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ÉGLISE NOTRE-DAME DE DIJON

Cette église a constamment passé pour l'une des plus remarquables de Dijon, soit par son ancienneté, soit par les souvenirs qui s'y rattachent, soit par la beauté de son exécution, qui l'a toujours fait considérer comme un des chefs-d'œuvre de l'architecture gothique.

On ignore l'époque précise de sa construction; on sait seulement qu'elle a été bâtie sur l'emplacement de la chapelle Notre-Dame du Marché, capellœ Nostrce Dominée à foro, et que, dès 1229, on trouve un acte par lequel « Ameline, « veuve de Lambert-le-Riche, et Jeanne sa fille, lèguent à « l'œuvre de l'église de Notre-Dame de Dijon, un cens de « vingt sols, sur une maison en pierre, située rue du « Change (1). » Cet acte prouve que cette église a été bâtie au commencement du XIIIe siècle, puisqu'en 1229 on lui a fait une donation ; mais elle n'a été consacrée que le 8 mai

(1) « Concesserunt Beo et ecclesiœ beats, Mariœ Divionensis vigenti solides singulis amis percipiendos ad opus dictas ecclesiœ super domum lapideam quœ sita est in vico Cambii. » Ce mot lapideam , en pierre, prouve que les maisons à Dijon étaient toutes bâties en bois, et qu'une maison en pierres était alors un objet de luxe très rare.

1334, par Hugues (évoque) de Tabarie, suffragant de Jean de Chalon, évêque du diocèse de Langres, dont dépendait Dijon, il parall que les constructions accessoires ne se sont faites que successivement ; car une bulle du pape Eugène IV, du il février iii">, accorde des indulgences à ceux qui contribueront à l'entière édification de cette église et à son entretien, va l'on sait qu'elle n'a jamais été complètement achevée, puisqu'elle devait être couronnée par un beau dôme, et que le portai] devait être surmonté de deux tours très élevées. Au lieu de cela, on n'aperçoit, sur la petite tourelle qui est à droite de ce portail, que la fameuse horloge de Courtrai, envoyée à Dijon, en 1383, par le duc de Bourgogne Philippe-le-Hardi.

Dans l'origine, cette église prenait le nom de Notre- Dame du Marché à cause de la chapelle qu'elle a remplacée, qui s'élevait sur l'ancien marché au poisson. Ensuite elle fut appelée Notre-Dame de l'Apport ou du Bon-Rapport, parce que les étrangers et les pèlerins, attirés par les miracles de la Vierge, y accouraient en foule; enfin depuis 1513, époque du siège de Dijon par les Suisses, on la nomme Notre-Dame de Bon-Espoir, le siège ayant été promptement levé à la suite d'une procession solennelle qui se fit sur les remparts, le lundi 12 septembre, et où l'on porta en grande dévotion l'image de la Vierge. « A trois heures après midy, « le 13, dit le vieux Tabourot, la paix a esté criée perpé- « tuelle entre le Roy et les Suisses avec les Ligues et Can- « tons. » Le siège avait commencé le 9.

Le portail de l'église de Notre-Dame a 19 mètres 50 centimètres de façade, et 22 mètres 75 centimètres de hauteur. Il est divisé en trois étages ou parties, dont la première a

trois grandes arcades ouvertes, formant l'entrée du péristyle ou porche, dont les voûtes sont soutenues par plusieurs rangs de piliers. Dans l'enfoncement sont les trois portes de l'église. L'intérieur des arcades était richement orné d'une infinité de statues et de sculptures que l'on a brisées en 1793. Au-dessus de ces trois arcades s'élèvent deux galeries établies l'une au-dessus de l'autre, et ayant chacune dix-sept colonnes très menues, qui font un très bel effet. La galerie inférieure a pour fond dans son milieu, un vitrage qui détruit d'une manière ingénieuse le trop uni, et une certaine pesanteur qui se serait fait sentir s'il n'y eût eu aucune différence entre les deux galeries. Les frises ou bordures, séparant chacune de ces galeries, sont chargées d'animaux ailés, de lions, de griffons, etc. Des contre-forts, dont la partie supérieure prend la forme d'une tourelle, sont de chaque côté de ce portail. Au-dessus de la tourelle à droite est, comme nous l'avons dit, l'horloge de Courtrai, avec son Jacquemart.

L'intérieur de l'église étonne par la beauté et la hardiesse de sa construction, par l'heureuse exécution de ces colonnes délicates, multipliées (au nombre de plus de 400), dans toute l'étendue des travées, petites arcades, etc., et surtout par ces hautes voûtes dont l'ingénieuse structure semblerait, pour ainsi dire, dérober à la vue les points d'appui. Aussi faisaient-elles l'admiration de l'illustre Vauban qui, émerveillé de l'ensemble de l'édifice, s'écriait : « Il ne manque à ce temple auguste qu'une boîte pour le conserver. » Il est certain que l'art n'offre rien de plus fini et de plus délicat que les galeries qui régnent autour de la nef et du chœur. Elles sont doubles et souvent triples, soutenuesjpar

des colonnes de six pouces de diamètre, et de 15 pieds de haut, quelquefois de 30, quoique d'une seule pierre. C'est ce qui faisait dire au fameux Spon, ne sachant comment exprimer son étonnenieni, qu'il fallait que l'on eût sans doute alors le secret de fondre la pierre, et de la jeter en moule. L'harmonie qui règne entre toutes les parties de ce beau monument, a toujours cxcitél'cntliousiasmodesartistes. Le célèbre Soufllot, le créateur de Sainte-Geneviève de Paris, en ayant vu le plan dessiné par M. Le Jolivet père, le fit exécuter en bois avec toutes ses proportions, ses colonnes, etc., etc.

Les dimensions principales de l'église de Notre-Dame, mesurées hors d'œuvre, sont de 65 mètres, et sa largeur de 22 mètres 75 centimètres. Le porche a 17 mètres 86 centimètres de largeur, sur 13 mètres de profondeur. La longueur intérieure de l'église est de 46 mètres 77 centimètres, et sa largeur de 17 mètres 21 centimètres. La hauteur sous clef est de 18 mètres 50 centimètres. La hauteur totale du clocher est de 58 mètres 50 centimètres. Toutes ces dimensions annoncent un monument de médiocre étendue, mais bien proportionné.

Le premier objet qui frappe, en entrant dans cette église, est le maître-autel, surmonté d'un superbe morceau de sculpture (le groupe de l'Assomption de la Vierge), exécuté en pierre de Tonnerre, par le fameux Jean Dubois, de Dijon, mort en 1694. Le tabernacle et les stalles du chœur sont aussi son ouvrage. Le buffet de l'orgue est d'un beau travail. Les quatre tableaux qui décorent le chœur sont de Revel, l'un des meilleurs élèves de Lebrun.

Un autre objet spécial de la vénération des fidèles, et qui

tient à la dénomination de l'église, est une antique petite statue de la Vierge, faite d'un bois brun, essence de châtaignier. Le temps ou quelque événement inconnu l'a rendue noire comme l'ébène (1). On la croit du XIe siècle ou du XIIe au plus tard. Elle a 2 pieds 7 pouces de hauteur, 7 pouces de largeur par le bas, et 10 pouces aux épaules. Assise dans un fauteuil, elle est couronnée et tient sur ses genoux l'enfant Jésus également couronné. La forme et les traits des deux figures, dit l'abbé Chenevet, ont quelque chose de si singulier et de si contraire à toutes les règles de l'art, qu'on ne peut s'empêcher de regarder cette image comme un ouvrage des temps les plus barbares. Les riches vêtements dont elle est maintenant ornée ne laissent à découvert que la figure. Elle est sur l'autel de la chapelle à droite du chœur.

Avant la Révolution, on voyait, sous le porche, la statue d'Eudes IV, duc de Bourgogne, mort en 1349, qui avait contribué aux frais de construction de cette église, et celle de Jeanne de France, son épouse; dès lors elles ont disparu.

C'est dans la même église que les treize chevaliers qui tinrent, en 1443, le fameux pas d'armes à Marsannay-la- Côte, vinrent, après le tournoi, déposer aux pieds de la Vierge leurs écus et leurs lances; on les appendit à la voûte de sa chapelte, où ils sont restés pendant plus de trois siècles.

On conservait dans cette église une ancienne tapisserie

(1) Peut-être lui a-t-on donné cette couleur, dans ces temps de barbarie, pour se conformer trop fidèlement au texte de la Bible : Nigra sum sed formosa; mais, à coup sûr, le ciseau de l'ignorant statuaire n'a pas rendu le formosa.

d'un beau travail, représentant, en trois compartiments, le siège des Suisses en 15-13; elle subsiste encore, et a été transférée dernièrement de l'ancien hôtel-de-ville au Musée. Ce précieux morceau, qui date du XVIe siècle, a huit aunes de largeur sur trois de hauteur.

On remarquait encore dans la même église, le tombeau en marbre de Claude Fremiot, second président au parlement de Dijon, mort en 1670; l'épitaphe de Bernard des Barres, président au même parlement, mort en 1599; celle de Pierre Legoux, trésorier de France, mort en 1512; et celle de Philibert, premier chambellan du duc Philippe-le- Hardif mort en 1417. Parmi les épitaphes modernes, on distingue celle du vénérable curé, M. Jean Vêtu, mort en 1820. Il n'est par le seul pasteur de cette paroisse dont les Dijonnais conservent un précieux souvenir : on cite encore MM. Thomas Chaudot, mort en 1684; Jacques Genreau, mort en 1737; Louis Carrelet, son successeur, et Joseph Gaudrillet, auteur de quelques poésies et d'une Histoire de Notre-Dame de Bon-Espoir, qui a eu trois éditions, la première en 1733; la seconde en 1777; et la troisième en 1823, toutes in-12.

(Voyage pittoresque en Bourgogne (Côte-d'Or). Dijon, Jobard, 1833.)

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