ANATOMIE DU SYSTÈME NERVEUX
DD
GENRE MYTILINA;
P AM US. ÊAÏSTMMI,
De l’Académie de Bruxelles , professeur d’histoire naturelle à l'Université de Gaud.
L’expérience nous apprend chaque jour combien une détermination rigoureuse des espèces est indispensable en zoologie : il importe d’autant plus qu’une telle détermination soit philosophique et repose enfin sur des données physiologiques et anatomiques exactes, que celte branche des sciences physiques est appelée par ses sœurs comme auxiliaire. Dans les systèmes, on ne s’aperçoit pas de l’importance de ce point; le nombre des espèces augmente, quelques genres ou sous-genres se trouvent créés et le mal se borne là : dans l’application il n’en est pas de même, et l’on a vu qu’une espèce mal déterminée et dont les habi-
les collines de Weissenau que reposait un des plus forts argumens qui furent opposés à l’opinion du baron De Férussac sur l’origine lacustre de ces collines (1). Malgré ces averlissemens et ces réflexions de Lamarck, la chose en demeura là jusqu’à celle époque où M. Van Beneden fit connaître plus amplement le Mytilus polymorphus qu’il érigea en genre, mais sur lequel il ne fit que répéter ce que dit Pallas qu’il n’a pas compris, ajoutant que c’est peut-être un exemple unique dans l’ histoire des mollusques d’habiter des contrées et des milieux si différens (2).
Cependant il suffit de lire la diagnose que donne Pallas pour se convaincre qu’elle se compose de deux parties, et qu’il y est question de deux espèces distinctes. La voici : « Mytilus polymorphus. Marinus ad summum » mole nuclei pruni , marino eduli oblongior; valvulæ » præsertim versus nates magis carinatæ , îatere incum- » benle planiusculæ atque excolores , superiore vero parte » circulis gryseo fuscis , undulisve variæ. Nates acutis- » simæ , subdeflexæ. Fluviatilis , sæpe quadruple ma- » jor , subfuscus , latior ; valvulis exacte semiovatis , » argute carinalis, Iatere incumbente plano-excavatis : » nalibus acutis, deorsum inflexis. Cavum commune lestæ » versus nates obsolète quinqueloeulare , dissepimentis » brevissimis (3). » Pallas y établit d’abord cette distinction
(1) Baron De Férussac, Mémoire de la société d’histoire naturelle de Paris , vol. I, pag. 144.
(2) Van Beneden. Mémoire sur le Dricsscna , présenté à l’académie de Bruxelles dans la séance du 17 janvier 1835, et imprimé dans les Ann. des sciences naturelles , avril 1835.
(3) Pallas, Voyages. Traduction française, édit. in-4°, Paris 1788, vol. I, pag. 740, n° 91. Même ouvrage in-8°, vol. VIII , p. 210, n° 523.
marinus et fluviatilis , et l’on voit que les caractères qu’il assigne aux individus fluvialiles ne conviennent nullement aux individus marins : premièrement, il y a la taille de l’espèce fluvialile sœpe quadruplo major ; puis la conformation de la partie apicale de la cavité : cavtnn commune testœ versus nates obsolète qumqueloculare, caractère important qui seulsuffit pour établir la séparation. Si les deux cloisons dans chaque valve qui ont valu le caractère quinqueloculare n’existent que dans les adultes, on en rencontre pourtant toujours une très-prononcée dans le jeune âge.
D’après cette analyse, on voit que Pallas a réuni , sous le nom de Mytilus polymorphus, deux espèces qu’il a trèsbien circonscrites dans la diagnose , dont la première partie regarde une espèce marine très-voisine de la petite moule nommée par Poli Mytilus minimu s , dont elle a la taille et la forme ; la seconde partie appartient à une coquille uniquement d’eau douce, qui vit dans plusieurs fleuves, rivières, canaux et lacs de l’Europe, analogue à la moule observée par Férussac dans les collines de Weissenau, et qui constitue un genre très-différent des vraies moules par la conformation de l’animal. C’est donc à tort que l’on a avancé à plusieurs reprises que ce mollusque habite indistinctement les eaux douces et salées. Je puis assurerd’après mes observations qu’il ne souffre pas l’eau salée, car quoique excessivement commune dans le lac de Harlem, dont elle couvre les pierres , les pieux et les écluses , et dans les canaux aboutissant au Rhin près de Leyde , cette coquille ne se montre plus , dans le Rhin , dans les endroits où l’eau de la mer arrive lors des hautes marées.
On pourrait faire une objection pour soutenir l’identité de la moule du Volga et du Jaïk avec celle de la Mer
Caspienne. Guthrie (1) dit que l’eau de celte mer est douce sur les bords, et n’est salée qu’au centre; donc rien ne s’oppose à ce que cette moule vive sur les bords de celte mer comme dans les fleuves qui y portent leurs eaux. Cet argument serait bon si la donnée de Guthrie était exacte ; mais on a tout lieu de la révoquer en doute, car Pallas dit, pag. 678, vol. I de l’édition in-4° : U eau de ce yolfe (le dernier de Strelezkoï) est déjà très-salée ; et pag. 681 , toutes les pierres de Vile (Kamenoï) sont garnies d’une moule (Mytilus polymorphus) dont j’ai parlé en divers endroits. Ce qui prouve que la salure delà Mer Caspienne est trèsgrande dans une localité encore dépendante du Jaïk, par conséquent plus rapprochée de la source de ce fleuve que l’île de Kamenoï, qui est dans la Caspienne. Un simple coup d’œil jeté sur la carte de cette mer suffit pour s’assurer de l’exactiludé de ces citations.
Le nouveau genre comprenant le Mytilus polymorphus et les autres coquilles dont l’animal a les bords du manteau réunis, et qui ont le port des moules, fut établi par nous, en 1834, dans une lettre à M. Quetelet. Nous lui avons donné le nom de Mytilina , afin d’indiquer les rapports que la coquille présente. Nous n’en connaissions que deux espèces; la première des fleuves d’une 'grande partie de l’Europe, et identique avec le Mytilus polymorphus fluviatilis de Pallas : la seconde nous l’avons trouvée en 1828 dans les terrains tertiaires du Siennois ; depuis, nous en tenons de l’obligeance de notre estimable collègue M. Kickx des individus vivans.
(1) Guibrie, Abrégé de la nouvelle géographie universelle 3 Paris 1813 , pag 776.
Mytilina. N.
Testa œquivalvi , longitudinali , bysso ajfixa , loculari ; dissepimentis duobus aut quatuor; cardine sub edentulo.
Animal Mytilinas inhabitans Hypogæa Poli. — Corps rhom boïdal allongé , terminé en arriéré par deux tubes rudimentaires ou foraminif ormes j une fente médiocre à la partie antérieure et inférieure du manteau pour donner pas sage au pied et au byssus. — C’est une conformation très-analogue à celle de l’animal du Donax rhomboides. Poli (1) ( Byssomia . Cuv.)
Les Mytilomyes ne sont pas les seules coquilles bivalves dont la cavité apicale soit divisée par des cloisons ; on trouve dans le genre Mytilus des espèces qui présentent la même conformation.
Le Mytilus hilocularis Linn., par exemple, dont le port total est si ressemblant avec celui de l’espèce type des Mytilomyes , ne peut être rigoureusement déterminé sous le rapport générique qu’à l’aide des impressions musculaires postérieures. Dans cette moule, l’impression du muscle rétracteur est enclavée dans celle du muscle transverse, et bordée en arrière et supérieurement par elle : dans les Mytilomyes ces impressions sont distinctes et ont toutes deux une forme oblongue. Quant à l’impression du muscle transverse antérieur, elle est la même dans les deux espèces et se voit sur la cloison.
Le système nerveux des Mytilomyes consiste en 4 gan-
(1) Poli Testacea utriusque Siciliœ. Parmæ , 3 vol. in-fol., vol 2,p.81, tab. XIV, fig 16
gïions , ou trois paires dont deux soudées. Nous l’avons étudié avec soin sur le Mytilus polymorphus Pall. ( Voyez la planche .)
Les deux ganglions antérieurs ou la paire céphalique a sont supérieurs à l'oesophage, quoique placés à la commissure des lèvres: un filet nerveux assez épais et caché dans la lèvre supérieure , joint ces deux ganglions entre eux. En outre, de chacun d’eux sortent six nerfs:
1° Un nerf qui va en avant, donne une petite branche au muscle transverse (adducteur) antérieur, se reporte ensuite en arrière et en bas pour longer le bord musculeux du manteau.
2° Un nerf beaucoup plus fin qui, d’abord parallèle au précédent, se perd bientôt dans le manteau.
3°, 4° Deux petits nerfs qui vont aux tentacules labiaux.
5° Un nerf assez fort qui entre en tortillant dans la masse du foie en allant en haut et en arrière ; il en sort tout près du côté intérieur de l’orifice des ovaires: depuis là, appliqué contre la paroi inférieure du manteau, il converge avec son congénère pour se joindre au ganglion postérieur.
0° Un nerf un peu moins fort qui perce la base du muscle rétracteur antérieur du pied, glisse entre ce muscle et le foie vers la base du pied, où il se met en contact avec le ganglion pédieux.
Le ganglion pédieux ou moyen <7, semble formé de deux ganglions soudés ensemble ; il est placé à la base antérieure du pied, et les trois paires de nerfs qui en sortent, embrassent cette base à différentes hauteurs pour se disperser dans les muscles du pied.
Le ganglion postérieur y , est situé sur la face infé-
rieure du muscle transverse (adducteur) postérieur. Il est plus grand que les autres et plus large ; il est bien inférieur au tube intestinal, quoique placé plus haut dans le corps que les ganglions céphaliques. Il émet quatre paires de nerfs.
1° La première paire est contenue dans l’espace qui reste entre les deux nerfs qui vont en avant se joindre aux ganglions céphaliques. Je n’ai pu les suivre que jusqu’où le canal intestinal entre dans le dos de manteau,
2° La paire de nerfs qui vont joindre les ganglions céphaliques.
3° Plus en dehors, il y a une paire de nerfs assez forts qui vont aux branchies : le nerf va d’abord en avant , se recourbe ensuite en arrière pour monter le long du bord postérieur des branchies.
4° Une paire de nerfs qui vont en divergeant en arriére jusqu’au bord postérieur du muscle transverse postérieur; à côté de l’anus chaque nerf se divise en trois branches dont la plus épaisse se continue en arrière, et après avoir donné un filet au muscle transversal du trou anal du manteau , elle va se perdre dans les fibres circulaires qui entourent le siphon destiné à la respiration.
La seconde branche court en dehors de la précédente parallèlement à elle, elle va plus loin : peut-être va-t-elle à la rencontre du premier nerf du ganglion céphalique. La troisième branche se courbe tout court autour du bord postérieur du muscle transverse postérieur, rampe dessus à côté du rectum en avant; elle se perd bientôt.
Ce genre doit être placé dans la cinquième famille des acéphales de Cuvier, dans le voisinage des P>yssomies.
Les espèces appartenant au genre Mytiîina sont :
1° MyTILINA POLYMORPHA. Nob.
31. Testâ loculciri , levi , postice compressa ; valvis carinatis } laterv incumbentc plano-ex cavatis ; natibus acutis deorsum inflexis.
Adulte. Testa qvinqueloculari , olivaceo-fusca.
Pallas, Voyages, trad. fr. édit, in-40 vol. I, pag. 740, n° 91.
— — — in-8o vol. VIII, pag. 210.
Linn. Gmel., Sgstema naturœ } édit. 13a 5 pag. 3363, n° 57.
Jeune et Moyen Age. Testa triloculari } superne olivaceo aut zo-
nata aut variegata.
Mytjlus POLYMORmus. Schroter, Flusscojichyl., pag. 197.
— — Einleit . , III , pag. 471, n° 57.
— Georgi , Geogr des Rossis. Reichs. IV ,
pag. 2207.
— Eicliwald, Zoolog ., I, pag. 286.
— Sowerby, Gêner, of Scliells , genre Mytilus ,
fig. 4.
— Sowerby , Zoolog. journal } I, pag. 584.
— Menke , Synopsis moll ., pag. 105.
Mytilus Hagenii. Raer , Progr. de Mytilo , année 1825.
— — Isis , année 1826, pag. 525.
— Kleeberg, Moll, borus s. , pag. 36, n° 2.
— e flu vio Volga. Cheran Conch. cab. XI, pag. 256, tab.
205, fig. 2028.
Mytilus volgensis, Gray, Zn. of Philos.
— — Wood, Index tcstac ., supplém., pag. 8, no 6 ,
pl. II, fig. 6 ( optim .)
— . ïaujas. Ann. du Mus. vol. VIII, pl. 58 fig. 13-14?
— lineatus, W'aardenburg (non Lam.) Moll, belgica, pag. 38.
— Arca, Kickx , Description d’un nouveau 3Iytile , in-8«, * Bruxelles 1834
Diuessena polymorpiius Van Beneden , Magasin de Zoologie , (Bulletin de Zoologie de Guérin) 2iae livraison, pag, 44, année 1835.
Dkiessena ïolymorpha, Van Beneden , Bulletin de B Académie de
Bruxelles , ann 1835, pag. 25 et 44.
— — Van Beneden, Annales des Sc. naturelles }
avril 1835, avec figures.
Tichogonia CHEMNiTZii , Rossmâssler , Iconographie , I cahier 1835,
pag. 113 , pl. III , fig. 69 (1).
Cette coquille n’est pas aussi inconstante dans ses formes que le qualificatif qui lui fut donné, pourrait le faire croire. Toujours elle adopte la forme sémi-ovale-trigone , toujours aussi le plan ventral est presque droit dans le sens de l’épaisseur, arqué ou sinueux dans le sens de la longueur et limité de chaque côté par une carène , bien prononcée dans tous les âges , qui va du sommet au bord postérieur : vers le milieu de ce plan, les bords des valves laissent entr’eux une ouverture pour le passage du byssus. Toute la surface de la coquille est marquée de stries d’accroissement. Les crochets sont aigus et la valve gauche présente à son limbe apical inférieur une espèce de dent lamelleuse qui est reçue dans une cavité de l’autre valve. ïntérieu rement on observe aussi à la région apicale deux lames sepiiformes verticales , dont la plus grande dorme attache au muscle transverse antérieur : les jeunes et les moyens individus n’en ont qu’une. L’impression palléale est entière; à la région dorsale postérieure, on voit les impressions musculaires qui sont fort grandes. Tout l’intérieur est d’un blanc bleuâtre, cependant dans les individus observés par
(1) Nous n’osons admettre comme analogue de cette pièce le Mytilus Brardi de Beshayes ( Lam , Anim. S. Vertèbres VIII, pag. 53 n° 5) : la diagnose et la description qu’il en donne, ne conviennent à aucun des nombreux individus que nous possédons.
13aer, /oc. cit. , il était violet. Extérieurement les adultes sont d’un brun olivâtre irrégulièrement nuancé; les jeunes et ceux d’un âge moyen sont d’un gris jaunâtre marqués de zones concentriques irrégulières olivâtres, et souvent, à la région dorsale, on voit des zigzags de la même couleur; dans ces individus, on remarque ordinairement un rayon plus ou moins interrompu, d’un gris jaunâtre qui y a du sommet au bord postérieur. Le plan yentral ou inférieur est d’un gris jaunâtre plus ou moins coloré de brun. Les plus grands individus que je recueillis ont les dimensions suivantes :
Long. IG lignes, hauteur 8, épaisseur 9 j/2.
Il est étonnant que tant de conchyologistes aient écrit sur le Myti/us po/y morphus de Fallas et qu’aucun d’eux jusqu’à ce jour n’ait fait attention au caractère quinque/oculare , que le voyageur russe assigne à son espèce et qui est propre aux adultes.
Celte espèce vit dans les lacs et rivières d’une grande partie de l’Europe; elle préfère les eaux limpides et peu agitées. Elle a aussi été trouvée dans la Gêete, près de Jodoigne.
On la rencontre à l’état fossile, à Düren entre Aix-la- Chapelle et Cologne , à Klein Spauwen près de Tongrcs, dans les collines de Weissenau et dans d’autres localités.
Le Gammarus piilex est son ennemi; il en fait une grande destruction; V oy. Georgi , loc. cit., pag. 2207.
2° MlTILlNA COCIILEATA. Nüb.
1[. Testa oblongo-anrjasta , leviter arcuatâ aut niodioliformi , lutea , fusco nebulata; val vis tumidiusculis; septo apicali posticc vnidcntaio
Mytilus gogiileatus, kickx. Nyst Bulletins de V Académie de Bruxelles ,
vol 11 , pag. 235, avec lig.
Mïtilüs Brardi Brongn., Mémoires stir les terrains du Vicentin , pl. 6, fig. 14.
— Brardi rar.Basterot, Sur les terrains de Bordeaux , p 78, n° 2.
■ — Basteroti Desh. Lam. An. S. Vert. VIII , p. 54, n° 6.
— — Sow. Miner. Conch ., pl. 532 fig. 2.
— . Faujas Ann. du Mus , vol VIII, pl. 58 f. 11 12?
Cette espèce a une forme ovale-oblongue, quelquefois légèrement arquée ; sa surface est marquée de stries concentriques ou d’accroissement, que l’épiderme fait paraître lamelleuses. Une ouverture à la région ventrale antérieure pour le passage du byssus. Les valves sont bombées sans carène; la gauche porte à son bord inférieur, comme celle de l’espèce précédente, une dent lamelleuse apicale qui se loge dans une cavité de la valve opposée. La cloison apicale est unique ; elle est munie d’un appendice en forme de cuilleron ou de dent triangulaire lamelleuse, placé du côté du bord supérieur. L’impression palléale présente en arrière un sinus bien marqué. Le fond de la couleur est gris ou gris jaunâtre ; les adultes sont fortement teints de brun distribué par larges bandes irrégulières; dans les jeunes individus ces bandes sont noirâtres et à la région dorsale on voit des zigzags de la même couleur : un rayon blanchâtre, souvent interrompu, va du sommet au bord dorsal postérieur. La région ventrale est ordinairement d’un gris jaunâtre. L’intérieur est d’un blanc de nacre. — Long. 8 lignes, haut. 4, épaiss. 3 1/4 (2).
Cette espèce a été trouvée dans le deuxième bassin du port d’Anvers, où elle abonde sur les pieux, les radeaux, la carène des bâtimens, se fixant par un byssus peu
(1) M. Nyst, loc. cit . , dit cette coquille inéquivalve. Nous ne pouvons partager sa manière de voir.
soyeux : il paraît qu’elle y fut apportée vers la fin du régne de Napoléon. Elle s’y est bien acclimatée et vit dans l’eau légèrement saumâtre de ce bassin (nous en ignorons le degré de salure); d’où fut-elle apportée ? Tout porte à croire que jadis elle était bien répandue , vu qu’à l’état fossile elle existe dans beaucoup de localités. Je la trouvai à Sienne hors la porte O vile dans de l’argile bleue : M. Brongniart l’a rencontrée dans le Vicenlin, M. Basterot dans les environs de Bordeaux, et mon savant collègue, M. Kickx, m’en a montré des individus recueillis à Düren, et à Klein Spauwen. A Sienne et dans les dernières localités, elle se trouve dans un terrain d’eau douce en société avec des Paludines.
Nous avertissons les géologues que le Balanus miser Lam. peut s’habituer à l’eau saumâtre, puisqu’on le trouve aussi dans le deuxième bassin d’Anvers avec le Mytilina coclileata;c est la seule coquille marine vivante que j*y aie trouvée.
Ici se termine le travail dont je m’étais occupé en 1834; je le publie non pour revendiquer l’honneur d’avoir le premier assigné au Mytilus polymorphus Pall., la place qu’il doit occuper dans les systèmes , mais pour le faire connaître tel qu’il est sous les rapports historique , anatomique et zoologique. M. Van Beneden a entrepris, vers la même époque, et a publié un travail sur le même sujet (1)* La fin
(1) A la dernière séance de l’académie M Van Beneden a rectifié une partie des erreurs qu’il avait commises dans son mémoire, surtout celles qui se trouvaient dans l’exposition du système nerveux : l’auteur qui, dans sa première publication, avait décrit le ganglion moyen ou pédieux sans l’avoir connu, le décrit ici avec plus de précision , cependant il s’y sert encore de l’expression collier nerveux , quoique nous ayons démontré dans la séance du 2 juillet dernier qu’un tel collier n’existe pas dans les Bivalves. Voy. Bulletins de l'académie , vol lit, pag.245.
de son mémoire contient la description d’une espèce de Mytilina, à laquelle il donna le nom d QÜriessena africana : la diagnose qu’il en donne est ainsi conçue : Coquille ohlo?igue ; crochets arrondis ; bord inférieur droit sans échancrure ; surface extérieure régulièrement feuilletée 'parcourue 'par deux petites crêtes longitudinales . Je n’ai pas tu cette coquille qu’il dit être du Sénégal , mais d’après la figure qu’il en donne et l’analyse du système nerveux, nul doute que ce ne soit une espèce de ce genre voisine du polymorphus. La cloison sous le crochet a son bord libre légèrement sinueux (1).
Nous finirons en avertissant que les diagnoses des deux genres Tichogonia et Driessena , manquent au principe philosophique sans lequel une définition ne vaut rien : Definitio omni et soli definito conveniat. La diagnose du premier genre ne convient qu’au Mytilus polymorphus Pall. et aux espèces dont les valves sont carénées: celle du second genre ne convient qu’au jeune âge du Mytilus polymorphus, et aux espèces qui n’ont qu’une cloison apicale ; elle correspond au 2me groupe établi par Rang dans le genre Mytilus. ( Manuel , etc.)
NB. Nous ne répondrons pas aux observations queM. VanBeneden lut à la séance d’avril dernier sur mon travail : le lecteur en
(1) Après avoir, dans son mémoire, figuré la cloison apicale du Driessena africana comme analogue à celle du Mytilus polymorphus , il dit à la séance dernière que la saillie ou cuilleron observé dans le Mytilus cochleatus , Kickx, se retrouve aussi dans le Driessena africana . Il donne en même temps la diagnose d’une nouvelle espèce de Driessena. Coquille oblongue plus haute qu’épaisse } finement striée à l’extérieur. Son intérieur d’un lieu foncé. Une espèce établie sur la couleur de l’intérieur nous semble mériter confirmation. (Sa description nous paraît faite sur un individu malade.)
(ao )
fera justice : nous nous contenterons de dire en peu de mots que s’il invoque l’autorité du baron De Férussac, naturaliste de cabinet, pour appuyer son opinion sur Y habitat du Mytilus pohjmorphus Fall., nous invoquons, nous, la physiologie et l’observation tant pour les individus natifs que pour les individus fossiles. La critique l’aveugle au point de nous accuser d’annoncer l’anatomie du genre Mytilina et de ne pas la donner. Si M. Van Beneden comprend le latin, il a dit voir que la première phrase qui suit la diagnose du genre Mytilina commence ainsi : Animal Mytilinas inhabitans Hypogea poli. Celle courte phrase vaut bien les phrases sans lin que M. Van Beneden a cru devoir employer pour prouver que l’animal de son genr eDriessena, rangé par lui dans la famille des Mylilacés, diffère de celui de la Moule. Cette longue comparaison de l’organisation du Driessena et des Moules répond au travail de celui qui.
par une bévue inconcevable, prendrait un bœuf pour un solipède *
et prouverait par mille et une raisons que ce bœuf n’est pas un cheval , mais un solipède admirable à cause de la conformation des os frontaux , de ses estomacs , de son pied fourchu et de l’absence des intermaxillaires. La maraviglia delV ignoranza è figlia!! Quant au reproche d’embrouiller la science et de l’arrêter dans sa marche , nous ne pouvons pas y répondre : nos contemporains nous jugeront.