L'hirondelle de cheminée
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de bouquets de fleurs dérobés au parterre, le surintendant et toute sa famille prenaient le repas du soir.
Un jeune officier, arrivé depuis quelques mois au Détroit, avait été invité à se joindre à la famille.
Des esclaves noirs, occupés du service de la table, se tenaient debout derrière les convives, attentifs à leurs moindres signes.
Quelle charmante soirée !— s’écriait le jeune officier, beau jeune homme, aux cheveuxblonds, aux traits nobles et expressifs, au front haut, intelligent et fier, à l’œil vif, mais un peu rêveur ; — en vérité je n’ai vu qu’en Italie un climat aussi doux, une nature aussi délicieuse, d'aussi beaux effets de lumière !
Voyez donc à l'horizon, ces flocons de nuages qui nagent dans l’azur du ciel. Ne dirait-on pas une superbe écharpe à frange de pourpre et d’or flottant à l’horizon P
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— Cette soirée est magnifique, en effet, répondit le surintendant.
Nous jouissons dans ce pays, d’un bien beau climat.
Nulle part je n’ai vu un ciel plus pur, une lumière plus limpide, une nature plus grandiose ; mais, d’un autre côté, nous sommes privés de bien des jouissances accordées aux vieux pays.
Exilés aux dernières limites de la civilisation, à combien de dangers ne sommes-nous pas.
exposés de la part des Sauvages !
Vous, qui venez à peine de quitter les rivages civilisés de l’Europe, vousne pouvez vous former une idée de la cruauté de ces neuples barbares.
Ah ! la vie est encore bien dure dans ce pays.
— Oui, repartit la femme du surintendant dont la belle et mâle physionomie indiquait une nature fortement trempée, il y a à peine quelques années, j'étais encore obligée de faire la sentinelle, le fusil au bras, à la porte du fort, pendant que tous les hommes étaient occupés, aux environs, à la culture des champs.
1 H:sturiuque.
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La conversation fut ici interrompue par ua des esclaves noirs qui vint avertir M. le surintendant et sa femme qu’une personne étrangère désirait les entretenir.
Tl'ous les convives se levèrent alors de table,
— Vous m'avez l’air bien triste, ce soir, Maclemoiselle, dit le jeune officier en s'adressant à une jeune fille de seize à dix-huit ans, qu’à ses traits on reconnaissait facilement pour la fille du surintendant. Quel malheur peut donc jeter ce voile de tristesse sur votre front ?
Tandis que tout sourit autour de vous, votre cœur seul est triste.
Îl me semble, cependant, qu’il est impossible de contempler cette soirée si sereine, cette hature si ravissante sans éprouver au sentiment de calme et d’intime sérénité.
* .Rien ne m’éblouit comme l'aspect d’un beau soir. | :
Cette gracieuse harmonie de l'ombre et de
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la lumière est pour moi pleine de mystère et d'ivresse.
— Hélas ! répondit la jeune fille, j'aurais pu, il y a quelques jours, jouir avec vous de ce beau spectacle de la nature.
Mais aujourd’hui, tous ces objets m'apparaissent à travers un crêpe funèbre.
Ce beau ciel, ces champs de verdure, ces fleurs, ces fruits, ces bosquets vermeils, qui charment vos regards, me font frissonner ; j'y vois partout du sang.
— Mon Dieu! s’écria le jeune officier, vous serait-il donc arrivé quelqu’affreux malheur ?
— Hélas ! il y a à peine quelques heures, je viens d’être témoin de la scène la plus déchirante qu'il soit possible d'imaginer.
Je ne saurais distraire ma pensée de ce navrant spectacle,
Mais pourquoi vous attrister inutilement par ce funeste récit ?
Jouissez plutôt paisiblement de ces heures qui vous paraissent si délicieuses.
— Continuez, continuez, s’écria le jeune officier, racontez-moi ce tragique événement.
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Le bonheur est souvent égoïste, mais il faut apprendre à compatir aux douleurs d'autrui,
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La jeune fille reprit :
— Avant hier au soir,une bande de Sauvages, à moitié ivres, arrivèrent chez mon père.
Ils emmenaient avec eux une jeune fille qu’ils avaient fait prisonnière quelques jours auparavant.
Ah ! si vous aviez vu quelle désolation était peinte sur ses traits !
Pauvre enfant ! Ses vêtements étaient en lambeaux, ses cheveux en désordre, sa figure meurtrie et couverte de sang.
Elle ne se plaignait pas ; elle ne pleurait pas ; elle était là, muette, immobile comme une statue, les yeux fixes ; on aurait pu la croire morte, si un léger tremblement de ses lèvres n’eût trahi un reste de vie,
Cela faisait mal à voir.
Je n'avais jamais va une grande infortune,
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(een eee 0e ee à
Lesgran Is malheurs ressemblent aux grandes blessures. |
Ils tarissent les larmes, comme ces blessures. terribles et subites qui arrêtent le sang tout à coup dans les veines.
‘Touchées de compassion, ma sœur et moi, nous la fimes coucher dans notre chambre.
Nous ne pouvions nous faire illusion sur le peu de chance de salut qui lui restait ; car nous. connaissons le caractère des Sauvages.
Cependant, nous essayâmes de faire renaître quelqu’espoir dans son âme.
Peut-être notre père parviendrait-il à gagner les Sauvages et à la tirer de leurs mains.
Enfin, elle parut sortir de sa stupeur et nous fit le récit de son malheur,
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— Je demeurais, dit-elle, depuis quelque temps près du fort Waine, avec ma sœur,
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lorsqu'un matin,pendant que son mari travaillait dans son champ, plusieurs Sauvages entrèrent tout à coup dans la maison,
— Où est ton mari? demandèrent-ils brusquement à ma sœur.
— Il est au fort Waine, répondit-elle effrayée de leur aspect sinistre.
Et ils sortirent.
Pleines d’anxiété, nous les suivions des yeux pendant quelque temps.
— Mon Dieu! ma sœur, lui dis-je toute tremblante, j'ai peur, j'ai peur,sauvons-nous..…. Ces Sauvages m'ont l'air de méditer quelques mauvais desseins ; ils vont revenir.
Sans écouter mes paroles, elle continuait à les regarder s'éloigner dans la direction du fort.
Le chemin qu’ils suivaient passait à peu de distance de l’endroit où son mari travaillait tranquillement sans soupçonner le péril qui le menaçait.
Heureusement qu’une touffe d'arbres le dérobait à leurs regards
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Nous commencions à respirer un peu.
Déjà ils l’avaient dépassé et s'éloignaient paisiblement, lorsque l’un d’eux se détourna un moment.
—- Ils l'ont découvert ! ils l'ont découvert ! s’écria tout à coup ma sœur, saisie d’épouvante.
En effet, ils s'étaient tous arrêtés, et se dirigeaient vers l'endroit où Joseph, courbé vers la terre, ramassait les branches d’un arbre qu'il venait de renverser.
Il n'avait aucun soupçon du danger.
Les Sauvages abrités derrière les arbres, n'étaient plus qu’à une petite distance, lorsqu'on <ntendit un coup de fusil et Joseph tomba à la renverse,
Le croyant mort, ils s'avançaient triomphants pour le dépouiller ; mais Joseph, que la balle en effleurant la tête n'avait fait qu'étourdir, se redressant tout à coup et se faisant un rempart de l'arbre près duquel il était, saisit son fusil et en étendit deux raides morts sur la place,
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Les autres, effrayé:, se rctirèrent précipitamment vers la lisière du bois ct alors une vive fusillade commença de part et d'autre,
Joseph était un habile tireur.
A chaque coup it abattait un ennemi.
Trois avaient déjà succomhé.
Nous attendions dans les transes de l’agonie, l'issue du combat qui n'aurait pas été douteux si les Sauvages avaient eu affaire à un ennemi ordinaire.
Mais Joseph était un terrible adversaire.
Blotti derrière son arbre, à peine avait-il tiré un coup, qu’en une seconde :il avait rechargé son fusil.
Alors, avec un sang-froid admirable; pendant queles balles siffaient autour deluiet balayaïent les feuilles de l'arbre qui Pabritait, il passait tout doucement le canon de son fusil à travers les branches, et, au moment de viser, faisait un grand signe de croix ; pvis il ojustait ct pressait
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la détente ; le coup partait et nous pouvions compter un cnnemi de moins.
Chaquefois que je voyaistomberune nouvelle victime, je ne pouvais réprimer un indicib'e tressaillement d'ivresse.
Le plomb de Joseph venait de frapper un quatrième ennemi.
Nouscommencions à avoir quelqu’espérance, lorsque nous vimes un des Sauvages sc glisser en rampant derrière lui.
Le serpent ne s’avance pas vers son ennemi avec plus de ruse et d'adresse.
Sans faire rouler un caillou, sans froisser une feuille, il s’'approchait lentement se cachant tantôt derrière une petite élévation, tantôt derrière une touffe de broussailles, ne se hasardant qu’au moment où il voyait Joseph tout entier occupé à viser.
Enfin, il arriva à deux pas de lui sans avoir été découvert.
Alors il s'arrêta et attendit que Joseph cût rechargé son arme.
Sans rien soupçonner, celui-ci élevait, un moment arwès, son fusil à son épaule pour
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viser, lorsque nous le vimes abaisser tout à. coup son arme ét se retourner.
Il avait cru entendre un léger frôlement.
derrière lui.
Elevant un peu la tête, il écouta un instant ; puis se pencha à droite et à gauche ; mais sans rien apercevoir, car le Sauvage était couché à plat ventre derrière un tas de branches.
Entièrement rassuré de ce côté, 1! seretourna. et appuya de nouveau la crosse de son fusil sur son épaule. Mais en même temps le Sauvage, avec un sourire infernal, se redressait de toute sa hauteur.
Au moment où Joseph s’apprêtait à immoler un nouvel ennemi, l’Indien brandissait son couteau. |
Un dernier coup de fusil retentit, une dernière victime tomba ; mais Joseph tomba aussi, frappé au cœur par son lâche ennemi.
Après lui avoir enlevé la chevelure, il le cépouilla de ses vêtements et s’en revêtit
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