EHBRF. DE L'ACADÉMIE DE DUOS
L'une des pertes les plus sensibles qu'ait faites récemment l'Académie est sans contredit celle de M. Claude- Xavier Girault, avocat, ancien conseiller-auditeur à la Chambre des comptes de Bourgogne et Bresse, ancien maire d'Auxonne, juge de paix du 3e arrondissement de Dijon, conservateur de la bibliothèque de l'Académie, garde de ses médailles, et président de la commission archéologique permanente, formée dans son sein.
M. Girault, né à Auxonne, le 13 avril 4764, après avoir fait d'excellentes études au collège de Dijon et terminé son droit en 1783, renonça à tous les plaisirs frivoles du jeune âge, pour se livrer entièrement à l'étude, et son goût naturel le porta vers les recherches historiques et littéraires. L'Académie de Besançon avait proposé en 1788, pour sujet
de prix, cette question : En quel temps le comté d'Auxonne a-t-il été détaché de la province séquanoise ? M. Girault, encore jeune, entra dans la lice, et la profondeur de ses recherches lui mérita le prix. Cet heureux coup d'essai, qui lui ouvrit les portes de l'Académie de Besançon, et ensuite celles de l'Académie de Dijon, le 23 juillet 1789, ne fit qu'enflammer son zèle, et augmenter son goût pour l'étude, surtout pour celle de l'histoire, dont il cultiva particulièrement deux branches essentielles, la numismatique et l'archéologie. Mais ce qui honore M. Girault, comme franc et vrai bourguignon, sincèrement dévoué à la gloire de son pays, c'est que l'histoire de la province qui lui a donné le jour a été l'objet constant et presqu'exclusif de toutes ses pensées et de toutes ses veilles. Aussi avait-il pris pour devise ce vers d'Ovide :
Et pius est patriœ facta referre labor.
En effet, on peut dire qu'il a exploré à fond la Bourgogne et principalement le département de la Côte-d'Or. Tout ce qui tient à l'histoire politique, civile, ecclésiastique et littéraire de ce beau pays; les villes, les bourgs, les villages, leur antiquité, l'origine de leurs noms, leurs monuments, les détails conservés par la tradition sur les curiosités de chaque lieu, les tombeaux, les statues, les médailles que le hasard y a fait découvrir; les anciennes abbayes, les châteaux, les ruines, les vieilles chartes, les coutumes bizarres, les usages singuliers, tout a été du ressort de M. Girault; tout a été examiné, analysé, décrit et consigné par lui, soit dans les journaux scientifiques, soit dans les archives
des différentes Académies qui s'étaient empressées de se l'associer, soil dans les ouvrages spéciaux qu'il a publiés. Et combien d'autres monuments de son érudition et de son ardeur infatigable pour les recherches se trouvent manuscrits dans les nombreux portefeuilles qu'il a laissés ! Il n'est pas surprenant que tant de travaux utiles qui se sont succédé rapidement et dont la liste, existe (an nombre de 63) dans la notice intéressante qu'a publiée notre confrère M. Amanton, Paris et Dijon, 1823, in-8°de 16 pages; il n'est pas surprenant, dis-je, que tant de travaux utiles aient fait apprécier en France le mérite de M. Girault, et lui aient donné entrée dans un grand nombre d'Académies et Sociétés littéraires, qui toutes se sont félicitées d'avoir un associé dont l'activité répondait à l'érudition. Que l'on consulte les mémoires et les rapports annuels de la Société royale des antiquaires de France; de la Société académique des sciences de Paris; des Académies de Lyon, Bordeaux, Rennes, Nancy, Mâcon, Bourg, Vesoul, etc., etc., on y trouvera nombre de dissertations, de mémoires et de lettres de M. Girault, qui prouvent qu'il ne regardait pas comme un titre oiseux l'honneur d'appartenir à ces corps savants. L'Académie de Bordeaux s'empressa de décerner à ses Essais sur Dijon la médaille d'or qu'elle accorde aux ouvrages qui lui paraissent offrir le plus d'intérêt et d'utilité. Cet ouvrage a été traduit en anglais par sir God'ham, écossais. A la distribution des prix archéologiques qui a été faite par l'Institut h sa séance du 20 juillet 1821, notre savant confrère obtint le premier accessit; et, à la distribution des mêmes prix, qui eut lieu le 26 juillet 1822, l'Institut lui décerna la première des médailles d'or. Il a encore
reçu plusieurs autres témoignages honorables du cas que l'on faisait de ses travaux.
Membre résidant de l'Académie de Dijon, M. Girault y a constamment donné l'exemple de l'assiduité aux séances et d'un zèle soutenu pour tout ce qui intéressait l'honneur et la prospérité de la compagnie. Chargé, par la confiance de ses confrères, du soin de la bibliothèque et du médailler de l'Académie, il s'est distingué surtout par un grand travail sur ce dernier objet, par le bel ordre qu'il a établi dans l'arrangement des médailles, et par les augmentations dont il a enrichi cette précieuse collection, augmentations qui souvent ont eu lieu aux dépens de son propre médailler. L'archéologie était aussi pour lui un objet de prédilection: président de la Commission des antiquités, il en a rempli les fonctions de la manière la plus active et la plus éclairée; il désirait vivement couronner ses travaux dans ce genre par l'érection d'un musée archéologique où seraient établis tous les monuments antiques, produits des fouilles qui ont été faites sur le sol de la Bourgogne ; il sollicitait des autorités supérieures un local à cet effet, lorsque ses démarches furent arrêtées par une maladie longue et douloureuse, qui, sans affaiblir ses forces morales ni son zèle ardent pour le travail, l'enleva enfin le 5 novembre 1823, à sa famille éplorée, à ses amis, à ses confrères et à l'estime de ses concitoyens.
Nous ne présentons M. Girault, dans cette notice, que comme un savant digne de tous les regrets des différents corps littéraires auxquels il appartenait. Si nous avions eu à parler de ses qualités personnelles, et de ses connaissances en littérature proprement dite, il eût fallu- parcourir un
nouveau champ non moins vaste que celui qui vient de nous occuper; nous nous contenterons de dire avec notre confrère M. Amanton (voyez sa Notice, pages 7 et 8), que « M. Giranll l'ut un nomme (l'une exacte probité, un ma- « gistrat intègre, un citoyen très attaché à son pays, et un
« sujet dévoué au roi et à sa dynastie Quoique couvert
« de la poussière des chartes et des vieilles chroniques, il « ne fut point étranger aux belles-lettres; une immense « lecture avait meublé sa mémoire de ce que les écrivains « du siècle d'Auguste et du siècle de Louis XIV offrent de « plus saillant. On en trouve la preuve dans les heureuses « citations d'auteurs classiques dont ses nombreux ou- « vrages fourmillent. 11 y avait beaucoup à apprendre « dans sa conversation, et, malgré la ténacité qu'il montrait « ordinairement dans ses opinions, il est pourtant vrai de « dire qu'il se rendait avec facilité aux observations que lui « faisaient ceux de ses confrères auxquels il soumettait « quelquefois ses ouvrages avant de les livrer à l'impres- « sion. » Nous pouvons d'autant plus garantir la vérité de cette dernière assertion, qu'étroitement lié avec M. Girault par la conformité de nos goûts pour les recherches, et investi de toute sa confiance littéraire, nous n'avons eu qu'à nous féliciter de nos relations quotidiennes avec lui, et de la déférence qu'il voulait bien avoir pour nos observations, parce qu'il savait, disait-il, qu'elles étaient dictées par l'attachement et nullement par un esprit de contradiction. En perdant M. Girault, nous avons perdu un sincère ami, le seul avec lequel nous passions habituellement nos courts moments de loisir, moments qui n'étaient jamais infructueux. Si sa mort a causé généralement de vifs regrets par
l'estime que l'on faisait de son érudition et de ses travaux littéraires, qu'on juge de notre douleur, nous, qui vivant dans son intimité, avons été, plus que tout autre, dans le cas d'apprécier ses qualités personnelles ! Aussi avons-nous partagé sincèrement les sentiments douloureux que sa perte a fait éprouver à sa famille éplorée.
{Séance publique de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon du 23 août 1823. Dijon, Frantin, 1824, p 275-281.)