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LETTRE PLAISANTE

SUR LA LONGÉVITÉ DE CERTAINS ANIMAUX (un cerf kt une cb acvr-socxib) ,

Monsieur,

Vous avez parlé, dans votre avant-dernier numéro, d'un cerf récemment mort de vieillesse dans la forêt de Fontainebleau, et qui, portant à la jambe droite un extrait, non de naissance, mais d'existence, gravé en 1005 sur une espèce de bracelet, aurait vécu deux cent vingt-deux ans. C'est un assez bel âge, sans doute, et la plupart de vos lecteurs auront regardé cela comme quelque chose de merveilleux. Eh bien, Monsieur, apprenez qu'en fait de longévité votre cerf n'est qu'un mirmidon auprès d'un autre animal dont le sort tragique a dernièrement révélé une existence bien autrement prolongée, et qui va mettre en émoi tous les naturalistes et les antiquaires.

Il est question d'une chauve-souris, oui, Monsieur, d'une chauve-souris qui vient d'être tuée dans les environs de Laigle, et qui portait autour du corps un cercle d'or pur

sur lequel est une inscription latine qui ferait remonter son âge à huit cents ans, ni plus ni moins. L'estimable journal (1) qui nous transmet ce fait, dit que « l'on donne làdessus des détails vraisemblables, mais qu'il ne faut pas s'empresser d'y ajouter foi. » Je trouve cette dernière observation hors de propos; car, quoi de plus naturel que de vivre huit cents ans? N'a-t-on pas trouvé de petits animaux bien emboîtés dans d'immenses quartiers de roche, et qui, quoi qu'en dise le docteur V..., y jouissaient des douceurs de la vie depuis le déluge au moins? Pour moi, je ne fais aucun doute que la pauvre défunte, avec sa décoration d'or pur, eût, sans le crime de son assassin, atteint ses mille ans. Beau modèle ta suivre.

Ne vous semble-t-il pas, Monsieur, qu'il y aurait un ample, beau et docte commentaire à faire sur ces deux longévités? Mais pour cela, il nous faudrait rappeler à la vie le célèbre Mathanasius : je suis persuadé qu'il nous donnerait un nouveau chef-d'oeuvre aussi utile aux naturalistes et aux archéologues que celui d'un inconnu l'a été aux commentateurs en us; et sans cloute il déciderait une question qui m'embarrasse beaucoup, en ma qualité d'aspirant à une carrière aussi longue que celle de nos deux héros ; car l'un et l'autre n'ont pas suivi les mêmes principes d'hygiène : l'un, selon l'axiome : l'exercice est utile à la santé, n'a pas ménagé ses jambes au grand soleil , surtout quand les meutes de nos rois, depuis le bon Henri, le talonnaient; l'autre a continuellement vécu dans la retraite, à part quel-

- (1) Le Journal des Artistes, p. 514.

•lues promenades vespérines, lorsque l'astre du jour fail place aux ténèbres. D'après cela, que] système suivie/ Faut-il, pour vivre quelques centaines d'années, courir comme un cerf, ou méditer silencieusement dans sa cellule

comme une chauve-souris? C'est 08 que le grand Mathanasius nous dirait, s'il n'était pas mon. Kn attendant sa rédivivité, je vous souhaite une existence dont l'étendue soit le terme moyen entre celle du cerf et de la chauve-souris en question. Si mes vœux sont exaucés, vous vengerez, du moins, un peu cette pauvre espèce humaine qui fait tant la tière, et qui n'a pas l'esprit de vivre autant que les hêtes, et quelles hêtes!

Agréez, Monsieur, etc.

N...., votre abonné.

(Journal de Dijon et de la Côte-d'Or, 19 septembre 1827, n* 75.)

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