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INTRODUCTION

Ces opuscules ont trait aux Maronites ou à leur pays. Nous espérons donc qu'ils seront bien accueillis par les lecteurs de VOrient chrétien. Car les Maronites sont les seuls parmi les catholiques orientaux qui puissent défendre leur perpétuelle orthodoxie (1). Ils ont déjà été, et seront peut-être encore, les instruments choisis par la Providence pour ramener à l'unité Romaine certaines communautés orientales (2). J’ajouterai qu'au temps des Croisades, les Occidentaux, en butte aux perfidies de tant de chrétiens orientaux, trouvèrent chez eux des alliés sûrs et courageux. Guillaume de Tyr, qui les trouva aux environs de Tripoli de Syrie et de Byblos, nous dit en effet : <Erant viri fortes, et in armis strenui, nostris, in majoribus negotiis, quæ cum hostibus habebant, valde utiles. » C’éfaient des hommes courageux, de braves querriers, qui furent très wiiles aux nôtres dans les nombreuses affaires qu’ils eurent avec leurs ennemis (3). Enfin les Maronites surent défendre leur indépendance contre les empereurs schismatiques de Constantinople d’abord et ensuite contre les Arabes, de sorte que seuls dans tout l'empire ottoman ils sont propriétaires des

(1) Cf. Perpétuelle orthodoxie des Maronites, par S. G. Ms* J. Debs, archevêque maronite de Beyrouth, 1 vol. grand in-8° de 268 pages. (2) Perp. orth., pp. 55-58.

(3) Histoire des Croisades, 1. XXII, ch. var. Voir aussi Perp. orth., p. 114 où lon trouvera un passage analogue tiré du 1. VII, ch. xx de l’Aistoire des Croisades. Î

1 | en. os aus.

terrains qu'ils Pr Ur. not s pou’ vant d'une expression empruntée à RE ist = chrétiens orientaux sont encore taillables et cor 2 tandis que les Maronites eurent toujours et ont encore le di de bourgeoisie.

Il serait donc intéressant de publier, avec ramené à pui (1), une histoire de l organisation et des luttes de ce Je 2 peuple, grâce auxquelles il a pu jusqu'à ce siècle (2) se pa

mt ! de tout secours officiel pour sa religion et conserver une suffi- “4 sante liberté. Cette étude serait particulièrement intéressante vi pour nous, qui, depuis Constantin, sommes accoutumés à vivre : de l'appui et des subventions des pouvoirs publics, appui qui menace de se changer bientôt en hostilité. L

En attendant cette étude savante et impartiale, à laquelle la ‘Ag présente publication fournira des éléments inédits, nous allons | résumer l’histoire des Maronites surtout d’après l'ouvrage de . M Debs déjà cité : À Un moine nommé saint Waron réunit des disciples sur les bords de l'Oronte, entre Émèse et Apamée (Théodoret, Philothée, ch. 16). Ce moine vivait du 1v° au v° siècle, car saint Jean Chrysostome lui écrivit une lettre, et 7'héodoret, qui fut élevé à l'évêché de Cyr en 422 et qui écrivit son histoire, dit que, de son temps, il n’était plus du nombre des vivants. Après sa mort, les fidèles fondèrent un monastère auquel ils donnèrent son nom. — Les moines de ce monastère de Saint-Maron restèrent toujours attachés à la doctrine catholique et leurs adhérentes furent, de leur nom, appelés Maronites.

Il est question assez souvent, dans l'histoire, de ces moines et de leurs adhérents; ils sont désignés en syriaque par la locution : « ceux de saint Maron », koi 0357 «So (3). |Pagius, dans son histoire (an 400, n° 19), raconte qu'ils étaient

(1) Cf. Fauste Nairon : Dissertatio de origine, nomine ac religione Maronitarum, Rome, 1799, et Etienne Douaïhi d'Ehden, Sur l’origine des Maronites.

(2) Ilest à noter quedes missionnaires latins, dans leur zèle intempestif, voulaient identifier l’organisation des chrétientés d'Orient avec la nôtre, au moment même où celle-ci, faute de l'appui du pouvoir civil qui est sa base, a perdu beaucoup de

sa valeur. $. S. Léon XIII à du reste rappelé à ces missionnaires qu’il entendait respecter l’organisation, les rites et les usages des Orientaux.

(3) Le passage suivant entre crochets est tiré de Perpétuelle orthodoæie, pP- GO. 7. Voir aussi pp. 184-188.

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les plus vaillants champions de la religion en Orient. Ils attaquaient les hérétiques, arrêtaient la propagation des hérésies, prêchaient l'observation de la doctrine définie dans le concile de Chalcédoine, comme on peut le lire dans un mémoire de ces moines (7raité d'Apamée) adressé aux évêques de la Syrie seconde, mémoire écrit par le prêtre Alexandre, archimandrite de Saint-Maron, et inséré dans le premier canon du cinquième concile général. On peut voir aussi la signature de ce même Alexandre dans le mémoire des archimandrites de Saint-Maron de la Syrie seconde, adressé au pape Hormisdas. C’est pourquoi les hérétiques Acéphales, Sévériens, Eutychiens, et les sectateurs de Pierre le Foulon, remplis de fureur contre ces religieux, .exercèrent sur eux leur vengeance au point que l'empereur Anastase fit endurer le martyre à trois cent cinquante des moines de ce monastère de Saint-Maron, et l'Église romaine honore leur mémoire le 31 juillet. L'empereur fit brûler leur monastère, ainsi qu’on le voit dans le mémoire des archimandrites au pape Hormisdas, inséré dans les actes du cinquième concile général; on y lit en effet : « Lorsque nous nous rendions au conseil de Mar Siméon, pour les affaires de notre Église, des scélérats nous attaquèrent en chemin, tuèrent trois cent cinquante des nôtres, en blessèrent un plus grand nombre d’autres, massacrèrent aux pieds des autels ceux qui avaient pu s'y réfugier, et brülèrent nos monastères. »

Justinien le Grand restaura le principal monastère de Saint- Maron, ainsi que l’atteste Procope de Césarée dans son ouvrage : Des édifices bâtis par l'Empereur Justinien (iv. V, ch. 1x). Les moines Maronites se multiplièrent, et leur monastère redevint l’un des principaux de la Syrie seconde.]

Lorsque les empereurs de Constantinople persécutèrent les Jacobites pour rétablir l'unité de culte, ils trouvèrent chez les moines de Saint-Maron des auxiliaires d’un zèle parfois cruel, qui semblent avoir été les dignes prédécesseurs de nos inquisiteurs religieux.

Voici tout le passage de Bar Hebreus, historien jacobite, auquel je fais allusion (Chronique ecclés., I, col. 270-274).

« Lorsque C'hosroës, roi de Perse, eut été assassiné par son fils (628), Héraclius, empereur de Constantinople, reconquit la Syrie et vint à Ædesse. Le peuple, les prêtres et les moines

allèrent au-devant de lui, et quand il vit une si grande multitude de moines, il dit aux fidèles de sa religion : « Il ne faut pas laisser loin de nous un peuple si nombreux et si vertueux. » Aussi, un jour de fête, il se rendit à l'Église des monophysites et fit de grandes largesses à tout le peuple pour l'amener à adhérer au concile de Chalcédoine. A la fin du divin sacrifice, l'empereur s'avança pour participer aux saints mystères selon l'usage des empereurs chrétiens. Mais /saïe, métropolitain d'Edesse, enflammé de zèle, refusa les mystères à l'empereur et lui dit : « Je ne te les donnerai que si tu anathématises par écrit le concile de Chalcédoine. » Aussi l'empereur irrité chassa l'évêque Isaïe de la grande Église et la donna aux partisans du concile.

« Arrivé à Maboug, l'empereur reçut la visite du patriarche Athanase et de douze évêques, il leur demanda la formule de leur profession de foi (conso ss). Quand il l'eut parcourue, il les loua, mais ne cessa de leur demander de recevoir le concile de Chalcédoine. Et comme ils ne le voulurent pas, l'empereur, irrité, écrivit par tout l'empire : « Si quelqu'un n'acquiesce pas, «qu’on lui coupe le nez et les oreilles et qu'on pille sa maison. » Alors beaucoup nous quittèrent. Et les Moines de Maron, de Maboug et d'Émèse montrèrent leur cruauté et détruisirent beaucoup d’églises et de monastères, et lorsque les nôtres se plaignirent à Héraclius, il ne leur répondit pas. Aussi le Dieu des vengeances envoya les Arabes pour nous délivrer des Romains. Nos églises ne nous furent pas rendues, car chacun conserva ce qu'il possédait, mais nous fûmes du moins arrachés à la cruauté des Grecs et à leur haine envers nous. »

Tel est le récit de Bar Hébreus. Mais il ne faut pas croire que les querelles entre les Jacobites et les Maronites cessèrent à l’arrivée des Arabes. Car on trouvera dans la chronique traduite ci-dessous que les deux partis eurent une controverse l'an 659 devant Moaviah; le patriarche jacobite Théodore et l’évêque Sévère Sabokt furent battus par ceux de Saint-Maron et condamnés par Moaviah à payer une amende de vingt mille dinars, qu'ils payèrent tous les ans depuis lors pour que le calife les protégeàt contre les fils de l'Église.

À cette époque, du reste, les Maronites étaient brouillés avec les empereurs de Constantinople. Car ceux-ci, qui cherchaient

OPUSCULES MARONITES. ps)

un terrain de conciliation entre monophysites et dyophysites, trouvèrent un moyen terme qui créa une hérésie de plus : celle du monothélisme. On devait admettre deux natures en Notre- Seigneur Jésus-Christ, mais une seule volonté. Les moines de Saint-Maron et leurs adhérents se séparèrent des nouveaux hérétiques et restèrent fidèles à la vérité catholique.

[Ils résistèrent les armes à la main à l'empereur Justinien Rhinotmète, qui envoya des troupes contre eux en 694. Ses soldats firent l'assaut du monastère qu'ils renversèrent de fond en comble, massacrèrent cinq cents de ses moines, dispersèrent et tuèrent les habitants de Kennesrin et de Haouas, puis se dirigèrent vers Tripoli, dans le but de s'emparer de Jean Maron, premier patriarche des Maronites et des Libanais. Mais ceuxci les mirent en déroute et tuèrent deux de leurs chefs dans un com bat près d'Amioun, ainsi que lerelatent le patriarche Étienne Douaïhi d'Ehden, dans son livre sur l'origine des Maronites, le patriarche Joseph d’Akoura, et l’auteur de l'apologie des Maronites. Après cette destruction, le monastère de Saint-Maron ne fut pas rebâti, et aucun auteur n'en fait plus mention (1).|

ME: Debs identifie aussi les Maronites avec les Mardaïtes (2), dont il est fait mention chez beaucoup d'auteurs et qui furent très puissants en Syrie au vir° siècle. Puis les Grecs et les Arabes les obligèrent à se réfugier dans le Liban, qui leur offrait comme une citadelle naturelle pour résister à leurs ennemis. Les croisés les y trouvèrent et, à partir de cette époque. les rapports des Maronites avec les Occidentaux et la cour de Rome deviennent assez fréquents et assez connus pour ne pouvoir plus trouver place dans un simple résumé. Je rappelle seulement l'expédition faite au Liban par la France en 1860 pour mettre fin aux massacres des Druses (3). Quand l’ordre fut rétabli, les soldats français se rembarquèrent, donnant ainsi un bel exemple à nos modernes libérateurs de peuples, qui ne vont délivrer des opprimés que pour les soumettre à leur propre joug, prêts du reste à massacrer ceux qu'ils allaient, disaient-ils, délivrer, s'ils

(1) Perp. orth., pp. 70-71. — (2) Perp.orth., pp. 8 et 215-218.

(2) Rappelons la cause des massacres : L’émir maronite Béchir, prince de la montagne, aida les Anglais à chasser de Syrie Méhémet Ali, protégé de la France. En récompense, les Anglais emprisonnèrent l’émir à Malte, refusèrent de lui

donner un suecesseur, et partagèrent la montagne entre les Maronites et les

Druses, d’où les conflits.

ne veulent devenir leurs esclaves. — Du moins, les sentiments des Maronites envers la France, dont l'appui fut toujours désintéressé, ne doivent pas ressembler à ceux des habitants de Cuba, de Porto-Rico et des Philippines envers les États-Unis, occupés actuellement à les « délivrer ».

Voici maintenant quelques détails sur chacun des opuscules qui vont être publiés ci-dessous :

LES OEUVRES DE JEAN MARON, PATRIARCHE D’ANTIOCHE, D'APRÈS LE MANUSCRIT DE PARIS (SYRIAQUE 203) ÉCRIT EN 1470.

Les œuvres de Jean Maron, signalées déjà par Assémani (1), ont fait l'objet de plusieurs controverses avant d’être publiées (2). La logique aurait demandé, semble-t-il, de les publier d'abord, d'autant que cette publication, que nous entreprenons aujourd'hui, fera disparaître bien des difficultés (3).

Ces œuvres comprennent: 1° un exposé de la foi qu'Assémani appelait Libellus fidei ; 2?’ deux courts traités, l'un contre les Jacobites, et l’autre contre les Nestoriens.

L’exposé de la foi renferme d'abord l'exposé lui-même, œuvre personnelle de Jean Maron, puis de nombreuses citations des Saints Pères, des docteurs et des quatre premiers conciles généraux, pour montrer que la doctrine catholique est bien conforme aux traditions de l'Eglise.

Le manuscrit de Paris est écrit sur deux colonnes : l’une renferme le syriaque et l’autre une traduction ou quelquefois une paraphrase carchouni (arabe écrit en caractères syriaques) (4). La première page manque et a été remplacée par la traduction carchouni seule dont je donnerai letitre. Ce titre, comme celui de

(1) Bibliothèque orientale, 1, p. 513... M“ Debs établit aussi la sainteté de Jean Maron. Perp. orth., pp. 242-249.

à) Cf. Perp. orth., pp. 249-265.

(3) Nous joindrons au tirage à part des présents articles, tous les textes syriaques lithographiés (chez Leroux, éditeur, rue Bonaparte), afin de permettre de contrôler notre assertion et de montrer, comme le dit Jean Maron de lui-même, que nous avons « ni diminué, ni changé, ni augmenté ».

Les chiffres gras compris dans la traduction renvoient aux pages du texte.

(4) Cette paraphrase est due, d’après Assémani, à Thomas, évêque de Kafr-Tab, qui vint au Liban pour attirer les Maronites au monothélisme, et composa ou in-

terpola des ouvrages dans ce but. Cf. Perp. orth., pp. 99 et 260, :

trois manuscrits de ce même ouvrage conservés l'un à Rome (1) et les deux autres près de Beyrouth (2), attribue l'exposé de la foi à Jean Maron, patriarche d'Antioche. Quelques manus- crits ajoutent que l'ouvrage fut composé au monastère même de Saint-Maron. Nous sommes donc obligé de transcrire tel quel ce titre que nous trouvons partout et de traduire : OEuvres de Jean Maron... et non : OEuvres attribuées à Jean Maron.., comme on l’a fait à tort, sans aucune raison à l'appui, dans le catalogue des manuscrits syriaques de Paris.

En revanche, l'ouvrage ne porte aucune indication formelle sur l’époque à laquelle vivait son auteur, Jean Maron, patriarche d’Antioche. M# Debs le fait vivre du vu au vui° siècle (3) et a sans doute pour cela de bonnes raisons ; mais si l’on n'avait que les œuvres de Jean Maron pour fixer son époque, on la placerait certainement au vi° ou au commencement du vrI° siècle. Car le dernier concile cité est celui de Chalcédoine tenu en 451, et le dernier témoignage cité est celui de Sévère, patriarche d'Antioche, mort en 543. De plus, tout l'ouvrage est dirigé contre les Jacobites et suppose donc les moines de Saint-Maron en controverse avec eux, et il n’y est pas question, même incidemment, du monothélisme qui fut promulgué en 633 par Cyrus, patriarche d'Alexandrie.

Toutefois ces raisons, qui sont purement négatives, ne peuvent prévaloir contre une seule raison positive trouvée par ailleurs. Jean Maron, à quelque époque qu'il ait vécu, pouvait se borner à combattre les Jacobites et s'arrêter au concile de Chalcédoine qui les mit hors l'Église. Nous supposerons cependant,

(1) Écrit en 1392 à Eckel, près de Byblos. Cf. B. O., I, p. 513, ou Perp. orth., pp. 255-256.

(2) Cf. Perp. orth., pp. 256-257. Me Debs cite le titre de ces deux ouvrages pour montrer qu’Assémani à bien traduit le titre prétendu ambigu du manuscrit de Rome. Mais ce titre est expliqué plus loin sur le manuscrit de Rome lui-même; on lit en effet : « Alors ce Jean, surnommé Maron, commença... »

(3) Perpét. orth., pp. 53, 70, 228-242. Citons une parole de Benoît XIV : « Eruditioni pariter vestræ notum esse censemus, quod sæculi septimi propè finem, cum hæresis monothelitarum in patriarchatum Antiochenum grassaretur, Maronitæ quo se ab eà contagione integros servarent, statuerunt sibi patriarcham eligere, qui a Romano Pontifice confirmaretur, ab eoque pallii dignitatem acciperet. » Allocution du 13 juillet 1744. Perp. orth., p. 206. Siles Maronites ne se choisirentun patriarche qu’à la fin du vu siècle, leur patriarche Jean Maron ne peut avoir vécu plus tôt.

analogue aux a dr et où la lutte était si acha r'e ceux-ci et les Maronites (voir le texte de Bar Hebreus ci-dessus).

J'ai dit que le texte syriaque de la première page manque dans le manuscrit de Paris; M#° Basbous, représentant de la nation Maronite à Paris, m'a procuré une copie des premières pages du manuscrit de Rome (1). Je laisse de côté le titre et de phrases préliminaires dues au scribe et donne les quelques lignes qui commencent l'exposé de la foi : “a Hakllo Eedao Lis Go abus pas] mawolfo Jake Jlys Lis Qu oo umo gonsihso Eumsylils [lis Jlaismos 009 a) Sas LR] Hbye Hey LRE

Dax Jo °-uèc

« Nous, fils de la sainte Église catholique, nous croyons et

nous confessons les enseignements des prophètes, des apôtres et

du troisième ordre : celui des saints docteurs qui ont toujours

brillé dans la vraie foi de l’orthodoxie et qui, dans les quatre saints conciles, ont combattu le bon combat... (2). »

Il y a identité entre le manuscrit de Paris et celui de Rome, hors quelques particularités orthographiques et une interpolation, ou omission, de trois mots (3). Voici maintenant quelques remarques sur le contenu : |

Les citations des Pères grecs, dont j'ai pu contrôler une partie, sont exactes et confirment la tradition d’après laquelle Jean Maron aurait fait ses études à Constantinople et aurait, par suite, bien possédé le grec. Par contre, il existe des différences notables entre une citation de S. Ephrem et le même texte édité par M“ Lamy. Enfin les citations de l'Écriture ne sont pas faites d’après la Peschito.

(1) Jusqu’aux témoignages des Saints Pères.

(2) Cfr. B. O., L., p. 514. La suite est dans le ms. de Paris.

(3) Le catalogue des manuscrits syriaques de Paris avance donc à tort que le manuscrit de Paris diffère de celui de Rome. Je n’ai pu collationner que jusqu'aux témoignages des Saints Pères, mais il ny a pas de motifs pour que ces témoignages, quisont de pures citations, soient altérés. — Les trois mots qui manquent dans le manuscrit de Paris ont cependant une réelle importance. On les trouvera en note à leur place. Il suffira de comparer notre publication à l’analyse que donne Assémani du manuscrit de Rome, pour voir que toutes les cita-

tions sont communes aux deux manuscrits, hors peut-être deux textes de Sévère d'Antioche. Cf. B. O., t. I, p. 516.

On remarquera que Sévère, patriarche Jacobite d'Antioche, est cité; mais il n’est pas nécessaire de supposer, comme le faisait Assémani, qu’il y a là une interpolation, car les textes cités sont nettement dyophysites. Nous en dirons autant pour Jacques de Saroug. Quant au titre de Saint donné à ces deux Jacobites (1), il ne tire pas à conséquence, comme le voudraient ceux qui oublient les usages orientaux. Dans ces heureux pays, en effet, on accable les gens de titres auxquels ils n’ont que des droits très contestables, et un saintlà-bas n'est pas tou- Jours un saint chez nous. Du reste, Jean Maron lui-même nous montre plus loin le peu d'importance qu'il attache à ce titre, puisque dans sa diseussion avec un Nestorien et un Jacobite, il appelle toujours ses adversaires : « frères saints ».

Enfin tout l'exposé de la foi est dirigé contre les monophysites. Il n'y est jamais question d’une ou de deux volontés, encore moins de controverses avec les monothélites ; le mot lui-même de volonté n'entre qu'une fois dans tout l'ouvrage et ce n’est pas dans un texte de Jean Maron; c'est dans une citation de Severianus, évêque de Gabala : « .… un fils, une volonté, un pouvoir, un gouvernement, une adoration... » Dans la phrase précédente il est question du Fils, et dans la phrase suivante il est question de la Trinité; suivant donc que l’on rapproche cette phrase de la précédente ou de la suivante, il s'ensuit que Severianus est monothélite ou orthodoxe. Or cet évêque était le contemporain et l'ami de saint Jean Chrysostome (en attendantqu'il en devint le rival), il vivait done avant que la question monothélite se post, et il ne passa jamais pour hétérodoxe, puisque plusieurs de ses discours ont été et sont encore imprimés sous le nom de Jean Chrysostome. Il faut donc rapprocher cette phrase douteuse de la suivante et entendre qu'en la Trinité il n'y a qu'un Fils, une volonté, un pouvoir, etc. (2). Si j'ai développé ce point quiimporte assez peu à Jean Maron, puisqu'il cite Severianus contre les monophysites et lui laisse, bien entendu,

(1) Assémani (B. O., t. I) croyait Jacques de Saroug orthodoxe, mais il reconnut plus tard (B. O., t. Il) qu'il ne l'était pas.

(2) Ajoutons que parmi les quinze discours de Severianus traduits de l’arménien par Aucher (Venise, 1827), les deux premiers ont pour titre : De fide deque generatione Filii a Patre et De Incarnatione, mais on n’y trouve pasle passage cité par Jean Maron. Ce passage est-il dans un discours perdu ou a-til été interpolé? Il ne se trouve pas non plus chez Léonce de Jérusalem.

Ja apoisitine de ses autres dépens je trouver là, au moins dans quelques cas .. culiers l'imputation de monothélisme qui fut dirigée contre les ] tes, sans aucune preuve positive à l'appui. x Voici, en effet, ce qu'écrivait Eutychès, strriii Melit e d'Alexandrie (x° siècle), qui fut cité depuis par Guillaume de Tyr (1), Masoudi etc. (2) : « Il y eut, du temps de l'empereur romain Maurice, un moine nommé Maron, qui affirma en Notre-Seigneur Jésus-Christ deux natures et une seule volonté, une seule opération. Après sa mort, on édifia un mo-. nastère qu'on appela le monastère de Maron (3). » Ê Nous avons déjà dit que le monastère de Maron fut fondé au 1v° siècle; de plus, on se demandera pourquoi Eutychès fait vivre Maron sous Maurice (582-602) et pourquoi il affirme que ce Maron reconnaissait une seule volonté et une seule opération. Or, supposons qu'Eutychès, qui semble avoir été un homme érudit, ait eu entre les mains l'exposé de la foi. I] aura pu facilement ne pas reconnaître le célèbre Severianus dans le syriäque 11:%, mal interpréter son texte et l'attribuer à Jean Maron lui-même, puis placer Jean Maron à la fin du vi° siècle d'après le contenu de son livre, comme j'ai dit moi-même plus haut qu'on pouvait le faire. Il ne le nomma pas patriarche d’Antioche parce que les melkites affirment « avoir conservé l'antique et légitime patriarcat d'Antioche (4)» et que ce Jean Maron dut lui sembler un usurpateur. Enfin il lui rattacha arbitrairement, à cause de la similitude des noms, la fondation d’un monastère dont il avait entendu

(1) Cf. Perp. orth., p. 115.

(2) Cf. Le livre de l'avertissement et de la révision, traduction de M. le baron Carra de Vaux, Paris, 1897, pp. 211-212, 218.

(3) Perp. orth., p. 91.

(4) Perp. orth., p. 228

Il y a de grandes anélesies entre les œuvres de Jean Maron et un traité très développé publié par Maï : Seriptorum veterum nova collectio, t. VII, pp. 110-156. Ce traité a pour titre : Questions du très savant moine Léonce de Jérusalem contre ceux qui attribuent à N.-S. Jésus-Christ une nalure composée, avec les témoignages des Saints el l'explication de leurs paroles. Nous y renverrons souvent. On ne peut dire toutefois que Jean Maron le résume, car il donne des citations qui ne sont pas chez Léonce. Celui-ci cite les mêmes auteurs que Jean Maron, hors Jacques de Saroug, Denys l'Aréopagite, S. Ephrem et Isaac le Syrien ; il cite en plus Timothée CElure et ne parle pas des conciles.

parler par ailleurs. — Cette explication, ne serait-elle qu'ingénieuse, aurait l'avantage de trouver une petite cause à la grave imputation de monothélisme portée sans preuve, de divers côtés, contre les Maronites.

FRAGMENTS D'UNE CHRONIQUE SYRIAQUE MARONITE, D'APRÈS LE MANUSCRIT DE LONDRES : ADD. MS. 17.216 (roL. 1-I5).

Nous avions transcrit à Londres toutes les parties lisibles de cette chronique quand nous avons appris, en la traduisant (1), que M. Nœldeke en avait publié la fin. Il l’attribue lui-même à un Maronite (2). Elle a donc sa place toute marquée parmi ces opuscules. Son importance a très bien été mise en relief par M. Nœldeke, auquel nous emprunterons quelques notes.

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