CHAPITRE h
Quelle est la naissance au vray de la Pucelle, et qu'elle estoit Françoise.
EANNE DARC^ vulgairement appellée la Pucelle d'Orléans, nasquit au village ou hameau de Domp-Remy, paroisse de Greux en France (où elle fut baptisée)^ situez sur la rivière de Meuse, frontière de Champagne, au ressort de la prévoslé d'Andelot, bailliage de Chaumont-en-Bassigny,
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élection de Langres, et diocèse de Toui. Mais d'autant qu'on dit communément Toul en Lorraine, aucuns ont escrit qu'elle estoit Lorraine^ dont ils se trompent; pource qu'il est notoire que ledit diocèse de Toul a son estendue et ressort partie sur la France^ partie sur TEmpire, partie sur la Lorraine^ comme les autres Eveschez proches : Metz et Verdun, pareillement situez sur les frontières desdits païs. Qui fait qu'en toute la Lorraine n'y àfâût vn seul Ëîeschi^ oi dit ainsi eommauément Toul en Lorraine^ qui est à dire en ce qui est de la Lorraine, comme on peut dire Toul en France, en ce qui est de France; ce qui ne se dit toutesfois si soutent, ny si facilement^ pource qu^en France il y a assez d'autres Evesches, aussi que la jtlus grai^de part de la Lorraine est dudit Evesché ié ;Jih^
Aucuns ont escrit aussi, qu'elle estoit native de Vaucouleur^ par un pareil abus, qui procède de ce qu'elle s'adressa au gouverneur de ladite ville, à ce qu'il la fist conduire vers le roy Charles YII, suivant les révélations qu'elle avoit de Dieu d'ainsi le faire ; d'autant qu'ayant à faire un si long voyage pour aborder le Roy, et passer par plusieurs villes et places de guerre qui restoient en son obéyssance, il estoit nécessaire d'avoir un passeport^ qui la peut faire passer èsdits lieux« Et n'ay«it près de sa naissance et deineure, autre ville de gttwi«
CHARUUS DU LIS. il
proche^ oii y aiut plus forte ganÛMn pour le Roy^ ny capitaine mieux reeûgneu qw Ri*ert de Baudmonrty qui coimiMiidoit pour Icnrg en ladite TÎlk de Vaucûuleur$, frmitiàre de ]a France^ et en laquelle y avoit un fort chasteau, elle fut addressde fort à propos fers luy, par l'inâtiiict et conieil de Dieu qui la conduisoit, et qiiidi«po«a f esprit dudit sieur de Baudricourt, quasi contre son sens, de la croire^ et luy donner ledit passeport avec convenable esoorte»
Autresestiment encore qœ Ws villages de Grtux et Domp^Remy sont du Barroisj et que» par con* séqueot^ le duché de Bar appartenant au duc de Lorraine, ladite Pucelle se peut appeUer Lorraine, Il peut bien estre que lesdits villages de Greux et DoinpRemy estant situez sur la frootiàre de Champagne, il y en ayt quelques waisens, ou partie desdits villages en Barrois, qui est limitrophe : mais quand iU en serinent du tout, ou en partie, cela ne feroit pas que la irouséquenee luoit n^cea* saire, ny véritsî>le qu'elle fust Lorraine, ny antre que Françoise, Le comté de Charolois appartient en propriété au Roy d'Espagne ; il y eomroet des juges tels qu'il veut, pour y rendre la justice à ses suhjets : mais pource que le ressort de la justice souveraine en appartient au Roy de France^ et que ledit comté doit la foy et hommage h la couronne de France, on n'a jamais veu, ny ouy dire
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que ceux dudit comté de Charolois fussent appelez Espagnols, ny autres que François: ainsi nos Roys de France ayant de tout temps le ressort de la jus* tice souveraine, et Fhommage sur le duché de Barrois^ on ne peut révoquer en doute que ladite Pucelle ne soit entièrement et yéritablement Française de naissance, et de diocèse, et nullement Lorraine, ny en apparence, ny en aucune autre façon.
La preuve s'en void non seulement par les lettres patentes qu'elle obtint dudit sieur Roy Charles VII, pour exempter les habitans desdits villages de Greux et Domp-Remy, en faveur de sa naissance, de toutes tailles, aydes et subventions, données à Chasteau-Thierry le dernier juillet 1429, au retour du sacre du Roy, signées a par le Ray, en son conseil , Budé, » qui portent, par exprès, que ladite Pucelle étoit native de Domp- Remy, et que lesdits villages de Greux et I>omp- Remy sont au ressort dudit bailliage de Chaumont en Bassigny. Ce qui se void confirmé par la sentence donnée le mesme iour, pour Penthérinement et exécution desdites patentes, par M. Régnier de Bouligny, lors général el conseiller du Roy sur le fait et gouvernement de toutes ses finances, qui mande ainsi le faire, et est signé N. Continelles.
Et par autres paten tes du mesme roy Charles VII, données à Chinon le sixîesme février 1459, le
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treote-huitiesme an de son règne^ signées a far le Roy^ à la rdaiion de son caneeUy Goniinelles, » se void comme les habitans desdits Ytliages de Greux et Domp-Remy estant troubles en ladite exemption, est mandé par le Roy de les y conserver et maintenir, suivant lesdites premières patentes de Tan 1429, en ces mots : En faveur de ladite PuceUe^ native d'icelle paroisee^ et en laquèUe sofil Mes f arène : lesdites secondes patentes vérifiées et exécutées par sentence des Eleus de Ijangres, du premier avril audit an i459> avant Pasques. Lesquels habitans de Greux et Domp-Remy ont depuis tousiours obtenu lettres de confirmation de ladite exemption de toutes aydes et tailles, de Roy en Roy, jusques au roy Louys XllI, à présent régnant, duquel ils les ont obtenues, données à Paris, au mois de juin 1610. Vérifiées et r^strées en la Cour des Âydes, à Paris, le vingt-huictiesme dudit juin audit an 1610, après avoir veu les susdites patentes originales de première concession du roy Charles septiesme, les confirmations des autres Roys ses sucesseors; mesmes les extraicts de la Chambre des Comptes de Paris, où se void comme es comptes des tailles de l'élection de Chaumont, ladite paroisse de Greux et Domp- Remy est tirée à néant, avec ces mots : A cause de la Pucelle, pour les années 1598, et autres suivantes iusques en Tannée 1608.
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Se void encore «ujourdliay par tes registres de tous les département des tailles, qaï se font par chacune année en l'élection dudit Chanmont en Bassigny^ conune à costé desdits yillages de Greux et Domp»Rem; est escrit de tout temps d'année en . autre ces mots : NéaiUy la PueeUe, Et pour entendre pourquoy^ maintenant, en Téiection de Chanmont se fait le département desdites deux paroisses, lesquelles par lettres patentes cy-dessus du sixiesme février 1459, estoient de l'élection de Langres, est à sçavoir que le premier establissement des élections en France estoit par diocèses, es villes seulement où y avoit Evesché, et que depuis elles ont esté multipliées, et establies par les autres villes, èsquelles y avoit bailliage ou séneschaussée : et que, par Testablissement de la nouvelle élection dudit Chanmont, on luy attribue lesdits deux villages, que Ton a pour, ce distraits de ladite élection de Langres, avec plusieurs autres*.
t ce premier chapitre est rempli de renteigaernente d'une importenee fondamenule pour i'hisloire do Jeanne Dare, présentés «rec un sens et une solidité parfaites. En ce qui touche l'exemption de Greux et les questions de ciiconscription financière, nul ne pouvait traiter ces divers points avee plus d^autorité que Charles du Lis^ avocat-général en la cour des aides, dont le ressort s'étendait précisément sur les lieux et les fMls dont il s'agit. Il y a toutefois une circonstance trés-euriewe qei se rattache à eette exemption