Assassinî , quelquefois Heiscssini 99 et Assissini; Joinvilie a écrit Haussaci. Sur 99 cette base , M. de Sacy ne doute pas que le 99 mot arabe qui a servi de lype ne soit haschtsch » signifiant herbe en général , et par une accepn tion particulière le chanvre : or , parce que *> les Arabes ont su depuis long-tems retirer du 99 chanvre un breuvage qui enivre et rend fu- 99 rieux comme l'opium, £t que ce breuvage a »» quelquefois seivi à préparer des fanatiques à 99 Pacte que les Musulmans nomment le combat 19 sacre , c'est-à-dire le meurtre de dessein pré- 9» médite' ', M. de Sacy v«ut qu'on ait appelé jj hachichi ou haschischi , c'est-à-dire les -gens à 99 l 'herbe , toute la secte des Ismaéliens qui a 99 fourni beaucoup de fanatiques de ce genre ; 99 mais pour établir cette assertion , il faudrait 99 prouver d'abord que l'emploi dé ce breuvage 99 a été habituel et général chez cette secte , au 99 point de la distinguer de tous les autres Arabes 99 qui s'en servaient sans tuer également. L'his- 9)toire ne nous apprend rien de semblable. Il 99 paraît même que ce moyen artificiel n'aurait 99 été employé que lorsque le zèle primitif com- 99 mença de se refroidir; mais ensuite le mot W haschisch diffère trop réellement des mots jis- 99 sassin , Heissessin et Haussaci pour avoir dâ 9i leur servir de type original. 99
Ces messieurs me permettront de leur observer que s'ils eussent lu avec attention mon Mémoire imprimé et te rapport fait par mon estimable confrère , fyi. Ginguené , dès travaux de la classe d'histoirt et de littérature* 'ancienne , depuis te
(4) V r juillet 1808, Us auraient reconnu qu'il n'y avait là de ma part aucune conjecture. En effet, c'est en citant textuellement divers passages d'auteurs arabes, relatifs aux entreprises formées à deux différentes fois par les Ismaéliens de Syrie contre Saladia , que j'ai prouvé jusqu'à l'évidence que ces écrivains employaient indifféremment dans le même récit les noms d'Ismaéliens , de Bâteniens et de Haschischin , comme synonymes , et que le chef de cette horde de brigands était appelé le possesseur du Haschischa. J'ai même fait remarquer à cette occasion que les écrivains de Byzance nommaient les Assassins x*stsi9t , -et que le juif Benjamin de Tudèle les appelait ea hébreu haschischin. Ces faits établis aune manière incontestable, j'ai dû chercher ce que c'était, que ce Haschisch ou Haschischa possédé par le chef des Ismaéliens , et dont ceux-ci embrun- . taient le nom de Haschischin; et certes, il ne m'a pas fallu faire un grand effort d'imagination pour retrouver le Haschischa des Ismaéliens dans celui des Syriens et des Egyptiens d'aujourd'hui. J'ai fait voir ensuite par des témoignages historiques très-positifs, qu'à l'épo lue où les assassins se rendaient fameux par leurs brigandages et leurs, meurtres . Fusage des préparations enivrantes faites avec le chanvre n'était point encore introduit parmi le commun des Musulmans ; enfin , j'ai établi par une multitude de faits et par le . témoignage de Marc - Paul , que le Haschisch n'était pas employé chez les Ismaéliens pour . jeter ceux auxquels on l'administrait , dans un état de fureur ou de frénésie ou ils exécutassent des actions barbares presque sans en avoir la conscience , mais que c'était un secret connu seule- , ment du chef de la secte, et dont il se servait pour ôter momentanément l'usage de la raison . aux jeunes gens auxquels il voulait inspirer, par tous les genres de séduction propres à enflammer l'imagination ou à exalter les sens , une obéissance aveugle à ses volontés.
La principale raison' pour laquelle les auteurs
(5) de ta lettre que je réfute , ont peine à admettre que le mot Assassins ou Assissins dérive effectivement de haschischin , c'est qu'ils ne croient pas que les Occidentaux eussent substitué l'articulation du sin arabe, c'est-à-dire, de notre s à celle du, schin qui répond à notre ch ; mais ils oublient peut être qu'à l'époque des croisades , la langue latine était , pour ainsi dire , l'idiome comirtjÉt des écrivains de toute l'Europe , et que, àani cette langue , on ne pouvait pas exprimer l'articulation du schin arabe» Il faut encore ajouter que le schin arabe n'est pas en général prononcé aussi fortement que notre ch; que les Arabes l'ont souvent employé pour rendre le sigma grec ou Vs des noms latins, comme dans Pontus , Orosius^ Philippus , Bus iris , etc.; enfin * que les Maures d'Espagne , en écrivant le castillan en caractères arabes , se servaient du schin pour rendre Vs ; par exemple , dans les mou los cielosj las tierras. ( Voyez Notices et Extraits des manuscrits , tom. 4 , pag. 63 1 et 642. ) Peut-être avons-nous un exemple de cette substitution de notre s au schin arabe dans le mot Sarrasins.
Je me trouve encore ici en contradiction avec les auteurs de la lettre, qui rejettent les éiymologies qu'on a proposées jusqu'à présent du nom des Sarrasins . pour }e dériver de sarrag ou. $at~ radj , mot qui , suivant eux , veut dire homme de selle , et par conséquent homme de cheval , et enfin par une conséquence ultérieure cavalier* Ces Messieurs ne*trouveYoot pas mauvais que je nie la conséquence et que je leur observe quesarradj , ou comme l'on prononce ailleurs sarrag< n'a jamais signifié et ne peut même signifier , en suivant l'analogie de la langue arabe , quun .homme qui fait ou qui vend des selles pour les chevaux , ou un valet d'écurie qui a soin des équipages de ces animaux. Comme je ne veux pas en être cru sur ma parole , je citerai Golius qui n'a point Omis le mot sarrag , comme on le dit dans le Post scriptum de la lettre* et qui le traduit ainsi : qui confiçit ephippia et ea quai ad equi et currûs
(6) mpparstum spe étant ; Meniaski , qui le rend et» latin par Ephippiarius , «701 ephippia et qttœ a<t eu spectant , conficit .... Qui curam e quorum et apparatûs eorum , ephippii . phalerarum , etc. * hubet ; en italien , par sella ro , palafrenierê ; tn français , par sellier , palefrenier ; Germa nu» de Silesié , qui le fait répondre à l'italien settaro? flftfci , le P. F. Cannes , qui dans ton dictionnaire espagnol -arabe s'en sert , pour rendre le mot espagnol sillero. Les objections que MM.
M. R. font contre une des étymologies proposées àa mot Sarrasins que plusieurs savaos ont voulu dériver de sarikin , voleurs , n'ont aucune force. 11 n'est point vrai qu'on ne puisse admettre cette éiymologie, sans supposer en même tems que les Arabes se seraient appelés eux - mêmes les voleurs , parce que , dans le fait , les Arabes connus des Grecs et des Latins sous la dénomination de Sarrasins , ne se sont point donnés euxmêmes ce nom ; ils Pont reçu des peuples voisins t qui peuvent fort bien les avoir désignés sous la qualification de brigands. C ette même objection n'a pas plus de force contre ceux qui dérivent le nom de Sarrasins , Saraceni , f«p«*tw , de scharki , ou scharaki , c'est-à-dire, oriental. Si c'est là la véritable origine de ce nom , il est hors de doute qu'il a été donné d'abord à quelques Arabes par des peuples qui habitaient une contrée plus occidentale , et qu'il a pu ensuite s'étendre à la plus grande partie de cette nation. Comme dans* Tune ou l'autre hypothèse le mot Sarrasins aura une origine arabe > on pourra supposer avec vraisemblance que cette dénomination , qui a succédé à celle de Scénites , aura été donnée d'abord aux Arabes nomades par les tribus civilisées établies au nordouest de l'Arabie , et qui reconnaissaient l'autorité des Romains. En tout cas , si ces deux étymologies paraissaient trop forcées , j'aimerais mieurf avouer que nous ignorons l'origine du mot Sarrasins , que de le dériver d'une expression qui n'est nullement propre à caractériser la nation arabe.
(7) J« finirai en observant , comme je Tai fait dans mon Mémoire , que peut-être le nom de f/aschischin ou Haschaschin { car on dit l'un et l'autre ) ne désignait pas proprement tous le* Ismaéliens «, mais était particulier à ceuot^ueTo** destinait au ministère d'assassin , et qui étaient connus aussi sous le nom de Fédaouis ou dévoués* « Je n'ai pas rencontré jusqu'à ce jour -, » disais- je en terminant mon Mémoire, assez de 99 passages on ce mot soit employé , pour avoir 99 à cet égard une opinion assurée ; mais je suis 9« porté à croire que chez les Ismaéliens , oa 99 ne nommait Haschischin que les gens que 99 Ton élevait spécialement pour commettre des 99 meurtres , et qu'on disposait par l'usage du 99 Haschisch à une résignation absolue aux volonté* 99 de leur chef. Cela n'aura point empêché que 99 chez les autres peuples , et surtout chez les 99 Occidentaux , cette dénomination n'ait été 99 étendue à tous les Ismaéliens. "
Agréez , etc. etc. etc.
SlLVESTRE DE SACY.
\Extraitydu Moniteur , n* 35o,, an 1809.)
YB 24789