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LETTRE

POUR JUSTIFIER L'EXACTITUDE LE LA IMTE Il'l'N ARRÊT DU PARLEMENT DE PARIS.

Dijon, ce V terrier 1824.

Monsieur,

Dans l'édition des Œuvres de Rabelais, Paris, L. Janet, 1823, 3 vol. in-8°, on rapporte (Tome III, p. 5), un arrêt de parlement du mardi 1er mars, 1551 , contre ung certain Hure maulvais exposé en vente (par Michel Fezendat ), soubz le titre de Quatriesme liure de Pantagruel, etc. Le savant éditeur de cette nouvelle édition de Rabelais, M. de L...., prétend que cette date du mardi 1er mars 1551 est nécessairement fautive, puisque l'édition de Fezendat porte :

Achevé d'imprimer le 28 janvier 1552 , et il pense que

l'on doit lire en tête de l'arrêt : 1er mars 1552.

Nous ne partageons pas l'opinion de M. de L..., et nous croyons être convaincu que la date de 1551 est très exacte, quoique, rapprochée de celle de Fezendat (1552), elle paraisse impliquer contiadiction. Voici nos preuves : à l'époque où cet arrêt fut rendu, l'année civile commençait en

France à Pâques ; ce n'est que plusieurs années après, qu'un édit de Charles IX, de janvier 1563 (art. 39), confirmé par une déclaration du 4 août suivant, donnée à Roussillon en Dauphiné, ordonna que l'année commencerait au 1er janvier (ce qui, cependant, ne fut exécuté qu'en 1567). Or, en 1552, Pâques tomba le 17 avril, jour où commença cette année; il est donc clair que le 1er mars précédent appartenait à l'année 1551. Ensuite, Pâques arrivant le 17 avril, le 1er mars était nécessairement un mardi, ce qui ne se rencontre ni dans l'année précédente, ni dans l'année suivante, ni même dans aucune des années qui se sont écoulées depuis 1541 jusqu'à 1588; nouvelle preuve que la date de l'arrêt est bien du 1er mars 1551 (v. style).

Mais, dira-t-on, la date du libraire Fezendat, qui porte : Achevé d'imprimer le 28 janvier 1552, est donc fautive, puisqu'elle serait postérieure à l'arrêt qui condamne le volume? Je' ne le crois pas, malgré cette contradiction apparente. Dans ce temps-là, la mobilité du commencement de l'année rendait peu scrupuleux sur l'exactitude des dates relatives aux mois de janvier, février, mars et avril; beaucoup de monde reconnaissait le mois de janvier pour le premier de l'année solaire, et même on donnait les étrennes au premier de ce mois, comme on les donne encore aujourd'hui, ce qui est prouvé par mille faits; ainsi, Fezendat a bien pu adopter cette manière de désigner l'année, qui n'avait pas besoin d'être pour lui aussi rigoureuse que celle du parlement, qui devait naturellement dater ses actes de l'année civile.

D'ailleurs ce libraire, voyant approcher l'année 1552 (du 28 janvier au 17 avril, il n'y a pas loin), a bien pu faire comme font ses confrères d'aujourd'hui, qui datent de l'an-

■tfe suivante un livre dont ils terminent l'impression en octobre, novembre ou décembre, afin de conserver à sa publication un air de plus grande nouveauté pendant quelque temps.

Quoiqu'il en suit, s'il y a erreur de date, elle ne porte nullement sur celle de l'arrêt dont la certitude est confirmée par la coïncidence du mardi avec le i" mars : coïncidence qui ne se rencontre que pour l'année lool (v. st.), parmi un grand nombre d'années qui lui sont antérieures ou postérieures.

La distinction du vieux style et du nouveau est si précieuse pour l'exactitude des dates, soit des impressions, soit des monuments historiques, antérieurs à 1567, que j'ai cru pouvoir en faire l'objet de cette lettre.

J'ai l'honneur d'être, etc.

Gab. P.

(Bibliographie de la Fiance, année 1824, p. 181.)

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