‹ Opuscules historiques relatifs à Jeanne Darc, dite La Pucelle d'OrléansChapitre 16 sur 31 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Quel est le nom au vray de la Pttcelle et de ses parens.

CETTE Pucelle se trouve encore nommée par aucuns auto», Jeanne Day^ mais parcorruptîon de langage, poinee que peut-estre aes frères ayant porté le nom du Lis, que le Roy leur avoit donné &i faveur d'elle, comme les descendans d'eux le

et dont Charles du Lis a négligé de nous instruire. C*est que, par suite des variations de limites entre la Lorraine et la Champagne^ et notamment par suite d*un règlement de territoire survenu en 1571^ le groupe d'habitations sises â Domremy, lien ot était née la Pucelle^ babitationa parmi lesquelles se trouvait la maison patrimooiale de sa famille, appartenait, du temps de Charles do Lia , à la Lorraine et payait la taille ; tandis qu'un autre groupe voisin d'habitations, qui portait le nom de Grenx et Donremy, était resté français ou champenois, et continuait à jouir du privilège accordé par le roi Charles Vil. On trouvera des développements étendus touchant cette particularité dans ks Btêiletin d9 ia Société de fhiitoire de FWmea, Juin iSB4, pages 103 et Buivantas. — V.

portent encore aujonrdliuyy ainsi qu'il sera jusUlié cy-aprè8> les Lorrains voisins le prononçoient grossièrement, à la mode de leur pays, Dalis pour Dulis, comme on y dit encore à présent : a vne fleur dalisy pour vne fleur de lis; » de sorte que pour concilier ces deux noms différens Darc et Dulis, n'en sçachant la cause et Torigine, ils l'ont appellée Day, pour se conformer à la prononciation du pays : ou bien par quelque autre vice d'escriture, ou par incuriosité d'en rechercher plus avant la vérité. Il est bien certain que son père s'appelloit Jacques Darc, comme il se void par plusieurs tikres de ses ancestres, et de ses frères, oncles de ladite Puoelle ; et par le procei qui lui fut fait à Rouen, et par celui de sa justifia cation, où y a grand nombre de tesmoins qui en déposent pertinemment; et par les armoiries mesmes des parens et autres descendans dudit Jacques Darc, qui portoient un arc bandé de trois flèches, qui se sont conservées jusques à présent, comme il se verra cy-après.

Et se doit remarquer encore, qu'aussitost que cette Pucelle fut receue et authorisée par le Roy de porter les armes, et qu'elle fut reconnue par sa valeur, et grande recommandation de sa virginité, elle fut appellée la Pucelle Jehanne, ou la Pucelle de Domp-Remy. Hais après ses grandes et miraculeuses expéditions de guerre, entre autres du

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siège d'Orléans^ de la réduction de la ville de Troye^ et de plusieurs autres^ et du sacre du Roy à Reims^ elle fut appellée par commune acclamation, la Pucelle de France^ comme il se void par plasieurs tiltres et patentes de son temps. Et depuis, les historiens^ qui se sont estendus et arrestez plus particulièrement sur ce qui estoit du siège d'Orléans, dont Thonneur et le principal effect lui est attribué, Pont remarquée par ce tiltre spécial de la Pucelle d'Orléans qui lui est demeuré. Aussi que le Roy Charles septiesme lui fit ériger une statue sur le pont d'Oriéans, ao pair et comme à Tesgal de lui-mesme , ainsi qu'elle s'y void encore aujourd'huy, et comme il est représenté au précédent recueil* : ce qui la maintient en ce tiltre de la Pucelle d'Oriéans.

Cette Pucelle donc, non seulement née et haptisée à Domp-Remy^ parroisse de Greux en France^ du diocèse de Toul, en ce qui est de France^ a esté appellée la Pucelle de France ; mais encore est originaire de France, par ses anecitres proTenus du nllage de Sefonds^ près de MoDtitaD»

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del S en Champigne, où oaMpiit Jacques Darc, son père , de bonne , ridie et ancienne famille dudit lieu , comme il se void par plurieiurs tiltres et contracts du pays qui se trouvent en la ville de SaintrDisier. .

Lequel Jacques Darc> père de la PuceUe^ eut deux frèreSf Tun Nicolas Darc Taisné, la vefye duquel nommée Jeanne, fut sa marraine, qui lui donna sur les fonts ce nom heoreiix de Jeanne, de perpétuelle mémoire. L'autre frère fut Jean Darc, son oncle, qu'elle pria de la conduire pour la première fois à Vaucooleurs, comme il se ^oid par son histoire et par les procédures de son procès**

1 Montierender, ou Montier-aa^Per, «n iUooèse 4eTToy«9« Conférez ci-des9U8, page 3, note 1.— Y.

t Charles du Lis, en rapportant ce fait de mémoire, fait évidemment ici confusion. L'oncle qui conduisit une première fois Jeanne Darc k Vaucouleurs s'appelait Durand, dit Laxart, et ne pouvait par conséquent s'appeler aussi Jean Oaro. Mais la révélatloa de cet autre parent nemaié Jean Darc, frère de lacques, conserve sa força si »n pH^i d'autant que les historiens de la Pucelle ont négligé ce personnage. Or. on trouve dans la Table alphahétiqfte des Mémorûnue de la chamltre de» eompht^ Méinorial l^ Bowrgei, page 3. la noie suivante : « U36, Acte de preaUlion de serment de lean Darc, arpeniew du Bol pour les bois et fprétsau département de France, t Ce département comprenait la Champagne. La mention qui précède parait s'appli-

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L« mère de ladite Pucetle fîit Isabelle Romée^ ainsi qu'il se void par Tun et l'autre des deux pro^* ces faits pour et contre elle. Monsieur du Tillet, et quelques autres Tont nommée Isabeau Vau^ tiieur, au lieu de Vouthon^ pource qu'elle estoit native du village de Vouthon^ distant d'environ une lieue deI>omp*Remy. Et eut frère et soBur, Jean et Aveline, de cbaoun desquels sont descendues de nobles et honorables familles^ qui en tirent leur généalogie et noblesse, en laqudle ils sont recon^ nus et maintenus^ en conséquence des patentes du Roy, qui voulut ennoblir non seulement ladite Pneelle et ses frères^ mais ses père et mère, et toute leur famille et parenté, tant en ligne masculine que

qaer parCBllettent an frère de lacquas Darc^ onela de la PMelle, ei ee aaufel enploi est tout à fait an baroioaie avec la profeasion de cnltivateur gui était celle de la faoaille Darc. Ainsi, en 1436, au moment même où il rentrait dans la possession de sa capitale, Gbailes VII qui, cinq ans auparavant, avait laissé périr sa libératrice avec une indifférence si étrange, accordait à Vnû des parents de la victime «e ténoigmige empresaédé MlUdlade. Cette notion^ si elle vooalt à §• céflirmer «t à s^édaiMir tais le sens ^e J'iodiqM , apportfoit^ «n ^t le dire, lue lanière noovellc anr on épisode impertaoi de notre histoire. Voyez à ee sn}9% mes Nimvelte» reeherehet iur la famille de Jeanne Dare^ Paris, Oamonlin, iS54, io-S«, page 45, et l'article Darc (Jeanne), dans la nouvelle biographie publiée par m. Firmin Didot (tom. XHI, iSSS).--V.

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iémininey comme il sera plus amplement représenté c j-après«

Le frère àonc de la mère de ladite Pucelie, nommé Jean, se retira au village de .Sermaize, Prévosté de Vitry-le^François en Cbampagne^ où il fut surnommé de Vouthon, pource qu'il venait dudit village de Voutbon, d'où il estoit natif, et y espousa Marguerite Conil, de laquelle il eut plusieurs enfans ; entre autres, frère Nicolas Romée, dit de Vouthon, religieux profez en TAbbaye de Cheminon ; auquel ladite Pucelle fit donner dispense et permission de son Abbé, par commandement du Roy, de la suivre par les armées pour lui servir de cbapellain et aumosnier, comme estant son cousin germain. Il eut aussi une fille nommée Marguerite de Vouthon , qui fut mariée à Pierre de Pertes, demeurant à Faveresse, près dudit Sarmaize, d'une des bonnes familles du pais : duquel mariage nasquit Collet de Pertes, qui fut homme d'armes des ordonnances du Roy, sous la charge du sieur de Bazillières, et espousa damoiselle Jeanne des Chiens, de laquelle il eut damoiselle Marguerite de Pertbes, qui fut mariée à Claude Marguin, fils de Collet Marguin, sieur de Lignon, et de damoiselle Marguerite Drouet, de noble et ancienne lignée ; duquel Claude Mar-

1 Voyei cMessoB, page 3, oote i. — V.

guin est issu Ëslienne Marguin^ qui a laissé de Marguerite Jacobé, sa femme ^ plusieurs enfaos vivans, et diversement pourveus eu la province de Champagne, entre autres damoiselle Jeanne Marguin, qui espousa Jean Le Fèvre; docteur en médecine, qui a pour un de ses enfans Estienne Le Fèvre» éleu à Chaalons y et autre damoiselle Louyse liarguin , qui espousa Michel Le Bègue, sieur de Vaux^ près Saint-Disîer, père de M. Jules César Le Bègue, advocat du Roy au bailliage et présidial de Vitry. Cette généalogie se trouve fort bien vérifiée, tant par une sentence, que pièces produites veûes et contredites par icelle, donnée solennellement et contradictoirement au siège présidial de Vitry, le 16 aoust 1585, entre le procureur du Roy demandeur en saisie pour les droits de jurée et bourgeoisie, faite dès Tan 1582, et les susdits défendeurs et opposans, soutenans n'en devoir rien comme nobles, à cause de ladite généalogie et descente du frère de la mère de la Pucelle d'Orléans. Par laquelle sentence ayant esté reconnus pour tels, a esté jugé à leur profit, pource qu'il suffit d'estre de noble extraction du costé de père ou de mère seulement, soit qu'on vive noblement on roturièrement ^

1 Le privilège accordé par Charles Vil è la famille anoblie de la Pucelle coDteoaii une clause regardée comme

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La aœur de la «lère de la PilceUe, nommée Aveline^ espousa Jean de Voyseul, duquel elle eut un fils nommé Domange de Voyseul^ appelle le vieux Voyseulydemeuranlà Burey-en-Vanx, près Vaucouleurs; et une fille Jeanne de Yoyseui^ qui espouBa Durant Lassais, demeurant audit Burey,

inoiiie ptr les jMrUeonniltes^ «t ^i anit |»ar piodcire 4m eoiitéqueiiees réellement gmr«t d«nt TÉtat. «o point de nw de rimpdl* Les femmes ellet-mémes, au titre de ee privilège , transmettaient la noblesse , c'est-A-dire Texemptioa des contributions roturières^ non-seulement à leurs époui^ mais A toute leur postérité, à l'infini. Il suit de là que^ déjà au temps de Louis XHl^ ces exemptions multipliées portaient un préjudice notable à la cause publique et menaçaient d*j porter une atteinte sans boraei. L'atoeat général A la cenr des aides savait cela roienx qne personne : mais i*exempt Tem* portait en lui snr le magistrat, et ce sentiment d'intérêt ou de solidarité privée se retrouve ici dans Tonvrage de Gliarles du Lis. Le privilège d^ezemption fut modifié en 161 A, comme il nous l'apprendra lui-même ci-aprés, page 88. Il le fut de nouveau en 163A. Enfin^ A Tavénement de Louis XVI^ en 177 A , les communes de Greux et de Donremy demandèrent Tune la «ontinoalion et Tautre la restitution dn privilège dMmmnnité dîiaapAt. Snr l'avis dn «ontrêleur génénd et dn oonseil supérieur des finances. Tune et Tautre demande fut rejetée, et Texemption ou privilège fut aboli et révoqué définitivement. Cette décision fut motivée, comme considérant, sur les édits de 161 A et 163 A, ci-dessus mentionnés et sur lès raisons dMntérél pVbltc snr lesquelles ees mêmes édite paraissaient fonéès. \vf. ci-dassnspagetA, note t.— V.

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qui eut un (ils Thibault Lassois^ surnominé le Noble^ pource que par Bentence du bailly de Cbaumont, du 27 janvier 1525, il fut déclaré tel, comme cousin remué de germain de ladite Pucelle. Ledit Domange de Yojseul eut entre autres enfans Jean de Voyseul, demeurant à Sauvigny^ qui mourut en 1551^ laissant sa vefve nommée Marguerite Galliseile, de laquelle il avoit eu une fille Marguerite de Voyseul^ qui espousa Médard Le Royer^ demeurant à Qialaines, près Vaucouleur. Lequel entre autres enfans eut Jean Le Royer» qui obtint letti'es de confirmation de sa noblesse^ à cause de ladite Pucelle d'Orléans, pource qu'elle avoit esté ennoblie avec ses père et mère^ et tous leurs descendans, tant en ligne masculine que féminine : lesdites lettres données à Paris ^ au mois de juin 1555, pour l'enthérinement desquelles^ enqueste fut faite le 8 octobre ensuivant, par M. Jean de Gondrecourt, lieutenant particulier au bailliage de Chaumont, contenant preuve fort ample de ladite généalogie. Duquel Jean Le Royer, vivant lieutenant-général des traittes foraines et domaniales au bureau de Vaucouleurs, escuyer, seigneur du franc-aleud de Saulme et de Brenicque ville, est issu Médard Le Royer, gentilhomme ordinaire de la maison de Monsieur le Duc de Lorraine^ fort reconnu et recommandé audit pays de Lorraine, pour plusieurs grands services par

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luy faits à Son Altesse pendant les ^erres^ et en autres ses plus importantes affiiires. Il a espousé damoiselle Rachel d'Ourche*; de Fune des meil* leures maisons du pays et a repris le nom de Voyseuly d'où il est seigneur^ son trisayeul^ cousin germain de la Pucelle; voyant qu'il ne restoit aucun masle en ladite famille^ pour en conserver le nom qu'il porte aujourd'huy.

Or^ entre tous les parens de la Pucelle, les plus nobles et reconunandables ont esté les propres frères d'elle^ non seulement pour avoir esté spécialement nommez et compris es Chartres de l'en* noblissement de ladite Pucelle^ données à Meunsur-Yèvre^ au mois de décembre 4429^ registrées en la Chambre des Comptes de Paris, lors trans-^ férée à Bourges, le 16 janvier ensuivant audit an 1429. Mais pource qu'ils ont aussi poursuivy le procès de révision de son injuste condamnation, où se voyent les plus solemnelles procédures qui ayent jamais esté faites en pareil cas, sur lesquelles est intervenu le jugement trèsHiotable de son innocence, donné par les archevesques de Reims et evesques de Paris et de Constance', tous trois commissaires déléguez par le pape en cette partie,

> La maison d^Ourches en Lorraine était d^ancienne chevalerie. — V.

* Coulances. — V.

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après avoir prins eonseil et advis des plus signalez personnages de France^ appeliez pour en juger avec euX; prononcée et solemnellement exécutée en la ville de Rouen, le 7 juillet 4456. Auquel procès se void comme iis ont sollicité courageu» sèment et incessamment par l'espace de près de deux ans entiers, cette solemnelle justification de rinnocence de ladite Pucelle, leur sœur, avec leur mère, lors encore vivante, et qu'ils y sont nommez et désignez en tous les actes principaux du procès; l'un par la qualité dechevalier, l'autre de prévost à Yaucouleurs ; mesme en l'acte contenant le règlement de la qqalité des parties, du 2 juillet 1456, assignées pour ester à droict, sur lequel est donné et exécuté ledit jugement à la louange et exaltation de ladite Pucelle, par l'establissement d'une croix et d'une procession solemnelle en ladite ville de Rouen, qui s'y void et se continue encore aujourd'huy. Cette croix estant posée au sommet d'un petit édifice, qui est ingénieusement taillé et élabouré en pierre de carreau, d'où sort et surgit une belle et claire fontaine qui jette son eau par divers tuyaux; au-dessus de laquelle fontaine est élevée la statue de ladite Pucelle sur des arcades, et en un estage plus baut est la susdite croix, partie de laquelle est à présent ruinée par sa vétusté, ayant esté bastie et érigée dès l'instant mesme de ce jugement justifica-

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tif S au propre lieu où cette Pucelle, tutélaire de la France^ avoit esté n injustement brûlée par ses ennemis. Et comme ce jugement de sa justification fut incessamment poursuivy par ses frères pendant près de deux ans^ aussi fut Kestablissement et érection de cette croix mise audessus de sa statue et susdit monument au mesme temps; en quoy ils sont très-dignes de louange. Et d^ailleurs sont encore d'autant plus recommandables lesdits deux frères de la Pucelle, pour avoir «sté tellement favorisez et reconnus par le roy Charles septiesme^ que non seulement il ayt donné à Tun Toflice de prévost à Yaucouleur^ qui estoit le plus bel office qui fust lors es environs du lieu de sa naissance^ pour son contentement, et de ses parens; et à l'autre faisant et continuant la profession des armes^ luy ayt donné le tillre de chevalerie : mais à tous deux encore ensemble ayt octroyé cette permission précieuse de porter le lis en leur nom et en leurs armes, ainsi qu'il se justifiera plus particulièrement cyaprès.

i L'édifice que décrit ici Charles du Us est parfaitement connu des arehéologues. il datait du seitiènie siècle et non du quinsiérae.'^V.

^^^Mg^h)

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