‹ Opuscules entomologiques (volume 2)Chapitre 14 sur 32 · ARCHITECTE · texte numérisé non relu

ARCHITECTE

PBBSBKTÉe -

à TAcadémie des Sciences de Lyon le 10 décembre 1872

Durant les événements douloureux dont notre patrie était le théâtre, dans l'automne de 1870, notre Compagnie a perdu l'un de ses membres les plus estimés et les plus regrettables, et notre ville un de ses artistes les plus éminents : je vais essayer de vous en esquisser la vie.

Dupasquier (Louis- Gaspard) était né à Lyon, le 13 frimaire an IX (4 décembre 1800), au sdn d'une famille honorable, qui avait eu à souffrir durant les mauvais jours de la Révolution.

Il avait à peine cinq ans, quand une mort prématurée

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lui enlevait son père * et le privait ainsi d'un soutien et surtout d'un ami difficile à remplacer.

Ce déplorable événement laissait à son excellente mère la tâche pénible de s'occuper seule de l'éducation de ses enfants ; et la distinction dont plusieurs d'entre eux ont su entourer leur nom ^ inontre avec cpiel soin elle sut remplir ce devoir.

Le jeune Louis fut placé d'abord au collège de Thoissey, et vint ensuite continuer dans celui de Lyon des études dont l'achèvement incomplet lui laissa plus tard des regrets ; mais son esprit avait d'autres tendances. Dès l'âge de quinze ans, il sentit se révéler en lui les goûts artistiques qui devaient faire un jour sa gloire et le charme de sa vie. Déjà, sans avoir appris le dessin, Jl se plaisait à reproduire sous son crayon novice les gravures dont les beautés l'avaient séduit.

Tout son désir alors était d'entrer à l'École des Beaux- Arts, établie dans notre ville; mais il fut obligé de con- • sacrer son temps à un établissement de produits chimi-

* Dupasquier (Joseph-Denis) mort le 20 vendémiaire an XÏV (28 octobre 1805)» à rage quarante-trois ans.

* L*atné de ses enfants, le D' Dupasqnler (Oaspard- Alphonse), mort à Lyon le 15 avril 1848, dans la cinquante-cinquième année de son âge, a été membre de TÂcadémie, de la Société d'agriculture, chevalier de la Légion d'honneur, médecin de THÔtel-Dieu, professeur de chimie médicale à l'École de médecine, et professeur de chimie industrielle à l'École La Martinière, de notre ville

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ques créé par sa famille, et, malgré sa jeunesse, il en eut la direction durant plusieurs années.

Sa véritable vocation s'accentuant chaque jour davantage, il lui fut permis, à vingt ans, d'entrer dans la classe d'architecture. Il y apporta l'amour du travail, l'énergie et les heureuses dispositions dont la nature l'avait doué; aussi ses progrès furent-ils rapides. Deux années s'étaient à peine écoulées qu'il gagnait le second prix d'architecture, quoiqu'il fût en concurrence avec des élèves ayant quatre ou cinq ans d'études.

L'année suivante, il obtint le premier prix d'architecture, le premier prix de perspective, et la médaille d'honneur fondée par M. Grogniard.

Il travaillait en même temps sous M M. les professeurs Richard, Legendre-Herald et Revoil, à l'étude du modèle vivant.

Ses études à peine terminées, il fut n«mmé inspecteur des travaux de la préfecture, dirigés par son habile et savant maître M. Chenavard. C'était en 1825.

Cet emploi, auquel il apportait tout son zèle et son dévouement, ne pouvait suffire à son activité. Aussi utilisait-il ses loisirs à amasser pour l'avenir des matériaux pris à des sources diverses, et il se préparait ainsi à une habileté de crayon et à cette sûreté de goût dont ses œuvres portent l'empreinte.

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A cette époque, les publications artistiques étaient rares et souvent médiocres ; il fallait une plus grande somme de travail pour arriver à des résultats moins difficiles à obtenir de nos jours. Mais ces études n'ont pas été perdues pour lui ; elles l'ont amené à une maturité de talent auquel il n'a manqué qu'un plus grand théâtre pour donner des preuves de sa puissance.

En 1826, la ville de Lyon ouvrit un concours pour la construction d'un abattoir général. Dupasquier remporta le premier prix; mais les membres du jury, se défiant sans doute de sa jeunesse, obtinrent, de l'administration municipale, l'adjonction d'un confrère d'un âge offrant plus de garantie, chargé de faire exécuter, conjointement avec lui, le projet couronné.

La construction de cet abattoir, dont l'emplacement avait d'abord été fixé à la Quarantaine, sur les bords de la Saône, fut renvoyée à une époque ultérieure.

En 1827, la commune de Villeurbanne mettait au concours le plan d'une église d'une certaine importance. Dupasquier fut encore vainqueur dans cette lutte. Il devait diriger l'exécution de cet édifice ; mais il fut construit beaucoup plus tard et sur un autre emplacement.

Toutefois, il faut l'avouer, ce plan couronné, fruit de ses premières études, toutes puisées aux sources de l'art

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antique, était loin du caractère religieux iraprimé depuis cette époque à ses constructions d'églises, oîi l'art s'-allie à une sévère éconoraie. Une visite à Brou suffit pour opérer une révolution dans ses idées. Frappé des beautés de ce monument, l'un des modèles les plus achevés du slyle gothique, il vint s'installer à Bourg pendant quinze jours, pour y commencer le relevé de cet édifice si varié dans son ornementation.

Durant plusieurs années, l'amour de l'art le ramena à cette étude, dont les attraits le captivaient chaque jour davantage. Il remplit bientôt un carton de dessins dont un certain nombre fut remarqués dans l'exposition des Beaux-Arts de 1829, Ces dessins devinrent plus tard l'origine de la Monographie de V église de Brou^ l'un de ses titres de gloire.

Ses études sur l'oeuvre remarquable de Jean Perreal, ses succès dans les concours avaient attire l'attention pubUque sur le jeune artiste, lorsqu'il fut question, en 1829, de choisir un professeur pour la chaire de dessin et d'architecture à l'Ecole La Martinière. M. de Lacroix-Laval, maire de Lyo k l'appela à ce poste.

La même année, son ancien maître, devenu son ami, Legendre-Herald, cet artiste auteur de tant d'œnvres remarquables, ce confrère aimable dont notre Compagnie a conservé un si gracieux souvenir, le chargea de cons-

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truire Thôtel dans lequel il espérait finir ses jours. Ce sculpteur \ Tune des gloires de notre ville, avait choisi à Perrache un lieu tranquille, dont remplacement lui permettait d'avoir^ à côté de son habitation, de vastes ateliers pour ses travaux ".

En 1830,Dupasquier faisait le projet du fameux pont de Fribourg, en Suisse, et passait quinze jours dans cette ville pour préparer la construction de cette voie importante de communication, ouvrage exécuté par M. l'ingénieur Chalay.

Le jeune architecte avait déjà acquis une certaine réputation; la fortune et la gloire semblaient lui sourire, ou du moins Itii montrer l'avenir plein d'espérances.

Il songea alors à s'unir à une compagne capable d'embellir son existence, et le 20 mai (1830) il épousait une jeune parente, mademoiselle Alphonsine Glénard,

1 Legendre-Herald (Jean-François), né à Montijellier (Hérault) le 1" pluviôse an IV (21 janvier 179G), élève de Ghinard, professeur à l'école des Beaux-Arts de notre ville, de 1818 à 1835, membre de TÂcadémie à dater de 1825, chevalier de la Légion d'honneur, mort à Marcilly, près Idéaux, le 13 septembre 1851.

(Voyez sur ce sculpteur célèbre l'article publié par M. le D' Pointe, dans la Revue du LyonnaiSy 1" série, t. XI, p. 483, et celui de M. Gh?navartl, inséré dan» IW Courrier de Lyon^ peu de temps après la mort de Legendre-Herald.)

< 11 ne reste plus aujourd'hui de traces de cette gracieuse habitalion, acquise plus tard par le chemin de fer pour les dépendances de la gare de Perrache.

Dupasquier fut bf)?ntut chargé de la construction do diverses maisons, soit à la ville, soit à la campagns. Il nous sufdra de citer l'établissement orthopédique (b M. le 1/ Milliet, Ips grands magasins de MM. Gonon et I.anguinier, dans lesquels* pour 11 prrînirvî fois à Lyon, lo f^r fut employé pou;' la charpente do- C3rabl s.

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dont les heureuses qualités devaient assurer sa félicité. Mais qui jouit jamais , ici-bas , d'un bonheur sans mélange? Notre jeune artiste en otfrit bientôt la preuve.

Le 4 mai 1832, la mort lui enlevait sa mère *, pour laquelle il avait une vénération et un amour filial sans bornes; le H mars de l'année suivante, il vit s'éteindre, à la suite de couches, sous Tinfluence d'une fièvre épidémique régnante à cette époque, celle qui était devenue la seconde moitié de sa vie, et quelques mois après, le fils issu de cette union succombait à son tour, et brisait les derniers liens qui le rattachaient à ce premier hvmen.

Doué d'une sensibilité extrême, Dupasquier ne put résister à ces cruelles épreuves; il tomba gravement malade, et, pendant trois ans et demi, ses crayons et ses compas restèrent à peu près sans emploi .

Sa bonne constitution, et le temps, chargé par la Providence d'apporter quelque baume aux blessures de notre cœur, permirent à sa santé de se raffermir ; il reprit peu à peu ses forces et ses travaux, et bientôt il sentit le poids de l'isolement dans lequel il se trouvait : il éprouvait le besoin d'aimer encore.

Le 5 avril 1837, il donnait sa main à une autre

* Aiiée «le soixanle-ncnf nns

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parente, mademoiselle Élise Glénard ^ Cette union nouvelle, suivie de cette affectueuse intimité qui répand tant d'agréments sur nos jours, a fait son bonheur jusqu'à la fin de sa vie.

En 1838, la ville de Lyon voulut mettre à exécution le projet de Tabattoir mis au concours en 1826. Dupasquier déclara vouloir être seul à en diriger les travaux. Il avait donné assez de preuves de talent pour offrir toutes les garanties suffisantes : sa demande fut accueillie ; il fut déchargé de la collaboration, humiliante pour son àmour-propre, qui lui avait été imposée ; mais il dut donner à l'architecte adjoint trois mille francs d'indemnité.

Dupasquier avait su mettre à profit le temps écoulé depuis 1826, pour apporter des améliorations au projet couronné, sans nuire au plan primitif. Tout avait été étudié de nouveau, pour arriver à faire une construction solide et merveilleusement appropriée aux besoins du service. Il livra le bâtiment en janvier 1840 ^

Cet établissement, bien supérieur à ce qui existait alors à Paris, obtint d'unanimes suffrages. Le bruit des louanges adressées à l'auteur eut de l'écho jusqu'à

* Cousine de sa première épouse.

' L'architecte, malgré les difficultés sans nombre causées par des rabais excessifs, a livré à la ville, pour 830.000 fr., un édifice qui a rendu 126,000 fr. pa r on

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Tétranger; le gouvernement autrichien et la ville de NewcasUe, en Angleterre, firent prier Tarchitecte, par rintermédiaire du ministre de l'intérieur, de vouloir bien leur donner communication de ses plans.

En 1839, Dupasquier, sans cesse préoccupé des merveilles de Brou, plus soucieux d'être utile à Tai't qu'à ses intérêts, songea à mettre au jour la Monographie du monument élevé par Marguerite d'Autriche. Encouragé par M. D. Didron, qui mettait alors en honneur la science archéologique, il se décida à entreprendre cette publication à ses frais.

Le gouvernement se chargea d'en prendre quarante exemplaires * ; diverses personnes amies des arts ou les cultivant par profession se firent inscrire au nombre des souscripteurs ; mais ces encouragements étaient loin de couvrir les dépenses nécessaires ^.

Depuis 1826 jusqu'à 1870, l'auteur a consacré ses loisirs et une somme relativement considérable pour sa fortune à élever ce monument, l'un des titres les plus

i A la (lato du 18 avril 1839.

^ Les élèves de M. Dupasquier qui out mis plus spéciale/ueul leurs soius à développer Jes dessins du premier carton de Brou, sont MM. Flacbat, qui applique aujourd'hui, avec un grand succès, à l'art industriel, les études sérieuses faites durant dix ans, sous un maître difficile pour lui-môme et pour les autres ; Barqui, architecte, professeur à l'Ecole La Martiniére, où il continue k développer l'admirable méthode de dessin créée par Dupasquier; Joumoud, Mazerat, Kstibo, tous élèves de ce dernier, et aujouni'hui artistes distingues dans des voies différentes.

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glorieux pour sa mémoire et qu'il n'a malheureusement pas pu faire paraître en entier \

Il est à regretter que le conseil général de TAin ne soit pas venu en aide à une publication destinée à faire connaître, dans ses plus beaux détails, un monument qui est la plus grande merveille du département. Et l'on se demande si la ville de Lyon n'aurait pas dû concourir aussi à la production de ce travail remarquable de l'un de ses enfants, dont la générosité seule de l'artiste a doté la bibliothèque du Palais des Arts.

L'année 1840 offrit à Dupasquier une occasion favorable pour mettre à profit ses études sérieuses et satisfaire son amour-propre en Élisant briller ses talents.

La cathédrale d'Autun était dans un état menaçant. Elle semblait nécessiter une complète reconstruction, et un architecte de Paris s'était prononcé dans ce sens. Mgr d'Héricourt, évêque du diocèse, se voyait menacé d'être privé, pour un temps indéterminé, de son église

* Monographie de Véglise de Brou^ par Louis Dupasquier, architecte du gouvernement, etc. Paris, librairie archéologique de Victor Didron, MDCGCXXXXIIl ; grand in-folio, avec dédicace et frontispice. La partie publiée se compose de 30 feuilles gravées on chromo-lithographies et de trois feuilles de texte. Elle forme un tout assez complet pour fournir aux amis de Tarchéologie et de l'architecture de nombreux matériaux à consulter.

L*auteur a laissé un caiion rempli de dessins inédits pouvant fournir le sujet de quatre-vinjtts planches et complétant entièrement la reproduction de Tèglise de Brou.

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épiscopale. Les travaux de Dupasquier sur Téglise de Brou avaient donné la preuve de ses connaissances sur Tarchitecture du moyen âge; en mars 1840, sur les instances de Mgr l'évêque, il avait passé trois jours à visiter la cathédrale, des caveaux aux combles, pour former son opinion sur la nature des travaux à entreprendre, et cet examen lui avait démontré la possibilité de conserver le monument. Il déclara se faire fort d'accomplir cette œuvre difficile, en démolissant les voûtes de la grande nef, pour ramener à leur état normal les murs latéraux, dont l'état de surplomb menaçait de ruiner l'édifice ; il s'engagea même à faire tous ces travaux de restauration sans interrompre le service du culte, si ce n'est pendant quelques manœuvres dangereuses indispensables.

Il soumit à Mgr l'évêque un aperçu du travail qu'il croyait nécessaire.

D'après les renseignements fournis par M. le préfet du Rhône ^ et par M. le directeur du séminaire de Brou,

* Le 19 février 1840, M. Delmas, préfet de Saône-et-Loire, adressait au préfet du Rhune la lettt-e suivante :

MOMtIBUa KT CUKR COLLBOUB,

« La cathédrale d^Autun exige des travaux de réparation et'donsolidation assez importants, et je désirerais que la direction en Mt confiée à un architecte habile, qui sdt conserver rharmonie convenable entre les anciens et les nouveaux travaux. On me désigne, comme pouvant parfaitement remplir cette mission, M. Louis Dupasquier, architecte de Lyon, qui s'est livré avec succèe à l'architecture du moyen

112 NOTICE SUR DUPASQUIER

Dupasquier fut chargé par M. D6lmas,le 12 juin 1840\ de dresser le projet des travaux à exécuter pour la réparation de la chapelle des fonts baptismaux de la cathédrale d'Autun, et le 4 août de la même année, M. le ministre des cultes, par décision du 27 juillet, le nommait membre d'une commission composée de MM. Jordan, ingénieur en chef des ponts et chaussées de Saùneet-Loire, Cave, inspecteur des bâtiments civils, Ghenavard, architecte de Lyon, et Robelin, architecte de Paris, chargés d'examiner l'état de la cathédrale d'Autun, et de constater les moyens nécessaires pour remédier aux dégradations constatées.

Cette commission, convoquée à Autun pour la fin

âge. Si vous pensez qu en effet cet architecte puisse être chargé de ce travail, je vous prierai de lui faire demander s'il lui conviendrait que je le proposasse, à cet eflGet, à M. Je ministre des cultes, et quelles seraient les conditions auxquelles il voudrait être employé. Signé : Delmas. »

Le 15 mars 1840, M. Housselot, vicaire général d' Autun, adressair à M. Dupasquier les lignes suivantes :

* Sur le témoignage rendu à vos talents par M. le supérieur du grand séminaire de Brou, M. Perrodin, Mgr Tévéque d*Autun désire avoir l'honneur de vous entretenir relativement aux réparations de sa catliédrale. Sa Grandeur sera à Màcon les 30 et 31 mars et le 1" avril ; elle vous prie d'avoir la bonté de venir l'y trouver, si vos occupations vous le permettent, afin de vous entendre avec elle sur les suites à donner à ce projet. »

* Le lendemain, 13 jum, Mgr d'Hèricourt lui écrivait:

« Une lettre que je viens de recevoir de M. le Préfet m'annonce que, vu la latitude que lui a laissée le ministre, et d'après mon avjs, il vous a nommé pour faire le devis des réparations de la chapelle des fonts ; j'aurais désiré une mesure plus complète ; mais vous comprenez rimpoi*tance de commencer cette affaire, et comme je tiens plus que jamais à ce que vous dirigiez seul t<ni8 les travaux, j'ai tout lieu d'espérer que vouh les conlintierez. *

NOTICE SUR DUPASQUIER 113

d'octobre, ne put réunir tous les membres désignés. La terrible inondation de cette année retenait à Mâcon Dupasquier, forcé de revenir par des chemins détournés à Lyon, où il annonçait la crue extraordinaire qui devait bientôt causer dans notre ville de si grands désastres.

Mais les membres présents à Autun, MM. Gavé et Jordan, confirmèrent par leur avis Topinion de Dupasquier, en déclarant qu'il fallait, pour cette opération difficile, des connaissances profondes et une direction intelligente.

Ce rapport décida le ministre à abandonner le projet de démolition, et il confia à notre collègue le soin de dresser son devis * pour la restauration de cet édifice religieux.

Tous ces travaux ont été exécutés par Dupasquier, à Texception de la flèche, dont nous parlerons plus loin.

Le 18 août 1843 eut lieu Tadjudication des voûtes ; le 13 juin suivant, un étaiement, savamment combiné, permit, après la démolition de la grande voûte, de ramener à un état à peu près normal les murs déjetés en

* Le projet dressé par Dupasquier comprenait :

1" Démolition et reconstroction des voûtes, avec reconstruction des contreforts ; 2* Construction des chapelles de Sainte-Anne et des fonts baptismaux ; 3" Construction et déblaiement du porche à l'ouest ; 4' Construction et réparation de la flèche ; 5" Travaux générau;^.

114 NOTICE SUR DUFASgi IKR

dehors. Cette manœuvre hardie était complétée par un système de reconstruction de nouvelles voûtes, système de solidité et de légèreté dont le temps a sanctionné la savante étude.

Le jour même de l'opération décisive, Mgr d'Héricourt réunissait à sa table M. le général Ghangamier, M. Gavé, le premier magistrat du département et diverses autres personnes de distinction. L'architecte fut forcé de se faire excuser : il commandait en ce moment même la manœuvre exécutée par quarante charpentiers, pour ramener les murs en dedans. L'opération fut couronnée du plus heureux succès.

Dupasquier vint l'annoncer à Monseigneur. Le général Ghangarnier serra chaudement la main à notre confrère, en comparant cette victoire si habilement préparée au gain d'une bataille \ L'auteur de ce tour de force reçut des félicitations sans nombre. L'inspecteur parisien repartit le soir même pour en porter l'heureuse nouvelle au ministre.

En décembre 1845, une cérémonie religieuse eut lieu ^

1 Dupasquier disait souvent : « Un artiste peut être tenté, par la. perspective d'attacher son nom k un fait d'art remarquable, d'accepter le rôle périlleux dont je mê suis chargé à Autun ; mais rien ne pourrait me décider à recommencer dans les mêmes conditions. »

2 Voyez à la fin de c^tte notice la note A, contenant la relation de cette cérémonie, publié par le journal VÊduen^ dans son numéro dyi 23 décembre 1845.

NOTICE SUR DUPASgUIER 115

pour célébrer cet heureux événement, et une inscription gravée sur bronze fut déposée dans une boîte de plomb placée sous une pierre scellée, pour en conserver le souvenir.

M. Delmas, auquel s'était joint M. Martin, maire de Lyon, demandèrent pour Dupasquier la récompense honorifique dont le gouvernement se plaît à décorer les auteurs de travaux éclatants ; mais le vent des révolutions emportait, en février 1848, les hommes au pouvoir à cette époque, et Tarchitecte fut oublié.

Quand Tordre reprit son cours accoutumé, M. Freslon, ministre des cultes, sur le rapport de M. Durieu*, songea à réorganiser le service des architectes diocésains ^. I/auteur des réparations de la cathédrale d'Autun, fut chargé ^ des diocèses de Lyon ^ et de Belley ^ ; mais sa nomination à la première de ces circonscriptions diocésaines n'eut pas de suite : un autre architecte en fut chargé ®. Notre confrère reçut en compensation le diocèse d'Autun.

* Voyez la note B, p. 33.

« A la date du 16 décembre i848.

3 Par un arrêté du 20 décembre 1848, sanctionné par le pouvoir exécutif.

•♦ Voyez la note G, p. 34.

& Voyez la note D, p. 35.

^ Dupasquier n'avait jamais cherché à détourner à son profit les travaux i)ioniis à ses confrères, ni apporté quelque obstacle à la réalisation de leurs espérances. Avant d'envoyer son adhésion au ministre, il se présenta chez Mgr de Bonald et lui demanda si sa nomination aurait son agrément. « Dans le cas, ajouta-t-il, oii les

116 NOTICE SUR DUPASQUIER

L'église de Brou exigeait des réparations urgentes ^ Personne, autant que le monographe de cet édifice, n'avait étudié cette architecture merveilleuse, si variée dans ses détails. On lui confia bientôt la restauration des façades.

Dire tous les soins apportés par l'artiste pour reproduire ces dentelles de pierre si souvent retracées par son crayon, et quMl fallait faire travailler par des ouvriers peu habitués au style gothique, pourrait difficilement se comprendre- Pour surveiller avec plus de soin les travaux, il installa dans des appartements de sa maison de la ville (devenus vides par suite de la révolution de 1848) les sculpteui^ de Brou. Les œuvres les plus difficiles s'exécutaient donc ainsi sous ses yeux.

En 1851, la restauration du p<^rtail occidental était achevée. Mgr Dévie, évéque de Belley et M- de Ghanal, préfet de l'Ain, présidèrent à la pose de la dernière pierre de ce travail *.

vues de Votre Éniiuence se porteraient sur un autre titulaire, je répondrais par un refus. — Mais non, lui répondit le prélat, je suis très-heureux de ce choix ; répondez oui, et faites publier votre nominotion dans la Gazette de Lyon. » Kt* quelque temps après, le même journal annonçait la nomination d*un autre architecte, présenté par Son Kminence.

* Voyez la note IC, p. 36.

< Bupasquier, en acceptant le jioste d'architecte diocésain de lielley, avait eu la délicatesse de refuser de s'occuper des travaux restant à exécuter à la cathédrale^ fBuvre de M. Chenevard ; il avait déclaré ne consentir^ à comprendre ce monument dans son service, que lorsque l'édiHce, étant entièrement achevé, il ne pourrait plus êtr.» question que de Tentretien.

NOTICE 6Vn DL'PASgtlER m

Une boîte de plomb renfermant rinseription ^ commémorative de cette cérémonie fut scellée dans le socle de la statue de saint André, qui reparut aux yeux de la foule, telle qu'elle était sortie du ciseau d'André Colomban *.

L'éjrlise de Brou fut pour Dupasqui(T l'occasion d'un autre triomphe ; nous voulons parler de la découverte des tombeaux de Marguerite d'Autriche, de Marguerite de Bourbon et de son fils Philibert le Beau, tombeaux dont l'emplacement était ignoré. Les recherches intelligentes de l'architecte firent trouver un escalier en pierre aboutissant au caveau dans lequel repof^aient les trois cercueils. Une cérémonie religieuse eut lieu ix)ur la translation de ces restes mortels, en présence des principales autorités du département et du délégué du gouvernement de Savoie. Dupasquier fut décoré, à cette occasion, de l'ordre des Saints-Maurice-et-Lazare ^.

Professeur à La Martinière depuis 1829, Dupasquier avait débuté dans cet enseignement en apportant quel-

1 Vovez la uoU» F, p. 31\

* Cet artiste, suivant la légende, aurait eu lintention de répuxluire loîlifiie de SI a patron ;maiB, suivant l'iiist^nre, cette slaluo était une lîgure enihJcinatique du i:alron de la Bourgogne, chargée de rapjieler la nationalité de la famille tie la tondatrice.

Déjà, en 1843, on avait, sous la direction de M. Dupasquier, réparé la tour de Brou, avec le dessein d'y élever une flèche en pierre.

5 Voyez la note G, p. 41.

118 NOTICE SUR DLFASgUliiR

qiies améliorations aux méthodes admises; mais, en 1835, l'école ayant été transportée définitivement du palais Saint-Pierre dans les anciens bâtiments des Petits Augustins, il créa un mode d'enseignement nouveau, et une organisation en rapport avec les exigences du nombre toujours croissant des élèves.

En 1848, sa méthode avait reçu la sanction de l'expérience, et le professeur sentait le besoin d'avoir pour lui, pour les répétiteurs et les élèves, un guide chargé de venir en aide à la mémoire des maîtres et de favoriser les progrès des élèves.

Dans ce but, Dupasquier édita son Cotirs de Dessin ^ .

Les avantages de cette méthode nouvelle ne tardèrent l)as à être appréciés. En France, diverses institutions s'empressèrent de l'adopter, et de l'Italie et de TAUemagne des hommes sérieux vinrent dans le cabinet du professeur étudier les principes de ce cours et l'organisation des classes.

Dupasquier ne borna pas là les améliorations introduites à La Martinière.

Il y établit une organisation entièrement neuve de la

1 Enseignement de l'école du Dessin à La Martinière^ à Lyon, par L. Du- , asquier. Lyon, fédit., 1849; 2" èdit., 185«: 3" èdit., 1868.

NOTICE SUR DUPASQUIEK J19

disposition du matériel et de l'outillage de la classe de dessin \ et enân un atelier de sculpture ^.

De 1841 à 1845, il songea à initier les élèves à la confection des moulages, et, sur ses instances, l'administration institua un cours consacré à ces études, et qui commença à fonctionner régulièrement en 1846 •\

1 11 avait très-bien compris, a dit M Gharvet, dans son intéressant^^ notice sur Dnpasquier. que dans un enseignement d'arth et métiers, les élevés doivent arriver à dessiner les enjrins les plus compliqués en perspective et à main levée, avec la même facilite qu'un peintre dessine une titrure. Aussi, à l'aide de modèles en relief et de dispositions particulières dans le matériel de l'école (qu'il dut faire établir spécialement), les élèves, après avoir débuté par le dessin, à main levée, sur Tardobe, des objets géométriques les plus simples, arrivent peu à |)eu à faire au lavis, et toujours en pers()ective, une machine à vapeur ou tout autre objet analo^^nie Ge« mo<lèIesen relief ne pouvaient êtr< nombreux, il fallut les établir sur un support central autour duquel les élèves sont j^rroupés en cercle, au nombre de quinze à vingt ; cett* disposition qui met chaque élève à égale distance du modèle, et le présente à chacun d'eux sous un aspect différent, leur ôte la possibilité de se cvpier les uns les autres, l'n des autres avantages de c^ groupement d'élèves est que l'enseignement, impossible à un seul professeur pour plus de quarante élèves, devient ainsi général, et qu'on peut chaque fois répétpr la tlémonstration k chaque section de quinze ou vingt, en le faisant sur le tableau de la section. (Charvet, Compte Rendu des travaille de la Société académique d'architecture^ pendant les années 186î>-1870, p. 13.)

2 Vu grand nombre d'élèves ont puisé dans ces ateliers des connaissances qui ont servi à créer des vocations artistiques et ont fourni des éléments à la régénération des édifices de notre ville.

•T En l?^4l) eurent lieu les i)renjiei-s concours, composés pour la première section.

d'un moulage d'après dessin,

d'un moulage d'après relie l,

d'une mise au point sur pierre.

Dapasquier apportait à son professorat un dévouement sans bornes. Le soir, après une journée toujours laborieusement employée, il retournait passe.- plusieurs heures dans cet établissement, pour inspirer aux élèves le goût pour les études, « t juger de leurs progrès. MM. les chefs d atelier Morel et Tardieu, pourraient se;ds dire tout le zèle et toute la sollicitude que, pendant quatorze ans, il apporta à cet e création.

1?0 NOTICt: SUR DUPASgUIliR

Les succès* de Dupasquier troublèrent bientôt le sommeil d'un homme, de mérite d'ailleurs, en qui Tadministration de La Martinière semblait personnifiée.

En 1839, M. Montmartin avait publié une brochure dans laquelle il insinuait timidement que le cours de dessin et les améliorations y introduites étaient le résultat de ses propres vues *. Dupasquier crut devoir garderie silence : il eut peut-être tort. Mais, en 1862, dans une brochure nouvelle, cet administrateur de la Martinière ayant osé se déclarer nettement l'auteur de la méthode de dessin mise en pratique dans cet établissement, Dupasquier, averti i)ar des amis de Tapparition de cet écrit peu répandu, et particulièrement destiné à être donné aux étrangers venant visiter l'école, répondit par un mémoire ^, dans lequel il prouvait d'une manière incon-

* M. Michel Chcvalie.% après une visite à La Martinière (voir Courrier de Lyon, 4 octobre 1844), écrivait : « N'est-il pas déplorable qu'un jeune ingénieur, sortant (le l'École polytechnique, ne sache pas faire un croquis de machine, à beaucoup près aussi bien que l'apprenti de quinze ans qui sort de l'école La Martinière. »

2 P. 51. * Quant au cours de dessein, disait M. Montmartin, résultat de nos pn.»pres vues, des instruments de travail que nous y avons introduits, et de Thabiletc du professeur qui la dirige, etc. »

3 Quelques opinions de M. Antonin Montmartin sur l école Iai Martinière réfutées par Louis I)upasquier, créateur du cours de dessin professé par lui â l'école La Martinière de 1835 à 1854. Lyon, Vingtrinier, 1860. In-8.

Ce Cours de dessin, publié en 1849, a eu une seconde édition en 1852 et une troisième en 1868, et Ton n'a pas osé contester à Dupasquier le titre d'aïUeur qu'il se donnait.

Après vingt-cinq ans d'un professorat remarquable, foi ce par des raisons de

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testable être seul auteur de ce nouveau mode d'enseignement-

L'architecte diocésain de Saône-et-Loire n'avait eu, pendant quatorze ans, qu'à se louer de ses rapports avec les diverses autorités ; des travaux que son esprit de justice lui empêchait d'approuver amenèrent des complications et presque un conflit; le ministère, pour se soustraire à des tiraillements, proposa à l'architecte un autre diocèse en échange de celui d'Autun. Dupasquier quitta ce dernier et refusa une compensation,

L'n autre architecte fut chargé de la consoUdation de la tour de l'est de la cathédrale d'Autun, et, à cette occasion, une cérémonie rehgieuse eut lieu le 7 septembre 1868. Le rédacteur de cette solennité n'eut que des éloges pour le directeur de ces travaux, en lui attribuant la restauration entière de l'édifice-

Ce fait n'était pas encore arrivé à la connaissance de Dupasquier, que déjà plusieurs de ses élèves s'étaient réunis pour adresser aux divers journaux de Lyon une réclamation contre ce déni de justice ^

En dehors des travaux importants dont nous avons

santé d^ quitter l'enseignement, Dupasquier demanda une retraite à laquelle lui donnait droit la retenue subie sur son traitement. L'opposition faite par BJ. Montmartin lui empêcha de Tobtemr !

* Voyez la note H, p. 44.

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