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BIOGRAPHIE UNIVERSELLE MICHAUD

ANISSON (Laurent), imprimeur à Lyon, et échevin en 1670, est le premier de son nom qui se soit distingué dans la librairie. C'est de ses presses qu'est sortie la Bibliothèque des Pères (Bibliotheca maxima Patrum et antiquorum scriptorum), Lyon, 1677, 27 vol. in-fol. Phil. Despont fut éditeur de cette importante collection, à laquelle on joint : L Apparatus ad bibliothecam max. Patrum, de N. Le Nourry, Paris, 1703-15, 2 vol. in-fol.; II. Index Biblioth. max. Patrum, de Simon de Sainte-Croix, Gênes, 4707, in-fol.

ANISSON (Jean), son fils, fut aussi imprimeur à Lyon, et se chargea de l'impression du Glossarium ad scriptores mediœet infimœgrœcitatis, de Ducange, 1688, 2 vol, in-fol., ouvrage que les libraires de Paris refusaient d'imprimer. « Ce glossaire, dit Pernetti, eut, pour premier correcteur, Jacques Spon, et pour dernier, le P. Colonia, jésuite qui avoue que J. Anisson y travaillait, et entendait fort bien le grec. » J. Anisson eut, en 1701, la direction de l'imprimerie

royale, qu'il remit, en 1705, à Claude Rigaud, son beaufrère. Il devint député de la ville de Lyon à la chambre du commerce, à Paris, et en remplit les fonctions jusqu'à sa mort, arrivée en novembre 1721. — Anisson (Jacques), frère de Jean, fut aussi libraire, échevin en 1711, et mourut en 1714. Anisson (Louis-Laurent) , fils de Jacques, obtint en 1723 la direction de l'imprimerie royale, que Claude Rigaud, son oncle, ne pouvait plus exercer à cause de sa mauvaise santé. Louis-Laurent mourut en 1761, sans postérité. — Anisson (Jacques), frère de Louis-Laurent, lui fut adjoint en 1733, et obtint sa survivance. Il remplit avec distinction la même carrière que ses prédécesseurs, et mourut en 1788.

ANISSON-DUPERON (Etienne-Alexandre-Jacques), fils de Jacques Anisson, né à Paris, en 1748, fut, en 1783, directeur de l'imprimerie royale, et le fut ensuite de l'imprimerie executive nationale. En 1790, il publia une Lettre sur l'impression des assignats, et fit inutilement plusieurs tentatives pour être chargé de leur confection. En décembre de la même année, il exécuta le décret qui lui ordonnait de faire l'inventaire des effets existants à l'imprimerie royale, et de le déposer aux archives. Le 4 juillet 1792, inculpé pour l'impression d'un arrêté inconstitutionnel du département de la Somme, il produisit, à l'assemblée législative, l'ordre qui lui en avait été donné par le secrétaire général du ministère de l'intérieur. Après le 10 août, Anisson fut obligé de quitter l'établissement qu'à l'exemple de ses ancêtres il avait enrichi et illustré. Arrêté en ger-

minai an II, il employa Ions ses efforts pour recouvrer sa liberté, el il essaya de l'aire distribuer des sommes considérables à quelques membres des autorités de Ris et de

Corbeil. Ce moyen accéléra sa perte; il l'ut traduit devant le tribunal révolutionnaire, el condamné à mort, le 6 floréal an II (25 avril 17!)i) et non le 26 novembre 1793. On a d Anisson-Duperron un Premier mémoire sur l'impression en lettres, suivi de la description d'une nouvelle presse, 4785, in-4°. Ce mémoire, lu à l'Académie des sciences, le 3 mars 4783, avait été imprimé dans le tome X des Mémoiresde mathématiques et de 'physique 'des savants étrangers. L'auteur s'y porte inventeur de la presse à un coup. Cependant, celte invention est réclamée par M3f. Didot, comme ayant imprimé en 1777, avec une presse de cette forme, le Daphnis et Chloé de Villoison. On peut, à ce sujet, consulter une note de VEpître sur les progrès de l'imprimerie, à la suite d'un Essai de fables nouvelles, par Didot fds aîné, Paris, 1786, in-12.

AUGEREAU (Antoine), en latin Augerellus, fut reçu imprimeur-libraire à Paris, en 1531. Il paraît qu'il exerça aussi l'état de graveur de caractères; car La Caille, dans son Histoire de l'imprimerie et de la librairie, pag. 104, dit qu'il fut un des premiers qui tailla des poinçons pour les lettres romaines, l'impression de ce temps-là n'étant presque qu'en lettres gothiques. Les éditions données par Augereau ont été assez estimées. En voici quelques-unes, rapportées dans les Annales typographiques de Panzer : I. Pliniisecundi historiarum naturœ libri XXXVII, 1532, in-fol.; II. Novus

orbis regwnum ac insularum veteribw incognitarum, etc., 1532, in-fol.; III. Le Château de labour, et les Faintises du monde, 1532, in-12; IV. Le miroir de Marguerite de France, reine de Navarre, etc., 1533, in-8°; V. Nesiodi opéra et dies, grsece, 1533, in-8°; VI. M. F. Quintiliani instit. orat. lib. XII, 1533, in-fol. ; VII. Eusebius de prœparatione evangel., 1534, in-8°; VIII. S. Augustini de naturâ et gratiâ libellas, 1534, in-12; IX. Sancti Prosperi de gratiâ et libero arbitrio epistola, 1534, in-8°. La Caille lui attribue encore, Andreœ Naugerii Patricii orationes duœ, 1531, in-4°; Numerus et tituli cardinalium, etc., 1533, in-8°; Oraison de Cicéron pour le rappel de Marcellus, par Antoine Macault, 1534. Panzer n'a point parlé de ces trois derniers ouvrages. Il est présumante qu'Augereau est mort vers 1535, époque à laquelle il exerçait encore, dit Lottin, dans son Catalogue des libraires de Paris; mais dès lors on ne voit plus d'éditions données

par lui.

AUSSURD (Antoine), fut reçu libraire et imprimeur, à Paris, en 1519. On loue la beauté et la correction de ses éditions, parmi lesquelles on remarque Justinus, Florus, Sextus-Rufus, 1519, in-fol., qu'il imprima sur un ancien manuscrit tiré de la bibliothèque du collège de Lisieux; et les Joan. Raulin sermones de penitentiâ, 1524, in-4°. Panzer ne parle d'aucun des ouvrages imprimés par Aussurd. On croit que cet imprimeur est mort vers 1524.

BAGLIONI (Thomas), imprimeur vénitien, se fit une certaine réputation dans son art, vers le commencement du

Wli" siècle. Un ouvrage usez rare, sorti de ses presses, est

V Histoire des guerre* <lc Flandre, depuis [MÛ jusqu'en 1000, par Fr. Lanark) d'Aragon, Venise, 1010, in-4°, en italien; réimpression de l'édition d'Anvers, 1015, in-4°. La traduction espagnole est de Madrid, 1023, in-4°. Thomas Baglioni a imprimé un grand nombre do livres; son commerce étail considérable. Nous ignorons le temps de sa mort.

RARBOU, imprimeurs qui se sont fait un nom pour la correction et l'élégance des livres sortis de leurs presses. La famille des Barbou remonte jusqu'au XVIe siècle. Le premier que l'on connaisse est un nommé jean, qui, établi à Lyon, donna, en 1539, les Œuvres de Clément Marot, petit in-8°, caractère italique, édition très correcte. La devise de Mort n'y mord qu'on y lit, paraît être celle de Marot; on la trouve du moins dans toutes les éditions de ce poète. Les successeurs de Barbou prirent pour devise Meta laboris honor. — Hugues Barbou, fils du précédent, quitta Lyon pour aller s'établir à Limoges; il y donna, en 1580, une très belle édition, en caractères italiques, des Epîtres de Cicéron à Atticus, avec les corrections et les notes de Siméon Dubois, lieutenant-général de Limoges; il existe encore dans cette ville un imprimeur de ce nom. — Le premier des Barbou qui se fixa à Paris, fut Jean-Joseph, reçu libraire en 1704, par arrêt du conseil; il mourut en 1752. — Son frère Joseph fut reçu libraire en 1717, et imprimeur en 1723; il mourut en 1737. Sa veuve lui succéda, et se démit de son imprimerie en 1750.— M. Joseph-Gérard Barbou, neveu des deux précédents, fut reçu libraire en 1740, et reprit, en 1750, l'im-

primerie de Joseph, qui lui fut cédée par la veuve. C'est ce même Joseph-Gérard qui a entrepris la suite de la jolie collection des classiques qui porte son nom ; cependant il faut dire qu'elle n'a point été commencée par lui; car les premiers volumes ont paru dès 4743, et ceux qui ont été publiés par Barbou commencent à l'année 1755. Voici ce qui a donné lieu à cette collection. L'abbé Lenglet-Dufresnoy, voyant que les jolies éditions des classiques latins, exécutées par les Elzevirs, devenaient plus rares de jour en jour, conçut, en 1743, le dessein de suppléer à cette rareté, en faisant réimprimer toute la suite des mêmes auteurs, dans un format aussi commode, et avec autant d'élégance. Son projet fut goûté par des libraires de renom, et entre autres par Antoine Coustelier, fils d'Urbain, si connu dans la typographie française. Alors on vit paraître Catulle, Tibulle et Properce, 1743, 1 vol.; Lucrèce, 1744, 1 vol.; Salluste, 1744,

1 vol.; Virgile, 1745, 3 vol.; Cornélius Nepos, 1745, 1 vol.; Lucain, 1745, 1vol. ; Phèdre, 1742, 1747, 1 vol. , et 1754, 1 vol. ; Horace, 1746, 1 vol.; Velleius Paterculus, 1746, 1 vol.; Eutrope, 1746, 1 vol.; Juvénal et Perse, 1746, 1 vol.; Martial, 1754, 2 vol.; et Térence, 1753,2 vol. Le zèle des entrepreneurs de ces éditions se ralentissant et la collection étant menacée d'en rester là , M. Barbou résolut de la continuer. En conséquence, il acquit le fonds des auteurs déjà publiés par différents libraires, et y ajouta lui-même César, 1755,

2 vol.; Quinte-Curce, 1757, 1 vol.; Plaute, 1759, 3 vol.; Tacite, 1760, 3 vol.; Selecta Senecœ, 1761, 1 vol.; Ovide, 1762, 3 vol.; Cicéron, 1768, 14 vol.; Justin, 1770, 1 vol.; Pline V Ancien, 1779, 6 vol.; Pline le Jeune, 1769, 1 vol.; Tite-Live, 1775, 7 vol. A ces classiques, M. Barbou ajouta

encore : Nouveau Testament, en latin, 1707, 1 vol.; l'Imitation df Jésus-Christ, 17oN, 1764, 1773, 1789, en latin, 1 vol.; en tramais, 1789, I7<X0, I7.S7, I vol.; Amu'nituh'spoe- Hcœ, 17r»7, 177!», 1 vol.; Sarbievius, 1759, 1 vol.; Sarci>tis de Masenius, 4757, 4 vol.; liapin, 1780, \ vol.; Vanière, 1774, \ vol.; Desbilhms, 4759, 4778, 4 vol.; Encomktm nio- Hœ, 4777, 4 vol. M. J.-G. Barbou céda, en 1789, son fonds à Hugues Barbou, son neveu, mort en 4808. Les héritiers de ce dernier vendirent leur fonds à M. Auguste Delalain, qui a publié Juvencius, 4809, 4 vol.; Musœ rhetorices, 4809, i vol.; et Quintilianus, 1840, 2 vol. Pour compléter cette jolie collection, il faut y ajouter Meursii elegantiœ latini sermonis, 4757, 2 tomes en 4 volume, ainsi que les Tablettes géographiques, de Philippe de Pretot, éditeur du Térenee, et de la plupart des auteurs imprimés pour cette collection, avant 4755. Les éditeurs postérieurs ont été MM. Lallemand, Brotier, Capperonier, Valart, Denis, Beauzée, etc. La collection complète jusqu'à ce jour est en 7G volumes in-42.

BERNARD (Jean-Frédéric), laborieux et savant libraire d'Amsterdam, s'est fait connaître vers le commencement du XVIIIe siècle, soit comme auteur, soit comme éditeur de différents ouvrages, qui tous présentent de l'intérêt, et dont quelques-uns, assez considérables, ont eu du succès. Bernard écrivait avec plus de profondeur que d'élégance; malgré cela, ses ouvrages plaisent à la lecture, parce qu'on remarque dans son style un caractère de naïveté, d'impartialité, et un naturel qui inspirent la confiance. Cependant

quelques passages de ses écrits doivent être lus avec circonspection. Voici la liste des principales productions dont il est auteur ou éditeur : I. Recueil de voyages au Nord, contenant divers mémoires très utiles au commerce et à la navigation, Amst., 1715-27-37-38, 10 vol. in-12. Les quatre premiers tomes ont été réimprimés en 1731 et 1732. Bernard est auteur du discours préliminaire, de deux dissertations sur les moyens de voyager utilement, et de la relation de la grande Tartane. II. Mémoires du comte de Brienne, ministre d'Etat sous Louis XTV, avec des notes. Amsterdam, 1719, 3 vol. in-12; III. Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde, représentées par des figures dessinées par B. Picart, Amst., 1723-43, huit tomes en 9 vol. in fol. Superstitions anciennes et modernes, 1733-36, 2 vol. in-fol., fig. La seconde édition d'Amsterdam est de 1739-43, 11 vol. in-fol. Les abbés Banier et Le Mascrier ont donné une édition de cet ouvrage avec des explications et un ordre différent de celui qui est adopté dans l'édition de Hollande, mais avec les mêmes dessins de Picart, Paris, 1741, 7 vol. in-fol. M. Ponce! in a publié un extrait des Cérémonies religieuses, avec un nouveau texte qu'il a rédigé, mais toujours avec les mêmes planches, Paris, 1783, 4 vol. in-fol. Enfin, M. Prudhomme a donné une réimpression du texte de Hollande, auquel on a fait des additions considérables, surtout pour ce qui regarde l'histoire de la religion en Europe, depuis le commencement du XVIIIe siècle. Cette dernière édition, qui a les gravures deB. Picart, outre plusieurs nouvelles qu'on y a ajoutées (trois cent vingt-cinq en tout), est en 13 vol. in-fol., non compris un volume de nouvelles additions. IV. Dialogues critiques et philosophiques

par D. Charte-Lmy <J.-F. Bernard), Amst., 1730, in-12.

V. Réflexions momies, satyriques et comiques, Liège, 1733, in-12. On attribuait cel Ouvrage à I». Durand, niais celui-ci

l'a fortement nié, el Desfontaines assure qu'il est de Bernard.

VI. Histoire critique des Journaux, par Camusat, Amsterd., 1734, 2 vol. in-12. Bernard nVsi qu'éditeur de cette histoire, ainsi que de l'ouvrage suivant : VII. Dissertations mêlées sur divers sujets importants et furieux, Amsterd, 1740, 2 vol. in-12. VIII. Œuvres de Rabelais, nouvelle édition, Amsterd., 1741, 3 vol. in-4°, avec fig. de B. Picart, très belle et très bonne édition. J.-F. Bernard, qui a exercé la librairie à Amsterdam depuis 1711, est mort vers 1752.— Bernard (Jean-Baptiste), né a Marseille en 1747, libraire à Paris, où il est mort le 16 octobre 1808, a été éditeur des Œuvres posthumes de Montesquieu, Paris, Plassan, 1798, in-12, avec des notes. Il est auteur de Y Abrégé de l'histoire de la Grèce, 1799, 2 vol. in-8°.

BIENNÉ (Jean), en latin Benenatus, libraire et imprimeur de Paris, se distingua par la beauté et la correction de ses éditions. Il fut reçu imprimeur en 1566, et épousa dans cette même année la veuve de Guillaume Morel, imprimeur royal pour le grec, lequel était mort en 1564, avecla réputation d'un célèbre typographe. Jean Bienné marcha sur les traces de Morel et, devenu propriétaire de ses presses, continua les ouvrages qu'il avait commencés, dont le principal est le Démosthène, tout grec, qui parut en 1570, in-folio. Il en imprima ensuite plusieurs autres qui lui firent beaucoup d'honneur, notamment le Lucretius, de

rerum naturâ, éd. Lambino, 1570, in-40; Synesii hymni, 1570, in-8°; le Theodoretus de providentiâ, gr. lat., 1569, in-8°; etc. Jean Bienné mourut le 15 février 1588. On prétend qu'il laissa une fille qui possédait si bien le grec et l'hébreu, qu'elle eût pu conduire seule une imprimerie consacrée à ces deux langues. La veuve Bienné continua le commerce de son mari.

BISCHOP (Nicolas), en latin Episcopius, célèbre imprimeur de Bâle, naquit à Weissembourg en Alsace, vers la fin du 15e siècle. Très versé dans les langues grecque et latine, il cultiva la typographie avec le plus grand succès. Le fameux Jean Froben lui donna sa fille en mariage ; et à la mort de celui-ci, arrivée en 1527, Bischop s'associa avec Jérôme Froben, fils de Jean, et par conséquent son beaufrère. Ces deux imprimeurs entreprirent la collection des Pères grecs ; Erasme nous apprend qu'ils la commencèrent par les ouvrages de S. Basile le Grand. Les premières éditions où se trouve le nom de Bischop, datent, selon les Annales de Panzer, de 1529. Tous les auteurs qui ont traité de l'histoire de la typographie s'accordent à louer la probité et les talents de Bischop ; il jouissait d'une grande considération parmi les savants; Conrad Gessner lui dédia le dernier livre de ses Pandectes. Cet imprimeur avait pour devise une crosse épiscopale surmontée d'une grue, symbole de la vigilance. Il est sorti un grand nombre d'ouvrages de ses presses, et tous sont remarquables par la sévérité de la correction, la netteté du caractère, et la beauté du papier : j'en ai vu beaucoup qui m'ont paru

réunir ces trois qualités essentielles. Bischop ;i laissé an fils qui a aussi exercé l'ail de l'imprimerie.

LACOSTE (Jean), fils d'un avocat célèbre de Dijon (4), naquit dans cette ville en 1725, et y suivit la carrière du barreau avec la plus grande distinction. Il avait fait ses premières études au collège de Louhans, sous les Joséphistes, et il fit sa rhétorique et sa philosophie au collège de Dijon, sous les jésuites. Le fameux P. Oudin, qui savait si bien découvrir le germe du talent dans ses élèves, eut pour lui des attentions particulières; il en faisait le plus grand cas. En 1744, à l'âge de dix-neuf ans, Lacoste fut reçu avocat. Son goût l'entraînait vers les mathématiques, et il se disposait à entrer dans le génie militaire; mais son frère aîné ayant renoncé au barreau et à la charge de substitut du procureur-général, il se livra tout entier à la jurisprudence, et obtint dans la plaidoirie les plus rares succès. La nature l'avait doué d'une extrême facilité; il plaidait sur notes après s'être rempli la tête de son sujet ; c'est-àdire qu'il improvisait l'expression, mais toujours de la manière la plus heureuse. Il a publié dans le temps des consultations et des mémoires d'un grand intérêt. Ce qui le distinguait, c'était une lucidité et une concision dont il y a peu d'exemples. Il réduisait un dossier volumineux à un petit nombre de pages où tout était en évidence. Son inté-

(1) On connaît divers traits relatifs au barreau, mille fois répétés dans les recueils d'anecdotes, et qui annoncent une grande vivacité d'esprit, une répartie aussi prompte qu'heureuse; la plupart sont de Lacoste, entre autres : Le fait est un enfant fait, celui qui l'a fait, etc.; Moi, plus puissant que la cour» jt m'interdis, etc.

grité parfaite, son mépris de la fortune, son austère franchise et l'élévation de son caractère lui faisaient des admirateurs et des envieux. Il refusa constamment d'occuper une place au parlement Maupeou, et discontinua son travail. Lors de la dissolution des Jésuites, auxquels il tenait par les liens de la reconnaissance et par les affections les plus vives, il dit en pleine audience, en 4763, que l'autorité faisait un coup d'essai, et que les cours souveraines qui prêtaient leur ministère à la destruction d'un ordre religieux si célèbre fie tarderaient pas à être détruites elles-mêmes. Il refusa en 1788 et 1789 de se trouver aux assemblées bailliagères et autres, disant que c'étaient des sujets révoltés contre leur roi. Il s'affligea vivement de la réurtion des ordres. Son coup d'œil était profond. Il dit alors h un de ses fils (M. l'abbé Lacoste) que c'en était fait du trône et de l'autel, et qu'avant peu d'années les prêtres seraient sans feu, sans lieu et exposés à d'incroyables persécutions. D'après une opposition aussi énergique contre le nouvel ordre de choses, il n'est pas surprenant qu'il ait été la première victime de l'incarcération à Dijon. Le 28 août 1792, on le conduisit à la conciergerie sans lui donner le temps de quitter sa robe de chambre. Sa détention ne dura que quinze jours. Gomme il avait rempli, peu d'années auparavant, les fonctions d'échevin avec une grande distinction, et comme il jouissait de l'estime universelle, le peuple souverain voulut bien ordonner son élargissement. Mais le coup était porté; bientôt il fut frappé de plusieurs attaques d'apoplexie et ne fit que languir. Lorsqu'il eut appris le régicide du 21 janvier 1793, il se consuma de douleur. Dans le cours de sa carrière, ce célèbre avocat ne s'était

pas borné aux seules matières de jurisprudence, il se délassait de temps en temps avec les muses, la littérature et les sciences. On a de lui, outre beaucoup de mémoires imprimés : I. Lettres galantes et mordes, 1784, in-12; M. Essai surin pesanteur, Dijon et Paris, 17(52, in-12; III. Judith et David, tragédies, Paris, 1703, in-12; IV. Cléopâtrc, tragédie, 1774, in-42 ; Y. Eloge de Henri IV, discours qui a concouru à l'Académie de la Rochelle, en 1768; VI. Œuvres de M. I...., ancien bâtonnier de l'ordre des avocats, nouvelle édition revue et augmentée, Dijon, 1789, 2 vol. in-12. C'est un recueil des pièces précédentes, auxquelles Lacoste en a ajouté plusieurs inédites, entre autres, des poésies fugitives et des dissertations sur différents objets des sciences physiques. Le tout annonce beaucoup d'esprit, de facilité, et des connaissances très étendues. Au milieu des illusions de la jeunesse et de l'amour des plaisirs, Lacoste ne perdit jamais ce fond de foi et d'attachement à la religion qu'il avait puisé soit à Louhans, soit à Dijon, chez ses premiers maîtres. Cet homme de bien, ce jurisconsulte éloquent, mourut le 15 septembre 1793. — Son fils, l'abbé Lacoste, vicaire général, théologal et célèbre prédicateur, a tenu longtemps dans la chaire le rang qu'occupait son père au barreau. Il n'y a qu'une voix en Bourgogne sur l'heureuse hérédité de talent et d'esprit que l'on a remarquée dans cette famille depuis plus de cent cinquante ans.

LEBË (Guillaume), célèbre graveur et fondeur de caractères d'imprimerie, naquit en 1525, à Troyes où son père avait une papeterie très renommée. En 1539, il fut reçu à

Paris libraire et graveur-fondeur de caractères, ensuite choisi par François Ier, pour graver, frapper, fondre et perfectionner tous les beaux caractères orientaux dont s'est servi Robert Estienne. Philippe II le chargea de la fonte des caractères destinés à l'impression de la Polyglotte d'Anvers, 1569, 6 vol. in-fol., confiée au talent de Christophe Plantin. A la mort de Cl. Garamond en 1561, G. Lebé, nommé arbitre à l'inventaire de cette superbe fonderie (1), en acheta la plus grande partie des poinçons et matrices, et les ayant ajoutés à son fonds, il en fit le plus riche dépôt qui sans doute existât alors en Europe. Lebé mourut à Paris en 1598. — Son fils, nommé aussi Guillaume Lebé, né vers 1570, fut reçu libraire, graveur, fondeur et imprimeur en 1625; mais, longtemps auparavant, il avait imprimé, avec Jacques Sanlecque,un ouvrage intitulé : Spes augusta LudoviciXUIchr. régis Francorum et Navarrœ, 1611, in-fol.; et seul, un autre livre intitulé : Linguœ hebraicœ institutiones absolutissimœ, 1621, in-8°. Lebé avait un goût particulier pour les langues orientales, et avait composé pour son usage une petite grammaire arabe dont le manuscrit se conserve à la bibliothèque du roi. Dès 1604, il avait gravé un gros caractère arabe, qui existe encore à l'imprimerie royale, et sur lequel M. Schnurrer donne quelques détails dans sa Bibliothèque arabe, page 506. — Guillaume III, fils et successeur du précédent, reçu libraire, graveur et fondeur en 1636, était un des libraires-associés connus sous le titre de la

(1) On sait que les fameux caractères des Elzevirs provenaient des poinçons de Garamond. Parmi les chefs-d'œuvre qu'ils ont produits, on distingue surtout le Pline de 1635, 3 vol. in-12; le Virgile de 1636, et Ylmitation de Jésus-Christ, sans date (entre 1652 et 1654).

Compagnie de la Grand'Navire et des usages réformes. Cette compagnie, établie en 1888 par les soins du chancelier Chi-

verny, jouissait d'une telle réputation dans les pays étrangers, que l'on n'y visitait point les livres nui portaient au frontispice le fleuron du Grand-Navire. Guillaume Lebé avait pourmarque un H, qui faisait allusion à son nom; il mourut en 1685, laissant une veuve, qui continua son commerce jusque vers 1708, époque de sa mori, et quatre iill<,k> vraiment artistes, qui, habiles dans l'art de la fonderie, travaillèrent sous la direction de J.-C. Fournier, chef des célèbres graveurs-fondeurs de ce nom, et qui devint propriétaire du fonds de Lebé en 1730. (Voyez le Moniteur^ 10 août 1812.)

POT (Philippe), né en 1428, fut filleul et favori de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Ses rares qualités le firent remarquer sous le règne de ce prince, sous ceux de Louis XI et de Charles VIII. Dès qu'il fut en âge de porter les armes, Philippe le Bon le fit chevalier d'armes. Si l'on en croit une anecdote racontée par un moine contemporain, ce fut le zèle de la religion qui fit voler (en 1453) le jeune Pot au secours de Constantinople, assiégée par les Turcs. Il y fut entouré par une nombreuse troupe de janissaires qu'il combattit longtemps; mais, succombant enfin sous le nombre, il fut fait prisonnier. Les aventures auxquelles on prétend qu'il dut sa délivrance semblent trop romanesques pour trouver ici leur place (1); mais il est certain qu'il revint avec hon-

(1) Moreau de Mautour, qui, dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions, partie historique, tome V de l'édition in-12, page 324, donne la description du tombeau de Philippe Pot, révoque en doute cette histoire, dont on peut voir le détail dans les Essais sur Dijon, par M. Girault, 1814, in-12, p. 272.

neur dans sa patrie. Philippe Pot passa pour un des chevaliers les plus accomplis de son temps. Son éloquence le fit surnommer la Bouche de Clcéron. Il fut honoré de plusieurs commissions importantes par Philippe le Bon, qui l'employa, entres autres, à la conclusion des trois mariages du comte de Charolais; le premier avec Catherine, fille du roi Charles VII; le second, avec Isabelle, fille de Charles Ier, duc de Bourgogne,- et le troisième avec Marguerite d'York, sœur d'Edouard IV, roi d'Angleterre, et fille de Richard, duc d'York. Le duc de Bourgogne décora Philippe Pot, à Saint- Omer, en 1471, de l'ordre de la Toison-d'Or, le nomma son premier chambellan, et le combla de biens ; il le fit ensuite gouverneur de Lille et l'envoya ambassadeur à Londres. Charles le Téméraire, son fils et son successeur, eut les mêmes bontés pour Philippe Pot, et le maintint dans toutes ses charges. Mais, après la mort de ce prince, il paraît que notre Bourguignon se laissa gagner par Louis XI, et qu'il n'eut pas peu de part à la réunion de la province à la couronne. Cela indisposa contre lui Marie de Bourgogne, fille et unique héritière de Charles, qui lui fit quitter son service. Alors il se dévoua à Louis XI, qui rétablit, en sa faveur, la charge de grand-sénéchal de Bourgogne, en 1477. Philippe Pot contribua beaucoup à l'extinction des troubles suscités par le prince d'Orange. Pour lui témoigner sa reconnaissance, Louis XI lui conféra l'ordre de Saint-Michel, le fit son premier conseiller et son chambellan, puis le nomma chevalier d'honneur du Parlement de Bourgogne, et gouverneur de la province. Charles VIII, successeur de Louis XI, ayant rendu un édit pour supprimer le Parlement de Dijon et le réunir à celui de Paris, Philippe Pot fut dé-

puté au roi par les magistrats el les Etats; il porta la parole avec tant de dignité, que l»' Parlement fut rétabli et que lui-même obtinl la place de gouverneur de la province après Baudricourt. Sa douceur, sa sagesse, ses bienfaits, lui acquirent le nom de Père de la patrie. Il mourut en septembre 1494, et fut inhumé à Citcaux, où l'on voyait son mausolée, dans la chapelle Saint-Jean-Baptiste (1). En 179i , lorsque l'abbaye de Clteaux subit le sort de tous les monastères, ce mausolée fut transporté à Dijon et rétabli dans le jardin de l'hôtel de 31. de Ruffey, appartenant aujourd'hui à M. Richard de Vesvrolte. On y voit encore ce tombeau, où Philippe Pot est représenté, armé de pied en cap, vêtu d'une cotte d'armes, et couché sur une tombe élevée d'environ six pieds, et soutenu par huit deuils ou pleureuse, portant chacun au bras un écusson de ses alliances. MM. Béguillet et Courtépée, dans la Description, etc., de Bourgogne, tome II, p. 126, prétendent que Philippe Pot prit pour ses héritiers les religieux de Cîteaux, qui lui érigèrent un beau mausolée, et que le testament fut cassé. Ce fait a été contredit : le mausolée de Philippe Pot a été construit à ses frais avant sa mort. — Gui Pot, frère aîné de Philippe, fut père d'Anne

\1) Ce monument curieux a été gravé dans le tome IX, H, du recueil de Y Académie des inscriptions. Mais on a omis d'y rapporter l'inscription gravée en gothique carrée du quinzième siècle, sur la frise de la tombe, et qui est assez longue; elle commence par ces mots : Ci demorrera Messire Philippe Vot, seigneur de La Roche de Nolay, de Chatelncuf en l'Auxois, et de Gevrey en Chaonnois pour lapluspart, grand sénéchal de Bourgogne, seigneur de Thorey sur Oische et de Neelles, qui fut norry en Vostel de Monseigneur le Bon, Philippe denier trespassé, lequel le fit chevalier, fut parrain d'iceluy, etc., etc. La suite est un récit de toutes les charges dont a été honoré Philippe Pot, et des principales actions de sa vie; l'anecdote de Constantinople n'y est point rapportée.

Pot, qui épousa Guillaume de Montmorency, d'où viennent les ducs de Montmorency, les princes de Condé et de Conti (4).

(1) On a fait, pour ridiculiser cette alliance, une chanson dont le refrain est :

Mon père était broc , Ma mère était pot, Ma grand'mère était pinte.

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