‹ [Opuscules philosophiques] (volume 3)Chapitre 11 sur 16 · L. HACHETTE · texte numérisé non relu

L. HACHETTE

IJiMralr« de lltaiwmrBlté rofato de rreaee,.

BW PlKRBB-IARBAIIll , 12.

v&ismvi& wt& iiiXinMBi£S<

DISCOURS D'OUVERTURE

DU COURS

DE L^ ANNÉE SCHOLAIRE 1844-1845

SUR CETTE QUESTION

Du GonFememeiit Û» la ProvidjBBCO.

Messiburs ,

De trois choses que je pourrais faire aujourd'hui pour rendre à l'Université ce que je lui dois à plus d'un titre, de l'attaque, de la défense, ou du simple enseignement , je préférerai sans hésiter là dernière aux deux autres; et , malgré la tentation , l'occasion et le bon droit, je m'abstiendrai, par sagesse,

de toute espèce de polémîqiio, pour me renfermer sévùfement dans le calme d'une discussion de pure philosophie.

L'attaque cependant me serait bien permise, et comme elle ne serait pas sans motif, elle ne resterait peut-être pas 8ans faveur ; mais je sais trop , par Texemple même de ceux que j'aurais à combattre, jusqu'où peut entraîner l'esprit d'hostilité , pour ne pas craindre de tomber aussi dans qqelque excès et dans quelque injustice , et j'aime mieux moins d'éclat, et plus de constance et de modération. . La défense, à plus forte raison, n'aurait rien que de très licite, justiliée, comme elle le serait, par une longue suite d'agressions qu'il me serait aussi facile de repousser que de qualifier ; mais elle a été prise en main avec une telle autorité, elle a Irouvé à nos deux tribunes de tels organes et de tels soutiens; d'éminents esprits surtout, que je n'ai pas besoin de nommer, l'y ont présentée avec tant de force , de crédit et de popularité, qu'il serait téméraire à moi après eux d'y toucher.

Je ne vois donc pour moi qu'une manière de bien servir celle que j'appellerai volontiers ma seconde patrie , tant je l'associe étroitement et itlialement à l'autre : ce sera l'enseignement. J'enseignerai , atin de montrer, au moyen du sujet dont j'ai fait choix t>oufr ce (ïiscours, quelle est, dans une des parties sans contredit les plus graves des éludes philosophiques , la direction d'idées que je me suis appliqué à suivre. Je traiterai une question tirée , non sans intehtioh, du domaine de la théodicée, parce que c'est dans nos écoles la théodicée principale-

ment qu'on a tenté de frapper de discrédit et même d'exil.

Cette question sera celle du gouvernement de la Providence; elle suit nali|reliemci9t de mon discours de l'an dernier sur la meUteure manière de prouver la Providence ; elle se rattacive. également à ceux que j'ai successivement prononcés sur Vimmortalité de rdwe, sur V épreuve et la grâce ; elle se lie ainsi, pour le développer, à tout un ordre de réflexions dont depuis plusieurs années j'ai pris à tâche de vous entretenir. Je serais heureux si je pouvais, en Fexaminant à son tour, mettre encore en lumière quel* ques unes de ces vérités qui notis mènent le mieux à Dieu , et maintenir par un nouvel effort à côté de celle de la religion la dignité de la philosophie , qui , non moins que son émule, quoique à un titre différent, est en possession légitime de parler des choses divines.

Tel sera donc mon dessein : considérer par la raison le gouvernement de la Providence , commencer par l'expliquer, et ensuite le justifier; le fairer successivement connaître et accepter; édifier à la fois les esprits et les cœurs, voilà ce que j'essaierai. Je ne serai certainement pas sans secours dans ce travail, et vous savez comme moi les aides que je trott^ verai ; mais vous savez aussi combien la matière est délicate , et combien, même pour les plus habiles, elle a de considérables difficultés. Ce sera pour vous, à mon égard , un motif de plus d'indulgence , et , si Je ne suis pas trop malheureux , d'assentiment et d'approbation.

* Avant tout , pour bien juger du gouvernement de

la Providence , il y a deux choses à admettre , sans lesquelles il ne s'expliquerait pas : la Providence d'une part, et Tâme humaine de Tautre ; je ne dis pas r univers 9 afin de me borner , et de limiter la question à ce qu'elle a de capital. Or ces deux choses , je demande qu'on les admette Time et l'autre , non pas certainement sans preuves , mais conmie si elles étaient prouvées , et parce qu'en ellet elles le sont; parce que , je l'avouerai aussi , je ne voudrais pas avoir à reproduire les décisives raisons que je crois en avoir données ailleurs. Je ne disserterai donc pas sur l'âme humaine et la Providence considérées en elles-mêmes, je les affirmerai seulement; mais y je prie qu'on le remarque , au fond de cette affirmation il y a une démonstration.

Ainsi je reconnais pour toutes les forces une force, pour toutes les âmes une âme, qui , infinie en bonté 9 en sagesse et en puissance, en durée et en portée , qui , parfaite , en un mot , a caractère et vertu pour tout régler comme pour tout créer, pour tout mener au bien comme pour tout faire venir à l'être.

Je reconnais également une créature entre toutes les autres, qui, faite pour vouloir avec intelligence et amour, appelle sur elle, à la fois par sa faiblesse et 9on énergie , par ses vices et ses vertus , par sa condition et sa conduite, une action particulière du souverain auteur des choses.

C'est entre ces deux termes que je vais rechercher quel est ce gouvernement qui a Dieu pour souverain et rhommepour sujet, à la plus grande gloire de l'un et à la plus grande perfection de lautre.

Et d'abord qu'il y ait un tel gouvernement « c'est

ce que je ne crois pas devoir m'arrêter à démontrer, parce qu1l faut en générai réserver la discussion pour ce qui est véritablement matière à dispute. Or ici ce n'est point le cas, et si Ton peut se diviser sur le point de savoir de quelle manière Dieu intervient dans la conduite des choses humaines, on ne le peut guère raisonnablement sur celui de savoir si en eCfetil y intervient. Ou Ton ne reconnaît point Dieu, ou on le reconnaît avec sa perfection, et par conséquent avec son action , ses procédés et ses moyens.

Mais quels sont ces moyens et Tordre qu'ils composent, or do mediorum in finem^ quel est le jeu de ce gouvernement auquel nous sommes soumis? voilà ce qui n'est pas aussi simple et demande plus d'une explication.

Les voies de la Providence se règlent sur ses fins , et avant tout sur la fin qui domine toutes les autres. Or cette fin , c'est le bien; ces fins, des formes du bien.

Ainsi , quand il me parait que je dois faire le bien, et que , pour le &ire, je dois rendre à chacun ce qui lui appartient : à Dieu premièrement religion et amour ; à l'homme ensuite, et pour Dieu, justice et <îharité ; à la nature elle-même travail et culture ; à moi enfin , par toutes ces raisons, respect et soin de mes facultés , je conçois , avec le but suprême et ab- "solu, les principaux buts particuliers que se propose la Providence, et auxquels elle prend à tâche de me diriger constamment par l'empire assuré qu'elle exerce sur ma volonté.

Or, pour tout ce dessein , quels sont les actes divers qui , en rapport avec ma nature d'agent moral

et libre, lui servent à me diriger dans la eofidtiila de ma vie , et à irie guider sans me contraindre dans la carrière qu'elle m'a tracée? J'en trouve quatre principaux , auxquels reviennent tous les autres : ce sont la grâce, l'épreuve, la récompense et la peine.

En effet, quand je m'observe dans mes rapports avec le bien, et que je me vois, avant l'œuvre , Taible, cliancelant et insuffisant, ou assez fort, mais d'une force qui sommeille et languit , et que je remarque en même temps les mouvements variés qui sont en moi , sans moi , H me viennent de Dieu pour m'aider par la douceur, ou m'exciter par la rigueur, à remplir mon devoir, je n'aperçois pas d*autre raison à ces facilités ou à ces difficultés dont il m'en* toure et me presse que la grâce et l'épreuve, enten* dues comme deux modes divers en apparence, mais au fond pleins d'accord, desa parfaite bonté. Et quand je me sens aussi faible et fort en moi-même, non plus par nature et origine, mais par volonté et liberté, c'est-à-dire quand Je méjuge vicieux ou vertueux, je reconnais encore en moi quelque chose qui n'est pas de moi et qui me vient de Dieu , par quoi je suis affecté de tristesse et de joie, et qui répond justi^ment à mon démérite ou à mon mérite. Or qu'est cela, sinon la peine et la récompense, appliquées l'une et l'autre à nos déterminations acconapUes , comme la grâce et l'épreuve à nos déterminations à accomplir.

I^a grâce et l'épreuve, le récompense et la peine ^ ou plus généralement le secours et l'obstacle, rapportés à la liberté pour.l'aider , l'exciter et l'exercer avant l'œuvre, ou la confirmer, la soutenir, la corjri-

ger après; tels sont, par la psychologie, les moyens de direction du gouvernement de la Providence à l'égard des âmes humaines. Que si de la psychologie nous passons à Thistoire, cette autre psychologie, s'il m'est permis de le dire , mais celle-là sensible , en images et par drames, que voyons-nous encore dans les événements qu'elle nous expose , sinon toujours les mêmes effets des conseils de Dieu , les mêmes modes d'action par lesquels il a réglé de nous gouverner. Seulement alors c'est en grand , c'est par cités et nations, c'est par familles de nations, et dans toute la suite des temps et des lieux qu'elles remplissent, qu'il manifeste sous leur double forme sa justice et sa sagesse; mais, à cette diiïérence près, il traite les sociétés de la même manière que les indi* vidus; et toutes les conjonctures favorables ou con* traires, tous les secours ou tous les obstacles dont leur destin est semé, s'expliquent également par le constant dessein d'éprouver dans sa force ou de soutenir dans sa faiblesse, d'affermir dans ses vertus ou de réprimer dans ses vices, la libre humanité. Ainsi c'est une vue vraie que celle qui nous découvre dans les vicissitudes diverses et la fortune des peuples des conséquences légitimes de leurs bonnes ou mauvaises volontés. Mais c'est une vue également vraie , et qui même est nécessaire à l'autre pour l'étendre et la compléter, que celle qui nous montre aussi dans le sort des états , avec les résultats providentiels de la récompense et de la peine, ceux non moins providentiels de la grâce et de 1 épreuve; en sorte qu'à ce double point de vue , la politique divine, si l'on peut ainsi le dire , bien plus large en ses moyens , bien

plus libre en son jeu, ne paraît plus seulement une institution de justice réduite pour toute action à la punition oujàja rémunération; elle en est une en outre de prévoyance, d'assistance et d'excitation, de douce ou ferme paternité.

Mais la grâce et l'épreuve, la récompense et la peine , peuvent être envisagées sous différents rapports , et avant tout dans leurs caractères. Quels sont donc premièrement ceux qui distinguent la grâce?

La grâce est essentiellement prévenante, prédéterminante, gratuite et efiicace. Après ce que j'ai dit à cet égard dans un morceau spécial, je ne crois pas devoir entrer ici dans aucun développement; il me suffit de renvoyer au discours que je viens de rappeler, i.a grâce est de plus, selon les circonstances, directe ou indirecte, prochaine ou éloignée , toujours émanant de Dieu , mais avec ou sans l'intermédiaire des causes secondes et créées; jBlle a aussi des effets permanents , continus , qui commencent avec notre être et ne le quittent jamais , et d'autres qui passent et varient , reviennent et changent encore , sont dans une perpétuelle vicissitude. Ainsi, être créé et conservé est un fruit de la grâce qui ne cesse jamais ; être bien inspiré de cœur ou d'esprit, en un certain moment, pour une certaine occasion, en est également un, mais qui fuit avec le moment et l'occasion qui l'amènent. La grâce se fait ainsi toute à tous en quelque sorte , et tend de toute façon à incliner doucement la volonté au bienj elle est, entre les mains de Dieu , le moyen souple à souhait de ménager dans sa faiblesse et d'assister dans son innocence la liberté humaine.

J^en dirai à peu près autant dé Tépreuve ellemême, qui, non moins que la grâce, s'accommode et s*approprie aux diverses dispositions pour lesquelles elle est faite. La seule diflërence qu'il y ait , c'est que Tune de ces actions s'applique comme obstacle à la force pour ^'exciter et la stimuler, tandis que l'autre se donne comme secours à la faiblesse pour l'appuyer et l'aider. L'épreuve est donc aussi directe ou indirecte, prochaine ou éloignée. Elle vient toujours de Dieu ; mais c'est tantôt par une impression immédiate et intime, dans laquelle il semble que l'âmè divine elle-même se communique à la nôtre, pour la pousser par la douleur à l'efTort et à la vertu , tantôt avec le concours et par le moyen de certaines causes ordonnées dans le même but et mises en jeu pour le même effet.

Du reste , comme la grâce , l'épreuve est aussi prévenante, prédéterminante et efficace ; je ne dirai pas gratuite, parce que le mot entraîne l'idée de faveur et de douceur, laquelle ne convient pas à l'épreuve ; mnis elle n'en est pas moins un bienfait qui nous échoit avanM'œuvre, et qui, comme une grâce dans un autre sens, dans celui de la rigueur, est toujours un effet de la libre initiative de la bonté divine.

Telle est l'épreuve en elle-même, sur laquelle du reste, ainsi que sur la grâce, vous me permettrez d'être court, parce que j'en ai aussi ailleurs suffisamment disserté (1). '

Et s'il est vrai que la récompnnse et la peine, à

leur tour> ne soient guère, après l'œuvre, ([ue ce

(i) Voir le discours sur ce sujet.

-loque sont, avant, et la grâce et Tépreuve, c'est-àdire une facilité et une difficulté bien réglées, qui se rapportent, Tune au mérite, pour lafTermir et l'encourager; l'autre au démérite, pour le réprimer et le redresser; on concevra aisément que, l'épreuve et la grâce expliquées comme elles l'ont été, il n'y ait pas à beaucoup s'étendre sur ces deux modes nouveaux du gouvernement de la Providence. Aussi me bornerai-jeâ remarquer que Dieu, pour mieux pourvoir à toute nécessité, pour ne pas plus abandonner l'homme après qu'avant l'action, a dû avpir à son égard des retours comme des prévenances, des impressions en rapport avec ses résolutions accomplies comme avec ses simples dispositions; se montrer juste auiantque sage, tout estimer pour tout conduire , et étendre en tout sa sollicitude.

J'ajouterai, toutefois, en ce qui regarde la récompense, qu'elle consiste d'abord dans ces émotions de bonheur qui ne nous manquent jamais quand nous avons bien fait, et que Dieu attache à la vertu comme le premier de ses prix ; ensuite dans toutes ces satisractions accidentelles et extérieures qui nous viennent soit des hommes, soit des choses ellesmêmes, pour nous soutenir dans nos efforts et nous payer de nos travaux.

Et de même la peine. Elle est en effet, pour la répression , ce que la récompense est pour la conPirmation et le maintien des volontés; elle a, pour ramener au bien , autant de prises diverses que la récompense pour y (ixer. Ainsi, soit qu'on la consi* dère dans ces angoisses du cœur qui dérivent immédiatement dq la conscience de la faute, et s'y lient

comme la preraièœ et la plus 8ûre dos expiations ; soit qu'on Tobserve dans tous ces maux qui nous viennent du dehors et qui nous affligent dans notre esprit 9 dans noire corps, dnns nos biens, dans nos parents et nos amis, dans tout ce qui nous est utile ou cher, elle se réduit constamment à une action de rigueur, destinée à corriger notre volonté pervertie , et à la ramener, par le repentir, du vice à la vertu»

Telles sont dans leurs caractères la grâce >5t Té* preuve, la peine et la récompense.

Maintenant, que sont -elles dans leurs lois? et d'abord en onl-elles? Que penser, sous ce rapport ^ du gouvernement de la Providence?

Vous n'ignorez pas que c'est là un des sujets sur lesquels se sont le plus divisés les théologiens et les philosophes ; et oxxmme il a donné lieu à des opi*nions excessives et opposées, il peut être bon de voir si nous ne pourrions pas , soit par plus de discrétion, soit par plus de précision, parvenir à un sentiiuent plus modéré et plus juste, et par suiie plus conciliant.

Que sont des lois en général? De droites raisons d'agir. Or de droites, et surtout d'absolument droites raisons d'agir, ne doivent pas changer, varier, et passer comme si elles ne l'étaient pas; elles doivent au contraire persister et durer comme le bien luimême, dont elles sont l'expression -, elles doivent être en un mot générales; des lois qui ne serai<;nt pas générales ne seraient pas de vraies lois.

Or Dieu, qid est la perfection même, n'a-t-il pas i\ ce titre les meilleures raisons d'agir, et ne suit-il pas par conséquent, dans la conduite de son gouver-

ifiemeiit, les lois les plus générales? Sans doute, si on ne se pose pas la question en ces termes, et qu'en outre on se prévienne de certains scrupules , d'ailleurs respectables, si on craint par exemple, en reconnaissant des lois à la divine Providence, de la limiter dans ses vues et de Tinfirmer dans ses actes, on peut, avec, quelque vraiseml)lance, être amené à supposer qu'elle ne fait rien qu^au gré de i5on absolue volonté et dans toute la liberté de son infini bon plaisir. Mais quand on ne se laisse pas aller à de telles préoccupations , et qu'on traite la matière avec plus de rigueur, on n'est plus arrêté par les mêmes diflicultés, et il ne semble plus que le Dieu qui a pris soin de gouverner les volontés humaines par l'épreuve et la grâce , la peine et la récompense, l'ait entrepris sans ordre et dans toute l'indifférence d'une volonté sans motifs.

Ainsi donc il suit des lois, et des lois qui sont générales; mais de ce qu'elles sont générales il ne résulte pas qu'en les appliquant il n'ait pas égard au particulier ; qu'en ce qui touche surtout ses créatures raisonnables, il ne tienne pas un compte exact de leurs dispositions , de leurs actions, de leurs habitudes, de toute leur vie. Sa sagesse est meilleure, plus complète et plus large;, et quand il se détermine à agir, si c'est toujours en vue et par l'idée du général, ce n'est jamais sans un soin accompli du particulier ; au général par le conseil', il est par l'œuvre au particulier; il pense l'un , il fait l'autre : il passe de Tun à l'autre pour mettre celui-ci en rapport avec celui-là, et, autant qu'il se peut, lui en communiquer rexcellence. De sorte que^ comme oh l'a dit, il n'est

jamais hin de chacun de nous, et que, par une mystérieuse union de son infinitude avec noire petitesse, il nous est intime en quelque sorte , habite en nous comme en son lieu, et y vit pour y faire vivre Tâme qu'il a créée à son image ; et c'est de cette manière qu'il est tout à la fois pour nous Providence générale et Providence particulière, ou , si l'on veut , Providence du particulier par le général, à peu près, si toutefois une telle comparaison est permise, comme nous quand nous jouons aussi notre rôle de Providence, et que , mettant en pratique les lois qui nous sont propres, nous tâchons d'y ramener les détails de notre conduite; avec cette différence toutefois que, tandis qu'en nous ni la loi n'est invariable ni l'action infaillible, en Dieu, qui est le bien mé-me, ni la règle ne fléchit, ni la puissance ne manque, et que son gouvernement , de tout point achevé, n'est qu'une sainte application à nos existences particulières des lois de sa sagesse et de sa bonté intinies.

J'accorde donc qu'il entre dans les attributs de sa providence de prendre un soin spécial de la destinée de chacun de nous , niais je maintiens en même temps que cette divine sollicitude se règle sur des desseins qui n'ont rien d'arbitraire, et je crois pouvoir de la sorte concilier deux sentiments qui ne sont, au reste, opposés que dans leur excès réciproque, et qui ^ plus tempérés, inclinent à se rapprocher : l'un qui tient avant tout pour les lois générales , et l'autre qui fait surtout état des volontés particulières ; des volontés particulières déterminées et dirigées d'après des lois générales, tels sont, ce semble, les termes

dans lesquels peut légitimement s'etprîmer et f^'en tendre cette juste concilialion.

11 y a des lois pour tout dans le gouvernement de la Providence, pour la grâce comme pour l'épreuve, pour la récompense comme pour la peiné. Quelles sont ces lois en ce qui les regarde chacnf>e à part? C'est ce qu'il y aurait sans doute un grand intérêt à savoir, mais c'est ce qui serait en même temps si difficile à tenter, surtout ^'il s'agissait de pénétrer dans les détails, que je demanderai à me borner à quelques rapides indications. Une telle question, en efTet, poussée quelque peu loin, ne serait rien moins que celle même des secrets de la Providence. Or \e livre où ils sont écrits, il faut Inen se le rappeler, est en grande partie pour nous lettre close et cachée. Etudions-le sans cesse , lisons-le et le relisons avec un soin pieux , recueillons«en à la trace tout le sens qu'il nous est donné d'en saisir par la méditation ; mais n'espérons jamais en tournei^ une à une et en déchiffrer jusqu'à la dernière les feuilles pleines de mystères : heureux déjà si nous parvenons, dans la juste modestie d'un esprit sévère et droit , à en bien interpréter quelques pages plus intelligibles.

Donc quand nous recherchons quelles senties lois de la grâce et de l'épreuve, de la récompense et de la peine 9 ne portons pas trop haut notre ambition de savoir, et contentons-nous sagement de ee qui s'offre à nous de plus manifeste et de plus simple.

Toute loi est en raison des faits qu'elle régit et en exprime l'essence. Si donc la grâce a sa loi , elle Ta comme grâce , et non comme autre chose ; elle l'a telle qu'elle doit l'avoir, par sa nature et par son

principe. Or, par son principe, elle s'adresse comme facilitéà la faiblesse : il n'y adonc pasde cas où elle ne doive répondre à un certain besoin , se régler sur ce besoin , venir pour le soulager, le calmer et le faire cesser. S'il en était autrement, et que, renversantcet ordre , elle soutînt qui ne fléchirait pas , donnât à qui ne manquerait pas, cherchât le fort au lieu du faible, et se contrariât elle-même dans ses fins et dans ses démarches, elle ne serait plus la vraie grâce , la grâce selon le bien ; elle ne serait pliis un don de Dieii, mais un présent sans raison de Taveugle fortune. On voit donc, sans qu'il soit ici nécessaire d'entrer dans de plus amples éclaircissements , quelle est dans son esprit, sinon dans ses di* verses applications., la règle qui lui est propre- Cette règle, c'est qu'elle soit un secours du Ciel prêté â l'homme sur la terre , qui se mesure en efficace , en dorée et en portée , aux infirmités et aux besoins d'une telle créature.

On peut en dire autant de la loi de l'épreuve. L'épreuve est faite pour la force , comme la grâce pour la fiûblesse ; si donc, contrairement à ime telle destination, au lieu d'aller à la force, qu'elle doit stimuler, elle tombait sur la faiblesse pour l'accabler et l'opprimer; si môme, sans tant d'excès, elle manquait dans son action de mesure et de proportion; si elle péchait par la propriété, le degré ou la durée ; si de quelque façon elle était infidèle à son but, elle ne serait plus celte source de fécondes leçons que Dieu, dans sa sévère, mais sage miséricorde, dontte, quand il lui platt, à l'homme, pour Tappelerà des vertus plus viriles et plus fermes; ce ne serait

plus qu'un jeu cruel, et un abus de la force» indignes de la divine et suprt>me bonté.

Quanta la peine et à la récompense, on ne peut pas non plus douter que Dieu ne led distribue selon un ordre excellent , et que, faites pour nous attacher ou nous ramener au bien , elles ne doivent, en s'appliquant Tune à la vertu et l'autre au vice, varier, croître , décroître, cesser ou continuer, en raison de la diversité , du degré et de la durée de la vertu et du vice. Ce n'ost que dans les gouvernements humains qu'il en est autrement^ et encore là même , il faut le remarquer, ce désordre doit bien plutôt être considéré comme le fait que comme le droit : car, en principe, il n'y a pas de législations civiles, pas de maximes sociales, qui établissent que la justice soit de punir le mérite et de récompenser le démérite; mais seulement par accident, par pas^ sion ou par intérêt, et toujours avec des illusions qu'on cherche à faire à soi-même, on se laisse aller à mal rétribuer les bonnes et les mauvaises actions. Mais dans le gouvernement divin il n'y a point de ces confusions ; à chacun il est donné selon ses œuvres et ses titres : à qui est digne, le bonheur; à qui ne l'est pas, la douleur, mais la douleur elle - même en vue de l'amendement, et, par suite, du bonheur; à tous, toute justice, accord universel du droit avec le fait. Seulement, comme à l'instant même j'aurai à l'expliquer, ce n'est pas dans quelque point du temps et de l'espace qu'il nous plaît de iixer qu'il faut chercher et attendre cette divine harmonie ; c est de près ou de loin , c'est plus tôt ou plus tard , c'est dans des limites indétinies , c'est au choix de

la Providence, dans toute la suite de son éternité et de son immensité. Là il est vrai , absolument vrai , que toute volonté a son prix , toute vertu sa satisfaction, tout vice son expiation, et que Tordre, en un mot, est de tout point accompli ; mais, il ne faut pas l'oublier, Tordre n'est pas tout entier dans la seule justice ; il est aussi dans la bonté manifestée tour à tour par Tépreuve et la grâce.

Voilà jusqu'où je crois devoir aller en ce qui regarde les lois du gouvernement de la Providence; au delà je trouverais peut-être encore quelques explications à donner, quelques lumières à répandre, mais sans grande utilité pour le dessein que je me propose; puis plus loin, si je poursuivais, si je tentais de m'avancer jusqu'à déterminer dans toute la variété de leurs innombrables conséquences ces règles dé la Justice et de la sagesse divines, je ne tarderais pas à toucher à celte région de mystères que tout à Theurejé signalais, et il n'y aurait plus que témérité à essayer d'y pénétrer. Dieu nous donne bien à entendre une partie de ses desseins, il nous en déclare même assez pour que nous soyons tranquilles sur le reste ; mais ce reste cependant nous échappe, nous surpasse, et demeure pour nous, en Tétat où nous sommes présentement, un objet de confiance plutôt que de science.

Mais, outre leurs lois, la grâce, Tépreuve, la récompense et la peine, ont encore leurs rapports avec le temps et l'espace. Quels doivent être ces rapports? C'est ce qu'il fkut aussi examiner.

Ainsi serait-ce par hasard d'une manière uniforme, et toujours selon les mêmes mesures d'étendue •

et de durée, que la grâce et s'appliquerait à la faibles^ se, et répreuve à la force ; la récompense à la vertu, et la peine à )a faute? Pour peu qu'on y réfléchisse, on ne saurs^it le penser : car tantôt c'est de loin, à dis<tance pour ainsi dire çt après bien des jours écoulés, qu'elles produisent leurs effets; et tantôt c'est de près, de suite, et comme sans attendre; et soit dans un cas, soit dans l'autre, 11 y a encore bien des diversités, bien, du plus ou du moins, bjien de l'indéterminé et de l'indéfini. 11 ne faut que jeter les yeux sur le cours des choses humaines pour reconnaître qu'il n'y règne, j? ne dis pas nulle règle, mais nulle uniformité de conduite, et que rien u'esl plus varié que la manière dont nous sommes favorisés ou éprouvés, rémjinérés ou punis.

Or cette absence d'uniformité ne serait-elle pas de l'irrégularité? ne serait^lle pas un désordre, et le plus grave de tous, puisqu'il toucherait à la sagesse même et à la justice de Dieu? Non , ce n'est pas un désordre; ou, sous un désordre apparent, ei qui ne peut même pas tromper un esprit un peu clairvoyant , c'est un ordre réel , bien autrement entendu, bien autrement convenable, que celui qui consisterait en une vaine régularité ; c'est l'ordre même des âmes, lesquelles ne se règlent pas parce qu'elles ne se meuvent pas comme les astres du firmament, mais comme des forces, libres dont la direction doit par cela même être pleine do lîbér^iité. La libéralité est ici la vraie régularité, et la libéralité implique toujours nécessairement une certaine variabilité, non pas sans doute arbitraire, m^is telle qu'elle convienne à la liberté de l'hongime; etj^ IpiQ qu'U

y ait là caprice et în^bilité de la part de la Provi» deiice, il y a au contraire la plus profonde et la plus ferme constance, la plus parfaite tidélité à sa na«ture et à ses perfections.. En effet, ne i/oit*on pas que Dieu , quand il se détermine à ces démarches vannées, quand tantôt il diffiareet tantôt il bâte, quand tantôt il prolonge et tantôt il abr^e l'effet de ses douceurs ou de ses sévérités, quand il en choisit diversement le mobile théâtre , le rapproche ou Téloigne , rétend ou le resserre , et de toute façon en use selon ses desseins; que» dis-je, il n'agit ainsi que pour mieux secourir ou stimuler, récompenser ou punir les cœurs qu'il gouverne l Et cela s'explique aisément.

Il est des âmes auxquelles il n'est pas bon que l'impression de la divine Providence se fasse sentir trop tard et de trop loin *: ce sont celles qui par elles-mêmes n'ont ni une grande énergie ui une grande constance, et qui, par suite, ont besoin d'être en quelque sorte tenues et conduites de près, et incessamment poussées dans la voie qu'elles doivent suivre. Mais il en est d'autres qui supportent mieux les retards et les distances, s'en accommodent mieux : ce sont celles qui, mieux trempées, plus actives et plus fermes , valent plus par elles-mêmes , et laissent plus de latitude au gouvernement divin. A chacun donc son jour et son lieu pour l'épreuve et la grâce, la récompense et la peine; à chacun sa situation dans le temps et dans Tespace. L'uniformité serait ici une insigne inhabileté. La variété, mais la variété telle que je viens de la marquer, voilà la vraie perfection.

Aussi Dieu, pour plus de justice et de bonté à la fois , se donne-t-il toute carrière dans le temps et dans Tespace; et, tandis que pour les uns il se montre plus présent et plus proche, pour les autres il semble agir plus lentement et de plus loin : non qu'au fond il n'ait pas pour tous même présence réelle, même efficace assistance; mais seulement il ne les manifeste pas par les mêmes apparences et selon les mêmes mesures d'étendue et de durée.

Il est toujours tout juste et tout bon ; mais sa grâce Ne descend pas toujours avec même efficace; Après certains moments» que perdent nos longueurs» Elle quitte ces traits qui pénètrent les cœurs.. •; Le bras qui la versait en devient plus avare » Et cette sainte ardeur qui doit porter au bien Tombe plus rarement ou n*opère plus rien.

(CmuiBiiiLE, Pol^eudê,)

Voilà ce que dit le poète. Le moraliste chrétien s'exprime à peu près dans le même sens lorsqu'il s'écrie à son tour : a Nous oublions la grande maxime du sage, qui nous avertit de supporter les lenteurs de Dieu; nous ne pouvons nous accommoder de cette parolole d'Isaîe : & Attendez , attendez cn- » core. t Le moindre délai nous rebute ; et souvent , sur le point même de voir nos vœux remplis, nous en perdons tout le mérite et tout le profit. — Il faut en effet, poursuit-il ^ savoir attendre et persévérer, opposer humblement à une dureté apparente les empressements véritables d'une sainte opiniâtreté (1). » — Et pour en venir maintenant à ma conclusion sur tout ce point , je dis que les desseins de

(i]jBourdaiQue % sermon sur la prière»

Dieu siir nous sont d'autant mieux accomplis, qu'il en varie mieux Inexécution selon les besoins de chacun.

Je n'ai voulu , comme je Tai annoncé en commen* çant ce discours , parler du gouvernement de la divine Providence que dans son rapport avec Thomme; mais si j'avais eu à le suivre aussi dans son rapport avec la nature, je l'aurais également fait, en montrant comment d'un cas à l'autre il se développe et se présente avec de graduelles analogies. Leibnitz , ce qui est au reste bien rare en ses écrits , a sans doute excédé quand il a pensé qu'il y a pour les animaux , de même que pour les hommes , des peines et des récompenses ; on pourrait ajouter, par voie de conséquence , des grâces et des épreuves. Mais si c'est là trop dire, ce n'est pas cependant dire quelque chose de tout à fait faux ; et, pour se placer dans le vrai, il faudrait plutôt réduire que rejeter une telle opinion. Ce qu'il y a de certain , c'est que les animaux sont disposés, par nature et par penchant, à se conduire d'après les impressions agréables ou désagréables qui viennent, avant ou après la détermination de leur instinct , les incliner ou tes provoquer, les afiermir ou les réprimer dans leurs divers mouvements. Etevez - les d'un degré dans l'échelle des êtres , prêtez-leur la moralité que Dieu leur a refusée, mais qu'il aurait pu leur donner, et ces impressions variées prendront aussitôt le caractère de secours et de leçons, de satisfactions et de punitions.

Si donc il en est ainsi, la Providence, qui les gouverne^ les gouverne comme nous, moins ce qu'elle

retranche de ses moyens, qui se rapporte à notre âme et ne convient pas à la leur. Et, le dirni-je^ il y a encore quelque chose de Taction qui préside à notre destinée dans œs facilités et ces difficultés y ces appuis et ces obstacles, dont elle entoure les plantes pour les faire vivre et végéter, se développer et produire leurs fleurs et leurs fruits ; et , si on me per^ met d'aller jusqu'au bout de cettepensée, jenecrain-> drai pas d'affirmer que , même dans les divers phé* nomènes 'de composition et de décomposition , d'attraction et de répulsion , d'assimiiation et de désunion, auxquels sont assiyettis les corps itiorganiques , il reste toujours certaines traces de cette direction providentielle, qui doit avoir en effet un fond d'identité, puisqu'elle part du même principe et tend à la même lin. De sorte que, à proprement parler. Dieu n'a qu'un plan pour tout régir, et qu'il ne t)bange pas de gouvernement, mais seulement de mode de gouvernement d'une classe de créatures à l'autre : pour toutes, souverain et maître, recteur et conservateur ; mais , pour celles seulement qui sont capables de raison, instituteur et juge ; pour les autres, simple moteur, ou tout au plus animateur. Mais, je le répète , je n'ai pas voulu m'engager dans ces questions. J^ reviens donc à mon dessein , et je me demande si , en considérant , comme j'ai essayé de le faire , dans son rapport avec l'homme le gouvernement de la Providence, je ) ai suffisamment expliqué. Je n'oserais rassurer, et bien téméraire sentit celui qui aurait une telle contiance; mais je Tai du moins, je pense , selon la mesure de mes iov-^ €e^,ass6s fait connaître et exposé sous quelques ânes

de se^ races , pour que je puisse maintènaht tenter de le justifier.

Et c'est, si vous lepernietteî, ce que je vais essayer dans la suite de ce discours; je lâcherai ainsi d'àcJiever de déterminer dans vos esprits îa conviction* que j'espère avoir commencé d'y produire^ heureux si je parviens à vous amener avec moi et à vous feire adhérer à cette conclusion exprimée par ces belles paroles de Leibnitz , à la fin de son deuxième Essai : K Tous les inconvénients que nous voyons , toutes les difficultés que l'on peut faire, n'empêchent pas qu'on ne doive croire raisonnablemt^nt qu'il n'y a rien de si élevé que la sagesse de Dieu , de si juste que ses jugements, de si pur que sa sainteté , de si immense que sa bonté. »

Avîant tout , afin de mieux justifier lé gouvernemeht de la Providence , îl faut le bien prendre en lui-même, et le distinguer soigneusement detout ce qui n'est pas lui : or c'est ce qu'on ne fait pas toujours avec un assez juste discernement. Il y à en effet dans ce monde , à côté de la grâce, de l'épreuve, de la récompense et de la peine , qui viennent de Dieu , celles qui viennent de l'homme. Nous avons notre sagesse, comme Dieu a la sienne; notre justice, comme lui la sienne. Providences à notre manière-, nous participons par là même à son action universelle, et à chaque instant notre gouvernenàent se mêle et se lie au sien.

Or, si à cause de ce rapport nous le confondons avec le sien, et que nous imputions à celui-ci ce qui est au compte de celui-là, on comprend à quelles erreurs et à quels jugements téméraires nous sommet

dèa V>rs exposés à nQus laisser entraîner. Ainsi , disons-nous, nous sommes des providences; mais quelles providences, je vous le demande? Notre âme est faite par son intelligence, son amour et sa volonté, pour se diriger elle-même et diriger d'autres âmes; mais de quelle manière et dans quelle mesure? Pouvons-nous oublier quelle faiblesse est la nôtre? et, il faut le dire aussi, quelle malice est la nôtre? Le mal est en nous par nature, il y est également par péché. Métaphysique ou moral , il nous rend, ne Toublions pas, doublement imparfaits; et, même lorsque nous valons le mieux, nous avons toujours le défaut d être, comme tout ce qui est créé, tinis et sujets à faillir. Quand donc Tbomme fait acte de gouvernement sur ses semblables, et que par douceur ou rigueur, attrait ou sévérité , il entreprend de les incliner ou de les provoquer au bien, de les y attacher ou de les y ramener, la grâce entre ses mains, et avec la grâce répreuve , la récompense et la peine, toujours inévitablement par quelque côté défectueuses , toujours plus ou moins privées de puissance et d^eflicace , le sont en outre trop souvent de véritable bonté , et sa sagesse comme sa justice, par leur principe si fragiles, le sont encore fréquemment par corruption et perversion ; de sorte que , lors même que nous y sommes le mieux résolus , nous ne pouvons jamais être parfaitement sévères et doux, et que nous le sommes sauvent avec de grands excès. C'est ainsi que notre gouvernement, qui ne Siiurait jamais être que Timage im*parfaite et Fimitation éloignée de celui de la Providence , en devient , quand il se déprave, la violation^

Toutrage, h\ flagrante contradiction. Or, en cet état, l'assimilerez-vous , ridentifîerez-vous inconsidérément à celui de la Providence? Des deux ne ferezvous quun pour prêter à Tun ce qui n'appartient qu'à Tautre , pour charger Tun des méfaits de Tautre , pour rendre Dieu responsable de ce dont Thomme seul est Tauteur?

Mais si Thomme est faible et méchant, pourra-ton objecter , n'est-ce pas Dieu qui Ta fnit tel, et qui doit par conséquent supporter le repro<;he d'une telle création? On reconnaît là la doxible difliculté du mal métaphysique et moral. J'y répondrai, mais plus tard , et pour le moment je me bornerai à dire simplement en deux mots que ce mal , quel qu'il soit , est plutôt une privation, une limitaiion du bien, qu'une complète négation; qu'il est un bien en moins, s'il est permis de le dire, plutôt qu'un mal positif, et que , par cette raison , il n'y a rien à en conclure touchant la Providence , si ce n'est qu'elle a donné à l'homme, avec ce bien en moins, la ma* tière et la faculté du bien en plus et en progrès.

Je vous demande pardon , Messieurs, de vous présenter sous cette forme concise et presque mathématique une explication (|ui est cependant la solution d'une des plus graves diflicultés de la théodicée« Mais d';^bord je crois qu'elle s'entend même en ces ternies , et puis bientôt, comme je l'ai dit , je la reprendrai pour la développer. Tout ce que je veux établir ici , c'est qu'il y a possibilité de répondre à l'objection.

Et maintenant, si l'on apprécie bien cette distinction que je viens de faire entre le gouvernement de

Dieu et le gouvernenient des hommed , je crois qu'on peut écarter tout un genre de récriminations dirigées sans raison contre la divine Providence.

Je passe donc à un autre qui , snns être mieux fondé, porte néanmoins sur des actes qui lui sont vérilablement propres.

On se plaint de ces actes, et on s'en plaint diversement.

On trouve d'abord qu'ils sont pour nous des causes de douleur au moins autant que de bonheur, et qu'ils mêlent dans, notre destinée les maux avec les biens, de manière à nous rendre en somme plus malheureux qu'heureux; et on gémit, et on se révolte de ce que Dieu ne nous a pas mieux favorisés de ses dons;. on est mécontent d'un ordre qui parait à la fois si arbitraire et si dur.

Mais d'où vient ce mécontentement? De ce qu'on ne comprend pas les actes qu'on incrimine de la sorte^ de ce qu'on ne les juge pas tels qu ils sont en eux-mêmes, et au fond , de ce qu'on n'y voit pas , avec la propriété de nous faire jouir ou souffrir, celle de tourner la souffrance en expiation ou en leçon, et la joie en rémunération ou en douce assistance; de ce qu'en un mot on n'y reconnaît pas ce que leur auteur y a mis , je veux dire la grâce avec l'épreuve, la récompense avec la peine. Mieux entendus, ils seraient mieux prisés, et par suite mieux acceptés , et ils ne donneraient pas lieu, même ceux qui portent le plus le caractère de sévérité , à ces injustes griefs dont ils sont le prétexte; loin delà, ils seraient plutôt , ainsi qu ils doivent l'être, des motifs de gra-

iitudé et de soumission , de satisfaction et de pieax ■

retours

Mais même lorsque, plus discrets, nous pensons mieux de Dieu, et que nous croyons mieux qu'il ne fait rien que dans des vues de sagesse, de justice et de bonté, il nous arrive encore de supposer témérairement que nous sommes punis , quand nous ne sommes qu'éprouvés , et de demander ce que nous avons fait pour être traités si durement; nous crions à 1 injustice <|itand il faudrait pensera une leçon, et la recevoir k vec une modeste et douce docilité. Et de même, quand il s'agit de la grâce et de la récompense, nous les confondons également dans nos jugements et nos prétentions, et quand nous n'avons droit qu'à la première , nous réclamo^is h seconde , nous voulons qu'elle nous soit due, quand par sa nature elle est toute gratuite; et là encore, bien à tort, nous trouvons et relevons un déni de justice, lundis qu'il y a {out au plus un déni de faveur. Nous faisons alors erreur, sinon sur les choses ellesmêmes , du moins sur leurs rapports ; et après avoir imputé au gouvernement de la Providence un trouble qui n'est que dans nos idées , nous en tirons faussement grief pour le décrier et le calomnier.

Ce n'est pas tout encore : la grâce , l'épreuve , la récompense et la peine, ont leurs lois, comme nous l'avons vu. Eh bien , si nous n'y prenons garde , tout en reconnaissant ces lois, tout en y adhérant en théorie, dans la pratique nous les blâmons ; nous ne croyons pas' du moins qu'elles soient bien observées; nous jugeons , avec une présomption qui a

quelque chose d'impie y ou du moins de bien léger , que la grâce et l'épreuve , la récompense et la peine, ne sont pas mesurées , proportionnées et accommodées, celles-ci h nos mérites , celles-là à nos besoins. S'il dépendait de nous, nous changerions tout cet ordre , nous en établirions un autre, nous en remon* trerions :i Dieu ; mais malgré tout , et en dépit de notre profonde sagesse , comme il faut que nnus subissions ce que nous ne pouvons éviter, nous nous donnons la satisfaction de déclarer que la Providen* ce règle et conduit mal les choses ; ou, si, d'une humeur moins iière et plus doux en nos reproches , nous le prenons de moins haut, nous gémissons encore de ce que Dieu n'a pas eu plus d'indulgence pour nous, et de ce que sa facile ix)nté ne s'est pas mieux pliée à nos vœux et à nos desseins.

Nous préférons ainsi, nous substituons dans notre cœur, et, par complaisance , en nous-mêmes , notre conduite à la sienne ; nous mettons notre sagesse au dessus de la sienne , et nous tombons dans une vanité qui ne serait que puérile , si elle n'était pas sacrilège.

Notre témérité ne s'arrête pas là. Mécontents de la manière selon laquelle Dieu nous distribue ses dons et ses rigueurs, ses prix et ses châtiments, nous le sommes en outre du temps, du lieu , des occasions qu'il choisit à cet efTet ; nous le sommes surtout en ce qui touche répreuve, qui, en général moins bien comprise, moins aisément acceptée, nous trouble toujours l)eaucoup plus, et nous trouve mal soumis, quand elle nous surprend et nous presse à une heure et en une situation ou elle nous est particu-

iièrement incommode et importune. Nous voudrions^ en effet, qu'elle ne tombât pas en nos jours de bonheur et de paix, et qu'elle les laissât s'écouler sereins et doux à plaisir; nous ne voudrions pas surtout que ce fut en ces moments où tout concourt à nous faire la vie facile et heureuse parmi les inno* centes joies d'une nature de choix ou les charmes d'une société pleine d'agréments et d'attraits. Nous voudrions tout du moins qu'elle nous fût annoncée et ménagée, de telle sorte que toutes nos mesures fussent prises et tous nos plans arrangés pour la recevoir et la soutenir avec le moins de dommage * possible ; nous voudrions en un mot en disposer à notre gré , comme si, bien mieux que Dieu, nous éUôns juges et dispensateurs des opportunités et des conjonctures.

Voilà donc encore bien des sujets de plainte, à l'égard de la Providence, à éloigner et à rejeter : car tous, en dernière lin , se rapportent et se bornent à quatre chefs, qui sont ceux de la grâce, de l'épreuve, de la récompense et de la peine. Or, ainsi résumés, qu'en reste-t-il après examen ? Bien qui vaille, j'ose l'afEirmer, rien de solide et de vrai. Et quand on a répondu à ceux qui les mettent en avant : — Eh quoi ! vous voulez bien de la grâce ; mais comment? A votre choix et à vos ordres ? Est-ce ainsi qu'il en doit être? — Vous ne voudriez pas de l'épreuve, renoncez donc au progrès; ou vous n en voudriez qu'à votre sens. Vous le préférez donc à celui de Dieu? — Vous êtes satisfaits de la récompense, mais cependant à. une condition : c'est qu'elle vous vienne au jour, au lieu et en la forme qu'il vous plaira de

marquer : telle est la justice que vous vous Faites. Mais est-ce la meilleure des justices? — Quant à la peine y malgré vos vives répugnances et en dépit de voire cœur, vous y consentiriez , mais à la niôfne condition , c'est-à-dire qu'il vous la faudrait telle que vous la régleriez , selon vos vœux , et non teik que la décrète la divine sagesse; — quand, dis-je, on a Tait ces réponses, et qu'on les a soutenues des solides raisons dont on peut les appuyer, on n'a vraiment laissé debout aucun des griefs de ce genre.

Cependant je conçois des situations et des afflictions qui rendent certaines âmes difficiles àconvertir, à toucher par ces raisons ; c'est pour ces âmes que je voudrais y insister encore un peu , et me ser^ vir, à cette fin, d'exemples convenables, dans les* quels reparût, mais sensible et familière^ la doctrine générale qui vient d'être exposée.

Mais d'abord je dois dire qu'il faut en ces matières éviter les cas rares, bizarres ou imaginaires, qui ne seraient qu'une occasion de vaines et subtiles disputes, et s'en tenir à ceux-là seuls qui peuvent donner lieu à de simples et graves enseignements. 11 ne s'agit pas ici d'une affaire de casuistique et d'école, mais de sagesse et de vie pratique.

Je dois dire encore dans quelles dispositions il est le mieux de se trouver pour recevoir sur ces points le plus facilement la lumière : car ce ne sont pas là des questions qui se traitent comme d'auires , et il y a pour les résoudre, outre les procédés ordinaires de logique commune, des conditions d'âme et de vie , des dispositions et des sentiments qui en rendent l'examen plus aisé et plus sûr. Aiasi , si je ne

— aime trompe, choisir, pour s'y appliquer, les momettts où , malgré ses tristesses , le cœur a cependant la paix ; où , parmi tous ses déchil^einents, il goûte au fond quelque chose de ce bonheur qui rend bon , et qui lui vient, pour le calmer, de la pitié des hommes et de la miséricorde de Dieu ; où , plutôt instruit qu'aigri et irrité par Texpérience de la douleur, il se laisse mieux à la fois éclairer et consoler ; une telle pratique, dis-je, est un excellent moyen d'élever son intelligence à cet état de sérénité qui convient à la perception des vertus de cet ordre. Mais alors même qu'on aurait en vain cherché une telle situation, et que, dans le tourment d'une destinée incessamment laborieuse, mi^érable et consterné on serait resté en proie aux plus vives et aux plus profondes agitations de la souffrance , on pourrait encore , par l'etfort d'une raison généreuse, dominer ces impressions, mettre ces troubles à ses pieds, et , le regard triste, mais assuré , considérer et entendre de telles vérités, et s'y attacher avec foi, fermeté et espérance.

Maintenant j'arrive aux exemples sur lesquels je désire vous faire quelques réflexions en forme d'application de la doctrine que vous connaissez.

Si je voyais , comme peut-être il y en a plus d'un parmi vous, un jeune homme plein de cœur, de dons et d'avenir, destiné à tenir un jour ce qu'il promettrait aujourd'hui, mais qui en attendant se consumerait en obscurs travaux, et, pauvre, solitaire, sou^vent découragé , ferait dans sa dure vie l'apprentissage de la douleur non moins que de la science, même ei) cette misère ^e ne voudrais pas le flatter, et

lui dire que, sil est malheureux, ce n'est en rien de sa faute, car il n'est pas infaillible ; mais en même tQmps j'insisterais pour lui montrer que dans sa condition il a surtout affaire à répreuve, et que pour la mieux subir il doit l'accepter avec Le courage et la constance que donne une bonne conscience soutenue de ridée de Dieu ; et ainsi je^ne mettrais pas sa raison en révolte, et cependant je ne le tromperais pas^ et je croirais lui avoir donné une bonne et sage leçon.

Je n'oserais me servir de la même expression à regard du vieillard : je n'en aurais pas le droit ; mais il me permettrait du moins de lui proposer mon sentiment à titre deeonsolation. Si donc j'avais à m'adresser à un homme vénérable qui, après avoir bien mérité par les vertus d'une longue vie le repos de ses vieux jours, arrivé enfin à ce terme, n'y rencontrerait cependant que misères et afflictions, et, frappé dans son corps, qu'assiégerait en quelque sorte et emporterait pièce à pièce la maladie pi^essanté, importune et sans recours; frappé pareillement dans son âme, que laisserait chagrine, désolée et triste jusqu'à la mort, la perte de ses compagnons d'âge, de ses amis, de ses enfants; j'essaierais aussi de le soutenir par l'idée de l'épreuve, à laquelle j'associerais, parce qu'elle en- est la conséquence, celle non moins fortifiante de la récompense à venir; et je lui rappellerais que Ta vieillesse, en apparence et selon les sens la dernière saison de l'homme , n'est en effet qu'un âge de profond renouvellement et Textrême préparation du passage de ce monde à

rautre pour une meilleure vie et une plus douce destinée; *et j- aurais lacontiance d'à vonr ainsi sat&fldt son esprit et son cœur. ,

Mais il est des malheurs qui ont particulièrement besoind*ètre bien entendus pour que tes âmes qu'ils accablent déchargent la Providence des accusations qu'ils soulèvent. Les meilleures femiiles sont fréquemment atteintes de coups qui les désolent : c'est une mère qui ^ se dévouant , pleine d'amour et de rdigion , au bien de ses enfonts^ avait heureusement commencé sa douce et pieuse tàdie , mais ne l'avait pas adievée, et à laquelle, dans cette fin, bien des années semblaient nécessaires et promises ; et cependant Dieu la frappe , il replëve à la fois à son bonheur et à ses devoirs, et, en la retirant à lui, il parait tout troubler au sein de ce petit monde du foyer domestique dont elle était la providence. N'est-ce point là un désordre, un mal , que pouvait s'épargner lé maître de nos destinées? et ici conserver ne valait-il pas mieux que détruire ? Oui , peutêtre, à notre sens; et encore fiiut-il ajouter à notre sens confondu et égaré par la douleur. Mais à un autre point de vue, et à regarder les choses d'un esprit plus serein , n'y a4-il pas à y découvrir un aspect à la fois plus favorable et plus vrai ? Dans cette fti9ÎUe tous ont souffert^ tous ont prévu avec angoisses et subi avec larmes la funèbre séparation , et celle qui passait , et ceux qui restaient. Mais l'épreuve était là salutaire pour tous, qui à Tune inspirait, avec le recours absolu en la bonté divine, le saint détadtiement des choses d'ici-bas et la douce {«tténoe dés approches dé la înort; et aux autres

adressait ou une première leçon pu un nouvel ensaignement de la vraie destinée de T homme, et tous en devenaient ou pouvaient ei^ devenir meilleurs : car tous étaient ainsi un peu plus initiés au sérieux sentiment du bien et du devoir. — C'est aussi un père qui vient à manquer avant Theure à ses enfants éperdus, et meurt plein de tristesse et d'importuns pressentiments à la pensée qu'il va les laisser sansappui et sans guide ; encore quelques années lui eussent été si douces et lui paraissaient si utiles à consacrer à ces soins ; il aurait tant aimé à élever, à former ses fils selon son cœur, et à ne les quitter qu'hommes faits, dans l'acception morale du mot, c'est-à-dire hommes de bien; et cependant la mort rompt prématurément tous ses desseins, et met brusquement un terme à Taccomplissement de ses volontés. Ck>mmeot l'entendre, et que signifie ce coup de la Providence? Est-ce sagesse, est-ce justice? Justice? non, sans . doute , à parler du moins ici en toute précision du terme : car ni d'un côté ni de l'autre il n'y a, du moins je le suppose, démérite et indignité. Mais c'est certainement sagesse, parce que la douleur, qui n'est pas alors un châtiment, mais une épreuve, est bonne, d'une part, au père, qu'elle appelle à ces dernières et plus saintes vertus dont la vie se couronne; et aux enfants, qu'elle provoque à des efforts plus méritants, plus personnels et plus virils ; à tous, en leur communiquant ce je ne sais quoi de sérieux , et je dirai presque de sacrée, qu'on gagne à bien mourir et à voir bien mourir. J'ai tiré exemple du père et de la mère ; je le pourrais également de l'enfant enlevé à ces parents dans la fteur et î'esipoir de ses

plus belles années ; du frère ravi au frère parmi tous les plus tendres et les plus généreux attachements ; je pourrais ainsi parcourir toutes les misères de la Emilie^ et dans toutes y suivre l'épreuve, toujours ^ quelle qu'elle soit, efficace et féconde en leçons de vertu. Mais je n'ai pas à épuiser tous les cas de ce genre, je n'ai qu'à en indiquer quelques uns, qui servent pour tous les autres.

De plus, si je le voulais, j'aurais encore à passer de la considération de ces faits, dont le caractère est privé , à celle de faits analogues, mais sociaux et publics, et à en faire sortir, en les expliquant, une nouvelle justification des voies de la Providence, Car* les états, comme les familles, ont aussi leurs deuils, leurs pertes sensibles, leurs angoisses et leurs extrêmes calamités. Or est-ce en vain et comme par un jeu cruel et hasardeux de la puissance divine? Ou plutôt, sous tous ces événements en apparence si contraires, n'y a-t-îl pas tout un conseil, et comme une politique suprême, qui se sert aussi de répreuve, mais en grand, et en l'étendant aux nations tout entières ? Oui , sans aucun doute, car il y a de Dieu en tout , dans les malheurs des peuples comme dans ceux des particuliers , et quand viennent ces périls , ces troubles , ces renversements et ces ruines des cités que retrace l'histoire^ les enseignements ne manquent pas parmi toutes ces misères, et jamais les sociétés ne souffrent de tels maux sans être instruites et exercées à de grandes vertus. Mais il serait long , bien long , et encore plus difiicile, de démêler et d'exposer avec vérité et par ordre tous ces mouvements divers imprimés par Dieu ^

r humanité pour l'exciter ou la rappeler à raccoui^ plissement de ses destinées ; ce ne serait pas moins ^ue rhistoire à traduire en philosophie, et j'en laisse, sans hésiter, la laborieuse tâche à d'autres. Tout ce <)ue je tiens d'ailleurs à montrer dans ee discours, c'est que dans Tétat comme dans la famille , comme partout où se trouve Thomme, le gouvernement de celui qui conduit tout selon le bien se justifie également dans ses rigueurs et dans ses douceur^; et ce point , je crois l'avoir suffisamment établi.

Cependant à toutes ces raisons il y a une commune objection que je ne voudrais pas élever trop haut, mais que je ne voudrais pas non plus négliger^ et qui demande au moins une courte explication. Si Dieu, dit-on , dans sa puissance, ne mène réellement les ânxes que par la grâce et l'épreuve, la récompense et la peine, il ne les mène que par des impressions de plaisir et de douleur ; il ne les tient que par la passion , ou , si l'on veut , par l'intérêt ; et son gouvernement , réduit à ces moyens d'action, n'est plus cette institution libérale et généreuse qui honore à la fois le souverain dont elle émane , et le sm'et qu'elle régit, parce qu'elle ne suppose entre eux que des rapports de droiture, de lumière et de vérité. Il n'est plus cette police des volontés par la raison, qui les puriiie en les conduisant, et les élève en les réglant ; il en est une moins haute , qui les asservit plus qu'elle ne le;s exerce , et les corrompt au lieu de les guider. A cela je réponds qu'il y a ici une grande préoccupation, et, par suite de cette pré* occupation, oubli de la vérité. Ainsi, d'abord, s'il est constant que Dieu , par la grâce et l'éprem^ve, la ré-

ïx)nipense et la peine » s'adresse au cœur de Thom* lïie y il s'adresse aussi à son entendement. Après tout cequî a été dît dans ce qui précède, il serait inutile, je pense, de le démonlrer de nouveau ; j'insisterai seulement sur cette considération : c'est que Dieu, en ^ priùcipe, donne à l'homme le bien à connaître^ à aimer, à vouloir et à faire; c'est qu'il lui «n imprime, avec l'idée, le goût et l'obligation , et lui dit, en Je lui révélant : Vois , adore et obéis, telle est sa loi suprême ; mais parce que, si cette loi est parfaite en elle-même , l'être qui la reçoit est au contraire imparfait, et que , malgré sa primitive et constante disposition à la suivre en général, il manque dans le particulier d'une vertu suffisante pour la toujours pratiquer, Dieu, en-père attentif aux besoins de son enfant , y pourvoit à la fois par la douceur et la rigueur, et complète comme tuteur, instituteur et juge, l'œuvre qu'il a commencée comme législateur et anteur.Loin donc qu'il y ait là rien qui ressemblée un go^uvernement de servitude, tout y suit au contraire delà plus libérale bonté, et sûr un fond inépuisable de sagesse et d'amour tout s'y mêle de pitié, de justice et d'indulgence. Voilà au vrai le sens de la grâce et de l'épreuve, de la récompense et de la peine.

J'en aurais maintenant assez dit pour justifier là Providence, s'il ne me restait à résoudre une dernière difticulté, qui n'est sans doute pas en dehors des celles que j'ai examinées jusqu'ici, qui y est même nécessairement impliquée et enveloppée, mais qui ne demande pas moins, ai l'on veut ne pas être, trop incomplet, à être dégagée et discutée à part : Je veux parler de la difiiculté tirée du mal

moral » et accessoirement aussi du mal métaphysique. Quant au mal pbysiqye , je le néglige parce que ce n'est pas un mal en soi et par lui-même^ mais le sentiment douloureux, mais la douleur du mal.

Ce ne sera guère du reste pour moi , je ne le dissimule pas, que matière à un lieu commun; mais ce lieu commun est inévitable dans un discours comme celui-ci, et j'aurais beau pour mes raisons Vous renvoyer aux auteurs, et surtout à Fauteur par excellence en ces matières^ à Leibnitz, s'il faut le nommer, vous ne m'en liendriez pas quitte pour cela , et vous ne m'en demanderiez pas moins un compte, fût-il sommaire, de la solution que j'ai à proposer. Je vais donc essayer de vous donner cette explication.

Je serai très court sur le mal métaphysique , car là n'est pas le point grave du sujet à débattre.

Pour le définir en deux mots, il est toute imper^p fection , toute limitation de notre être , qui est en nous sans nous , et qui nous vient de Dieu.

Or cette limitation a un double caractère : elle est essentielle ou accidentelle, nécessaire ou contingente, invariable ou variable. Elle a le premier quand elle est inhérente à notre être lui-même, qu'elle en est la condition et la loi immuable : ainsi « être bornés dans le temps et dans l'espace, être bornés dans notre vie , dans notre âme , dans notre corps, l'être toujours par quelque endroit, et ne pouvoir pas ne pas l'être, en un mot être créés, voilà la première espèce de mal métaphysique.

Voici maintenant le second; être bornés dans

ces bornés mêmes, hatlre dans un siècle et dans an pays moins favorisés que d'autres, avoir moins qne d'autres les dons du corps et de Tesprit» vivre dans une condition plus laborieuse et plus dure, en présence de plus d'obstacles et avec moins de secours, être en un mot des créatures moins heureusement nées que d'autres, tel il est en lui^ noénie, et tel nous le reconnaissons dans ceux ^ui parmi nous sont les moins bien partagés du Ciel.

Or il s'agit de savoir s'il y a là matière à accuser la Providence? En aucune façon : en effet, pour écar^ ter d'abord tout grief tiré de ce mal métaphysique dont j'ai parlé en second lieu , je prie qu'on le re« marque, il n'est rien autre chose, joint au mal physique ou à la douleur qui l'accompagne , que le fait même de l'épreuve qui n'a plus besoin , je pense f désormais ' d'être expliqué. Il n'y a donc pas à s'y arrêter, et je vais de suite à l'autre , d'autant que la lumière répandue sur celui-ci pourra servir , s'il le faut, à éclairer celui-là.

Il s'agit donc d'apprécier dans son rapport avec la Providence le mal métaphysique essentiel à notre nature.

Avant tout , qu'on le remarque , si ce mal est une limitation , c'est une limitation dans le bien , une certaine privation , et non la négation , le néant mè" me du bien , puisqu'à côté du défaut se présente la . qualité, à côté du négatif le positif de l'être , et , avec des bornes sans doute, une réalité, une durée, une portée et des propriétés , qui composent un bon fond.

Ensuite celte impei^fection ne suit - elle pas de la

créâtkni mèrtie t Qo'est^^ qm tvéer ? o'^st limttar> c'eM taire être du fini , c'est pri v^ en donnant , c'est donner de l^tre t, mais non pas le tont être ; et Dieoi qndiqu'en prodoisatit il ne fas&ie que dé bonnes ciii>ses, ne les tàt paa cependant âbsoluntent parfit?^ tes^ parce ({ne les fiiire telles serait les Êiire com^ inelnè^ménié^ lirer^ pour ainsi dire,' Dieu de Dtea» égaler Tœuvre à Touvrier , et , psiv toute une suite de contradictions ^ rendre éternel ce qui naît , im* nmise ce qui se borne , iniini ce qui est fini ; créer , en un mot, l'incréé. Mais l'incr^ ne se cnée pas» Finfiniiiese multiplie pas, et le Dieu qui limite n'e^ pas un Dieu mauvais , mais un Dieu qui ne fait te Men que tel qu^il le doit nécessairement faire dans lin étfe créé , c'est-à-dire foiqours avec des imperfection;.

Ainsi , sans plus de développements, je tiens que le mbl métaphysique, qui h'est réellement qu'un bien en moins, se concilie isans opposition avec la bonté du Créateur.

Mais le mal moral se prète«t-il à une semblable eonciliatibn ? Le mal moral consiste dans l'aggravation par la liberté de nos défauts naturels, ou^msia Oûirrèptkm volontaire des dons de la Providence : tfM ime nottvdle privalSbn que nous ajoubms dé nmis^méaies à cdie qui lious vient dit ddiors^ c^M «lie Imperfection qni est en nous , non plus saM ndns; mais par nous; c'est le péchés c'est le vice, CôiiixmelQrt se âSt-il qu'il soit en nous, et qu'en det^Ms^nous imfpnter à la divtee bonté ?

Je Fai déjà dit plus d'une fois, soit dans ce dis* ééili% 9 «bit daiifS d'avtnes : Dira a ibièii i>ris loifles

sds mesures pMt ttoUs t)i^[riQnir ébiitré de mal ou ptnir ncms^n retirèi^. En principe d'abèrd il notiâ le défend pstt la ràisoti , et hods en détourne par Tdniour^ ensuite ^ et à rbcbatidn y il use de la grâce et de l'éjireiive) de la réèofmpëhsé et dé la peiiiè , pour nous en p^é^erter ou nous en sauver. H noué en garde ditist par toiiâ les^mbyens dont dispose sa sagesse^ appliquée & nôtre libre activité.

Cependant ôe mal se fait, il n'est pas fnénie sur ceitte tei're ufi accident rare et passager ; aussi vieiit 411e te fDk)nde, il s'y est multiplié, perpétué, répahdu datis tous les temps ^ dans tous les lieux , souS toutes les (brriies et à touà les degrés. Il s'est déplb^ rablemènt mêlé à toute à Tbistoire tté rhumahité; il y a eu des moments od il s'est aggravé à ce point , que Dieu a dû intervenir par les élus de sa sagesse pour te réprimer et ràrrëter ; il y en eût un surtout sblënnel et sacl^é oâ il a fallu un sauveur, et où un sauveur est venu.

Quel désordre au moiiis à|>parent! Et cottimehi Texpliquerî On l'explique en premier lieu par sa eause iititnédiaté i belle dont il est {'effet direct, tnttihe et personnel , c'esti-dire la liberté ; mais la Hbferlé elle-même , comment l'expliquer t Comtneht te cause de cette cause bu Dieu le Tout-Puîssant n'est» il point responsable des mauvais actes dont ëliè est le principe î — Avant tout, il ne faut pas l'oublier, oes actes ne sont pas les seuls qui haissent de là Itb^rtê ; 9 y en a d'autres , et de contraires ; qtà eiri viemnèrit pareillement , et la même puissance que lions Avons pour faillir, nous Ta vous e^aletnènt pour Wèh ftirié et méKter ; égàlemétit même li'éisit pas le

mot , car il y a cette différence que d*un côté est Tabus , et de l'autre l'usage , et qu'entre Tusage et l'abus il n'y a nullement parité aux yeux de la divinité, puisque l'un est par elle défendu , prévenu , reprimé et corrigé, et l'autre commandé, facilité, rémunéré, et de toute façon préféré ; en sorte qu'ainsi instituée , la liberté, qui n'est plus la simple pos* sibilité , la possibilité avec indifférence , mais la &• culte raisonnable, et par conséquent indînée au bien, de se résoudre et de vouloir, œuvre d'un Dieu parfait et bon , est elle-même un bien , et le premier de tous ceux qui nous sont départis ; que par suite , à. le bien prendre, sous le gouvernement de la Providence, la vertu est le droit , et le vice le fait , et que, si le fait va parfois insolent et le front baut, le droit n'en reste pas moins inviolable et sacré, jamais vaincu , môme au milieu de ses apparentes déGsiites , et marchant toujours, même ici-bas, au triomphe et à la victoire. De plus, dans le fait lui-même, si déréglé qu'il se montre , il reste toigours comme une empreinte et une trace du droit, qui permet de juger que dans la malice humaine tout n'est pas absolument mal, et qu'il n'y a si méchante Ikme qui ne conserve, comme on pourrait le dire, du mouve- .^ment pour le bien , et c'est ce qui demeure en elle de rimpressîon de la Providence. Dans le vice , tout n'est pas vice , et il s'y trouve toigours quelque élé* ment de bonté, avec quoi il peut se &ire bon. C'est, si je puis le dire, une bonne chose qui s'est gâtée, mais qui peut se corriger, et pour laquelle il y a toujours quelques moyens d'amendement. Le vice n'est donc pas., dans les desseins de Dieu , destiné à Thu-

maoïté au mèoie titrç que la vertu^ il Itri est inargué pour être évité , comme la vertu pour être re* cherchée. Ainsi la liberté, grâce à la loi qui la règle, auic motifs qui la sollicitent, aux conséquences qu'el-* le entraine , à tous les soins dont elle est Tobjet , avant comme après ses déterminations, est un bien véritable , qui ne nous est conféré par Dieu qu'à bonne et sainte intention.

Il est aussi une considération qu'il ne faut pas né* gliger. En donnant à Tbomme la liberté. Dieu en a prévu le mauvais usage, et, dans sa sagesse et sa sainteté, il y a pourvu de son mieux; il a tout fait pour le prévenir, Tempécher et le réprimer, le libre arbitre, bien entendu, respecté et sauvé; il ne l'a pour sa part en aucun sens favorisé et autorisé , et , quand il a dû le tolérer, il n'a pas laissé que d'en tirer plus d'un genre d'utilité : il Ta d'abord fait servir à rehausser la vertu , en le lui opposant dans un contraste qui la relève et la glorifie. Il a pu de la sorte préparer ou confirmer nombre de louables vo« cations qui autrement ne se seraient pas déclarées ou soutenues. Il prête souvent aux justes l'appui des mauvais exemples , et les prémunit dans leur conduite par le spectacle du vice, sagement traduit pour eux en une leçon de bonne vie. Tout n'est pas ma* tière à corruption dans le commerce des méchants , et pour qui sait y conserver un cœur droit et ferme il y a peut-être véritablement plus a y gagner qu'à y perdre; il y a certainement à s'y foriitier contre les surprises et les tentations , à y acquérir aux dé* pens et par l'expérience d'autrui une prudence et une constance qui peuvent épargner à l'âme plus

(Tuiie fôîblessè et plus (Turié chuté. Dieu sens ddûté tie fkit pas les méchants pour les bons : il ne les tkit en aucune sorte ; ce sont eui qui se font ; rtiaîs, quand n les trouve, il ne les néglige pas^ et les donne aux gens àe bien comme un sujet d instruction en tnètnë temps que de réprobation.

Il léé leur donne aussi comme occasions et instru* ments d'épreuve. Il éprouve, eh effet, les bons par les méchants; il provoque la justice et la charité des ftns pârFinjustice, la violence et le crime des autres. Encore une fois, il ne fait pas les méchants pour les bons; il ne veut pas là malice, même en vue de la vertu; il ne ia veut len aucune iftànîère , et toujours et partout il la réprouve comme H la défend. Mais quand , itialgré tout, elle se déèlaiFe, il en u^e de son mieux au profit de ses élus, et là tourne pour eux en exerctèe de patience, de courage et de fermeté. Il la rattache ainsi à Tordre par une nouvelle espèce dé lien , et , dans la profonde économie de son infinie providence, il ne laisse rien sans usage, pas même le péché : Thomme y met le mal, il en tire le bien.

Quediraî-je encore en ce sens? Quand on etamine exactement ia nature du mal moral, oh y recon-^ liatt, comnie on vient de le voir, avec quelque ôfaose qui est de Thomme, c^est-à-dire- la perversion , quelque diose qui est de Dieu, c'est-à-dire le pouvoir, la fôiculté du bien. Or cette &culté, dont les méchants abusent , non seulement n'est pas indiltérénte en elle-même , mats elle r st an contraire évidemment destinée à la vertu ; cela est Si vrai , qu'il suffit, dans remploi qu'on en fait , dUm changement

d'intention pour la rendre innocente, louable, adr inirable même. Prêtez, en effet, à la paftieaiceeti l'adresse d» fripon la droite honnêteté d'ung îégitilae industrie, et vous avez un artisan habile et digne d'estime ; donnez à l'énergie et à l'audace du brigand le motif d'une sainte cause , mst SMbliine dér voûmenl à la patrie en péril , et vous avez un hér ros. Un peu de bonne volonté prépare d^à de tels changements; un peu plus de vertu les ayante, plu* eacore ; un parfait dessein du bien achève de les déterminer.

C'est ainsi que le Créateur fournit amplement k l'homme la matière du bien, lui laissât î y metm la détermination , la forme , c'est-à-dire l'intention ^ dont d'ailleurs, par sa loi et de continuels averr UssOTients, il lui marque le vrai sens-, ij le créie intelligent, sensible et actif pour le bieja; il naet* son servioe des organes pour le bien , pour le biea Cernent il lui associe la nature ; en tout il I^ tour^ ne constamment vers cette On. Voilà, ^ part. Qu'gtr t-elle en elle-même de mauvais? et ne s'expliquet-elle pas au contraire par la plus parfaite bonté ? U n'en est pas de même de celle de l'homme, laquelle est pleine de malice. Aussi, de Dieu etd^l'hpmnao, l'un est évidemment la cause de ce qu'il y a en nouç de parfait, ou du moins de perfectible ; l'autre dp c^ qu'il y a de plus ou moins corrompu et dégradé : celui ci est le pécheur, celui-là est le saint; d^ prQr mier vient la perte, du second le secours-, des deux ce n'est pas Dieu qui pervertit et qui gâte, mais c'est m qui préserve, qjii W» et qui p^uye, I^ÇQW

iine fois, où y a-t-il là sujet à accnsation contre la divine ProTidence î *

On ne peut donc pas plus iui imputer â crime le mal moral que le mal métaphysique, qu'aucune espèce de mal> et elle demeure ce que nous Tavons Tue dans toute la suite de ce discours, lè principe absolument bon du gouvernement le meilleur possible appliqué à la conduite des créatures raisonnables et libres.

On Taccuse donc à tort du mal dont elle n'est pas Fauteur; mais enfin, puisqu'on Faccuse du mal, oh devrait au moins la louer du bien dont elle est la source. Leibnitz a composé un petit écrit qui a pour titre : La cause de Dieu plaîdée par sa justice eonci^ liée avec ses autres perfections et toutes ses actions : cette cause serait à plaider si Ton voulait être équitable, et pour bien la plaider, il faudrait mettre en regard des défauts de notre nature, qui du reste ne prouvent rien contre la divine bonté, les qualités contraires, qui la manifestent hautement.

Ainsi en face du mal métaphysique et moral il fondrait placer le bien revêtu des mêmes caractères et chercher dans ce contraste une nouvelle justification du gouvernement providentiel. Je le tenterais dans ce sens avec développement , si déjà dans ce qui "précèdeje ne l'avais, au moins d'une manière indirecte, suffisamment essayé. Mais je me bornerai ici à de très courtes réflexions.

Le bien métaphysique est un don , et ce don nous vient de Dieu; nous ne faisons, pour notre part, que le recevoir, y adhérer, et , s'il y a lieu , le déve-

lopper par le travail et la vertu ; heureux quand nous ne le négligeons pas ou ne Paltérons pas par notre faute. Or nous plaindrions-nous par hasard d'être ainsi doué» de Dieu , d'avoir été par lui appelés à rétre et à la vie 5 de l'avoir été avec les attributs communs à tous ceui de notre espèce ; mais , de plus, avec des perfections et des moyens d'ex- ' cdlence qui nous distinguent entre tous? N'est-ce rien à nos yeux que d'être au lieu de n'être pas , d'être hommes plutôt que brutes, d'ère des âmes meilleures et plus heureusemnt disposées que d'autres, d'être tout cela et de le savoir, dé le sentir et d'en jouir, et celui qui a réuni sur nous tous cesbien- &its et toutes ces grâces peut-il ne pas avoir en lui la sagesse et l'amour? Le bien moral est aussi un don , quoique à un titre différent. Car, si , comme je l'ai dit ailleurs , comme je crois l'avoir surtout suRisamment expliqué dans mon discours de l'an dernier, si Dieu ne fait pas dans l'homme les acteis même du vouloir, comme il y fait l'être et la vie , la substance et la cause ; si dans ces actes il coopère plutôt qu'il n'opère; si, sans jamais les abandonner pleinement à sa créature, il les lui donne à Mre plu-

- tôt qu'il lie les feit lui-même ; il n'est pas moins vrai d'autre part qu'il est dans le gouvernement et la conduite de notre âme par les saintes règles de la raison , les penchants de l'amour, les occasions variées et les impressions qu'il lui ménage. Or, s'il en est ainsi , si telle est dans le bien moral la part qui revient à Dieu, certes il est et doit être hautement justifié.dans ses

- voies. Tout bien prouve donc un Dieu bon, et nul mal ne prouve un Dieu mauvais. Qu'en conclure

encore une fois, à ce n'eslrl'ajl^aolDe bon)i» de lu videoAe divine I

Arrivé ail terme 4e fciette dl^cussiQn, j'épvAnyi» , coiQfne vous s^q^ doute, Me&^leip^i le bfmoifà ie me recueillir, et de 91e denosufder, en I9 pep9/^lit 4- ujQ coup d'œil gàn^ral , et eq /çb^rohwt 4 l'apprécier QOD plus «e^lwieot au pp|ii| dp y w <|e la logique et delaiçciepce, mais à celui ,4e I9 mof^et un quelle? maxime^ de vie elle pfsi^ 9e reof^^mer e( pe résoudre. Or j'eq trouve quatre priucipfde^, qui me paraissent la qopprepdr e et }^e^prim^ totH entière. jLa premier^ est ceijte-ci : ^\ ypu9 widpàp»i , c'est de votre faute. Elle est vraie et pleioe de sagesse; cependant, pour n^ g^s pécher, Qlto a toK)in d*étre limitée et complétée par o^Ue^si , qtie je plate en second lieu : Si vous i^uffrez , c'epl; au3si p^Me vous êtes si^yets aux effets de réprç!^ve. Qq ^ peutêtre lin peu trop dît , et I^nitp luirna^op» »'a pias louJQurs assez gardé de mesure cjii Qe «eis, qnela douleur est une pimitipn } miujon jp> >|^|it asAez dit>qu'elj[e est au^si uxte leçon} punition ^prà», leçon avaqt râction, voilà qe qu'elle est d^m fPniQUti on qe r.entend hien qu'en la cp^^éi^pt «oqs ce» deijx face» ^ la fojis, qui di^ r€;^|te ^çi^ fsçi^ment ne 9e oon* trarient f^as entre elles , mai^ se conviepi^^t au contraire, et se l^ent parËiitement. La tr^i^iiéopiie de ces maximes dit que, si Toq est heureux , c'est parce qu'on l'a mérité. Elle esjt également exceÛeRte, mais à la condition toutefois qu'elle s'ep ad^pigne une autre qui la détermine et Texplique, et qui 9'énAiiee ainsi : Si nouç sommes Ijbeurenx^ c^ 9'ie^ p|HS sepM^i^ent j^r iuçlîçe , c'fj^t a^^ ef l^^n j^ par {fajvmr

- to ^

•el i^b gi*âeè, c*est-à-dfre tfue dû Ixmlietilr qui fldtfs est à^ârti îl faut faire deux lotâ , décrit l'un doîl ^Sttfe regardé coihme le prix de nds mériteis, et l'autre comme un don en vue de hos bésoinis. Voilà qudles sont ces quatre maxinies fondanfientales. Autrement ëntehd-ue&^ rédmtes ou exagérées, confondues ob 'opposées > elles ne rêpondiraient plus exactement à toute la vérité ^ne conviendraient plus justement à toute notre nature, donneraient trop ou trop peu à ^ faiblesse ou à sa force) et de façon ou d'autre elles excéderaient. :

Wus tempérées, mieut concertées^ elles se rapportent bien mieux à leur objet tout entier; ell^ te règlent bien mieux. Voyez en èifét quel enseignement et quelle discipline de mœurs elles contiennent et proposent , et comment , une fois bien établies dans la œnscience , elles disposent noire âme à se soumetire , tion seulement sans murmure , iïiais avec zèle et piété , à Taction toujours exoeilente du souverain des souverains. Pour toutes ses perfections,^ pour tous les moyens qu'il emploie , éll^ oht toujours à nous ihspirer quelques boiis sentiments : pour les dons la gratitude , pour les leçonis la docilité, pour te» rémunérations la satisfaction, pour les punitions le repebtir; elles nous instruisent ain^ià bien prendre , c'està^dirè à bénir, Tépreuve comme là grâce , la peine comme la récompense , et en tout à nous tenir prêts à céder avec religion à l1mpr&« sion , queHe qu'elle soit , sévère ou douce , il n'importe, de la divine sagesse.

11 n'y a certes rien de mieilx en matière de préceptes, rien qui nous amène mieux par la raison à

j^^ fier iou i mufi samneAtre, à a^ils mùroHit i^ vif^ir ^ j^L swiiceràiiie Providence» et à nous 4^/omi^vitç jCftmnfie les enfants 4e ^ justice çt de son amour.

)4AiSsi q^nd > iregardant à la doctriw 4^dI ^ttep ^nianeot^ je ia juge à ia fois par ses principes et jtaf ^s truite 9 4apis sa vérité et dans sa pqretéi je ^ puis pa'empéoher de faire çncore na retour que vou^ .t^Qiuprendcez , Ifessieurs;^ et que , par conséquent^ vous me pardoni^raf .

i^ sais tout ce que je dois de respect el de défàr^* ce au jugement qu'ont porté dans une occasion ao^ .fennelle sur renseignement de k philosoplM^ ides ^çpits graves ^ élevés , dans lesquels je suis acoa^U'- Cf^ à lipnorer la Rouble autorité de rexpârte^0ô politique et des lumières de la pensée} mais je sais au^ ce q«e je dois à la pbilqsopbie elle- même , ^t dajps cette c^kconstanice , je Tavoue» je 96 |^ms la ISr vrer. La livrer serait la b'abir , et ût trabir mentir à la foi quej*ai m die» car j-y^croiset j'y tiens» comme à une bonne et sainte chose. Je cherche donc esk quoi eHe a pu exciter les craintes et les soUidtudns 4ont.eUe a été Tofaget » et je n'eu vois d'autre raison qu'une préoqqupation , ea^ doute lorj; U&tmfi en em but) puisq^'tf ^'agU de l» paiic des 4m^ idans la leunease de l'élat, m^is mal (oAidée assmiémwt é%m le sujet de ses soins» car ce ne seiH certiâ* neifuent pas des leçons de philosophie qui agitant ^aiQiiùurd'bui et trouûeat les jeunes intelligenoss ; le bruit et le mouvement leur viennent d'ailleurs; ils leur viennent avant tout de la société eUe-mème , qui ne se tempère pas assez pour ne pas tout remuer et inquiéter ^as son sein $ ils passent inoe^*

(pcdl^* 4ïi sm^ a)i p9tU palace. M pbilQsoplUefefi

îpli^t ii«0[ pMUiti» ks #i^ft gpf ves et l43s (dus ^ipats 4 te fol^ 4^ -Df^tf^ e^içtence ot 4$ ppA^^ d0iîtliiée, c^ .9^ SMit Ipias tell q«iefiti(H^s qu'on p^pise ^ qu'M dis^^te 9 wm» 1^6^ qin so posant ^ b0 is^ 4tôi0af:aii| pa^, ^qw par eoAséqâeniB^^réwlye^tpas^qjui tra^l^ ji^ilt }e8 e^ît$ et peuv<eM le^igarer. Or4ie iiç^ jioaus «KMiiAfêdaas toâs te3 toaps de yi v,e «t libre ireobereh^ |Q#96 tes 4piestloiè&, et parjtieutièreiRiwtiCettes q^i 'm- ^f'Q^afi^i ^Qtre condition ^ mi pi^^f^t^ ^ $pU bktiire^ ^mot pQ9é(B^i9(ièa]^ef^urtes€^Ëiôt$q44>Â «autre ]|f)Mîâ^ tes tteôdrateJiJt'âe celle de teiipligten. P(^ ^ées et Qon i^éspla^ eltes tourn^enteot les int^U^j^ i^es; ré^oiii^^ sagement) elles to^ écteif^^seat^t 1^ ^x^iiteat» et quand par hypothèse eltes lie les ocof|perateot pas et testeisserai^t sa^souci^ sam gQÔt 4e te yétrité, teudraH-H s'ea lëliciter? et^ à<s^té^te ia trai^jiâUité d'^ite incorieiise f^lt]pR^^ ii'y ai^r^ il p^ ^ eraiiidre m^ie» Iç Sjtnpaw^l 4e te^çom>4m" ^ et r^4>sei»pe de ^es liuapiterip^tsai^ te^ve^ei^ ia vte Sfiorate «'«e^t qâe ténèbres et iierUo. On peut Mowr pmir tes je^mes àines te sér^i^ 4e te nuit; je le^r >^uhaii^ de préj^pçoce celte^ de la cter0 4^ JPWiC'^jpûctrqfiûî » quand je pie demande , en prenait pç^ur e^bsmpte te sujet qji«e j'%i eboi»^, <l^Ue s^ait svu* les jeiiAes geos auxquete je m'a4€e9serais Vim-

{yré^stoA des idéed i}ue je iîens cfeKléVélôpt^èr devant Vous, }e reste sans crainte à cet égard et demeore convaincu que je ne leur aurais pas don lïé scgètdD s'agiter, que je n'aurais î^s porté dans letur esprit la guerre au lieu de la paix, le trouble antieu dta (dl^ me, Terreur à la place de la vérité; que je ne les aurais pas mal à propos Inquiétés et divisés » niais bien plutôt éclaira , apaisés et conciliés: je né leur aurais pas, dans tous les cas, je m'en rends le té^ moignàge, enseigné, par une in utile et faussetraiidité, une philosophie amoindrie qui se Serait bite peiite pour passer, mais qui n'arriverait à rien; pauvre , bien pauvre philosophie, comme le dirait Lelbnitz> dont toute la portée n'irait pas au delà tie qtieiques points de logique et de psychologie, qu'il fouÂ^it même se réduire à prendre sans leurs (ionséquenoes; et j'aurais la confiance de leur 'avoir proposé , avec un autre dessein, une autre philosophie plus large et non moins sûre, qui ne se diminuerait pas à plaisir, qui irait au vrai par tout où elle le verrait, au grand partout où elle l'apercevrait, commencerait par les principes, mais ne s'y arrêterait pas, et ne se terminerait justement qu'à ce qui est sa vraie fin , je veux dire là Providence, qu'elle aurait suocessivemèiït étudiée dans son œuvre , dans son action , danfs ses attributs, dans toutes ses perfections. Science de la Providence , telle est en effet en elle-même , et telle se dédnit bien dans son sens à la fois le plus profond et le plus précis, cette vive philosophie, perennis phltosophia , commune, quoique avec des diversités, à foutes les hautes intelligences, à Âristote comme à Platon, à Leibnitz comme à Descartes , et qui, née

avec l'esprit humain, qu'elle consulte sans cesse el guide en même temps, a en elle un excellent moyen de durer et de laisser trace : c'est de s'attacher avant tout à ce qui soutient, élève et fortiGe la pensée; à la vérité d'abord , puis à la grandeur dans la vérité. Yoilà, Messieurs, ce que j'aurais fait, et je ne croirais pas avoir mal Ëiit.

FIN

Imprimerie de Guibavdbt et Jovavit, 315, me Saiol-Honoré.

DISCOURS

PRONONCE

A LA FACULTÉ DES LETTRES

(CODBS D'fllSTOIRE DE U PHILOSOPHIE lODERNE)

PAR

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