‹ [Opuscules philosophiques] (volume 2)Chapitre 8 sur 8 · PRÈS LE PANTHÉON · texte numérisé non relu

PRÈS LE PANTHÉON

EXTRAIT DU COMPTE-RENDU ne l' Académie étt^ lUi^Êièem lM»AlMi et PelUl^iies,

RÉDIGÉ PAR M. CHARLES YXRGÉ , Sous la JirectîoD de M. le Secrétaire perpétuel de l'Académie.

CONCOURS

SUR LA

PHILOSOPfflE DE LEIBNITZ

RAPPORT DB U SICTION.

Sur la proposition de votre section de philosophie , vous aviez mis au concours le sujet suivant :

<i V Rechercher, en s'appuyant sur des faits certains, et non sur « des assertions passionnées , équivoques ou intéressées, quel proie grès et quel changement s'étaient accomplis dans l'esprit de « Leibnitz , depuis sa thèse De principio individui , soutenue à « l'Université de Leipsick, en 1663, jusqu'à son voyage en France, « 'et déterminer avec précision où Leibnitz en était parvenu en « philosophie et dans les diverses parties des connaissances hu- « maines, avant son séjour à Paris, dès Tannée 1672, et avant Iq « commerce Intime qu'il forma avec les hommes les plus illustres « qui y florissaient alors , Huygens , Ârnauld, Malebranche , pouj « établir la part plus ou moins considérable que le cartésianisme « et la France peuvent réclamer dans le développement du génie <c ûe Leibnitz ; 2* à quelle époque paraît le principe propre de « Leibnitz, que la force est Tessence de toute substance; 3** du « caractère nouveau introduit dans les discussions phllosophiquer « par l'intervention de l'érudition et de la critique , c'est-à-dire, pas

b CONCOURS SUR LA PHILOSOPHIE DE LEIBNITZ.

« l'histoire même de la philosophie , jusqu'alors enlièreraent iié- « gligée et ignorée ; 4" établir en quoi consiste ce qu'on appelle « l'éclectisme de Leibnitz ; 5" apprécier la polémique instituée par « Leibnitz contre ses trois grands contemporains , Descartes , Spi- « noza et Locke; insister particulièrement sur la critique des di- « verses théories de Descartes; exposer et juger le rôle de Leib- <i Dits à l'époque de la persécution du Cartésianisme ; 6** des <i^ théories les plus célèbres auxquelles demeure attaché le nom de « Leibnitz, par exemple la loi de continuité, l'harmonie préétablie, « la monadologie; T terminer par un examen approfondi de l'ou- « vrage par lequel il a couronné ses travaux, la Théodicée; la « comparer avec celles de Platon , d'Âristote , des Alexandrins , « dans l'antiquité; de saint Anselme et de saint Thomas, aUmoyen< <i âge; de Descartes, de Malebranche et de Glarke , oheB les mo- <c demes ; S" enfin l'Académie demande aux concurrents « comme <c une sorte de conclusion pratique de leurs mémoires r d'assigner « la part du bien et celle du mal dans l'ensemble de la philosophie « de Leibnitz, et de faire voir ce qui en a péri et ce qui en sub- « siste, et peut être mis à profit par la philosopbie du xix* siècle. »

Tel était, Messieurs, le sujet dont vous aviez fait choix; il avait en lui-même sa grandeur et vous ne Tavtez pas diminué par les termes de votre programme. Tout en aidant les concurrents de vos indications et de vos prescciptions, vous ne leur aviez pas imposé une tâche commune ni médiQCi:e ; vous leur demandiez beaucoup « même des nouveautés s'il était possible, et sinon des lumières, qui missent dans tout leur jour les divers points soit d'histoire, soit de doctrine, que comprenait la vaste étude à iaqueUe vous les convoquiez.

Leibnitz avait déjà été introduit dans plus d'un de vos concours ; mais ce n'était pas en son nom et pour l'ensemble de. sa philosophie; c'était à son rang, à sa place, et pour la

part de doctrine, qui pouvait l'y rattacher; il n'en était paé Tunique ou prééminent personnage. Dabs celui-ci, il s'agissait de Leibnilz lui même, de Leibnilz avant tout, et dans toute la suite, la génération et la valeur de ses pensées propres. Sujet non sans grandeur, nous le répétons, et peu fait pour la foule; mais sur lequel cependant vous aviez droit de compter, pour vous assurer sinon le nombre, du moins la qualité et la haute distinction des concurrents auxquels il s'adressait. Votre espoir n'aura pas été trompé.

Vous n'ayez, en effet, reçu que deux mémoires, mais ces deux mémoires sont d'un ordre très-élevé, et, comme vous le verrez par les conclusions que nous vous soumettrons, si nops avons éprouvé quelque embarras dans notre justice, c*est pour les dignement récompenser l'un et l'autre, selon leurs mérites divers, mais également recommandables.

Daps l'examen que nous allons en faire, nous comment cerons par celui qui porte le n** 1 , et qui est un manuscrit de Ô25 pages in-4^, d'une écriture très^fine , avec cette épigraphe : a Leibnitz est le dernier et le plus grand des Cartésiens (Cousin, fragmenis de philosophie Carté^

Si un premier moyen de vous satisfaire était une fidélité exemplaire à l'esprit comme à la lettre de tout votre programme, vous devez savoir un grand gré à l'auteur de s'être si exactement conformé, sous ce rapport, à vos intentions. Son plan, en effet, n'est que la traduction et l'arrangement en titres de chapitres de vos différentes propositions, comm« son oeuvre n'en est que le développement régulier, proportionné et complet. Ainsi il a successivement traité de Leib-

nitz dans les Universités d'Allemagne , Ae Leibniiz en France^ de la Polémique de Leibnitz, de sa Doctrine générale, de sa Théodicée en particulier, et il a conclu par un jugement motivé sur ce qu'il y a de vrai et de faux, sur ce qu'il y a par conséquent à conserver avec profit ou à rejeter avec discrétion dans TeDscmble de sa philosophie.

Ce cadre large et simple à la fois, l'auteur l'a bien rempli, et on trouve à l'y suivre un constant intérêt.

Après une introduction d'un caractère élevé, et qui fait bien espérer du mémoire lui-même, vient un récit de l'enfance de si bonne heure studieuse de Leibnitz, de sa première éducation, de sa vie dans les différentes écoles, qu'il fréquente en Allemagne, de l'instruction qu'il y reçoit, des travaux qu'il y tente, des rapports qu'il y a avec ses principaux maîtres, avec J. Thomasius en particulier; et ce récit, qui sans rien renfermer de nouveau en lui-même offre cependant d'utiles éclaircissements, vous paraîtrait sui&sant et vous n'exigeriez rien de plus de l'auteur, si, nous le disons d'avance, son heureux et habile compétiteur ne devait à cet égard vous rendre plus difficiles, en vous donnant la preuve qu'on pouvait mieux faire encore au moyen de pièces, jusque là ignorées ou négligées, celle entre autres où Leibnitz expose lui-même directement l'état de ses connaissances à cette époque de sa vie. Ici rien de semblable, rien de neuf ni de rare, rien par conséquent, qui doive beaucoup nous arrêter. Seulement il est deux questions, que l'auteur se pose à la suite et au terme de. cette espèce de biographie, et que nous examinerons avec lui. La première est celle-ci : où en était avant 1672, c'est-àdire, avant son voyage en France, la pensée de Leibnitz ?

GOiNCOUHS SUR LA PHILOSOPHIE DE LEIBNITZ. 9

La seconde : quelle connaissance âvait-il alors de la philosophie de Descartes? Pour Tune comme pour l'autre il faut d'abord se rappeler les principales productions, qu'à cette époque de sa vie, c'est-à-dire à l'âge de 25 ans, il avait déjà publiées; c'étaient sa thèse Deprincipio individui en 4663; sa dissertation De arte combinatoriâ , en 4666; sa Confessio naturm contra atheistas, en 4668; s^ Lettre à Thoraasius et sa Dissertation sur le style philosophique de Nizolius en 4669 et 4670 ; sa Defensio tri/nitatisper nova reperta logica, dédiée au baron de Boinebourg, en 4669; sa Demon^stratio possibilitatis mysteriorum eucharistim, en 4674, et quelques autres opuscules encore.

Il avait dès lors aussi commencé à lier ce fécond commerce de lettres, qui en servant de prélude, de commentaire ou de complément à ses divers écrits, devait les éclairer d'une lumière nouvelle.

Or, si à l'aide de ces données, on veut chercher avec l'auteur la réponse aux deux questions , qui viennent d'être posées, on trouve quant à la première, que Leibnitz, à cette époque , partagé entre Démocrite et Aristote, entre le mécanisme et le dynamisme , quoique déjà avec plus de penchant pour celui-ci que pour celui-là; fort peu engagé encore et fort peu avancé dans les études mathématiques, mais très-occupé de métaphysique, de droit, de morale et de religion, avait déjà en germes sur Dieu, l'âme et le monde, les principales conceptions, dont se composa par la suite son système de philosophie; et sur la seconde, on s'assure que dès 4664, Leibnitz connaissait Descartes; qu'il avait même à se défendre d'en être le partisan, témoin sa lettre à Thoraasius (en 4662); qu'il en parlait dans les meilleurs

termes, l'appela&t suàlimis in metapkyHca, et rassocianl aux plus grands aoms de la philosophie aBoienne ai mo*derue ; que s'il n'en avail pas encore approfondi et jugé les difiérentes doctrines, comme plus tard il le fit, il en avait cependant déjà cette première et suffisante connaissance, qui devait bientôt exciter sa plusp ersévérante et phis pénétrante attention.

Leibnitz , avant son voyage en France, savait donc d^à de Descartes assez pour désirer en savoir davantage et pix>« fiter avec empressement de la studieuse familiarité^ dans laquelle il allait entrer avec les principaux de ses disciples.

Le voici en effet en France , nù l*ont amené deux- desseins , deux ambitions, mais dont Tune esl platôt le pré* texte , et l'autre le vrai mobile de sa détermination , celle de proposer au nom de son souverain, et de faire aceepler à Louis XIY, ce projet d'une expédition en Egypte, qui avait bien , du moins , au point, de vue des intérêts de l'iJle*magne, sa portée politique , et celle qui était sa plus sérieuse et plus ardente passion , de vivre dans ce monde phi** losopbique et académique, qui florissait alors de toutes parts à Paris, et où il devait d'abord se trouver, en liaison avec Huygens , Arnauid, Kalebrancbe et les Cartésiens. Quel y est l'emploi de son temps.aprèsles soins qu'il doit à sa miasion politique? Les mathématiques avant tout , et les materna-* tiques avec de tels pn^rès , que nous aurons à voir avec Vautre concurrent, l'auteur du mémoires'' 2» s'il n'y a paâ des preuves , d'autres preuves que celles qui ont été produites jusqu'ici, qu'il était dès lors sur la trace de sa grande découverte du calcul différentiel. Mais grâce à. son merveilleux instinct métaphysique, à sa forte culture pbilo^

sophique, à se.s études de plue en plus approf^ies de la doctrioe de Descartes, à lasociéié et aucoocoure des hom^ D>es éinineuts, parmi lesquels il vivaiten eontini^el échange depaf)sées, il m se borue pas aux rechercbes matfaéma-^ tiqui^i Ëacare disciple, mais déjà avec indépeudance et réserve, de la philosophie Cartéaieane , il en suit le déve-loppement avec une diligente sollicitude, il s'inquiète de ceri^ioes de ses applications , corrige , abandonne ou combat certaines de ses théories , et cependant s*affermit dans les idées qui< lui sont propres , las méditant , les discutant , les épr<^uvâat, par Tbistoire et la critique, jusqu'à ce qu^enimJi en publie le résultat- le plus général daâs un petii écrit de 1^4, qui a pour titi^e : « Si V essence des corps consûte- dans l'étendue, » Cest sa théorie de la Sfubstanee, d^oii procède toute sa philosophie.

Sa pbilo&opbie est donc, à sa source, profondément psydM)l0gique; car elle dérive de l'idée de force , laquelle ne relève q^ede la science de Tàme, dont toutes les autres la reçoivent» L'auteur du mémoire n*^ 1 ne Ta peut-être pas assee dit, aimant mieux s'en temr à l'assertion de Leibnitz, qui, se laisant lui-même illusion, ou négligeant de s'exprimer avec assez de précision , pense que c'est à la spéculation mathématique et théologique qu'il doit la ndion de sul^tance, conçue comme force vive, quoique cependant ce ne soit et ne puisse être que dans Tobservation psychologique qu'en principe il la puise.

C'est bien là, en effet', le fond et l'esprit même de sa philosophie ; mais, avec cet espl^it qui la pénètre et la vivifie, elle ^a son moyen d'accroissement, de développement, d'étendue et de sûreté à la fois, qui lui est aussi d'un grand secours ;

12 GOl^COVRS SUR LA PHILOSOPHIE DE LEIBNITZ.

nous voulons dire Thistoiro mise au service de la doctrine, et la critique venant en aide par Térudition à la spéculation, en un mot l'éclectisme. L'éclectisme n'est pas un maître en philosophie, il n'est qu'un serviteur; mais si ce serviteur est bien dirigé et bien employé , il contribue à assurer ta fortune de celui qui a la sagesse de se l'attacher. Ce servi* teur, à la différence et au désavantage de Descartes , qui Ta trop dédaigné , Leibnitz, mieux avisé, l'a curieusement recherché , se l'est constamment associé et s'en est bien trouvé. C'est ce que l'auteur du roémoh^ n® 4 a parfaitement démontré, dans un chapitre plein d'intérêt, ou, pas* sant en revue les principales sources historiques, auxquelles Leibnitz a puisé, il s'applique à faire voir tout ce qu'il en a discrètement tiré pour affermir, étendre et féconder sa propre philosophie.

Il n'excelle pas moins à exposer cette philosophie ellemême, en la suivant sous les deux formes qu'elle revêt, celle de la polémique , et celle de la doctrine proprement dite.

Par la polémique, Leibnitz entre en lutte particulièrement avec trois de ses grands contemporains , Descartes , Spinoza et Locke ; il ne faudrait pas oublier Bayle, Newton et Clarke , et l'auteur du mémoire ne les oublie pas ; mais <*/est surtout de la triple dispute que nous venons d'indi^ quer, qu'il est occupé ici.

Après avoir commencé par être le disciple , il est vrai , assez réservé de Descartes, Leibnitz avait fini par en être le juge , et le juge même assez sévère.

L'auteur du mémoire n"" 4, tout en reconnaissant la justesse de certaines de ses critiques et l'importance decer-

GONGOURS SUR LÀ PHlli080PUlË DE LRIBNITZ. 1 3

taioGs de ses réformes, auxquelles le rend particulièremenl propre cette grande puissance de transmutation (expression de Leibnitz] qui est un des traits de son génie, s'élève en même temps contre ce qu'il y a parfois d'excessif et de mal fondé dans ses objections et ses attaques.

Ainsi il n'approuve pas que Leibnitz rejette le critérium de Descartes tiré de l'évidence ou de la clarté des idées , et qu'il propose à la place celui du principe de contradiction, qui » moins général en lui-même , n'a d'ailleurs son caractère que grâee à l'évidence dont il est revêtu et relève par là de la règle plus simple et plus large de Descartes.

Leibnitz fait aussi à Descartes le reproche de trop s'enfermer dans le pur co^ito, et de n'avoir, à ce point de vue, qu'une philosophie de la pensée.

Mais le cogito , à le bien prendre, remarque avec raison l'auteur, n'est-il pas plus large qu'il ne le suppose? I^'estil pas, pour Descartes, l'âme avec toutes ses facultés? C'est la pensée , sans doute , mais c'est aussi autre chose ; c'est la pensée avec tout ce qu'elle enveloppe et embrasse en son sein, le moi, riche de tout ce que contient et produit sa féconde activité. N'y a-i-il pas là autant que dans la monade elle-même?

Et quant à cette passivité de la substance, dont triomphe Leibnitz comme d'une faiblesse dans Descartes, il faut encore distinguer. C'est la substance du corps qui , ramenée à la simple étendue, est passive dans Descartes. Mais celle de l'âme l'est-elle également? est-elle, plus que dans Leibnitz, privée d'intelligence, de sentiment et de liberté, par conséquent d'activité? £t si , par telle ou telle des opinions particulières, bien plus certainement que par

44 CONCOURS SUR LÀ PHILOSOPHIE DE LElBNlTifi.

»i philosophie géDécale , Deacarles porte quelque atieÎDie à cette efs9entieUe propriété, Leilinitz oe tomba-i4} pas luimêuie dans une semblable faute, et son dynamisme n'a-t* il pas été, avee quelque raison, aocusé de fatalisme? sa monade n'est-elle pas comme une hoi^loge montée de toute éternité pour marquer 1-heure que lui fixe un ordre invariable? Ës^ce là rame dans sa vraie vie?

Voilà quelques exemples de ce que Tauteur du. mémoire n"* 4 reprend dans la polémique trop agressive de Ldbnits contre Desoaites*

Dans celle qu'il dii'ige contre Spino»i, il prend mieux ses avantages. Deseartes , en efiét, a bien pu , pan telle ou telle de ses expresâons, Idie ou telle de ses définitions ' dont, d'ailleurs , il n'aurait pas adms les fâsheuses eonséquences , infirmer outre mesure, la subslanoe oréée devant la substance incréée; mais ce n'est paslàl!esprit,-lefond sérieux et, si on peut le dire, le dessein de sa' doctrine. Je pense donc je suis, voilà son premier principe; voilà sa foi au début, et sa foi jusqu'à la fin. Avec cela, on trouve Dieu, mais on ne se perd pas en Bieti ; on s'y* rattache , mais on s'en distingue^ De deux existences on. n'en fiiit pas* qu'une; on est soi et on reste soi , tout en sentant so& rapport avec un aulre être que soi , avec le Souverain-Êtve: On ne peut donc justement diriger contre Deseartes ieis mêmes attaques que contre Spinoza, et traiter, à la modération près, le système de l'un comme celui de l'antre. Il y a dans le Spinozisme autre chose qu'un Cartésianisme iminodéré.

Chez l'auteur de rjS^Ai^t^e , en effet, la substance est définie , entendue , acceptée dans un tel sens et avec de telles conséquences , et il est permis d'ajouter , avec de

GONGOURâ Sun hk PHli^OSOPHIE DE UBIBNITZ. 1 5

telles inteoHona » /qu'il ne saurait y ea avoir plus d'une , ei que» ai l'homme et le moïtde detueur^t, c^est comme modes d'attributs de la substance uuique, qui seule survit da&â le néaul; cte toutes les autres* Ici plus de cogito , I^as de. nH)i qui subsiste et résiste à cette absolue ideuli^ ficaMon du créé avec Viucrééj du'fini avec Tinfini. Toute personnalité, toute individualité s'efface et s'évanouit au sein de cette unité, qui, par ses attributs , ne produit et ne conserve que des ombres d'existence^.

L'auteur du mémoire n^ 4 entre à cet égard dans tous tes seotinientS'de Leibnitz et le aiiit avec adhésion dans toutes les critiques quiil diirige , soit contre le principe , soit contre les cûnâéquenoes du système de Sj^noza.

Mais il fait néanmoias ses réserves touchant la doctrine même de Leibnitz , laquelle , dans son monadisme, immo-n déré aussi, aipu, par certains côtés, être rapproché du Spinofsi^me, et prêter à des objections qu-eile s'attire en commun ttvcK> lui.

Ce n'est* pas sans.quelques regrets que nous ne le suivons pas dans la longue et fidèle analysa, mêlée de discussion, qu'il laitue la.disfHit^ de L^bnits contre Locke, telle que nous rirent les Nomea'w essaù. Hais nous avons bâte d'am^rà un autre point qui , dana son mémoire, présente un intérêt tout pariicniiier. Il s'agit encore de polémique si Von. veut, mais d'une polémique qui tient plus de la tac'tique et de^la conduite de la vie , que de la critique propre^ ment dite; il .s'agit du rôle de Leibnitz dans la persécution dirigée contre le Cartésianisme.

Ou sait quelle fut cette persécution ridicule et odieuse. Le Cartésianisme était une nouveauté en philosophie; il en

46 GOI^GOVRS SUR LA PHILOSOPHIE DE LËtBNITZ.

pouvait devenir une en théologie; le pouvoir spirituel s'eo inquiéta, et il appela à son aide le pouvoir temporel > qui loi prêta appui, et, par un arrêt du conseil, il fut défendu d'enseigner la nouvelle philosophie ; peut*4tre mènae e&telle été juridiquement condamnée, si Boiieau n'eut prévenu et empêché par son arrêt celui du Parleinent. Ce fut une petite et pauvre guerre.

Quelle pari y prît Leîbnitz ? On voudrait que ce fut une part plus généreuse ; mais on est forcé de convenir qu'elle n'y fut pas des plus bienveillantes. Ainsi , il lui était assu* rément assez mal séant de tenter d'élever des doutes touchant l'orthodoxie de Descartes; et cependant, on lui surprend des insinuations en ce sens. Entre Leibnitz et Descartes, le rapport était de génie à génie, et l'un avait dans Tesprit toute l'excellence qu'il fallait pour rendre à l'autre une pleine et entière justice, et au fond il la lui rendait. Et cependant, en ces conjonctures, il se montra plus disposé à signaler les défauts que tes belles parties de sa doctrine , et même à le rabaisser jusqu'à lui préférer Clauberg. Il devait assez à Descartes pour lui chercher des défenseurs et lui conserver des amis. Telle ne fut pas saœani^ d'agir : Huet n'était l'ami ni de la philosophie de Descartes, ni d'aucune philosophie ; Leit»iitz se fit son allié , l'encouragea et l'appuya dans ses attaques contre le Cartésianisme, lui promit même une liste des pilleries de H. Descaries , c'est son mot, comme s'il tenait à faire croire qae Descartes s'était plus servi des livres qu'il ne le disait , et était dans ses spéculations moins original qu'on ne le supposait. Et quelles furent les causes qui excitèrent ainsi un Cartésien , le dernier et le plus grand des Caitésiens , conmie on l'a

(xmeouRS sur. la philosophie de leibnitz. 47

appelé, à être hostile au Cartésianisme? L'esprit de secte r^roché par Leibnitz aux Cartésiens? Mais cet esprit eût-il eu plus dlnconvénients qu'il n'en avait en effet , il aurait encore dû trouver grâce devant Leibnitz » car il n*était du moins pas persécuteur; il n'était que le zèle persévérant de la défense en commun , et la constante fidélité au drapeau menacé. D'autres motifs , qui dirigèrent également la conduite de Leibnitz , le désir de rester tout à la fois en bons termes avec les puissances» et de maintenir en crédit sa propre philosophie » le dessein de combattre , dans une doctrine française» Tinfluencede la France au profit de l'Allemagne, ne furent pas beaucoup plus plausibles* L'auteur insiste pour le montrer, et si, par hasard, on pensait que ces divers griefs élevés par lui contre Leibnitz ont bien de la gravité, il serait aisé de s'assurer qu'il n'en est pas un dont il ne donne la preuve pièces en mains; et en général nous en ferons dès à présent la remarque , et nous aurions pu la faire plus tôt, car elle s'étend à tout le mémoire , l'auteur n'émet pas une proposition, n'emploie pas une expression de quelque importance et quelque caractère, qu'il ne les justifie par des textes précis et des citations concluantes. 11 abuse même un peu, si l'on veut, de ce mode de démonstration; mais nous ne saurions lui en faire un bien sérieux reproche, tant, d'ordinaire, on tombe peu dans ce péché philosophique, qui n'est, après tout, que celui des esprits exacts et rigoureux; et puis, en compensation , ne faut-il pas lui tenir compte de ce rare et sain plaisir de la sécurité de la pensée, qu'il nous procure à chaque instant, grâce à l'infatigable et diligente persévérance avec laquelle il prouve tout, et ne livre rien à la conjecture et à la sim-

18 COBHCOUftS BUfi LA PMILOSOPHIB DE i/BIU<IT2.

pleopiûioD. L'excès; sans doute, en ée genre, petit rapf6l6r neeUeéLamfmoéàés ; mais rextieUence^d'aolîrepart, n'en esirelle pas la qualité toômùte et. distinctire de ces œuvres .solides etàrépneuve, que, sMffttatnom de; mémoires, vous demandez dans voscsoneours?

Cependai^t, de la polémi()ue, paBStms avBo l'auteur à Tautre. forme, à la terme directe et doctrinale de/iaphtio*sophie de Leibnitz.

Cette phiiosopbie^, doat il <lit qu'elle ooneiate dans une trilogie grandiose > à savoir la monadùlogie^ ialoi de continuité et Vharmanie préétablie, est, avant iMt, dans laroonadologieelie^niôine. . . . f

L'auteur en tnémotre n"" 1 donne de cette>âHDri&iifle exposition qui , exprension • abrégée • des dm»' éents^ de LêibnitK sur cette matière, Goordoniiés< entre 'eux*/ est de tout point irréproohaU^. Noos aurions senfeMÂentidésiré, comme plus haut nous l'avons déjà remarqué, ^'tUût laiâux expliqué l'origine de cette idée de forces dasSiLâbmtz, qu'il incline trop à attribuer^ d'après oertaioa tentes , à la spéculation théologiquô et géométrique. . >>

Il fallait ici interpréter Leibaitz par Leibartzet se rappeler qu'il dit aus^i que la monade n'est ni Tatome, m h molécule, ni le point géométrique. QuW-^He doUo alors, ^t non cette unité vitante eten actieiK, qui nicet autre que l'âme ou l'analogue de l'âme? Il fallait tetrir également eompte de tem>es tels que oeux^si : « Dans la nature des corps, outre les notions de pure géométrie:, il faut mettre une notion supérieure, qui eet celle de iaioroa; » elceux^i encore : « Il est vrai que sans avoir aucun égard à la théologie, j'ai toujours jugé, par des raisons natureHes que

l'essence des corps consiste dans quelque autre chose que retendue ; y> et alors on se trouvait ramené de la théologie et de la géométrie, à la psyiehologie elie^mêmey cette science première de la force, de laquelle,. qtt'il le sache ou non, qu'il. le dise ou non , Leibaitz déduit réellement tout ce vaste spiiitualisme qui enveloppe sans doute en soi la physique» la géométrie, ainsi que la théologie, mais qui consiste avilit tout dans une profonde psychologie, étendue de r^mme à Dieu et au monde, et généralisée de manière » embrasser^ dans son principe, tout Tordre de nos connaissancesi - '

Voilà ce que Tauteur du mémoire, retenu par son res* pecty nous osons le dire, trop religieux pour certaines expressions et assertions de Leibnitz, n'a peut-être pas mis suffisamment en lumière..

Latdenxièifie grande* partie du système de Leibnitz est la ioi de coniiwuUé.

« Tout^st monade, dit l'auteur; mais comment les monades aocompiissent-elles, dans leur variété et leurs degrésv le drame infini de ia création? » C'est ce dont servent à rendre faison la loi de continuité et V harmonie préétablie.

En efièt, d'abord quant à la loi de continuité, que Leibnitz eon^ comme la manifestation d'un ordre , dims lequel Dieu ou l'infini esl , selon le point de vue auquel on se place, le premier ou le dernier terme d'une série suivie sans saut, sans ^hiatus, du commencement jusqu'à la fin , avec cette circonstance essentielle que ce terme dor mine et détermine toute la série, et n'en* dépend nulles roenty elle est, d'après cette conception, un principe qui^

no CONCOURS SUR LA PHILOSOPHIE DE LBIBNITZ.

combiné d'ailleurs arec celai de la Raison suffisante et celui des Indiscernables , a plusieurs conséquences considérables, dont les plus importantes sont, quil n'y a pas deux monades parfaitement semblables ; mais en même temps qu'il n'y en a pas une, qui par degrés insensibles ne se rapproche de toutes les autres; qu'il n'existe point de solution de continuité dans le plan de l'univers, parce que, s'il y en avait, on ne verrait pas la raison pour laquelle Dieu aurait passé de l'une des parties de ce tout aux autres ; que dans chacun des règnes de la nature il n'y a jamais d'un individu à un autre et d'une espèce à une autre de véritables séparations, mais seulement des gradations, jamais de ruptures , mais de constants rapprochements et qu'enfin au plus bas de l'échelle des êtres, entre la miatière première et la matière seconde, il y a encore une différence de degré plutôt que de nature, qui consiste en ce que l'une a simplement en puissance ce que l'autre possède en réalité et en acte : « Parvenu à ce point, dit l'auteur, teibnitz croyait avoir atteint le port et le voilà qui se trouve ïeté comme en pleine mer; car tout un horizon nouveau , immense et non sans périls, s'ouvre devant lui. » Il î'agit de l'harmonie préétablie.

Ce serait se faire une idée bien incomplète de la théorie de Y harmonie préétablie y que de n'y voir que l'explication des rapports de l'âme et du corps. Elle débute sans doute par cette question, mais elle s'étend bien au-delà, et dans sa vaste compréhension, elle embrasse l'univers des êtres. Elle fait concevoir chaque monade comme l'imitation en action, comme l'évolution corrélative, mieux que cela, comme le miroir vivant et l'expression animée de toutes les

autres, avec cette différence entre elles, mais toujours de degré et non pas de nature, que la perception de ce caractère; absolumentvclaire dans le Créateur, ne Test que relativement dans les créatures , et de la pure lumière , descend même et s'abaisse en elles jusqu'à la plus complète obscurité , selon Tétat de développement ou d'enveloppement dans lequel elles se trouvent. Car tout tient en elles à ce double état; la vie elle-même n*est qu'un déploiement et la mort qu'un reploiement, qu'une forme de la vie , qu'une action diminuée et non annihilée.

Toute monade est par son essence immortelle ; la monade humaine en particulier l'est avec ses attributs propres, avec ses mérites et ses démérites, et Dieu, présent à toutes, représenté et exprimé dans toutes, l'est par sa justice dans l'âme de l'homme , comme par sa sagesse dans les autres, et devient à ce titre la providence universelle. Et nous voilà conduits ^e la monadologie, de la loi de continuité,, et de l'harmonie préétablie à la théodicée , qui en est la commune conséquence et le couronnement.

Ici l'auteur du mémoire n® 1 , de plus en plus pénétré de l'esprit de votre programme et convaincu par ses propres réflexions de toute la gravité du nouveau sujet qu'il aborde, se donne ample carrière et consacre plus de 200 pages à l'examen de cette partie capitale et finale de la philosophie de Leibnitz.

Il commence par faire une histoire abrégée de cette doc irine , qui est en effet la pensée de toute sa vie, dont on discerne les germes dès ses premiers écrits , qui devient, avec le temps, une œuvre de plus en plus déterminée ; qui, à partir de 1697, mais surtout en 1700, 1707 et 1708, pa-

raît en pleine voie d'exécution, et enûn en 1 71 0 est produite SOUS le titre à*Essais de Théodicée.

Mais une fois son li^re publié, il ne faut pas croire que ses soins et sa sollicitude Tabandonnent ; il met le plus actif empressement à le faire connaître et à le répandre. 11 en voudrait une traduction anglaise et une traduction allemande ; mais écrit en français , c'est surtout en France qu'il en désirerait le succès. Cependant ce succès , malgré de hautes approbations, celle de Malebranche en particulier, est lent à se déclarer, et Leibnitz ne peut s'empêcher d'en témoigner quelque dépit.

Mais si en 1714 il avait encore sujet de se plaindre de cette indifférence, elle ne devait désormais pas durer longtemps, et son ouvrage n'était pas un de ceux dont la grande fortune eût à rester douteuse dans l'avenir; il est devenu et il est demeuré le titre de gloire le plus éclatant de Leibnitz.

L'auteur du mémoire n** 1 , après avoir ainsi rappelé la destinée des Essaix de Théodicée^ en présente une ample et fidèle analyse, que nous n'essaierons pas à notre tour d'analyser, mais qui nous sera une occasion de vous soumettre quelques réflexions sur certains sentiments particuliers qu'il y mêle.

Ainsi il trouve insuiBsante la preuve de Texûitence de Dieu, que Leibnitz indique, au surplus, plutôt qu'il ne la développe au début de son livre. Mais il aurait pu considérer qu'à la rigueur, par le titre même et l'idée essentielle de ce livre, il n'était pas tenu à plus de démonstration. Car, à proprement parler, la tlîéodicée en elle-même n'est pas la science de l'être , mais celle des attributs mo-

raux de Dieu, de sa justice, de sa sagesse, de sa bonté, de sa puissance,, en un mot 4e sa providence ; et quand Leibnîtz en dispute avec Bayle, son principal adversaire en cette matière, ce n*est pas précisément de l'existence de Dieu, c'est de son action sur ses créatures et sur l'homme en particulier, qu'il traite sous le nom de l'origine du mal et de la liberté humaine! Il n'y avait donc pas à lui demander plus qu'il n'a voulu rigoureusement donner dans ses Essais eux-mêmes ; il y avait à mieux se prêter et s'accommoder à sa pensée.

L'auteur du mémoire devait peut-être d'ailleurs être d'autant moins exigeant sur ce point qu'il dit lui- . même que l'existence de Dieu se montre plutôt qu'elle ne se démontre ; qu'elle est un fait et non un résultat du raisonnement, et un fait d'une telle évidence, que de bonne foi on lie saurait le nier : doctrine qui , du reste pour en faire rx)bservation en passant, exprimée en ces termes pourrait donner lieu à quelque fâcheux malentendu. Car enfm Dieu se démontre, et l'idée qu'on en a, si simple qu'elle soit à l'origine, ne passe pas de l'ordre du sentiment ou de la simple perception à celui de la réflexion, sans qu^elle se détermine, s'analyse, s'éclaire, se développe en un mot de manière, qu'il est bien permis d'affirmer qu'alors elle à sa preuve ou sa démonstration. Il y a dans l'opération , qui nous la livre en cet état, un effort de méditation , un exercice de raison , qui peut sans inexactitude recevoir le nom de raisonnement. Il faudrait en tout cas prendre garde de ne pas dire sans bien des réserves, que Dieu ne se démontre pas; car des esprits pour lesquels ce qui ne se démontre pas n'est pas, pourraient par là même

se laisser aller au doute et à rindifférence touchant une vérité, dont on ne saurait cependant trop fortement occuper la pensée, et dont on courrait risque de la distraire et de la détacher, en professant indiscrètement qu'elle est hors de la prise et du domaine de la science.

Cependant Tàuteur du mémoire n*avait pas seulement à exposer en elle-même la théodicée de Leibnitz , il avait aussi à la comparer avec les principales de celles que nous devons aux philosophes, tant anciens que modernes. C'était un rapprochement à la fois historique et philosophique à établir entre ces diverses doctrines. Il l'a fait avec sobriété, sûreté et au moyen de résumés rapides, fidèles et subistantiels. Vous ne demandiez pas plus, vous ne demandiez jpâs mieux, et vous ne pouvez que le féliciter de là Wnrèf*e dont cette partie de votre programme a été traitée dans'àbn mémoire. Il a parfaitement montré comment à Taidè de son vaste et puissant éclectisme, Leibnitz, le disciple, Téibnlé, régal, et à certains égards peut-être même, le ôupérJetfftfe tous ces grands esprits , a su se mettre en société avèc chacun d'eux et dans ce fécond commerce choisir'ètls'a'^âimiler ce qui convenait le mieux à ses principes pro|)res,'ét pouvait le mieux contribuer aies étendre, àles^fi^oiidérr, à les rectifier et à les assurer. Ainsi avec Tun il a Vd en Dieu la région des idées éternelles, le souverain objet d4u~ telligence et d'amour, l'architecte, le géomètre et lé hifotéur du monde, la cause enfin qui ne fait rien que se?oii là loi du bien; avec l'autre, il y a reconnu la suprême erilélëdhîe, l'être sous l'action duquel rien ne se fait en vain'datis l'univers, et qui a au moins avec nous cet intime et étroit rapport d'être en possession de la conscience, d'être la

pensée de la pensée, une âme en un mot comme la nôtre. Leibnitz qui se rattache par de tels liens à Platon et à Âristote, n'en a pas d'aussi réels avec les Alexandrins; son optimisme n'est pas le leur, son théisme n'est pas le leur, et en tout quoiqu'il les fréquente, il communie peu avec eux. Ce n'est guère que par les contrastes qu'il les met à profit, se gardant surtout de Textase, et ne s'en tenant que plus exactement à la droite raison, comme au seul moyen de philosophier de Dieu régulièrement et par ordre. Il emprunte à saint Anselme son célèbre argument en s'efforçant de le perfectionner, sans grand succès, il est vrai, et à saipt Thomas avec plus d'une de ses maximes, certaines de sfis vues, qu'il élargit, sur le gouvernement de la providence, On sait ce qu'il doit à Descartes, et l'auteur du mé- ^oirp^,qi\i, l'a déjà précédemment indiqué, le rappelle ici ^ivec uoe ferme précision. Entre Leibnitz et Malebranche il y.ç^ plus d'affinité, malgré les diflférences qui les séparent. ])fa^,)a visioQ en Dieu corrigée, les causes occasionnelles ,44v6lp|P«p4^s, l'optimisme dégagé de l'élément théologique, aujqualle, mêle trop Malebranche, et. d'autres parties encore, ^voilàjçe qye Leibnitz lui-même déclare recevoir de l'auteur de IjBL Hecheirche de la vérité.

. Qpant à la doctrine de Clarke, il en rejette beaucoup plu3.de pqjnts, qu'il n'en admet, et pour ne parler que de )a. question capitale, sur laquelle ils sont surtout divi- .^s^ celle .^u temps et de l'espace, on sait quels arguments ijis^échangent entre eux, et à quoi en dernière fin se termine le sentimen.t de Leibnitz. L'auteur du mémoire n^ 1 rend un compte parfaitement exact de cette célèbre dispute. Mais quand au terme de son analyse, il est amené à pro-

26 CONCOURS SUli LA PHILOSOPHIE DE LEIBNITZ.

ûODcer lu)*iDême eûtre les deux adversaires, ce n'est pas sans un certain embarras qu'il porte son jugement, et il ne s'en tire qu'en disant que Clarke, qui né démêle pas bien ce que sont le temps et l'espace, à la manière dont il les explique, réalise et tourmente des abstractions, et que Leibnitz par une erreur contraire, ne voyant dans le temps et l'espace que de pures conceptions d'ordre et de rapport, réduit le réel à l'abstrait : solution ou décision qur, on en conviendra, est loin de terminer définitivement le débat.

Mais votre programme s'épuise et nous touchons au dernier de ses paragraphes, celui oii l'Académie demandait aux concurrents comme une sorte de conclusion pratiquer de leurs mémoires, d'assigner la part du bien et celle du mal, dans l'ensemble de la philosophie de Leibnitz, et d^ faire voir ce qui en a péri et ce qui en subsista, ,Qt. peut, être mis à profit par la philosophie du xix® sibelfi, ,,.

C'était une critique générale à présenter de tout ,un sys--. tème longuement étudié et analysé. Cette critique, l'auteur . l'a çonsciensieusement essayée* Mais ici, soit d^iSc^ité de. l'œuvre, soit fatigue à la suite d'une aussi laborieuse tpk^, sans néanmoins être médiocre , son travail n'e$t paç du . même ordre que dans le reste du mémoire. Faute mêone d'une certaine dextérité, qui eût consisté simplement à marquer, sur chaque point pris à part, le bien à coté du n^l, et. l'un et l'autre dans leur conciliation possible et leur compensation, il a procédé tout autrement; de tous ces points U a d'abord dit uniquement et comme exclusivement le mal, puis il a recommencé pour le bien ; il a séparé les deux parts au lieu de les rapprocher et comme il a débuté par la première, celle du mai, et qu'il y a même singulière-

ment insisté, il a eu ensuite quelque peine à relever et à faire valoir Tautre, et à réparer ainsi le dommage qu'il avait commencé par causer; de sorte que sous rinRuence de cette première impression, on ne sait trop à la fin ce qu'il pense et ce qu'il faut penser avec lui de cette philosophie , sur laquelle, au moins en apparence, il semblerait n'avoir pas une opinion toujours parfaitement une et conséquente. Aussi ne i^urions-nous trop instamment l'engager à revoir et à remanier ce morceau de son mémoire, de manière à en faire disparaître toute trace sensible d'un défaut, qui laisse les lecteurs incertains sur la juste part d'admiration ou d'adhésion qu'il croit devoir accorder à Leibnilz. Veuton' du reste quelques exemples de la manière embarrassante, jlont à la colonne du mal, s'il est permis de le dire, il poTte et accuse d'abord les imperfections de la doctrine qu'il critique, et dont ensuite à la colonne du bien, il tâche d'en rehausser les mérites ; prenons la monadologie. Voici , selon lui , le compte en partie double, le doit et l'avoit, en quelque sorte, qu'il en dresse dans son bilan : il dit d^abord que rien n'est moins défini que la monade, telle que la conçoit Leibnitz ; qu'elle est une étendue qui n'en est pas une, une unité qui admet à la fois et exclut la multiplicité; une force représentative de l'univers, dont on ne s'explique pas la représentation ; un principe, en un mot, qtri ne rend bien raison ni du monde, ni des rapports de rftme avec le monde, ni même de la véritable activité, et surtout de la liberté de l'âme. Mais d'autre part il estime que toute créature étant une substance, et toute substance une force, un être simple et actif, la monade, qui est un tel être, explique suffisamment la création, et quela notion que

s*en est formée Leibnitz, a renouvelé la face des sciences physiologiques et métaphysiques. Or, de ces deux appréciations, ne résulte-t*il pas au moins quelque confusion , quelques semblants de contradiction , que Tauteur, avec plus d'habileté» eût certainement pu éviter.

Au sujet de Vharmonie préétablie, il commence par aiSrmer qu'elle achève de porter coup à la monadologie; qu'elle supprime toute influence de l'âme sur le corps et réciproquement ; qu'elle fait de l'âme un automate spirituel ; qu'elle ramène dans la science le mécanisme, que la notion de force semblait en avoir "banni , et qu'ainsi elle reste en butte au reproche qu'on lui a fait d'inclûttr! an Spinozisme ; el puis, plus loin, et après l'avoir ainsi •Dondamnée, il essaie de la justifier, en rechercbanti<l»^part de vérité qu'elle renferme, et en montrant qu'elle répond à cette idée qu'il n'y a point de hasard dansle mojid€iii.quSiI y a partout des rapports certains, coipme c^uX')(|iiiiiis^ voient entre les organes et leurs fonctions, les pensée» de l'âme et les mouvements du corps, et il cite mâmetà Jtaf»pui de cette opinion ces belles paroles de Leibnitz à>Bo9SMft ; « On peut dire qu'il y a de l'harmonie, delagéométw^d^Jn métaphysique et, pour parler ainsi, delà morale (paisl€«|.i» Et il n'y aurait pas eu de longueur à les compléterup^it qes mots : « de sorte qu'on peut dire que toute 4a natiifiOr^st pleine de miracles, mais de miracles de raison» et qui^^de*viennent miracles à force d'être raisonnables d'une manîèFe qui nous étonne, car les raisons s'y poussent àiuDi progrès infini. » Mais ici encore n'y avait-il pas à mieux ménagev> et à mieux concilier l'un et l'autre sentiment?

En théodicée enfin, l'auteur met à la charge de Leibnitz

d'avoir, par abus de logique, plutôt infirmé que fortifié les preuves de Texistence de Dieu, el surtout, de n'avoir pas apprécié à sa juste valeur la preuve par exceUenee de Descartes ; et plus loin, comme pour rétablir la balance, il dit que, si Leibnîtz laisse quelque chose à désirer sur les preuves de l'existence de Dieu, il n'en a pas moins mis dans une éclatante lumière cette vérité : Dieu est. Même remarque ici que sur ce qui précède : apparence de contradiction , faute de suffisantes explications.

On peut juger par ces exemples de l'espèce d'objection et dé conseil à la fois, que nous adressons à l'auteur au sujet de oelite' partie importante de son mémoire. C'est plus d'art et de management pour plus de sensible conséquence dans Id disposition de ses raisons, que nous y voudrions , et que nduS7 €isp6pons, grâce au bon esprit, au soin et à la di- ]igence<fa'il'met(ra certainement à perfectionner son travail, i^i 'en offre» déjà tant de traces.

: Bti nôste, nous n'avons rien de semblable à remarquer àa> Texcellent morceau qui termine son mémoire , et qui a porter- =^bjet d'indiquer ce qui a péri de la philosophie de iieibnifll!, et ce qui en subsiste et peut être mis à profit par l'a phHosophie du xix*' siècle. Là, au contraire, il est dit en Kermès justes et pleins de force , et non sans chaleur , ni étévation, que Leibnitfc, qui a rétabli contre Descartes, et surtout contre Spinoza, la vraie notion de substance, et conire Locke, la vraie théorie des idées; qui a lutté de gîotre mathématique avec Newton, d'érudition avec Bayle , d'imagination philosophique avec Malebranche, de vigueur polémique avec Bossuet, qui les a tous surpassés par l'universalité de ses lumières; qui a clos ainsi, avec une incon-

testable grandeur le xyii** siècle, est resté pour le nôtre, un maître, dans le génie duquel nous devons admirer , avec la beauté des idées, un lumineux enthousiasme, la foi en la raison unis à un profond sentiment des vérités religieuses , et la puissance de la spéculation à la richesse de Térudition; un génie, nous le répétons, dont nous pouvons recueillir aussi, avec quelques solides et belles maximes, la doctrine de la substance, conçue comme force vive et individuelle, celle de la loi de continuité, celle des rapports de toutes les créatures entre elles et avec leur auteur; enfin celle d*un Dieu , région des idées , partout présent et personnel , et qui , par ses attributs moraux , fonde ce gouvernement de la Providence, réglé par la loi du mieux, et connu 86irs le nom d'optimisme; tel est en effet Leibnitz dans ses traits les plus saillants <t ses titres, les plus durables. ' '

C'est par ces considérations que Fauteur du mémoire n*' 1 résume à la fois et couronne son long et coni^ietr-^ cieux travail. ....

Ce travail, si l'analyse que nous vous en avons présentée, n'a pas été trop imparfaite, doit maintenant vous être suffi-^ samment connu dans son dessein, son esprit, son écbnotiiie générale et ses principaux développements. Mais ce que nous n'avons pu également vous faire connaître, ce senties qualités solides qu'il y déploie, et dont il est néc^seakl»,' avant de finir et pour achever de lui assurer vos suffirageà, que nous vous disions quelques mots.

Nous vous avons déjà parlé de son application scrupuleuse à suivre votre programme, et sans s'y asservir à le prendre pour appui. Oo ne saurait mettre plus d'intelligence au service de plus de fidélité.

On a pu aussi entrevoir, daus quelques-uœs de nos ap* préciatioDS, combien il s'était nourri et pénétré des pensées de Leibnitz. Mais il faut, comme nous , Tavoir vu de près et à rœuvrOi pour bien juger de Tétude approfondie, à laquelle il s'est livré, et de la connaissance accomplie, à laquelle il est parvenu, de ce beau génie philosophique. Il n'a sans doute produit aucune de ces nouveautés , de ces pièces rares et inédites, que son concurrent plus heureux a su se procurer, plus précieuses toutefois pour Thistoire et la critique que pour la doctrine elle-même, au sujet de laquelle, il faut bien le dire, elles n'apportent dans nos idées aucune modification essentielle ; mais ce qui avait été jusque-là publié de Leibnitz, thèses, articles, fragments, lettres , tmités., écrits de toute sorte , Fauteur du mémoire n^ 4 a tout examiné, scruté et mis à profit, témoin cette aboadanoe et même cette surabondance de textes, qu'il rapporte et qu'il puise à toutes ces sources diverses. Aussi peut-on dire qu'avec lui on connaît Leibnitz par Leibnitz. et peut-être mieux que par Leibnitz ; car Leibnitz n'a. pas pris soin de rapprocher, de lier, d'éclairer les uns par les autres tous ces documents, qu'il nous livre un peu au gré de son génie incessamment diverti d'une recherche à une autre, et plus enclin à se répandre sur l'infinie variété des sujets qui l'attirent, qu'à se concentrer en une unité où tout rentre et se compose ; tandis que son diligent' et sa^ vaut interprète n'a rien négligé, rien omis, pour proposer dans le meilleur ordre et présenter dans la plus claire lumière tous les grands points de sa doctrine. Ce n'est qu'uo^ résumé, si l'on veut, mais un résumé. de main de maître^ où tout, quoique tiré de lieux fort divers, s'unit, se dis-

pose et se forme en un grand et vaste ensemble, dont on saisit d'autant mieux le sens et la portée.

A cette connaissance de Leibnitz , qui , si consommée qu'elle soit, ne suffirait cependant pas en elle-même, et qui devait être le commencement et non la fin de Tétude historique, que. votre programme demandait aux concurrents, se joignent, chez Tauleurdu mémoire n** 1, une familiarité judicieuse avec les questions philosophiques, une netteté de discussion, et une sûreté d'appréciation, qui en font un disciple sans doute fort respectueux de Leibnitz, mais aussi, quand il le faut, un juge indépendant.

Il y a surtout chez lui un besoin de prouver, de ne rien avancer sans le démontrer, soit par pièces , soit'par raisons, qui, satisfait, il est vrai, avec un peu plu^ de tiiodération, imprimerait à son mémoire l'un de ses meilleurs caractères, celui d'une composition excellemrriënr {tMie-tique. C'est un goût pour la preuve, dont h lôctefcrr4ttrmême, quand il sait ne pas s'en lasser, finit pas Sé^4À1^er gagner et comme pénétrer.

Le style , dans ses bonnes parties , répond â cès^qûâKfés du penseur; il a de la simplicité, de la ^t*é6i!^ion,'dèl% force, ude certaine élévation, qu'on aimerait ttluteftes plus constante et mieux soutenue. * ' "• ^

Une doctrine exacte et saine , d'excellents^ setitimfents philosophiques, une justice impartiale et éclairée, ptusïeuft^ points d'histoire, et des plus importants, fort soHd^èiiiëHt établis, un ample morceau sur la théodicée , une iUftlroArction remarquable, une conclusion qui, dans ce q\i*eliepeut avoir d'imparfait^ pèche cependant plus dans la forme que dans le fond, et, en tout, un travail qui est complet dans

son genre ) et dans un genre que vous devez accueillir avec une estime particulière, parce que c'est bien celui des mémoires que vous demandez dans vos concours ; tels sont les mérites principaux, par lesquels se distingue le travail dont nous venons de vous rendre compte.

Aussi, malgré quelques défauts, que nous avons déjà indiqués , sans grande gravité , au reste , et sur lesquels nous ne revenons que par un scrupule de justice distributive , nous voulons dire une analyse fidèle sans doute , et une. critique judicieuse, mais auxquelles on désirerait plus d*ampleur, de forte abondance et de souffle vivifiant , une soUdilé qui n'exclut pas une certaine sécheresse , accusée même parfois encore par des formes peut-être un peu trop didactiques,; Tabus de la preuve, surtout au moyen de citatiipQs., souvent plus que de raisons multipliées et prolQ^g^eS|,,,eqfin le. caractère quelque peu indécis de la conç)ji)si|çm.qui tf^rpûne Touvrage ; malgré ces défauts , nous le Frétons ,. jce mémoire n'en reste pas moins une œuvre savante et ferme, à laquelle on peut, en toute sécurité , acjp^(jl^C,$£^ confiance et qui a droit, sans contredit, à la plus spi^us^, ^ttenjtion , et de votre part , Messieurs , à la plus haute ^^,^os distinctions.

Nous le jugeons donc digne du prix.

.i.^lfi^i^fi^ n'^st pas là tout notre jugement, et le mémoire D?, ^^,,^ soii.tour, sera pour nous l'objet d'une proposition .que.Qpjas pouvons vous laisser pressentir, mais que nous ne vç^s.fiQunjief^rons, comme nous le devons, qu'après l'exa- ^l^n ,p%rjtiGuJier que nous allons d'abord en faire.

Le mémoire n"* 3 est un grand in-folio^ en deux tomes , formant en fout 966 pages , d'une écriture trè&-beHe. Il a, pour épigraphe , ce passage d'une lettre de Leibnitz à Bemouilli :

« Sed ipsa principick àm t6v ^uvpc/xtxou, seu h fortnis derivo, « tanqTiam h Deo inditas et nunc insitas naiurœ corporeœ leges. »

Il se compose de deux parties, la partie historique et la partie philosophique , mais qui ne sont pas tellement distinctes entre elles, qu'elles ne rentrent pas fréquemment Tune dans l'autre, la première surtout dans la seconde , sans grand inconvénient toutefois.

La partie historique est elle-même divisée en deux périodes, la période Seholastique, comme il plaît à l'auteur de l'appeler, et la période Cartésienne.

Quant à la partie philosophique, elle comprend, sous Tes chefs sufvants , méthode , philosophie générale , psgehologie, morale, théodieée et critique, un grand nombre dé chapitres divers.

Nous ne ferons sur tout cet ordt'e que deux renaalrques, la première c'est que s'il n'annonce et n'expririie pas d'abord une conformité très-apparente aux tel'mes de votre programme 9 il ne s'en écarte paà non plus d'une manière essentielle, et qu'on peut l'accepter sans trop de difficulté comme la conception d'un esprit, auquel pour mieux pro* fifer de ses bonnes qualités, il faut permettre quelques li* cences et ne pas demander une trop rigoureuse régularité ', et même s'il arrive que dans la suite de cet examen, il y ait sous ce rapport quelque chose à lui pardonner, on ne \dévra pas oublier qu'il a beaucoup aimé Leibnitz, qu*il Ta

rechercbé, étudié, pénétré, et à certaÎDS égards, révélé avec QH zèle et un culte, qui, pour avoir sans doute parfois leurs illusions, ne s'en recommandent pas moins à notre reconnaissance par de véritables services rendus.

La seconde de ces remarques se rapporte à ce qu'il nomme assez arbitrairement la période Scholastique. Qu'entend-il en effet par là? Que Leibnitz est pendant un temps, à son début dans la carrière, un disciple de TÉcole? Il ne le mé-^ connaît pas à ce point; il ne le fait pas ce qu*il n*est pas, il le laisse ce qu'il est , un esprit de bonne heure instruit de ila philosophie scholastique, mais de bonne heure aussi, dès rage de quinze ans , initié à celle de Descartes, incessamment ouvert à toutes les idées nouvelles , et bientôt même animé du génie des inventions, de telle sorte que non content de celles qui sont purement mécaniques , il en a mêipe d'église et d'état, si l'on peut ainsi le dire, et qu'il veut réformer le dogme et la politique, autant que la philosophie le droit et la morale. Voilà, selon les paroles mêmes de l'auteur du mémoire, quel est Leibnitz à celte époque de sa vie. Est-^ assez pour la nommer la période Scholastique? nous ne le pensons pas; des grands docteurs de l'École , il peut avoir avec le goût sérieux d'une certaine universalité de doctrine, d^une espèce de somme philosophique , objet de son ambition , certaines maximes et certaines théories particulières. Hais en a-t -il ce qui seul en fepfait véritablement leur sectateur, leur point de départ, leurs limites, leur règle dans la recherche, leur philosophie générale, en un mot leur discipline? nullement; il participe de l'École, moins cependant à ce moment de sa vie , que plus tard et dans sa maturité; car alors il la connaît, la

possède et en profite mieux; mais il en participe comme de l'antiquitéj et de la philosophie nouvelle, en penseur curieux et libre, qui s'en sert mais ne s'y asservit pas, y prend son bien quand il Ty trouve et, selon une de ses expressions » en tire de Tor de la boue.

Il ne faut donc pas nous laisser tromper par cette enseigne mal choisie de période Scholastique, et imposée par Fauteur à la jeunesse de Leibnitz,.Son vrai drapeau, à cette époque, n'est pas celui de l'École ; ce serait plutôt celui qui porterait en signe de sa noble ardeur pour le progrès, ce mot placé comme devise en tête d'un de ses écrits : Plus ùkrà, en avanL En avant, en effet, dans ce monde des^ idées, qu'il aspire à s'ouvrir et à parcourir en tout sans, téVest bien le mouvement qui l'emporte, en ces années.' L'»iiteur lui-même ne s'y est certainement pas méprie; m^is>'d)HQ rapprochement inexact et incomplet il a été eonduitrà-iune fausse et bizarre appellation. ^' >• mîo o t :

Cependant laissons ces questions de nomeodatoreo^tMle forme pour aborder le mémoire en lui-même, ^'i ui.i. *i :k'

L'auteur cherche d'abord à détermineFi qael âsM^'^à^^a première période, le principe de la philosophie 4e I^eibliil:^,' et il trouve que c'est le sentiment de l'harmonie wriviersèlte appliqué au droit, à la morale, à la religion, àviav>sGiebc^, à tout l'ordre de nos connaissances. . , ^ ;;. ' h .*. ■ . ^ •

La principale preuve qu'il en doi\neestini6ipièceijpté'^ cieuse, jusqu'ici inconnue et qu'il a découverte àila^bîbliâthèque de Hanovre. C'est, sous le titre de Miscellanea phi^ losophica une sorte de biographie de Leibnita par lâi-même, à l'âge de vingt ans. Ce manuscrit. sert, en efièt, raïqproché d'ailleurs d'autres écrits de lui de la même date, à établir, que

sa pensée dominante est alors celle de l'harmonie en toutes choses. L'auteur trace, à ce point de vue et à l'aidé de ces données , une analyse pleine d'intérêt , d'abord des divers travaux de Leibnitz sur le droit et la morale , et il a soin d'en extraire, pour en mieux marquer le caractère, un certain nombre de maximes,: qui, en effet, répondent bien à cette idée de justice universelle ou d'harmonie dans le juste, dont est occupé son esprit, celle-ci par exemple : Fiat justitia m pereat mundus, et celle-ci encore : Le philosophe qui est bien pénétré de ces vérités est le philosophe du» droit et le prêtre de la justice. ^

.^uis auHSujet de la religion, l'auteur qui, on peut le dire, egt. wxi.curieux de Leibnitz , comme d'autres le sont de la. naitHre^'et qui dans l'étude qu'il en fait, se contente diiScilemejkt de.vce que tout le monde sait, soupçonne qu'un grand ouvrage, conçu par lui, sous le titre de : Démons- ^ trjitiomthoiiea^ mais resté en projet, ne doit pas être confondu avec -te Systema catholicum , ^uhWé en 1684; UBoJetteB inédite de Leibnitz le confirme dans ce soupçon, iVm&ftu^stette ses recherches et découvre dans la bibliothèque deHesovre le Spécimen demonstrationis catholicm, seu Offohgiahfidei in ratione, qu'on ne connaissait pas et qui prouve quiavant même 4672, il avait jeté les bases de sa théqdicéèpt:jqfie'Ie fond en était également ce sentiment de l'fafliliiome universelle, étendu à la religion comme au droit nalqrel» .

•fieias le titre assez inattendu de Nouveau Bacon, et pour faire simplement suite aux chapitres qui précèdent, Tauteur en consacre un ici à montrer comment Leibnitz porte ' le même principe dans le domaine de toutes les

scieocies; et là, eacore, il est assez heureux pour pouvoir, à l'aide de pièces, dout qiielquesr-unes aussi sMt inédites, tracer une esquisse fidèfo dés Tuesde Leibnitz en cette matière, et même de reconstruire le plan d'une vaste composition, qu'il s'était proposée sous le nom de Guilelmus Faeidius et avec ce titre: Plus tUtrà, site inkia seientim gèneralis ad publicam felicttaism, qui eût rappelé, sans l'imiter^ le novum organum, et Yinsttmratio magna. C'est à cet ouvrage que se serait rattachée sa Ca^ raèiérisiique tmiverselle, sorte de langue philosophique , dont l'algèbre n'eut été qu'une branche particulière » et qui eût été à toutes les idées de l'aitendement humain , ce que l'algèbre est aux seules idées mathématiques.

L'auteur fait même à ce sujet quelques sages réflexioite, qui ont pour but de signaler le cûté chimérique et fâèheifx de cette tentative de réduction formelle de toutes les sciences en une, et de combattre, par plus d'une sérieuse objectien, le dessein d'entreprendre ainsi sur le libre développement de rintelligence humaine , en essayant de la soumeMre, et de l'enchaîner comme la nature à la rigide nécessité des > lois mathématiques.

Un dernier chapitre de cette partie de soin mémoire est destiné à l'inventaire des côniiaissances de' Leibnitz, tel qu'il fut dressé par lui-même, avant son vojage à Faris, en 1672. Une lettré au duc Jean-Frédéric, de 4674 , con^ tient cet inventaire et semble , de point en point , une ré^ ponse à cet article de votre programme. L'auteur la donne tout entière et il ne pouvait mieux faire. Nul , en eflfot, nétait plus capable que Leibnitz lui-même de tracer ce ta* bleau de ses travaux, de ses vues, de ses projets et de ses

espérances » de ses richeses acquises et de ses richesses à acquérir, à cette époque de sa vie.

Hais Tautear ajoute, en le jugeant pour son compte, qn'îl y a Hi encore plus d*un rêve, et même quelque chose d'excessif et de gigantesque , qui , comme ces conquérants pressés d'étendre leur empire et de gagner de nouvelles provinces , le pousse à reculer les frontières de toutes les sciences.

Cependant ce n'est là que la jeunesse de Leihnitz. Autre sera sa maturité, que nous allons voir se développer dans ]b, période Cartésienne.

Et d'abord l'auteur n'hésite pas à placer, avec Gurauher, la première initiation dé Leibnitz à la philosophie de Descartes , en 4661 , vers l'âge de quinze ans ; ce n'était, il est vrai, encore qu'une initiation d'écolier, mais cet écolier était celui qui devait être un jour le père de la Honadologie, et cette philosophie était celle du Discours sur la méthode et des Méditations; l'un ne devait évidemment pas en rester là avec l'autre, et quoiqu'il ne soit prouvé que par quelques textes assez rares, et quelques passages de lettres , il est cependant certain que de 1661 à 1666 et 1667, Leibnitz avance* (jie plus en plus dans la connaissance du Cartésianisme. Mais ce n'est qu'en 1669 et 1670 qu'il se rend, sur la physique) à la doctrine de Descartes , et qu'il en laisse un document connu sous ce titre : Hypothesis physicm noi>m.

B en était là lorqu'il fit son voyage à Paris, avec la politique pour but ostensible, et la science pour vraie fin. Il était déjà en relations de lettres avec Arnanid ; il lia immédiatement avec lui un commerce direct et personnel ; il en

fit autant avec Malebranche , Huygens et plusieurs Cartésiens, et se trouva naturellement introduit au sein de TAcademie des sciences. A cette époque, il était fort peu instruit dans les mathématiques ; elles étaient peu cultivées en Allemagne, tandis qu'en France elles Tétaient avec un grand succès, témoin les travaux de Yiète, de Fermât et de Descartes; et Leibnitz lui même, selon son aveaet son expression, n'en avait apporté de son pays que « la superbe ignorance. » Mais une fois à Paris , excité et guidé principalement par Huygens, il se livra avec une infatigable ardeur à cet ordre d'études, et il dit expressément qu'il remplit alors beaucoup de feuillets de ses recherches mathématiques. Ces feuillets, l'auteur du mémoire n^ 2 a eu la bonne fortune, au reste bien méritée, bieu due à.son zèle pour Leibnitz, d'en retrouver un bon pombre, quilu ont servi à résoudre cette question, qu'il s'était proposée : Dans quelle mesure Leibnitz avait-il connu les œuvres mathématiques de Descartes , pendant *son séjour à Pan39 et quel profit en avait-il tiré pour sa découverte du calcul qiïférentiel ? II y trouve, en effet, une preuve de plus à loindre à celles qui ont été récemment produites, pour établir aue Leibnitz avait été, de son coté et de son chef propre, 1 inventeur de ce cakul , et que s'il devait, ppus ce rapport, quelque chose à quelqu'un, c'était à Descartes sX nop a Newton. Il croit pouvoir conclure avec certitude, de Uxamen attentif de ces manuscrits, que c'est à ?&ris, s^vant^oa voyage en Angleterre et ses relations avec Newton, ep approfondissant les travaux de Descartes , qu'il s'est njis ep possession de la notation ou de l'algarithme de son calcul infinitésimal. Les' particularités, les détails, les remarques.

CONCOUKS SUR LA PHILOSOPHIli: DE LEIBNITZ. 41

les plus curieuses abondent, à cet égard, dans le mémoire n® 2, et Ton reste véritablement touché de tant de soins et de sollicitude de la part de Fauteur, pour mettre en une nouvelle lumière cette face un moment douteuse de la grande œuvre mathématique de Leibnitz.

Du reste, il ne cesse pas d'être heureux dans ses moyens particuliers de défendre ou de faire valoir la gloire de son héros.

II lui reconnaît, entre autres missions, celle de résister éuergiquement au mouvement panthéiste, qu*il voit, il est vrai , un peu trop partout, même là oii il n'est pas, dans Newton par exemple. Il en voudrait donner des marques et une preuve, et il trouve, comme à souhait, également inédite, une no^uvelle thèse ie principio individui de 1696, tanilis que i^autre est de 1663, à Taide de laquelle il démontre que Leibnitz, à la veille de son voyage à la Haye, et de ses entretiens avec Spinoza, était tout prêt à combattre pour le principe des existences individuelles et en particulier de ïa personne humaine, contre celui de la substance lipique et universene. Autre favorable rencontre qui tourne et se termmeau même résultat, il existait un manuscrit de -•eibnitz intitulé : Pacidius philaleihès, seu prima de motû pHilosophia, sous forme de dialogue, qui n'avait pas vu le jour. II le découvre, le fait connaître, en retrace même l'histoire d'une manière vive et piquante, et le produit pour montrer, que sur ce bateau qui le transporte, en 1676, delondres à Amsterdam, Leibnitz qui travaille partout', même sur mer et au bruit des flots, tout occupé d'une théorie, d'où sortira la monadologie, sans rompre encore avec le Cartésianisme, s'en distingue cependant de plus en

plus, et soutient même ici explicitement que pour rendre, par ses principes aux créatures ractiyité que le Cartésianisme leur a ôtée, il n'est pas en effet moins religieux que Descartes.

Il y a de plus dans cet écrit déjà quelques vues indiquées touchant la loi de continuité.

En un mot, c'est en germe, et avec un reste expirant de la philosophie de Descartes, toute la nouvelle philosophie de Leibnitz ; et Tauteur le fait fort bien voir, à l'aide d'une analyse, mêlée de beaucoup de citations et pleine de sagacité.

Quoique d'après ce que nous venons de dire, Leibnitz, pendant son séjour à Paris, fût loin de n'avoir étudié sérieusement dans Descartes que les mathématiques, néanmoins il ne pensait pas avoir suiBsamment approfondi ses ouvrages philosophiques. C'est ce qu'il écrit du moins à l'abbé Fouché, auquel il parle même de la difficulté* qu'il éprouve à les lire avec quelque suite. Mais à partir de 1676, il les a tous lus, se les est tous rendus familiers,' et il y a de lui toute une série de travaux, apparlermM à cette époque de sa vie, qui l'attestent hautement; témoin ie De vitd beatâ, les Meditationes de affectibm, les notes^ sur les Méditations, couvrant deux feuilles, qui se trouvent à la bibliothèque de Hanovre, les AnimadvetsionesiidCartesiiprincipia, enfin des remarques marginales itaédltes, déposées sur un exemplaire des Principes : tous écril&, dans lesquels Leibnitz adhère encore k quelques points éb la doctrine Cartésienne, tels que le Cogito ergo sum, les idées étrangères aux sens et à l'imagination, les caractères de l'idée de Dieu, les principes de morale; mais dans lesquels aussi

GONGOLliS SUR LA PHiLOSOPHIK DE LEIBIVITZ. 43

il en su3pecte, en amende » en abandonne on en combat plusieurs autres, en même temps qu'il propose certains de ses sentiments propres. Ainsi Descartes ne iui paraît pas aussi sûr qu'on le croit, de la distinction de l'âme et du corps, ce qui, par parenthèse, dit l'auteur du mémoire et non sans raison, /est aller un peu loin dans la voie du paradoxe. Il ne lui semble pas davantage que Descartes se soit formé une idée exacte de l'étendue et de la substance : car celuici ayant dit : Ultra sensiles qualitatesy nihil rémunère incorpore prmter extensionem et ejus affectiones; il ajoute pour son propre compte : Imà etiam vis existendi niques agendi, ipsaque activa. Il est aussi question (dans . lei$ ^uiUes manuscrites) du calcul du moindre change-* ,l9ent,.que.lieibnitz reconnaît dans Descartes, et qui ne seirait.pas f^ioins que l'idée en germe de la loi de continuité, iqi^'il ^*^urait eue lui-même qu'à corriger et à déve* .iopj^pr.

ilqi.nous ne résistons pas au plaisir de citer quelques lignes .4M' iiiorceau, qui termine ce chapitre^ On y verra dai^ qa^les dispositions d'âme l'auteur se livre à^ces recIpeFcbes, et en quels termes il les exprime : « Je ne sais, ditdiiiTsi ces remarques de Leibnitz, oubliées et enfouies :ji|sqi»^ ce jour, ainsi présentées sans appareil, se feront .lire.avec;j)laisir. C'est une étude austère; j'ai là sous la .<rQaiii,49iPs. la succession posthume dé ce grand homme, d'autre éaviis en grand nombre, d'une forme plus attrayante, pleins de détails curieux. Je travaille les yeux fixés sur . ce^ .arfpoires, remplies de trésors inconnus. Mais je n'en connais pas qui égalent pour moi le charme sévère de ces études sur les origines de la philosophie moderne

J'apprends à y connaître non-seulement Leibnitz, mais aussi Descartes» Descartes qui fut plus grand qu'on ne le suppose» ainsi que Fatteste la critique même de son rival. »

Mais nous touchons à quelque chose de plus considérable encore.

Leibnitz voyait dans le Spinozisme une sorte de CariésianismOy gn Cartésianisme immodéré. II s'était déjà, sur certains points, mis en lutte avec Descartes; à plus forte raison devait-il s'armer de toutes pièces contre Spinoza et lui faire une guerre en règle; car il y avait dans l'auteui; dg . VÉthique des erreurs, des énormités même, qui ne çe^fjju-. : vaient pas dans celui des iif&'(ft7a^ion^, et qu'il eût mên^^,t repoussées de toute la force de son ferme bon sens^ el| d^.ri ses principes philosophiques. De là outre ses ,n^^j3s ,gjf^-jy^ ,, tiques sur VEmèndatio intellectûs, ses rems^rqujÇj^^jÇ^^jj^,. VÉthique, qui ont déjà une certaine portée, ?t^ j|iîîV\t^/rh^ pièces encore, ses Animadversiones ad Walteri Hk/^^^ yj, reconditd Hmbreovum philosophiâ, retrouvée^ P/ïî jllî^îrr. * leur dans la bibliothèque de Hanovre, et qui soi^î^ y^^i^ ± une réfutation, point par point, de la doctrine dç.Çj^^^kjsap, ^|., i

L'auteur qui avait cette nouveauté à faire connaîjti;ç^(çp«|a »^^ ^.. largement usé , pour réfuter lui aussi cette doctrj^iffuijÇQ^.,, ,, s'appuyant sur son guide et son maître. Ainsi avec J|ye^|pni|,ç^p|^.^ ,, et sur ses pas, il s'est attaché à montrer cqmnpQ?jt .tjjf^flaR^î >• notion de substance, telle que la fait Spinoza, j.j|^it,j^'H ; .^ ^ n'y a qu'une substance, revêtue de deux attributs^ ^m^j^^^ contradictoires; comment encore dans ce système ir^^eSc^v^ n'est qu'une idée, le corps un moment de l'espjçit, lî^.yif-,. une forme de l'inertie ; le bien, le beau, le juste des rapports .

CONCOURS SUR LA PHILOSOPHIE DE LEIBxNITZ. 45

soumis au jeu de la volonté, elle-même assujettie à une invincible nécessité; Thomme, en un mot, méconnu et Dieu mal entendu; et il termine toute cette critique comme Leibnitz et dans des termes qu'il lui emprunte, en disant que Spinoza embrouille les propositions claires par sa manière de les établir, laquelle est obscure, douteuse et tirée de loin ; que c'est un génie tortueux, Ingenium valdè tortum, qui va rarement par la voie simple et naturelle; qu'il préfère les longs circuits, qui embarrassent plus l'esprit qu'ils ne l'éclairent : Qui magis anirnum circumvenimit, quam illustrant; et quepour tout dire VÉthique est uif btivr'age si plein de manquements, qu'il y a de quoi s'étotfù'erl* "

Puis de Spinoza, Leibnitz revient à Descartes , non plus il est i^i^di, (58mme disciple ni même comme simple juge, maisHtnme réformateur de sa philosophie. C'est dans ce nouvéâ!/¥Slfe que va le suivre l'auteur du mémoire n® 2, et que ritfti§'fè â'iiîvrons avec lui, pour assister en commun à ce cuff^hk sj^^ctacle.

L'aïAÇAii sFpasse principalement entre Leibnitz et Arnauld, l'un r^Sfëëfifanf le Cartésianisme innovant et se transfornaant,4'tlïltréHe Cartésianisme persistant et résistant; elle se traduit ]làr "ce grand dialogue, qui s'appelle leurcorrespondanifei^'îe^^ujet en est principalement la substance et ses rap|)OTO,'ët't'origine, le Discours de métaphysique, que LéiÔffity^^dressé a Arnauld, et qui n'est pas moins que l^Jfltt'oductîon à la monadologie et à l'harmonie préétaiilie.îi^èiéhii en quelques jours à la campagne, dit Leibriifô dans sa lettre d'envoi ; mais c'est le travail de vingt ans.

Le premier point débattu entre eux est celui de la notion de substance ; mais ce n*est pas celui sur lequel ils s'étendent le plus, quoiqu'ils en disputent assez vivement. C'est sur Yharmonie préétablie^ qu'ils se donnent surtout carrière, se servant du reste pour l'exprimer d'un autre nom, de celui de concomitance , qu'ils empruntent à la scholastique.

Aux premières objections d'Arnauld, Leibnitz répond qxie ll^ypothèse de la concomitance est une suite de la notion qu'il s'est formée de la substance; ce qui ne satisfait qu'à demj son correspondant, qui insiste en soutenant qu'il y a quelque chose de parodoxal à supposer à la fois l'indépendance absolue et le concert des substances entre elles. Aussi inclinerait-il de préférence vers \Q%:Jomses occasionnelles.

Uais Leibnitz ne saurait être de ce sentiof^t, ^^i^ 1^ repoussant , il revient, avec d'autant plus (d'i^sislp^ce à cette harmonie , qui , .selon une de ses expi^fissiops » est comme un concert où plusieurs bandes 4e ia;ii;^i^ns , jouant séparément leurs parties sans se voir JQii^'^^tendre, s'accorderaient cependant parfaitement, parce quet^ppuriif]piitçn ajouter pour compléter la figure, tout y sentit ^li d'avance et absolument, la musique et les musioiensr.' , ' > .

Mais, comme il reste néanmoins toujours ici deux^g^aves difficultés : 1"* celle de la substance, à l'état de ^^OM^ule, ou d'unité enfermée en soi, et sans issue au deborsi,;?? celle de cet accord des monades entre elles, sa&s qu'ancwe y soit pour rien , et que , malgré d'apparentes .concisions , Leibnitz n'abandonne au fond ni l'une ni l'auti» detce^ conceptions , le même dissentiment subsiste entre eux jusqu'à la fin.

Quant à Tautetir du mémoire, sans paraître prendre précisément parti pour Tun plus que pour l'autre, il soutient cependant que Voccasionalisme n'est pas dans Descartes, ce qui est peu exact, et que ce n'est pas de là que vient Yharmonie préémblie, ce qui l'est encore moins. Il eut été même plus convenable au dessein qu'il avait de considérer ici Leibnitz comme réformateur du Cartésianisme , de faire voir avec les différences sans doute , les ressemblances essentielles et les analogies de l'un et de l'autre ; et il eut ainsi évité cette conclusion qu'il combattrait ou limiterait lui-même au besoin : <( Si Thistoire et la philosophie, dit-il , sont d'accord pour prouver que Yharmonie prééablie et Voccasionalisme sont deux doctrines distinctes et même opposées, dont l'une exclut l'autre, ou du moiiiis atteste un très-grand progrès métaphysique au XrVii® siè^le^; dn ne voit plus ce qui reste du Cartésianisme dans la philosophie de Leibnitz : il semble que le dernier germe' eh est extirpé. »

■ It^dnalyse au surplus, avec un grand soin, toute cette dis- Cu^idn de Leibnitz avec Arnauld, de même que celle qu'il engage légalement sur le même sujet avec Bayle et Ber- Bouillr. Mais il ne les analyse pas seulement, il les juge aussi , et c'est en général avec plus de faveur pour Leibnitz gué pour ses trois illustres adversaires; ce qu'on serait moins tenté de lui reprocher, si lui-même ne convenait pas que leuns objections sont parfois très-fines et très-fortes, et toujours plus ou moins embarrassantes, et si en outre dans un chapitre d'ailleurs très-intéressant, sous ce titre': Amendements à\t harmonie préétablie, et destinées ultérieures de cette doctrine, après avoir rendu compte des travaux

de différents philosophes allemands , Herbart en particulier, pour la modifier ou la corriger, il ne finissait pas par dire : « Evidemment elle n*était pas guérissable. »

Cependant, d'autre part et à bon droit, il soutient que ni rharmonie préétablie, ni la monadologie ne nuisent à Tidée propre et éminente, à l'idée originale de Leibnitz , celle de la force conçue comme le fond de la substance tant matérielle que spirituelle , et ne Tempêchent pas d'en tirer une science nouvelle, la dynamique, dans laquelle il est resté sans compétiteurs et sans rivaux ; c'est, en eifet, àcette id^eet à celle qui s'en déduit immédiatement , de la conservation dans l'univers de la même quantité, et de la même diréqtion, non pas de mouvement mais de force, que sogt dues les vérités fondamentales de cette science. , ,^ ^,,

S'il en fallait une preuve, une de ces PîfÇyjçf^^qçjnyme l'auteur est accoutumé à nous en procurer, q^ jjç^uf^j^it d^{ avec lui un écrit qu'on croyait perdu , et qu'.y ^j^j|^9^Çj'^q dans la bibliothèque de Hanovre , la Dern(fnstratjg^^^c^ristim, qui ne laisse à cet égard aucun doute. $|^4}6i^f^^}g(| ne faudrait pas croire , d'après cette pièce ct^?J?£^9jP J^fSf^ que l'origine de cette théorie de la force est, phej^jl^çibj^ijz^ purement théologique ; elle est, comme nous j'^Yjpnsdgjg dit, essentiellement psychologique , et l'auteur dîu m^oi^e a justement remarqué, que Leibnitz^ qui. p§,^dit| j^as^^^ujours tout ce qu'il fait ni comment , il \e fai|^H en^ri^ ntf bien plus ici à la science de l'âme qu'à celle de Dieu. ; .., ^ Cependant, nous sommes arrivés au terme de ,la^ prçr mière partie, de la partie historique du mémoire a^ 2 ;, noi) que l'histoire soit absente de la seconde , elle y revien^^jau contraire et y rentre par bien des endroits ; mais c'est à la

philosophie proprement dite qu'elle est spécialement consacrée. Cherchons-y donc principalement la doctrine même de Leibnitz et avant tout la méthode qui lui est propre. Cette méthode , quelle est-elle ?

^éclectisme ; cela a été dit, et bien dit, sauf, toutefois, les réserves qu'il y a à faire à cet égard , et que nous avons faites plus haut; mais l'auteur pense qu'il est un point sur lequel on n'a pas assez insisté, qu'il nomme» d'après Leibnitz lui-même , la caractéristique des situa-tioris , et qui consiste dans la détermination des différentes espèces de rapports, que présente l'objet même de la redierche, \ laquelle on se livre. C'est à cette caractéristique àp^nquée aux divers systèmes, empruntés au passé, qu'est due, sous le nom d'histoire de la philosophie, cette philo* stfjf^Mè comparée , condition première et essentielle de progrès polir toute doctrine nouvelle. Or, sans doute, il faut fai^èliàhneu'r et grand honneur à Leibnitz d'avoir, mieux qfàe^'i)ei%bnné, proposé et mis en pratique cette féconde Iteti^eé^ iftaîs il faudrait bien aussi en reporter quelque chljsfeft^àiitérieurs, pour rappeler une de ses expressions, à'ttJnittl^nèer par Platon et Aristote , qui n'ont pas préciséfiiètit iftàtiqiié a cette loi du progrès en matière de philo-

irnié.^ "'

' Uu^feeie, pour nous faire mieux juger de l'éclectisme de LeîBnftir Fauteur nous l'a montré en quelque sorte à l'œuvre, datfs^'un morceau fort remarquable, que nous vous sïgiiaîons', et qui pourrait s'intituler : Leibnitz, historien de la philosophie d'après sa propre méthode.

. Delà question delà méthode à celle du critérium de la certitude , il y a la plus étroite relation. Rien donc.de plus

naturel que- de passer de l'une à Tautre dans l'étude et l'examen de la philosophie de Leibnîtz.

Or^ quel est, d'après l'auteur, le critérium de la certitude, proposé par Leibnitz? La détermination, dit-il, et il cile à r&ppui de son opinion , ces deux textes : « Oir prend soruvîM le déterminé et îë certain pour une même choBe, parce . qti'unevérité^ déterminée est en état de pouvoir être connue, déserte que L'on peut dire que la détermination est une certiittée objective. » — « La détermination ne feit pas la fiébesstté de la vérité détermfinée , mais elle en fait Tinteiligibilité et la certitude, y^ Or, que prouvent ces 4^tes? Rien' en soi de bien précis; rien , d'ailleurs qui prévaitle contre' celte autre proposition très^nette de Leihnîte , ^ à savoir que le critérium àel^L certitude est le prinei^ de* conthtdiction. Mais, en outre, la détermination » Qfli n'est que la définition elle^-même/ résultat d'une opération^ logique, ne saurait $ à ce titre, être la marque de la vérité; car elle n'en dédde pas, et l'explique seulement, quand, au préalable, elle la trouve établie. Que si, par. hasard, lat prenant dans un sens différent, l'auteur entend par détermination la simplicité , la netteté ^ la pureté dans la lumière, il en fait alors l'évidence, et alors ^us^ion ne voit pas pourquoi, distinguant entre le criteriumii^theÀbr nîte et celui de Descartes , il préfère le premier an second ; n'est-ce pas préférer le même au même? Quoi^ qu'il en soity il y a là quelque inexactitude.

Le chapitre suivant , sur la probabilitd et see degrés^ei le calcul des vraisemblances^ ne saurait donner lieui à une observation du même genre. Il est, au contraire, irréprochable. C'est une histoire de cette théorie de Leibnitz,

d'après ses divers écrits et une analyse de h discussion qui s'engage sur ce sujet entre lui et Bemouilliv avec une appréciation motivée <te Topinion de Tun et de l'autre, qui i^ laissent rien à désirer.

Il y a peu à s'arrêter sur ce que Fauteur dit des deux principes fort usités de Leiteitz , le principe de contradiction et celui de lu raison suffisante. Nous nous bornerons à une simple remarque.

Pour mettre entre eux une différence, il dit que l'un s'appKqtiè aux choses semblables, et l'autre aux choses contraires. Cela demanderait au moins explication. Comment, en effet, le* prifleipede la raison suffisante, qu'enveloppe au fond celtii do la causalité, établissant un rapport de l'efifet à la cause, rétablÎTftit-ir du contraire au contraire, s'il est vrai qu'il y a tSôèjoufS' et nécessairement un lien d'analogie et de simi^ liludèr ehfre la chose qui cause et celle qui est causée?

Du rfest*, il remarque avec justesse, d'après Leibnitz lui-ltièi^ev que Dieu, qui est le fondement de l'un et l'autre principe, se trouve ainsi à la base comme au sommet'de la science, et en fait à la foif4 la solidité et le bel accord, et il cité'à ce ftujét ces nobles paroles de son maître : « La belle harmonie des vérités, qu'on envisage tout d'un coup dans un'l^^itètne réglé, satisfait bien plus que la plus agréable miisfque> M sert surtout à admirer l'auteur de tous les êtres, qui est la s-ource de la vérité, en quoi consiste Tusage de la science. »

Hais ce tie sont encore là que les prolégomènes de la philosophie de Leibnitz; il faut aborder cette philosophie elle-même, et commencer* par ce qui en est le capital et le vrai commencement > la Monadologie.

■ Que sont les monades? des forces , et ces forces forment la substance des corps , comme des esprits.' Mais elles sont des forces à porte close, pour ainsi dire, et sans fenêtres, comme le dit Leibnitz ; il semble donc qu actives en ellesmêmes , elles ne soient et ne puissent être qu'actives; et nullement passives. Cependant Fauteur prétend qu'elles sont actives et passives tout ensemble , et , pour rappeler encore un mot de Leibnitz qu'elles ne sont pas solitaires , qu'elles sont des monades et non des moines; quelles ne sont donc pas cloîtrées et comme hors du monde , mais dans le. monde et avec des relations , qui les rendent sujettes à toute espèce d'impressions et d'actions. Mais cette thèse V contraire , nous le croyons , à l'esprit comme à la lettre de la théorie de Leibnitz , semble assez ilifflcHe à .soutenir, et, quoique tente l'auteur, il satisfait médioere*»ment, par les raisons et les explications , qu'il prop^sè^^tf ce sens. Il pense, par exemple, qu'il serait bien étratige que Leibnitz , si profond métaphysicien et si profôdâ psy^ cholo|[ue, eût méconnu cette condition essentîelfe:dë l'a^* tivitédela substance ; mais il aurait pu faire la 'féSelMâ' que Leibnitz , lié ici par son système lui-même-/'éjf ,iSfètt6 peine de contradiction, forcé , quelles qu'elles soient/ d#i' accepter les conséquences, et que, parmi ces conséquief)èes;'< est rigoureusement celle de la négation de tonte Impression du dehors sur la monade, et, par conséquent auséi; de toute passivité de sa part.

Tout au plus serait-il permis de dire que, s'il y a , 'dans les monades créées, quelque espèce de passivité, 'ce n'estque par rapport à la monade incréée, laquelle en effet ellemême impassible et pure force , les détermine d'abord , et

une fois potir toutes, a raclion , par Timpression dô sa vch loDté et de sa paissance* Mais pareille impression ne leur vient pas et ne peut leur venir des monades , leurs sœurs, qui, le sont sans jamais vivre avec elles , en véritable société d'actions reçues et rendues.

Neus ne pensons do^c pt^s que Tauteur, malgré tous ses efforts pour présenter sous un jour favorable cette interprétation de la doctrine de Leibnitz, soit bien veoui dire/ soas une forme qui n'est peut-être pas d'ailleurs assez séyèrement phifosc^ique et classique : « Allons , je vois bi^n,.qj^eL la Monadologie n'est pas une hymne à Tacti* vite. ^, u ' A colite anidyse et à cette appréciation de la monadologie, l'au^eurtHattacbe un point de doclrine et d'histoire à la fois , qo'ii é^çHàfi heureusement; il s'agit du principe de la m^ind^acticii, computatio minimm actianis, qu'il trouve déjài^ipei) près sous ce nom dans Descartes , qu'il retrouve ds^Sf ii^ÂiOza,. et qu'il prouve être dans Leibnitz en ces ter** ni^c fiiVt.g^àm^mifUmo sumptu, quàm maximusprms-' i^H^f^ffe^ttAs.i » Il prend, en conséquence, parti pourKœnig CGHtie lli^up^rtuis et Euler, dans la fâcheuse dispute qui s'^ya nf^tf^eaii à ce sujet » quoiqu'il convienne qu'on n'a paa^l^y^l^eide Leibnitz a laquelle renvoyait Kœnig.

l^pnenj^ien^HÎte plusieurs autres questioi», telles qve cettede r^^fipiiUide du monde, de la constance et de la stabilité de ses lois, sur lesquelles nous ne nous àrrêtercHis qu^ pour diire que l'auteur rend bon compte, tant au moyen de Fbistoire que de l'exposition dogmatique, de Topision de Leibnitz.

K ne néglige pas non plus celle du temps et de l'espace ,

qui fait le sujet de la grande dispute que Yon sait ^ ni celle qu'il appelle la déduction de la matière, et qui a pour objet ressence des corps, telle que la conçoit successivement Leibnitz. Ce sujet lui est même une occasion de plusieurs belles citations , entre lesquelles nous choisirt)ns celle-ci : « Galion ayant connu quelque chose de Tusage des parties des animaux, en fut tellement ravi d'admiration , qu'il crut que, de les expliquer, était autant que de chanter une hymne en rhonneur de la divinité, et j'ai souvent souhaité qu'un habile médecin entreprit de faire, un ouvrage dont le titre, ou du moins le but, pourrait être l'hymne. île Galien , Hymnus Galeni. >► -• - >t ;

Tout ceci nous amène naturellement à la théociei-^e rharmonie préétablie. Mais l'auteur qui, en:^hfl;iieil a déjà parlé plus d'une fois , et qui pense avec raiscMof «roir suffisamment fait connaître, en donne ici plulot uae^aifAit cation, qu'une analyse, et cette explics^on'Hiêaie^Jl la trouve si simple, qu^il éprouve, dit-il, quelque «nèantap a la proposer. Qu'est-ce, en effet, selon lui, queia^ptt^o»phiede Leibnitz? Le spiritualisme généralisé, ledspinteiKr lisme étendu à la solution de toutes les questions de' Tobctee métaphysique et même physique. Or, quel rôle)|6uitetikns cette philosophie l'harmonie préétaJblie? celui. deudaedwH trine de l'immanence des forces; la monadologifiestiila science des âmes : l'harmonie préétablie celle de lenndm»-* mortalité. C'est ce que l'auteur du mémoire croit qu'^ikm'a pas asfôz reconnu , faute de pénétrer jusqu'au fond meoie de la pensée de Leibnitz. Il y voit aussi la solution la plus exacte et la plus plausible de l'union de l'àme et du corps, et, sans toucher à d'autres côtés de Ja même hypothèse »

beaucoup moins admissibles, sans même suffisamment développer et justifier ceux-]à, il n'accepte pas volontiers les critiques que l'on adresse sur ce point à Leibnitz ; il les souffre même à peine et contrairement au ton habituel de $a discussion , il finit par mettre quelque aigreur dans ses paroles; et cependant, il est lui-même, en dernier lieu, conduit à dire qu'il ne vient pas réhabiliter cette théorie .assez difficile, en effet, à soutenir et à défendre dans tout ce qu'elle a d'hypothétique.

• Monadologie et harmonie préétablie, telles sont les deux GMiceplions principales de la philosophie de Leibnitz, mais avec elles et par elles, celte philosophie a aussi sa psychologie,«a ^morale et sa théodicée.

Svivens , mais de plus en plus rapidement, Tautear du uéiooiiiecdans l'analyse qu'il présente sucessivement de ces éteintes parties.

>.) ib'ame,'iselon lui, dans ce système, est une monade, qui a friusitaiics modes ou degrés de développement, qui est sifl^iiënforce motrice à l'iin , force douée d'affection et de pomriDq^rautre, et a un autre enfin principe d'intelligence

-iLidïaiiièljautenr insiste particulièrement sur le caractère de futei^indttpice ', attribué à l'âme par Leibnitz, et il estime '(|u6i%'tetoirhi«d6 ses titres les plus certains et les moins -<fonii09| queide l'avoir démontré. Mais il ne paraît pas avoir isoiigéiàrâAdiquer et à résoudre une difficulté à laquelle ce point fi0<doetrine est sujet, et qui tient à l'essence même ^t'k 'tateondition de la monade. L'âme , en effet , comme monade peut bien faire acte d'elle-même à elle-même, elle peutbien faire un acte intime, en harmonie ou en coïncidence

avec un mouvement extérieur, ma» w mmivemeDt luimême, faute d'issue et de portée, faute de véritable efficace» elle ne saurftit le déterminer ; et il faut que ce 6oil Dieu qui s'en charge à sa place, qui s'en soit même chiirgé de toute éternité. Pour elle, dans sa solitude, die ne peut que se faire rillusion de sa vertu motrice ; elle n'en possède pas le réel exercice.

Voilà ce que Taiuleur, daias sa préoeeupatioh, n'a point assez remarqué ; et à ce propos, qu'il nôils soit p^mis de relever encore id un de ces jugeuiènts peu me^Um auxquels renlràînenl parfois sdn^èle et &a passion en faveur de Leilmitz. En réponde à ceux qui prétendent que l'esprit logique a étouffé chez Leibnitz l'esprit psychologique , il' dit : « Kai$ c'est oublier qu'il est l'auteur de la monadologie et le père de la psychologie moderne. » — Il faudrait au moins distinguer et iparquer ce qui dans la monadolagte a servi, mais aussi a nui a la psychologie* L'idéede-lBrbe lui est sans doule vitale : mai^. celle de fotce renfermée «ti soi et sikUs. rapport réel d'action avec les forces du dehoit*, lui est certainement moins propice; et puis41 y a quciqu'iÉi à côté si ce n'est au-dessus'de Leibnitz, qui a bien^ueHpie droit à être proclamé le père de la psychologie modeme^'ot ''Descartes, dont il procède, fort de son i^o^i^o et de to doo* trine qu'il en tire» ne doitril pas justement passer^ai^ai^le Cartésien, quelque grand qu'il soit d'ailleurs? «* <'>•<- <

Et chose étrange 1 nul n'est assurément miçux porié pour Leibnitz, que l'auteur du mémoire ; nul n en a plus le oolte et le respect et cependant le voiei qui, par un de ces tours d'esprit auxquels sa vive et libre humeur lé rend quefafM* fois trop facile, changeant, non pas sans doute de seniittienis

GONCQUfiS SUR LA PHILOSOPHIE D£ LËIBMTZ. &7

et de conduîie , nïm de fonaes et de langs^e , te voici ^ dîsens-i!K>u$, qui s'écrie : « Sortons enfin des abstractions qûifilesseneiées de la métaphysique de la monaidologie. Voilà un homme corps et âme tout ensemble ; LeibnitâK^ répondez à cette question : Qu'est-ce que Tbomm^e ?» Et il 8*«ngage dans tout un int^rogatoire sur ce ton, qu'il fe.it subir à Leibnitz, six longues pages durant, sur faits ^ articles en quêlq$he isorte ; reprenant de temps en temps par ces mots : Qu'avez-vous à répondre? et natucettetiient, comme Leibnitz n'est pas là, pour satisfaire à ses demandes, ré{M>ôda{it lui-niémeà sa place et produisant au moyen de eelto fiction bizarre tout un morceau de critique auquel on ne s'attend guère, etq^ l'on a quelque peine à accepter.

0H reste , poui*suivànt son analyse de la psychologie de Leibnitz, il expose ^t discute dans te détail et avec précîisiQfi saitkéorie de la perception considérée à tous ses d^rés et dans toui^ ses effets. Il procède de même pour la volonié et iaJrîbenèé,«t il conclu^ quant à Tune, que des philosophes dtt'swi^eiècle, Leibnitz est celui qui se mpprdche le plus de Ja ivéritô» et quant à l'autre^ quani à la liberté, que « s'il a .«qboué, 'ce reproche est le seul foudé peut-être de tou^ ceux, qu'HHi lui adresse , et qu'encore faut-il bien s'entendre sur -Kse 'sujet. » Jugement, qui, nous le croyons, ne doit pas êtfe psis^ti^p à la rigueur, parce que autrement il exposerait l'auteur à être accusé de contradiction , puisqu'il esl.Vr^l qu'il trouve plus. d'un autre reproche fondé à adressera L^bnitz.

: Au terme de cette longue étude de la psychologie de Leibnitz -, se placent, daAs le mémoire n"^ S, quelques réflexiens sur la loi de continuité appliquée aux phéno-

S8 CONCOURS SUR LA PHILOSOPHIE DE LEiBNiTZ.

mènes de Fâme, qui viennent à Tappoi de cette remarque et prouvent que l'auteur, sur ce point comme sur d'autres, a plus d'une objection à faire contre la philosophie qu'il examine.

Après ce qu'il avait déjà dit de la morale de Leibnitz, dans la partie historique de son mémoire , il avait peu de choses à ajouter ici sur cette matière. Hais, en compensa^ tîon , il nous réservait la communication d'un écrit inédit de 4688 (en allemand) dont il nous fait connaître en abrégé les principales propositions.

En rapprochant cet écrit de ceux dans lesquels Leibnitt* a également exposé sa doctrine morale , l'auteur n^h&iltf pas à conclure que cette doctrine, fondée sur le gratid'pf^ cipe de Tharmonie iiniverselle , est la plus nobleàtotlM qu'ait vues le xvii^ siècle et que la généralité de ses lègres, la beauté de ses applications , le caractère religièu^^MS dogmes en font un système comparable à celui* dd^^Salit, avec cet avantage de Leibniiz sur Kant , qu'il « tlTi^èyW admis et défendu l'objet des vérités éternelles de lâ'^itt^mltf 9 opinion qui , nous le pensons , aurait aussi besoiif dê^lSIM tains tempéraments, ne fût-ce que pour mieux marqtPè^ K caractère beaucoup plus sévèrement analytique* è^ didactique de la doctrine de Kant. ' «m<ô 1ô3

Quoi qu'il en soit, ce chapitre rapproché surtoâf ^UsiM? dans lesquels est touchée la même matière, esit^ti^^tMàt un des plus intéressants du mémoire n** 2. f5«»-i»î) ».l

Nous eussions aimé à en dire autant de celtii qui à\Hifi%l qui est consacrée à la théodicée ; nous l'avions espéi'é^ d'ar^iSè le sujet lui même/ et aussi d'après les prescriptions toblM particulières de votre programme. Mais ici , soit de sa^imrt

aussi y fatigue et besoin d'abréger, soit méprise sur cette condition essentielle du concours » exprimée cependant en termes assez précis, nous avons à regretter qu'il n'ait pas exposé et jugé , avec plus de développement en elle-mêmç et dans ses rapports, cette partie capitale de la philosophie de Leibnitz. Ce double défaut se fait d'autant plus sentir dans. le mémoire n^ 2, que dans le mémoire n^ 4 il y a, comme yous l'avez vu, sur le même sujet, les plus, abondantes^ lumières, et qu'en regard des 20 pages insuffisantes de Tun , nous avons les 200 pages pleinement satisfaisantes de* l'autre. Nous devons cependant dire que si le mémoire ^YtS^pèehe sur ce point par brièveté, il ne pèche pas par i^es^ditude , et qu'il ne manque à son analyse et à sa crili^il^^que plus d'étendue et d'ampleur.

\^iiw^ it'avons plus à vous parler que de la conclusion gQjfiéff^le «de ce long travail

,t|»^ttJteiir, qui n'avait qu'à nous proposer son opinion, isiai§(qui en tout et toujours incline à l'histoire, commence p^^^aer en revue les principaux jugements qui ont été pf§^A(sur la philosophie de Leibnitz, après quoi il en vient a* fi»!}» propre.

-:iûfi(><^ qu'il commence par admirer dans Leibnitz, e^esi cet esprit d'indépendance , de justice et de progrès qui ^^^<ahez lui à vingt ans.par ce cri : En avant, plus ulirà ; ffl^p^iment sa constante maxime : Tout se gouverne par la raison ; ces belles paroles déjà citées par son cos^urlentû II y a de la géométrie, de la métaphysique, et pour ainsi parler, de la morale partout; cette règle. du droit appliquée à la recherx^he de la vérité : lex jusUtim obserwtnda est in inquirendo; et enfin ce principe de son

éciectisiue : In omni génère summfim, prendre le meilleiif de toute part, et pais aller plus loin encore. »

Quant à la doctrine elle-même , Fauteur j considère furiacipalemeni deux choses qu'il désigne par ce double titre : 1° ït^rmonie; i? Les etmeiliatianê impossibles. Il aurait sans doute mieux valu qu'il eut simplement^repris dans la critique, Tordre qu'il avait d'abord suivi dan» Tan»* lyse, et quo, débutant par la raonadologte, il coDtiniiât{)«t l'hannonie pré^blie, la psycbologio et la morale;' |jbur terminer parlathéodicée; mai3 il oe faut pas trop le etiieâbër sur les. voies qu'il préfère, eilui trop faire de diffiéUltéB^dd^ ses procédés particuliers» même quand il y paristttiqiiët^lB irrégularité. Il se radote assez de ces fàiblessee'pllfldlifalféitestables mérites. Écoutons* le donc d'abord sur^PbtrMsoWil etpiuié &ar les conciliations impossibles. *^^ij ji «iji t»iiU3bt

L'harmonie , selon lui , est un système, quii;^^<fUlÊ9|[Hl usage el de quelque avantage qu'il soit ddtBd*Iësi<i«(lieftJé^ mathématiques, n'est pas dans d'autres ordrë^'de^èMtiâiM^ sancesd'un a^ssi juste et auasi conve&ableèonfrloiifHl^iè s.'applique bien ni à la physiologie ni à la 'f^mtM^^QBt se rapporte aux essences et aux idées, et non au^Miëtedeèl^l jugement qui, en lui-même, manque de ptliciidéh'^idè dévetoppement, et qui, en outre, peut paisse (en^^df^ sitioo avec une autre opinion de l'auteur ,Mo#li^ftAâUÎ|Kltm de son mémoire il affirme que la philoisophiiUd^Iii^MHfc est essentiellement ontologique. ' * joilo^ r^Uiol

Au sujet de ce qu'il appelle les eoncUiaU^ê^^njW^ sibles^ il ne faudrait pas croire qu'il tient poup lêfil^ fWi9^ œilos que lente Leibnits dans sen esprit d'édédtfskdl M#, il dislingue , et si , sous ce tkre, il en trouve de* niériMde^

imnt impossibles, comme, par exemple, celle de la matière et de la monade, de Tinertieet de Tactivité, sur lesquelles, toutefois , il est bon de remarquer qu'il û*a pas toujours en les mêmes scrupules; il en est d'autres auxquelles il assigne un caractère différent, et qu'il juge au contraire très-possibles , celles de la nature et de la grâce , de la foi et de la raison, de la justice et de la force, de la force, dit-i), la reine du monde, pourvu que la justice en soit la règle. Voilà , a peu près, quelle est ici toute la critique de Tauteur, beaucoup trop brève, il faut en convenir, et qui serait tout à fait insuffisante, si elle n'avait été précédée, et comme d'avance suppléée dans tout le cours de son mémoire , par ENombriO de discussions et de conclusions particulières qu'il faut avoir soin de se rappeler , pour combler en pensée cette lacune regrettable. Il faut également mettre quelque indul-* giçpço à accepter, telle qu'il la présente, cette énumération, cet|^ simple liste des points de èhoix à emprunter à la philo ' SApbi^de Leibnitz, pour les prêter utilement à la philosophie d^ixix:^ siècle. C'était un ensemble, une composition, et epmmeuQ corps de doctrine qu'on lui demandait, où toutparûiJié, coordonné et systématisé ; il ne nous donne, au cpntraife, dans une page à peine, qu'un énoncé, qu'un catalogue dlidées., juxtaposées sans développement et ni sensible aiifbaînement. Il n'eut pas été déplacé de recommander, aflfec^iqitelque chaleur et quelque force de conviction , ce fonds solide et subsistant, ce trésor réservé de la philosophie de Leibnitz, qu'il s'agissait, après l'avoir recherclié, épuré, et recueilli avec diligence, de faire entrer, accrédité, dans le domaine de la pensée moderne. L'auteur, faute de temps ou de constance et d'un sentiment plus juste et plus

persévérait de son sujet, s'est prÎTé de cet achàvem^t et de œcwrûDfleœent de son cBiivre. Ce n*6tait pas , sans doute, une pérorsdson que nous attendions de lui, mais c'était cependant quelque chose qui mît dignement fin à son rare et savant mémoire, et nous laissât comme sous rimpressioa d'une victaice et d'une conquête, longuement et habilement poursuivies et rechecohées, et en dernier lieu heorexfôement assurées. Nous le disons ainsi un peu en souvenir du mér^ moire n"" 2, dans lequel, vous vous le rappelez , ce demies point de votre programme est b^ucoup çiieux tsaité^x^sj. £a Tourné, dans k partie historique du mémoire^^.ïr les plus curieuses, les plus rares et les plusaheurottsesii recherches, qui, dans leurs résultats certains, aQntride»lyéB^L tablesseryices rendus aux lettres philosophiques ; iutm^êiètèe dé la critique, si cen'est la critique même de te- i^iliosiiiij^itiiij de Leitoitz^ renou^velée ou du moins singpUâctmanItMriiu cbie par Tabondance et Timportanœ de docmnentoioMM^teiH et parmi toute cette étude, une ardeur, unêii^oétnait^ait] une distinction de pensée, qui en font le oonstanbisi^^siftt. sant intérêt; mais en même temps et éms la fcu^f^ie^èilese-j phique surtout une certaine précipitatîoo^ etjtopabibfiiib5 de jugement, certains défauts de mesure, et certaÎMb aiiijpiilarités, quelques opinions paiticulières, qui, eftiopfacancftL du moins, ne s'accordent pas parfaiteaient.entre ^leMP>^'^'^ ques analyses trop abrégées, quelques ^iacaaaÎQU'ÎBBU^ santés,. plus d'un endroit à corriger ou àdévek>pp0f*vl(^tQali> en un mot à côté du bien, mais ^ans refiacernéileconiteift-jlancer, voilà avec nos sujets de regrets plutôt qu&de s^Krotn» cbes, les motifs prépondérants qui nous font vou6.{)rap(SBr ce mémoire, comme celui dont nous vous avons 'd*aberd.

rendu compte» pour la plus haute de vos récompenses. C'est vous dire par conséquent^ Messieurs, que, comme nous yods l'ayons indiqué an début de ce rapport, nous les jugeons l'un et l'autre, quoique par des mérites différents, égaiem^t dignes de vos suffrages. Ils ont, en effeit, chacun lear supériorité propre, celui-ci par la philosophie et celuilà par l'histoire, avec cette circonstance favorable à tous deux, que si dans le preniier l'histoire n'a rien sans doute d'éminent et de rare, elle est loin cependant d'y être aucunement en défaut, et que si dans le second la philosophie n'^estpaside tout point satisfaisante, die n'y laisse néanmoins* itien de grave à désirer ; ce qui vous permet d'honorer av0s»1»ïnléme justice, dans le premier une solidité, une sâTQté)>iUBe*exaGtitudede doctrine, une fidélité d-analyse, uwt^miieté de discussion, des qualités magistrables en ufi imi^ietidans le second une sagacité, une persévérsmce, uno'pdismtiH^'et'Un bonheur de recherches et de découvertes, qUevonsiée sauriez trop encourager, et de décerner ainsi une double 6t)uronne, attribuée Tune principalement à re&eelletape philosophique, et Tautre particulièrement à rabûellenqe^historrque.

C^t âowt^le partage du prix que nous avons l'honneur deyoas|)f^ôpftser; mais, dans notre sentiment, ainsi partagé etidivpfsav'li^' priM n'en est pas pour cela moralement diminud('0eii'e6tf>astm>âemi prix accordé à l'un des concurrents, uii^ d^i-prix accordé à l'autre; c*est un prix tout entier aceeirdé<€i tous^deux. Car si nous discernons entre eux, si nous voyons ayant tout dans l'un un guide à l'épreuve, pour toulds iks parties connues de cette vaste contrée de la pensée , qni s'appelle la philosophie de Leibnitz, et dans l'autre un

explorateur pénélrant et heureux, qui, avec moins de sûreté peut-^tre, mais plus de nouveauté, nous y mèae cependant à de véritables découvertes , nous n*en devons pas moins à de tels titres, plus rares chez celui-ci^ plus solides chez celui-là, une égale justice, et en la leur rendant nous croyons contribuer avec, sagesse et équité au conynun encouragement de deux ordres de travaux, qui ne. vont pas bien l'un sans l'autre et se servent mutuellement, témoin ces deux fortes études sur la doctrine de Leibnltz, dans chacune desquelles , quoique en proportions différentes » l'histoire vient en aide à la philosophie et la philosophie à l'histoire.

Nous soumettons donc à votre approbation cette proposition, qui , nous l'espérons, obtiendra vos suffrages : partagel* le prix du concours sur la philosophie de Leibnilz entre l'auteur du mémoire n** i et celui du mémoire n** 2.

Au nom de la section de philosophie :

Le rapporteur,

Dâmiron.

L'Académie adopte les conclusions du rapport de la section.

L'Auteur du mémoire n^ 1 est H. Nourrisson, professeur de logique au lycée Napoléon , et celui du mémoire n^ 2, M. FouGHER de Careil.

OKLÉAMS. — IMP. COLAS-KiARDlN.

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