‹ Opuscules de zoologie et d'anatomie comparéeChapitre 5 sur 9 · DOCTEUR EN SCIENCES · texte numérisé non relu

DOCTEUR EN SCIENCES

PROFESSEUR DE ZOOLOGIE A L’UNIVERS ITÉ DE GAND , CORRESPONDANT DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES DE IiRUXELLES , ETC., ETC.

Les anciens ont connu la plupart des Hélices édules de l’Europe méridionale , qui figurent dans nos systèmes; et à en juger par quelques passages des auteurs contemporains, les Romains en tiraient un meilleur parti que nous, vu qu’ils savaient en faire un objet de gastronomie. On peut consulter sur ce point Yarron De Re rustica , lih. Il /, cap. 14, vol. l:pag. 310 de la collection Scriptorum Rei rusticœ , édition de Schneider 1794 , et Pline, lib. IX, cap. 56, (LXXXI1 de l’édition de Panckoucke) de Cochlearam vivariis . De Férussac, qu’une mort prématurée vient d’enlever à la science, a tâché de reconnaître les espèces dont Pline et Yarron ont parlé, et qui paraissent appartenir à celles aujourd’hui connues des naturalistes; mais ayant lu son travail, je l’ai trouvé incomplet, et j’ai remarqué qu’il n’a pas su expliquer une donnée qui se trouve dans l’un et

l’autre de ces auteurs. Dans Varron loc. cit. on lit : généra Cochlearum sunt plura, ut minutœ albulœ quœ a fferuntur e Reatino et maximæ quæ de illyrico apportantur ; et

médiocres quœ ex Africa afferuntur . et valde amplœ

sunt quœdam ex Africa quœ vocantur Solitanœ. Pline* loc. cit., en parlant de Fulvius Hirpinus qui inventa la manière d’engraisser les Hélices , dit qu’il les divisait en genres : separatim ut essent albœ quœ in reatino agro nascuntur * separatim illyricæ, quibtjs magnitudo præciPUAj Africanœ , quibus fecunditas ; Solitanœ , quibus nobilifas. Ces mots et maximæ quœ de Illyrico apportantur de Varron et separatim Illyricœ quibus magnitudo prœHpua de Pline, ont été pour le naturaliste français le sujet d’une digression, pag. 113 de son Histoire naturelle générale et particulière des Mollusques terrestres et fluviatiles , digression dans laquelle il pèse toutes les raisons qui militent pour ou contre les quatre espèces d’Hélices (. H . aspersa Mull. , Cincta Mull., Lucorum Mull .,Pomatia Linn. ) à l’une desquelles il croit que se rapportent les grands limaçons d’Illyrie , mentionnés par les deux auteurs latins. Ne partageant pas sa manière de voir, et croyant que l’erreur dans laquelle il est tombé, provient de ce qu’il n’a connu qu’imparfaitement les Hélices qui vivent dans les contrées orientales de l’Illyrie, je vais lâcher d’expliquer ces passages de Varron et de Pline à l’aide des matériaux que j’ai recueillis pendant mon séjour en Dalmatie.

En lisant ces passages, on voit que le caractère distinctif de ces limaçons, aux yeux de Varron et de Pline, est une taille très forte ( maximæ ) ( magnitudo prœcipua) et il paraît que pour les Romains ces Hélices joignaient à une taille extraordinaire une délicatesse peu commune* puisqu’ils en faisaient tant de cas qu’ils allaient les chercher en Illyrie pour les engraisser et s’en régaler. En effet, on

trouve dans le territoire de Raguse une grande Hélice appartenant aux Hélicigones de Férussac et qui se distingue des autres Hélices européennes par une taille très-forte, la coquille mesurant souvent en diamètre 20 à 30 lignes. Quoique peu élevée, elle dépasse pourtant de beaucoup en volume les plus grands individus des espèces citées par De Férussac; et comme on trouve dans sa chair un aliment sain et abondant, qu’elle réunit par conséquent tous les avantages que les Romains trouvaient dans les grands limaçons d’Illyrie, je suis porté à croire que c’est à cette espèce que se rapportent les passages de Yarron et de Pline précités. Elle ne figure pas , que je sache , dans les systèmes ; je vais la décrire sous le nom de Hélix V arronis.

HELIX VARRQNIS. N.

H. Testa magna, de press a , laie umlilicata , alla ; f as dis fuscis ; epidermide luteo-viridcsccnte ; lalro allô , rcflexo.

L’Hélice Yarron a beaucoup du port de VIL unizonalis, Lam. , à en juger par les figures qu’on en trouve dans Encyclopédie méthodique , pî. 462, fig. 4, et dans Y Histoire nat. gén. et part, des Mollusques terrest, et fluv. pî. 91, fig. 4. Elle est grande, surbaissée, d’un blanc de lait, marquée de trois zones brun-foncé , dont les deux supérieures très-rapprochées se montrent sur tous les tours ; l’inférieure presque aussi large que les deux autres réunies entoure la base : un épiderme jaune verdâtre souvent teint de ferrugineux la recouvre presque en entier : les tours de spire sont arrondis ; un large ombilic ; la bouche est un peu versante, entourée d’un péristome blanc, réfléchi et incomplet.

On trouve une variété qui a l’épiderme jaune-citron ,

et qui n’offre aucune trace des zones : l'intérieur est d’uu beau blanc.

Le jwxoAwé d’Aristote se rapporte peut-être à cette espèce. Quelques Grecs modernes et les Dalmates ont conservé dans leur langue la dénomination d’Aristote, mais ils l’appliquent au Larus melanoceplialus Natter.

Cette espèce n’est peut-être que 1 Hélix gravosaensis de Megerle de Muhlfeld, qui aurait commis un douille emploi en en décrivant la variété unicolore sous le nom de Hélix hrenoensis . Ces dénominations ne me sont connues que par le Synopsis de Menke (2me édition 1830), dans lequel Y Hélix montenegrina Ziegler est donné comme synonyme du gravosaensis. Les ouvrages de Megerle et de Ziegler sur les mollusques m’étant inconnus , et les ayant cherchés en vain dans plusieurs grandes bibliothèques, je crois rendre service à grand nombre de naturalistes, surtout à ceux du midi et de l’occident de l’Europe, en leur faisant connaître plus amplement cette belle espèce, quelle que soit la dénomination sous laquelle ils l’adoptent.

(Extrait du Bulletin de V Académie Royale des Sciences de Bruxelles , n° 4 , anu, 1 836 J

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