L. HACHETTE
libralr* de IMIWhrtNité tvfÊ» «• FraMO,
Bim rantKB-MBBAsm, M.
n^maaaSt wt& savsiiuts.
DISCOURS D'OUVERTURE
DU C0UR5
DE L'ANNÉE SCHOLAIRÊ 1843-1844,
SUR CETTE QUESTION
De la melllenre manière de preaVer la Providence.
Messieurs ^
Par humeur et par goût autant que par raison, pour rester d'ailleurs fidèle à tout un ordre d'idées dont dépuis trois ans dans ces f discours je poursuis le déyeloppement , j'ai choisi , comme vous le verrez, un ,sujet plein de paix. Je préférerai, jeTespère , toujours le calme des pwes étu(les , si conve-
nable à la science , à l'inquiète agilaiion des disputes hostiles, qui la servent si mal.
Je pourrais répéter à cet égard ce que je disais dans une autre circonstance, lorsque, voulant expliquer pourquoi je n*avais rien répondu à d'injustes attaques auxquelles d'abord avec le petit nombre, puis avec tout le monde indistinctement, j'avais été en butte, je m'exprimais ainsi :
i J*avais à traiter cette année, d'après l'ordre des leçons que depuis pins de cinq ans je consacre dans cette chaire à l'histoire de la philosophie au 17« siècle, de Malebranche, d'Ârnauld, de Bossuet, deFénélon; je n'avais pas trop de tout mon temps pour suffire à de si difficiles et à de si graves études , et il m'en eût trop coûté d'en distraire même la moindre portion pour des discussions d'un genre bien différent, et qui m'eussent trop détourné de la pure philosophie. Rien sans doute n'eût été plus légitime et plus juste que d*user de représailles et de rendre la guerre pour la guerre à qui ne voulait pas la paix ; mais, je Favoue, en songeant à quels hommes je devais et j'avais destiné mon temps, je n'ai pu me résigner à les quitter même un moment pour ceux qui me provoquaient à de tout autres débats; où étaient là en effet les Malebranche , les Arnauld , les Bossuet et les Fénélon ? Je suis donc resté du côté de la grandeur , je me suis renfermé daiis Thistoireau lieu de descendre dans le présent, et pour toute réponse à tant de bruits , pour toute défense et toute attaque, j'ai continué sans trouble mon fidèle commerce avec ces hautes intelligences. Je ne crois certainement pasquejeusse mieux à faire.
Tels étaient mes sentiments, tels ils sont encore aujourd'hui, et je compte bien y persévérer; cependant , sans les abandonner , je crois pouvoir me permettre quelque chose au reste de bien inoffensif, qui n'est pas uiéuie une justification , qui n'est qu'une rectiiication , dont je vous laisserai jiige , et après laquelle j'aborderai , pour m'y renrermer exclusivement , le sujet de ce discours.
Sur une phrase mai comprise et qui ne devait pas l'élre, parce que rien n'y prêtait véritablement au sens qu'on y a supposé, on a cru pouvoir inférer tiiie j'étais favorable à la doctrine du suicide : or c'est précisément le contraire d'une telle induction qui est la vérité; et certes, avant Timputàtionque je viens de rappeler, je ne me serais guère douté qu'elle -dût jamais m'atteindre : car c'est en moi une conviction profonde autant que sincère qu'il y a un ^rand mal à se soustraire par un acte de violence sur soi-même à des devoirs et a des épreuves dont la Providence dans sa sagesse n'a pas encore marqué 4e terme sur cette terre; conviction telle chez moi , que je ne pense pas avoir manqué une seule occasion de l'exprimer; mais en une circonstance particulière je l'ai professée en paroles assez franches et assez claires pour ne laisser à personne le droit de s'y tromper ; je veux parler du discours que je prononçai à pareil jour, il y a trois ans, dans cette chaire, bien avs^ntque les débats auxquels je viens de faire allusion eussent été engagés. Voici ce que j'y disais :
« Je vais vous parler de Timmortalité, mais je la prouverai principalement par cette considération ca-
pitale, que la vie présente est une épreuve dortt une autre vie est la conséquence. Or il peut y avoir dans cette considération, sérieusement méditée , matière à de sincères et salutaires retours pour certaines âmes malades , qui ne le sont que par oui)li ou par ignorance du vrai sens de leur destinée; je voudrais, s'il se pouvait, le leur rappeler ou lei leur appren* dre;je voudrais les éclairer , et les guérir en les éclairante
» Je ne viens point déclamer sur cette furqur du suicide, aujourd'hui si commune^ mais il Tant bien reconnaître un fait qui est attesté par de trop nom* breux exemples. Or à voir ce fait, à juger tous ces actes d'une si terrible énergie ou d'une si déplorable faiblesse, n'est*il pas évident qu'ils viennent d*une facilité sans mesure et sans règle à décider de sa destinée sans tenir compte de la Providence? Ek à défaut de ces actes, les sentiments qui les préparent , alors même qu'ils ne les produisent pas, ces dégoûts accablants, ces désespoirs sans frein, ou cette profonde indifférence en face des choses de ce monde , n'attestent-ils pas ce scepticisme de cœur encore plus que d'esprit qui fait que, faute d'y avoir pensé on doute, ou ne sait que croire, on ne sait que résoudre de la vie et de la mort , non pas , il est vrai , au sens physique et matériel , mais au sens spirituel , moral et religieux î En ce sens là on ne 1^ comprend plus, on ne les estime plus ce qu'elles valent , et par suite on ne les accepte plus telles^que I)ieu les a faites; on n'en a plus la science et par suite la vertu j de sorte que, si oïi aime encore la^vie, c'est comme ranimai, par instinct, et non pas de
cet amour raisonnable et pieux qui faii qu'on j est attaclié coninie à un bienfait de la Providence, tou^ jours doux alors nnéme qu'il s'y mêle des amertumes. Si on craint encore la mort, c'est également comme la brute, par instinct, et non par raison. On ne la révère plus, on ne la redoute plus comme le Diystère à la fois terrible et solennel au sein duquel le Créateur tente sur sa faible créature, au moment de la régénérer, une dernière et siippème épreuve : on n*a plus le respect de la vie et de la mort. Or, quand on en est là , comment encore les bien pren^ dre? comment être, quand il le faut, ferme et patient pour cell^-ci , doux et résigné pour celle-là? com-^ ment avoir ces sentiments que peut seule inspirer une foi forte et pleine d'espérance ?
» Si donc nous sommes en un temps où trop d'âmes, distraites de la considération des choses divines par celle des choses humaines, et une fois, par malheur, réduites à celle-ci , n'y trouvant que désordres, déceptions et misères, s'en irritent et s'en troublent avec dérèglement ; si le mal va croissant, et que de jour en jour un plus grand nombre d'elles, pour couper court à une destinée qui leur est insupportable parce qu'elle leur est inintelligible, essaient d'en décider par le moyen à la fois le moins raisonnable et le plus violent, il devient urgent , pour les arracher à la fois à d'aussi tristes préoccupations et à d'aussi coupables résolutions, de faire appel à leur conscience pour y réveiller d'autres pensées; et, re* portant leurs regards de la terre vers le Ciel, de les faire passer d'un doute qui les désole et les tue à une croyance qui les relève , les soutienne et les sauve.
f La vérllé sur ce point, de même que sur tousle^ autres , est immuable et éternelle ; elle est et luit toujours pour quiconque la cherche et la veut bien ; mais aussi pour qui la Tuit , la néglige et la laisse , elle a d'apparentes défaillances et comme de fatales éclipses qui annoncent , pour ces esprits égarés et éperdus, ces heures de troubles profonds et de ter* ribles combats de soi-même avec soi«même, lllé eiiam cœcos instare tumultus scepe monet , au sein desquels se déclarent ces volontés impies eteffrénéeâ du néant. Que faut-il alorspour apaiser ces tumultes intérieurs, ces confusionset ces angoisses? Il faut que ceux qui ne sont pas tombés dans ces funèbres illusions les dissipent dans ceux qu'elles trompent misé* rablement; il faut qu'avec la lumière ils fassent rentrer dans leur cœur le calme et la sérénité , la confiance et la force; il Ëiut qu'ils leur rendent Tespèrance parla foi.
9 Tel a été mon dessein ; heureux si pour ma part je pouvais raviver dans ces âmes souffrantes la consolante vérité qui , à la place de l'ignorance et du mépris de leur sort, doit leur en inspirer, avec le juste sentiment , l'estime et le respect I si je pouvais les en toucher, les en convaincre, et exercer ainsi envers elles celte espèce de charité que j'appellerai philo* sophique , qui a bien aussi son mérite , et qui con** siste également de la part de celui qui a, c'est-à-dire qui sait , qui croit et se confie , à donner à celui qui n'a pas, c'est-à-dire qui ignore, oublie , doute et désespère! »
Je terminais ce diseours par ces mots : «Et maintenant , pour finir comme j'ai commencé et revenir ^ ces esprits qui eux aussi malheureux ; malheiH
tem] oui sans doute, car on ne fait pas ce qu'ils font, on ne veut pas ce qu'ils veulent sans y être amené par de grandes et vives souffrances, mais moins malheureux cependant qu'ils ne le croient et ne se l'imaginent , n'ont ni le sens de s'expliquer ni le courage de supporter les maux dont ils sont |atteints; qu'ils apprennent , s'éclairant et se fortifiant par l'idée de Tépreuve, à résister non seulement à ces actes déplorables qu'ils pourraient méditer et tenter contre eux-mêmes, mais aux velléités, mais aux vagues désirs, mais même aux rêves de tels ac^ tes : car ici tout est à craindre , et le désespoir passionné est un si mauvais conseiller, qu'il faut se tenir en garde même contre ses plus sourdes insinua-* tions ; il mène vite d'une première à une seconde faiblesse., et de celle-ci à d'autres , et enfin à la dernière et à la plus coupable de toutes. Vous donc que des misères publiques ou privées ont frappés plus que d*autres, ont mis plus que d'autres dans une condition triste et dure , ne vous troublez pas trop d'une telle exception , et même en ces atteintes en apparence excessives comprenez et acceptez Tépreuve ; laissez faire Dieu, qui la conduit; laissez-le faire et faites aussi, car vous devez y être pour voire part comme il y est pour la sienne, y être fermes et patients comme il y est sévère et bon. Et pendant que vous concourez ainsi et coopérez à ses fins, comptez sur lui avec foi , sur lui qui déjà pour le présent, mais surtout pour Tavenir, a dau^ les trésors de sa bonté des remèdes certains à vos douleurs et des prix dignes de vos mérites. Comptez aussi sur les hommes , dont la pitié et l'admiratjon •
donl les secourables sympathies ne manquent jamais avec lé temps à de grandes infortunes noble* ment supportées. Et vous surtout qui plusjeunes^et^ dans votre courte expérienc^e des choses de ce mon-; de, d*abord surpris et abattus par les coups qui vous affligent , pourries; , dans ce premier moment de détresse et d'angoisse , vouloir soustraire ^ la j^ro^ vidence, qui, selon vous, le règle mal, le cours de votre destinée, armez- vous, pour vous mieux garder, de ces sentiments et de ces croyances , et , dès le début de ces luttes que vous avez à soutenir, sachez d'avance que vous ayez à vivre et à mourir comme l'entend la raison, et non comme le veut la passion^ et puise? dans cette pensée, quoi qu'il puisse voua arriver, l'amour religieux de la vie et le saint ire^ spect de la mort. Là sera votre force , là sera votre consolation.
Voilà pour le suicide. Mais s'il avait plu en outreu à des esprits non moins mal prévenus de m'enve*. lopper aussi dans cette accusation de panthéisme^ qu'on a prodiguée, il faut le dire, sans modération comngie saijis lumièrçs , je les renverrais avec confiance à mon Mémoire sur Spinosa , récemment pu-^ blié, qui n'est que le résumé de mes leçons sur cet auteur, et don.t je vous demanderai la permission de vous citer au moins la conclusion finale :
fi (It maintenant, poui^ finir, et tout balancer eh fi-, nissant, ne peut-on pas, en reportant un coup d'œil général sur l'ensemble de son système ,1 dire que Spinosa , en sacrifiant la cause à la substance , la substance créée à la substance inciçéée ^ la pluralité 9 l'unité, l'humanité à la divinité, au Heu d'exaltci^
ainsi , selon qu'il le su(>po^» la ^ubsiancô , rtinité el. la divinité, les abaisse au contraire? Car la substance sansla cause^ i'unilé sans la pluralité, la divinii& sans rbiimanité, sont moins grandes et moins par-^ faites; elles ont perdu , avec leur verlu de produire et de créer, leur gloire et leur lumière» Et pour ce qiii est deThonime en particulier, en l'ôtantà Dieu conmie créature, et créature morale, il lui ôte certainement sa plus belle couronne. Car Dieu moins rhomme est moins Dieu , c'est un Dieu avec privai Uon ; ce n'est plus le vrai Dieu , qui ne souffre point de privation, et surtout celle de Thomme» D'autres ont ôlé Dieu à l'homme, et ça été une grandeTaute;: c'en est une moindre peut-être , mais c'en est une en-^ core qued'ôter l'bommeàDieu ; il ne faut pas plus retrancher l'un que l'autre du sein de l'être, il faut les admettre tous les deux et tous les deux les concilier. Spinosa n'en a tenté qu'une vaine et apparente conciliation. Il a péché , par excès du côté de Dieu» il est vrai , mais il n'en a pas moins péclié.
9 £t la sagesse lui a manqué, ou du moins s'est effacée en lui, devant cette force de déduction dont iU'est comme enivré. Des deux éléments du génie , la force et la sagesse , il n'en a bien possédé qu'un , et ce n'a pas été le meilleur. Aussi est-il resté dans l'histoire plutôt comme une grande puissance que comme une grande autorité philosophique. 9
Mais j'ai hMe d'arriver au sujet dont j'ai fait choix, et de vous expliquer d'abord comment il se rattache à ceux que j'ai successivement traités les trois précédentes années.
I^ouvrais mon cours il y a trots ans par un di&«
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cours sur Vépreuve^ oonsidéréa comme moyen de démontrer Timmortalité; Tannée suivante je Tou* Tris en vous parlant de cette immortalité^ et deFétat qu'elle constitue; et Fan dernier je vous présentai quelques réflexions sur ïta grâce , envisagée dans son opposition et son rapport avec l'épreuve. Mais, Messieurs , on ne raisonne pas de l'épreuve , de la grâce et de l'immortalité de l'âme, sans rencontrer à chaque pas la question de la Providence : car la Providence est de tout dans les solutions qu'on peut donner de notre condition dans cette vie et de notre destinée 1dans l'autre. La Providence , voilà donc le point auquel , après ceux que je viens de vous indi* quer, et que j*ai successivement abordés, il faut enlin que je touche. Et je ne m'en plains pas , Messieurs; bien au contraire je m'en félicite.
Les grands sujets accablent , mais ils soutiennent aussi , et quand on s'y attache avec foi , avec constance et avec amour , il est rare qu'on n'y puise pas quelque mérite et quelque force. Or on ne contestera pas que celui de la Providence n'ait au plus haut point ce caractère. Il est grand et vaste entre tous, et il élève nécessairement l'esprit et l'âme de ceux qu'il occupe profondément. On ne vit pas dans la recherche et la méditation de ces vérités sans devenir de quelque façon meilleur ou moins imparfait, et en tout, quoi qu'on fasse, qu'on écrive ou qu'on agisse, regarder toujours ace qu'il y a de haut et de solide dans les choses , et, dût-on y rencontrer des diflBcultés considérables , y tourner cependant , et, autant que possibIe,y appliquer sa pensée et sa vie, n'est pas certes un moyen de languir et de s'abais-
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fer» mais aiicanirjiîf ede se soytenir, de s'êxercerelde jse fortifier. Faibles comme nous ie sommes par nous* mêmes , ce n'est pas en rapportant nos écrits ou nos actes à des objets qui participent de notre fragilité que nous pouvons échapper à cette infirmité natu« relie; c'est en les consacrant avec dévoùmentàce qui demeure et ne passe pas, à ce qui se place au dessus de la sphère mobile de nos passions d'un jour et de nos intérêts du moment. Nous ne pouvons valoir un peu que par ce qui vaut mieux que nous, el notre vertu en tout genre, y compris le talent , après l'effort qui vient de nous , et qui en est le principe , tire surtout sa grandeur des buts élevés qu'elle poursuit. Or, pour le dire encore une fois, la Pro* yidenceest un de ces buts, ou plutôt elle est le but suprême; et l'avoir sans cesse en vue dans la spéculation comme dans la pratique , dans les travaux de l'esprit comme dans la conduite de ta vie, n'est pas une des moindres causes de notre perfectionnement intellectuel etmoral. Voilà pourquoi je suis heureux, quelle que soit d'ailleurs cette tâche , et, vous m'en croirez sans peine , elle n'est pas des plus faciles, d'avoir comme l'obligation de traiter de cette matière. Je sens qu'elle m'est bonne, toute laborieuse qu'elle puisse être; et j'espère qu'elle aura aussi cet heureux efiet sur vous.
C'est donc de la Providence que je vous parlerai aujourd'hui ; mais , comme vous le pensez bien , la question est trop vaste pour que j'aie songé même un instant à l'embrasser tout entière; j'ai au contraire voulu me borner le plus possible, et, afin de moins m'étendre , je me suis réduit sagement à quel--
ifuH réflexiànn sur ta meitleure manière de prouver la Providence. Ainsi , je ne disserlerai pas sttr ses attributs/snr ses tins, sur ses voies et sa conduite; je ne veux pns foire ici un traité de ihéodicée , je ne veux faire qu'un discours que je iimile au point pré* cts que je viens de marquer.
Il y a deux principales manières de prouver bl Providence : Tune qui lire ses données de la consi^ dération de la nature, l'autre de celle deTAme liumaine. Que valent-elles Tune et l'autre , et Tune relativement à l'autre? G'ast ce que je me propose d'examiner* Je n'ui nulle intention d'infirmer celle que j'ai indiquée en premier lieu : elle a i>our elle en eflet^ avec sa Torce propre, une grande autorité et une facilité singulière pour toucher les liommefi les moins exercés au raisonnement, et les" plus attachés aux préjugés sensibles , comme le dit Fénélon ; c'est, cx)mme il ledit encore, une philosophie sensible et populaire dont tout homme est capable. Il ne faut donc pas la décrier, et rien lui ôter du crédit qu'elle mérite justement^Mais, tout en la respectant dans ce qu'elle a de légitime, on peut et on doit la discuter, aUn de ne pas l'estimer outre mesure et au delà du vrai;
Or, quand on veut bien se rendre compte <le cette preuve en elle-même , il y a trois choses à y remarquer et à y apprécier successivement : 1^ le lermedont on part; 2^ celui auquel on arrive ; S'^ie rapfiort qui mène de l'un à l'autre.
Le terme dont on part est la nature, puisque c'est en raisonnant de la nature à Dieu qu'on protive par le caractère providenlierde l'une l'aitribul de provi«
dence t|uc Ton reconnaît à Tautiv. Mais qa*es(-ce que la nature? On ne peut me demander et je ne voudrais pas me charger d'en donner une définilion régulière et complète; j'en proposerai seulement ici une explication suflSsanteau dessein que j'ai en vue. La nature est dans l'univers tout ce qui se trouve au dessous de Thomme, et s'en sépare par la diflë* rence de ce qui est à ce qui n'^st pas privé de la raison ; elle est dans la création tout ce qui n'est pas raisonnable; c'estcet ensemble de forces aveugles et fatales qui sous là main de Dieu et la nécessité de ses lois, appliquées à la matière, qu'elles meuvent et organisent, peuvent bien s'élever jusqu'à la vie et même jusqu'à l'âme, mais jusqu'à l'âme réduite aux înstinctis île la brute^ et jamais jusqu'à l'âme revêtue du caractère d'agent moral ; la raison , en un mot, voilà la limite invariable devant laquelle «lie s'arrête , et qu'elle ne saurait' frani^hir. Telle est la nature en général , tel est par conséquent le premier terme de la preuve dont nous faisons l'examen. Avant de passer au second , voyons quel est le rapport qui les unit Tun à l'autre. Il n'est certes pas besoin d'une bien profonde analyse pour y reconnaître dès l'abord le rapport de causalité; mais dans la causalité même il y a plusieurs points de vue qu'il faut distinguer. Le plus apparent est sans contredit celui qui nous montre la cause comme antérieure à l'effet , et, s'il s'agit de la cause première et infinie, comme éternelle quant à l'effet. Mais avec l'antériorité, ou l'éternilé, il y a aussi dans la cause la supériorité; et, s'il s'agit encore do la cause par excellence, il y a la suprême perfection ; de
pitale, que la vie présente est une épreuve dont une autre vie est la conséquence. <^r il peut y avoir dans cette considération y sérieusement méditée, matière à de sincères et salutaires retours pour certaines âmes malades , qui ne le sont que par ouJ;)li ou par ignorance du vrai sens de leur destinée; je voudrais, s'il se pouvait, le leur rappeler ou le leur appren* dre;je voudrais les éclairer , et les guérir en les éclairanti
9 Je ne viens point déclamer sur cette ftirqur du suicide, aujourd'hui si commune; mais il Taut bien reconnaître un fait qui est attesté par de trop nom* breux exemples. Or à voir ce fait, à juger tous ces actes d'une si terrible énergie ou d'une si déplorable faiblesse^ n'est-^il pas évident qu'ils viennent d'une facilité sans mesure et sans règle à décider de sa destinée sans tenir compte de la Providence? Et à défaut de ces actes, les sentiments qui les préparent , alors même qu'ils ne les produisent pas, ces dégoûts accablants, ces désespoirs sans frein, ou cette profonde indifférence en face des choses de ce monde , n^attestent-ils pas ce scepticisme de cœur encore plus que d'esprit qui fait que, faute d'y avoir pensé on doute, ou ne sait que croire, on ne sait que résoudre de la vie et delà mort, non pas, il est yrai , au sens physique et matériel , mais au sens spirituel, moral et religieux? En ce sens là on ne les comprend plus , on ne les estime plus ce qu'elles valent, et par suite on ne les accepte plus telies^que I)ieu les a faites ; on n'en a plus la science et par suite la vertu ; de sorte que, si oh aime encore la^vie, i^'est comme l'animal, par instinct, et non pas de
€^ amour raisonnable et pieux qui fait qu'on y est attaché comme à un bienfait de la Providence, iour* jours doux alors même qu'il s'y mêle des amertumes. Si on craint encore la mort, c'est également rx)mme la brûle, par instinct, et non par raison. On ne la révère plus, on ne la redoute plus comme Jc' mystère à la fois terrible et solennel au sein duquel le Créateur tente sur sa Taible créature, au moment de la régénérer, une dernière et suprôme épreuve : on n'a plus le respect de la vie et de la mort. Or, quand on en est là , comment encore les bien pren^ dre? comment être, quand il le faut, ferme et patient pour celle-ci , doux et résigné pour celle-là? comment avoir ces sentiments que peut seule inspirer une foi forte et pleine d'espérance ?
» Si donc nous sommes en un temps où trop d'âmes, distraites de la considération des choses divines par celle des choses humaines, et une fois, par malheur, réduites à celle-ci, n'y trouvant que désordres, déceptions et misères, s'en irritent et s'en troublent avec dérèglement ; si le mal va croissant, et que de jour en jour un plus grand nombre d'elles, pour conper court à une destinée qui leur est insuppor-* table parce qu'elle leur est inintelligible, essaient d'en décider par le moyen à la fois le moins raisonnable et le plus violent, il devient urgent, pour les arracher à la fois à d'aussi tristes préoccupations et à d'aussi coupables résolutions , de faire appel à leur conscience pour y réveiller d'autres pensées; et, re^ portant leurs regards de la terre vers le Ciel, de les faire passer d'un doute qui les désole et les tue à une croyance qui les relève , les soutienne et les sauve.
f La vérité sur ce point, de même que sur tous les autres , est immuable et éternelle ; elle est et luit toujours pour quiconque la cherche et la veut bien ; mais aussi pour qui la Tuit , la néglige et la laisse , elle a d'apparentes défaillances et comme de Tatales éclipses qui annoncent , pour ces esprits égarés et éperdus, ces heures de troubles profonds et de terribles combats de soi-même avec soi«mëme, II1& eiiam cœcos instare tumuUus scepe monet , au sein desquels se déclarent ces volontés impies et effrénées du néant. Que faut-il alors pour apaiser ces tumultes intérieurs, ces confuslonset ces angoisses? Il faut que ceux qui ne sont pas tombés dans ces funèbres illu* sions les dissipent dans ceux qu'elles trompent misé'» rablement; il faut qu'avec la lumière ils fassent rentrer dans leur cœur le calme et la sérénité , la con-* fiance et la force; il faut qu'ils leur rendent l'espérance parla foi.
9 Tel a été mon dessein ; heureux si pour ma part je pouvais raviver dans ces âmes souffrantes la conso-^ lante vérité qui , à la place de l'ignorance et du mépris de leur sort, doit leur en inspirer, avec le juste sentiment , l'estime et le respect I si je pouvais les en toucher, les en convaincre, et exercer ainsi envers elles celte espèce de charité que j'appellerai philosophique , qui a bien aussi son mérite , et qui con* siste également de la part de celui qui a, c'est-à-dire qui sait , qui croit et se confie , à donner à celui qui n'a pas, c'est-à-dire qui ignore, oublie , doute et désespère! »
Je terminaison diseours par ces mots : «Et maintenant , pour finir comme j'ai commencé et revenir ^ ces esprits qui eux aussi malheureux ; malheu-i
l^ux! oui sans doute, car on ne fait pas ce qu'ils font, on ne veut pas ce qu'ils veulent sans y être amené par de grandes et vives souffrances, mais moins malheureux cependant qu'ils ne le croient et ne se l'imaginent , n'ont ni le sens de s'expliquer ni le courage de supporter les maux dont ils sont |atteints; qu'ils apprennent , s'éclairant et se fortifiant par l'idée de l'épreuve, à résister non seulement à ces actes déplorables qu'ils pourraient méditer et tenter contre eux-mêmes, mais aux velléités, mais aux vagues désirs, mais même aux rêves de tels ac^ tes : car ici tout est à craindre , et le désespoir passionné est un si mauvais conseiller, qu'il faut se tenir en garde même contre ses plus sourdes insinua-^ tions;il mène vite d'une première à une seconde faiblesse., et de celle-ci à d'autres , et enfin à la dernière et à la plus coupable de toutes. Vous donc que des misères publiques ou privées ont frappés plus que d'autres, ont mis plus que d'autres dans une condition triste et dure , ne vous troublez pas trop d'une telle exception , et même en ces atteintes en apparence excessives comprenez et acceptez Tépreuve ; laissez faire Dieu, qui la conduit; laissez-le faire et faites aussi, car vous devez y être pour votre part comme il y est pour la sienne, y être fermes et patients comme il y est sévère et bon. Et pendant que vous concourez ainsi et coopérez à ses fins, comptez sur lui avec foi, sur lui qui déjà pour le présent, mais surtout pour l'avenir, a dau^ les trésors de sa bonté des remèdes certains à^ vos douleurs et des prix dignes de vos mérites. Comptez aussi sur les hommes , dont la pitié et l'admiration •
I reconnaîtrez sans doute une certaine Providence , mais ce sera celle des cieux y des terres et des airs ; ce sera toujours celle de la nature , mais non celle de rhumanité; et si vous en restiez là , vous pourriez concevoir le Dieu payen de TEtlner, mais non le Dieu chrétien de la justice et de l'amour. Mais regardons de plus près encore , et parmi les choses qui nous intéressent le plus choisissons celles que nous sommes le ph» à portée d'admirer* Il y a certes dans les pierres précieuses un choii de formes et de couleurs, une délicatesse et une rareté , et je ne sais quelle expression d'éclat et de poésie, qui décèlent un art divin; mais cet art esl d'un Dieu qui n'est après tout que celui du grain de sable et du caillou , et tous les trésors de ce genre» réunis et amoncelés, ne vaudraient pas, pour nous dévoiler l'auteur de la loi morale, la plus humble des âmes.
L'Ecriture a consacré dans des images pleines de charmes la complaisance, et, si j'ose le dire, le goût, avec lesquels la main de celui qui a tout fait a répandu sur le lis la grâce et la majesté ; et ce* pendant le Dieu du lis n'est encore que le Dieu de la poussière et du brin d'herbe ; et toute cette combinaison merveilleuse de forme» , de nuances , d'odeurs et d'attitudes , dont il gratifie les fleurs , ne va pas jusqu'à leur prêter rien qui approche de Tâme, et trahit tout au plus un commencement de vie. Madame de Sevigné dit quelque part, pour exprimer , par un de ces tours qui lui sont familiers , ses regrets et ses peines sur l'absence de sa fille : « Ma prairie a perdu son âme. t Le mot est délicat et doux , mais il a aussi quelque chose de profondé-
ment vrai. C'est qu'en effet pour nous la nature sans rhomme, sans une âme comme la nôtre, et surtout sans une âme amie, n*a plus rien qui nous attache et nous la fasse aimer; privée de Thumanité, elle n'est plus à nos yeux que solitude et tristesse, et ses plus beaux aspects n'ont plus rien qui nous agrée, quand ils ne sont pas animés par la présence et Tactton de rhomme. Il f^uit Tâme à Tâme pour qu'elle se plaise même ant lieux les plus charmants et les plus doux; la nature seule ne lui suffit pas. Un poète a dit aussi : t Tout ce que la création éternellement variée contient de grand et d'aimable fleurit ici: les monta* gnes , les jardins , les beaux lacs; l'âme seule, sans laquelle tout est un désert, ne fleurit ni ne s'élève. » C'est toujours le môme sentiment, toujours la même Ckianière de considérer la nature comme incapable par elle-même de nous donner l'idée de l'âme. Enfin on connaît les paroles de Socrate dans Platon : < Les champs et les arbres ne me disent rien. » Ne sont*elles pas bien l'expression de cette philosophe qui la première, par méthode et réflexion, quitta, non pas le ciel, mats là nature, pour Tâme humaine, et chercha dans l'humanité le secret de la divinité? Mais du règne minéral et du règne végétal passons aux animaux. Là il y a de l'âme sans doute , ou du moins un commencement d'âme, point de diffitruite à Taocorder. Mais de cette âme , telle que vous l'observez , même dans les plus élevées des espèces , que ferez-vous , que tirerez-vous , dans votre dessein de prouver la divine Providence? Eludiez avec autant d'analyse et de faveur que vous le voudrez les instincts les phis industrieux ou les plus gra*
eieux des aniinau)^; appelez à votre aide la ftcience dos naturalistes et les peintures des poètes; expliqueJS et admires^ Tabeille et le ver à soie ;. regarder tes oiseaux ^ leurs migrations et leurs retours, ou leur séjour iixe en certains lieux, leur manière de construire et de disposer leurs nids , et cette sorte de grâce et de mystère à la fois dont ils se plaisent à l'entourer, pour y déposer et y garder avec sûreté et douceur les fruits de leurs amours : Dieu est sans doute admirable dans toutes ces créatures } il y déploie, parles forces dont il les anime et les meut^ par les facultés dont il les doue^ les instruments dont il les pourvoit, les ressources qu'il leur ménage, par toute sa conduite à leur égard , un merveilleux artifice de géomètre^ d'architecte, et, si on me permet de le dire, d'organisateur et d'économe; mais tout cet artifice, même dans ce qu'il a de plus élevé, ne s'étend pas au delà du cercle de la vie animale^ et le principe dont il procède est sans doute une Providence, mais c'est celle qui veille dans Fâme aveugle de la brute, et non dans le libre esprit de l'homme. Je dirai donc bien d'elle avec Bossuet : Elle nourrit les petits oiseaux, qui l'invoquent dès le matin par la mélodie de leurs chants; et ces fleurs, dont la beauté est si tôt flétrie, elle les habille si superbement, que Salomon , dans toute sa gloire, n'a rien de comparable à cet ornement. — Mais j'ajouterai que, si admirable qu'elle soit dans ces soins de tant de grâce, elle n'y paraît cependant pas avec son caractère de sainteté. Et, pour finir par ce qu'il y a de mieux sans doute dans cet ordre de créatures, je regarde ce beau chien , dont je fais presque mon
^sompagnon, mon hôte, mon serviteur. Certes, <)uand jelevoissi vif, si ardent à la course, et ce^ pendant, dès que je l'appelle, si docile, si doux, si affecUienx , je dirai presque si désintéressé dans ses caresses; quand j'observe son instinct si prompt et si assuré, si souple»et si varié, qui hii permet, en conservant ses (acuilés nalurelles, de recevoir une sorte de discipline et d'éducation , je suis touclié et presque ébranlé ; mais toutefois je ne me rends pas, et plus j'y pense, plus je me convaincs que la Provi-? dence qui se manifeste dans ce chef-d'œuvre de l'instinct n'est pas celie qui vit , agit et règne en moi : car eUe n'y a pas mis ce qu'elle a mis en moi, le don sacré de la raison. Ainsi , sur cette limite encore, je m'approche du vrai Dieu; mais je m*en approche sans y atteindre, et j'en resterais même éternellement éloigné si par delà je ne trouvais celui qui seul sur la terre a qualité pour m'y 'conduire. Si donc, admirant et comparant de toutes parts les merveilles de la nature, vous n'y reconnaissez rien de mieux que l'âme des animaux , et que, conelna'^t, selon le rapport que j'ai expliqué plus haut, de la créatwe au créateur, vous ne mettiez dans celui-ci que ce que vous permet rigoureusement d'y conclure celle-là, le seul Dieu que vous serez en droit de concevoir à cette condition sera une âme sans contredit, et une âme excellente en son genre; mais ce genre se rapportera à l'animalité, et non à l'humanité, et la Providence qu'il vous donnera sera celle qui a fait l'instinct et ses entraînements, et non la raison et ses lois. Et cela même ne se pourra que parce que, par analogie,
vous admetlrez dans Ge& êtres quelque diosé qui .tienlde Tàme. Car, si rigoureusement vous ne voyies dans 103 corps que les corps eux-mêmes, sans nulle irace de l'esprit, qui s'y trouve mêlé, vous ne vous élèveriez pas même à cette Providence de la vie instinctive et animale, mais seulement à un principe .générateur du mouvement ; et c'est sans doute i)our cette raison que les matérialistes conséquents , teia qu'Epicure et Lucrèce, nient la Providence en Dieu .comme l'esprit dans son couvre, et rejettent du même eoup l'âme incréée et l'âme créée ; de même que c'est peut être aussi par une fidélité excessive à son spiritualisme trop exclusif que Descaries, après avoir rerusé l'âme à tous les êtres de la nature, et même .aux animaux, n'a pas cru qu'on dût y chercher des preuves de la Providence, et a banni de la physique^, pour la confiner dans la morale , l'étude des causes finales , qui n'est que celle de rame en Dieu.
Quoi qu'il en soit , la démonstration de la Provi» dence par la nature prouve sans doute quelque cliosedecetêire, mais non cet être lui-même, tel qu'il le faut du moins à nos esprits et à nos coeurs; car la Providence c'est l'âme , c'est Tâme morale en Dieu , pour la définir d'un nu)t , et l'àme ne se prouve que par l'âme , l'âme morale en Dieu que par l'âme morale en l'homme. Cette démonstration est donc insufllsante; voyons quelle sera celle qui se tire de rame humaine^
Pour bien savoir ce qu'on fait quand on prouve .ainsi la Providence, il faut commencer par reconnaître ce qu'est cette âme en elle-même, et ce qu'elle contient comme créature qui puisse servir à déter-^
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miner elà qualifier le Créateur. Toutefois, on te comprend bien , il n'est pas question ici de procéder à une telle explication par une étude psychologique détaillée et comi^ète ; ee n'est pas une théorie , mais seulement les-résultats généraux d'une théorie , qui nous sont nécessaires.
Or ce qui reste en dernière lin d*uneanaiysecxac^ icet approfondie de Vâmo humaine et ce qu'on peut eh recueillir avec toute certitude pour résoudre la question qui vient d'être posée, c'est que celte^âuic a été faite intelligente , aimante et libre, avec le bien pour fin et la vertu pour moyen , et que par une telle nature, une telle destination et une telle conduite , placée sur ^etlr3 terre à la tète des créatures, et à une distance qui ne peut être franchie , même par les plus accomplies, mieux qu'aucune autre elle atteste les perfections de son auteur.
Aussi^ qu'on Tobserve dans les marques principal 4es qu'elle en porte en son sein ; que tour à tour ou renvtsagè sous le double point de vue de ce qu'elle en ù reçu de providentiel et de ce qu'elle a d'nne Providence , et on se convaincra que de toute façon elle démontre inteux que la nature le Dieu moral que nous cherchons.
- Je ne nrattacherai pas à rassembler tons les faits qui témoignent de la piwi considérable qu'occupe sans cesse en nous cette action supérieure qui n'y ^t pas seulement présente , mais etilcace, vigilante, et invariablement tournée au bien. Je pourrais curieusement essayer de pénétrer dans ces régions inférieures, obscures et indéterminées , oa Tâme , se développant à l'état de siuifrte force, a pout^ire queU
que chtise de ta vie de ranimai , suit des instinets et accomplit des mou vem^nls qu'elle ne gouverne point, que souvent même elle ignore. Quand des philosophes ont compté dans l'homme , avec Tâme raisonnable, Tâme sensilive et l'âme végétative , ils ont eu le sentiment de ces sourds développements dont elle est parfois le sujet , et pour les mieux marquer ils ont sans doute trop loin poussé la division : ils ont distingué des êtres là où il fallait seulement distinguer des manières d'être; mais ils n'en ont pas moins bien vu qu'il y a de tout dans notre âme , depuis la divine raison jusqu'aux fonctions aveugles et instinctives de la brute. Pour moi je dirai seulement que dans son rapport avec le corps elle a certaine-» ment en partage avec d'autres forces une puissance de le faire vivre, agir et se mouvoir, qui n'a rien^ en ce qui nous regarde, d'intelligent et de volontaire, et cel^ me sufiit pour afârmer que dans tout ce gouvernement de l'âme sans l'âme elle-même , et presque à son-insu , il y a quelque chose assurément qui est de Dieu , et non de l'homme, qui est dans l'homme providentiellement.
Mais si je regarde à ses facuil^ les plus manifestes et les plus hautes , à celles qui sont véritablement ces propriétés distinclives , je veux dire l'intelligence, l'amour et la liberté, je trouve que d'aboi'd dans le don primitif qui lui en a été fait , ensuite dans le premier et nécessaire exercîqe auquel elles se li<vrent, enfln dans toutes les circonstances physiques ou morales , ordinaires ou extraordinaires^ (}ui surviennent et les préviennent d'impressions inatten-' diiçs, il y a tout un ordre d'actions diligemment rap^^
portées à une dn qui est morale, dont la oaiise n'est |ms en nous. Ainsi , qu^est^ce qui m'a fait pour connaître i aimer et vouloir le bien ? Ce n'est pas moi , c'est celui qui esta la fois le principe et le but de toute mon existence. Qu'est-ce qui m'a par là même donné en germe la sagesse, la bonté, la justice? Qu'esl-ce qui m'en a tracé les règles et ménagé les occasions ? D'où me viennent lour à tour ces secours et ces obstacles dont ma vie est semée , et qui tous , quoique diversement, si je sais les bien prendre, contribuent à ma perfection ? Je ne veux pas revenir sur ce que j'ai longuement développé autre part ; mais je puis au moins rappeler que dans deux discours étendus je crois avoir démontré qu'il n'est pas dans la condition hiunaine une facilité ou une difficulté , pas une joie, pas une peine, qui, bien comprises, ne paraissent une grâce ou une épreuve. Eh bien ! quel est l'instituteur, quel est le dispensateur des épreuves et des grâces? Est-ce rhomme qui dispose des événemenlsdece monde, de ceux surtout dont le secret et la conduite lui échappent, ou celui qui est à la fois le maître des personnes et des choses , et sait, jusqu'à des profondeurs où lui seul pénètre , faire concourir celles-ci à la direction de celles-là? Je demanderai encore quel est celui qui a attaché la récompense au mérite, au démérite la peine, et pour plus de sagesse s'est donné comme deux moments qui sont pour nous les deux vies , l'un destiné à préparer et l'autre à consommer l'œuvre de sa souveraine justice ? En sorte que, de quelque côléque je me considère et m'observe, je sens , je reconnais en moi quelque chose qui n'est pas de moi , et qui s'y
iroaYe avec un caracldre de bonté el de sainteté dont je oberche plus hsiut que moi le principe et la 80ur« ce. On admire, en effet » totil ce qu'il y a de soins diligents de la part de la Providence dans ces eham ps I>énétrc8 de sucs nourriciers que le soleil vivifie, que despluiesbienfaisanles|et dedouces rosées rafraîchissent et fécondent , et que le cours des saisons couvre de fleurs et de fruits ; mais Tâme n'a-lrelle pas aussi, comme par une divine économie, et ses heureuses semences , et son soleil el ses saisons? n'a-l-elle pas ses fleurs , ses espérances et ses doux fruits? Génie, germes de poésie , principes de raison t de science et de sagesse; innocence, bons penchants, gr&ces de lumière ou d'amour , primitives dispositions ('t continuelles impressions au beau, an vrai et au bien, n'étesrvous pas à la fois des signes et des eflels d'une action providentielle bien autrement intelligible que celle qui peut paraître dans le gouvernement de la nature ?
Il est donc évident que par tout un côlé de notre être nous sommes des êtres providentiels*
Mais nous sommes aussi autre chose : nous sommes en un certain sens de véritables providences , je ne crains pas de l'affirmer; et à ceux qui le nieraient je répondrais eu disant contre leur principal argument (et ici on reconnatira une des opinions que Bossuet a exposées dans son TraiiÉ du Libre arbitre) : Sans doute Dieu Ciitdans l'honmie l'èlreet la perfection ; il y fait la substance, la cause, la vie , le sentiment; il y £iitl âme elle-même ; il y fait les facultés, et les lois de ces facultés ^ leur oi)jet et leur occasion ; mais ce qu'il n'y fait {kis, du moinsde la même façon ,
qe sont les libi*e$ déiei^minaiions et les actes volonlaîres. Ici il laisse Taire, il donne à faire » plutôt (|iril ne fait; et, s'il opère encore, il n'opère pas seul , il coopère et concourt. Il n'abandonne certainement pas sa créal.ure à l'œuvre ^ il ne 8*en retire pas; il lui reste pour la conserver, la soutenir, la fortifier ; il la prévient de ses secours et la redresse par ses rigueurs; il la récompense, il la punit, il participe de mille manières à Taccomplissenient de sa destinée ; mais il n'est pas Tauteur de celle destinée, il n'en est pas le créateur, comme il Test de son existence, de sa nature et de sa condition. Ici l'homme a sa part, ainsi que Dieu la sienne : part sans doute réglée, limitée, et coordonnée avec le reste de l'univers, par celui qui a tout prévu , tout créé , tout institué ; mais encore assez large pour donner lieu à la liberté, et, par la liberté , à la vertu et au mérite. Ainsi , Dieu est dans le gouvernement de notre âme par les saintes règles -de la raison , par les penchants de Tamonr , par les occasions variées , par les épreuves et par les grâces, par la rémunération et la punition ; mais nous y sommes nous-mêmes par la manière dont nous suivons ces règles et ces penchants, dont nous profitons de ces occasions , de ces épreuves et de ces grâces, dont nous nous faisons des droits à sa parfaite justice; et au lieu d'aller jusqu'à dire que Dieu fait tout en nous , et cela même qu'on appelle libre, qu'il y fait l'agir comme le pouvoir d'agir ; qu'il est la cause de la liberté , soit qu'on la considère dans son fond , soit qu'on la considère dans son exercice et son application à tel ou tel acte, ce qui est évidemment excéder, ce sera assez
accorder à Topinion que nous combatlons que d'ad^ tneltreque notre volonté est conime environnée de tous côtés par l'opération divine, mais avec cette réserve essentielle que cette opération n'a rien qui aille à notre dernière détermination ^ et que c'est à i'âme seule à donner ce coup. Que si, par hypothèse , ce coup même vient de Dieu; si c'est lui qui opère notre détermination , c'est lui qui se détermine en nous, et non plus nous qui nous déterminons ; «'est lui qui veut pour nous, et non plus nous qui vouions, et notre liberté s'évanouit an sein de sa toutepuissance. Mais telle n'est pas la vérité; la vérité est que nous sommes libres , sinon de celte liberté d'indifférence absolue, qui ne serait certainement digne ni de Dieu ni de nous , parce qu'elle serait sans raison, du moins de celle qui consiste à faire sous l'influence et non sous la nécessité de nos motifs de conduite des actions qui nous sont propres et légitimement imputables.
Voilà ce qu'en substance je croirais pouvoir op- 'poser à ceux qui méconnaîtraient dans l'essence de l'âme humaine le caractère de force libre; et, plein de confiance en mes raisons, je conclurais sans hésiter que, dans la mesure elle tempérament qu'il est juste d'apporter à une telle proposition , l'âme est aussi une Providence; Providence qui non seulement se concilie et s'accorde bien avec celle dont tout émane, mais qui est faite pour la seconder; dirai-je la suppléer? je ne l'ose, car le mot pourrait donner à entendre un défaut de perfection dans ce qui est la perfection même ; mais je dirai du moins , pour prendre soin à sa place et sous sa conduite
(le tout un ordre crexisienccs dont ia garde lui est eommise.
L'âme est une Providence: voilà ce que je crois avoir établi , et ce que je demande seulement. à ex-r piiquer encore en quelques mots :
Quand on parle de rhomme dans les mêmes termines que de Dieu, on sous-entend nécessairement la différence des deux êtres, et on les assimile, mais on ne les rapproche pas, et surtout on les égale pas. On laisse toujours de l'un à l'autre la distance du Hni à l'infini. Ainsi, en qualifiant Thomme du nom de Providence, je ne lui attribue ni la perfection du temps , c'est4-dire l'éternité, ni celle de l'espace, c'est-à-dire Timmensité, ni celle de l'intelligence, de l'amour et de la liberté, ou la toute^science, la toute- bonté et la toute- puissance. Je le vois sur son grain de sable avec les quelqties jours qu'il est appelé à y passer, les erreurs et les fautes auxquelles il y est exposé: je le réduiâ, en un mot , à sa juste mesure; mais, dans celte mesure, je comprends qu'avec la portion de temps et d'espace dont il dis* pose, les facultés qu'il possède, les instruments qu'il a en main , les lumières de l'entendement qui lui découvrent lebion, l'amour qui l'y incline, la volonté qui l'y détermine, les moyens qui l'y mènent, il soit en état de pourvoir au gouvernement de lui-même, et de ce qui relève de lui ; et s'il n'a véritablement ni le pouvoir de commencer, ni celui d'achever, ni la création , ni la consommation , lesquelles appartiennent à Dieu seul, il a cependant par communication une certaine puissance de formation et de perfectionnement, qui lui permet d'ô-
xve au moinv un bon ouvrier cte Dieu, el une pro«vidence en petit sous la grande Providence, dont, quoique de bien loin sans doute^il strit les traces di« yines.
Il est Providence en effet lorsque, après avoir passé ses années de faiblesse et de premier apprentissage , il devient, grftoe aux soins qu'il a reçus des siens, et éB eette autre instiiutrice qui ne lui manque jamais, la divine bonté, capable de prendre luinnéme lit direction de ses actes, et de changer sa dodie mais chancelante innocence en une pi us ferme et plus vî^ rile faculté de bien vivre.
^ Mais il Pest bien plus encore quand ^ avec sa desti* née , il a charge de celle d'autrui , et que, par sa pa« ternité naturelle ou morale , il a à veiller sur une bmille , dont , après Dieu et en son nom , il est le chef et le tuteur.
Et il Test de plus en plus quand , comme dans rhomme d'état , sa sollicitude ne se borne plus au gouvernement d'une femille, mais s'étend à tout un peuple, à toute une société de peuples, et embrassé les destinées de celte foule d'àmes , au sein desquelles il a la haute mission de faire r^ner la justice et la paix par les lois, les mœurs , les lumiè-* resct la religion.
Enfin , le caractère de providence de ses semblables éclate surtout en lui quand il est un de ceux que Dieu, dans ses conseils, s'est le plus particulièrement substitués ou associés pour conduire Thumanité par l'humanité elle-même, et faire servir les atnés et les meilleurs de la famille au soutien de leurs frères , plus faibles et moins avancés. Tels sont
en efTet les grands iioaimes. Les âmes de l:i foule , aî-je dit ailleurs , à peu près dans les mêmes termes, ne sont s^ins doute pas exclusiyement providentiel les 9 car elles ont aussi leur part de liberté et de re* sponsabililé; mais elles le sont pour tout nn côté de leur position et de leur destinée, dont elles n'ont et ne peuvent avoir <|u'un sentiment oon Tus ; dles le sont pour toutes les choses profondes , vastes et difficiles , dont elles peuvent bien avoir une première vue et le désir, mais qu'elles n'entendent ni ne s'ex-» pliquent,et que^ livrées à elles-mêmes, elles se* raient incapables d'accomplir. C'est en vue de ces diases que les grands hommes sont élus ; ils viennenti et voient la foule inqu iète et agitée, cherchant et ne trouvant pas, demandant et ne recevant pas les biens dont elle a besoin , et soudain , pomme des esprits généreux et bien animés , ils entrent avec elle dans une profonde sympathie; » ses douleurs passent jusqu'à eux par la sainte correspondance d'une charité fraternelle » ; ils deviennent ses guides , ses gardiens, ses sauveurs, et se dévouent au divin devoir de l'éclairer, de la charmer, de la protéger et de la défendre, héros, sages, ou poètes, hommes de foi ou d'intelligence , de contemplation ou d'action. Tels du moins ils se montrent quand ils sont fidèles à Dieu, et n'oublient pas qu'investis par lui de grandeur pour le bien , ils ne sont émi« nents que pour être excellents, et puissants que pour être bienfaisants.
Si maintenant nous suivons Tliomme de ses rapports avec ses semblables, dans ses rapports avec la nature , nous le voyons également prendre le earac-*
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inre de providence. Je n*aî f»ns besoin , je pense, de le démontrer longuement; qiielcHies exemples et quelques explications me suffiront à cette fin.
Ainsi voyez les plantes. Dieu fait sans doute beaucoup^en elles ; mais il n'y fait pas tout cependant, et jl y laisse à dessein quelque chose à nôtre charge. Les plantes naissent sans nous , végètent et vivent sans nous ; mais sans nous ont-elles toujours leur meilleur développement? Et souvent, faute de soins y ne s'altèrent et ne soulTreut-elles pas? ne pé. rissent-elles pas misérablement? La fleur liâtive qui, au printemps, sourit et se laisse aller aux premiers rayons dfun soleil de trompeuse apparence, ne pres^ :seat ni ne prévient de rigoureux retours. Si nous n'avions pas à sa place de Texpérience et de la pré* voyance, que deviendrait-elle après quelques heures d'ua épanouissemeul prématuré ? Elle se flétrirait et tomberait sous le souffle du vent glacial , qui la surprendrait sans abri et sa^s voile. Dieu donne aux jfleurs leur parure; mais leur (lonnè-t-iUoujours leur défense, leur armure , leur vêlement assuré contre l'intempérie des saisons ? Et.leur parure elie-mème , lie nous la confie-l-il pas aussi pour une part àre^ levwetà orner? Oui, sans doute, et ici , de même qu'en toutes choses , Dieu commence , et nous con»tlnuons; il opère, et nous coopérons, et à la suite de sa providence nous plaçons humblement la nôtre.
Les animaux sont également pour Thomme des créatures qui ont besoin de sa prudence et de ses secours ; et, quoique mieux pourvusque les plantes de facultés et de moyens propres à assurer leur exî* st^ce , ni leurs instincts ne sont assez sûrs ni leurs
apiitudés of^sez justes pour qu'en bien des çircon- Htânces nous n'ayons pas à intervenir en leur faveur et à leur prêter notre appui ; à être à leur place , et dans leur intérêt, ce qu'ils ne peuvent être par eux* mêmes, prévoyants, tempérants, industrieux et économes. Les espèces domestiques surtout seraient |iarticulièremcnt en péril si nous ne les prenions avec intelligence sous notre tutelle et notre garde, et si , les associant conune instruments à nos travaux et à nos plaisirs , nous ne les mettions aussi en par-^ tage de notre sui'eté et de notre bien-être. Dieu ne nous les donne pas pour que nous les abandonnions, et ici encore notre providence doit êti*e ime continuation et une imitation de la sienne*
Et pour en venir, après ces cxenaples, aux raisons puis générales d'après lequellcs s'explique ce rôle de maître et de père de rhomine a Tégard de la nature, il importe de distinguer deux clioses dans les forces physiques , comme au reste dans toutes les forces : leurs lois et leur action , Tordre selon lequel elles se développent et leur développement même. Lenr ordre, leurs lois, sont invaiiables et irrésistibles^ du moins en ce qui nous regarde, et noiis pouvons sous ce rapport les étudier, les comprendre^ mais nullement les changer. Il n'en est pas de même de leur développement et de leur action : là nous pouvons les atteindre, les modifier, les varier, et leur faire produire leurs phénomènes avec plus ou moins d'inlonsilé , de rapidité, de durée, do simplicité ou de complexité ; c'est du moins d'elles à nous une question de proportion , de relation et de mesure j une question de prééminence. Si nous préva-
ioirs ^ îl dépé»^ d» noua de \e$ eicUer ou de lai contenir y de tes aider ou de les empêcher^ de les ditiser en de les onir, de tes combiner entre elles d^une foule de façons , et d*en obtenir ainsi des effets que^ livrées et laissées à elles-imêmes^ elles ne nous etissent jamais donnés; ESt cela même qiit en elles échappe à notre empire^ mais non^ à notre in-' tellîgence^ leur ordre et leurs lois ^ nous est un sûr moyen, qusiiid nous en avons la science^ de les di* riger à notre gré et de les tourner à nos desseins } nous avons alors le double avantage de la ptëvdyance et de la puissance , nous avons qualité pour dtre providence !^ car prévoir ei pouvoir, et par suite pourvoir, voilà bien ce qui feit le fond et l^essence de ce caractère^ Loin donc que la nature soit constituée de manière à résister à nos entreprises et à no9 soins à son égard, elle s'y prête plutôt; et non setH lement elle souffre en noUs un conquérant, un maître, mais elle le réclame et rappelle , Faccepte et s'en trouve bien«
Ce n'est ^ du reste; qu'en prenant ce rôle vis-à-vis d'dle que nous serons fermes et forts contre cette fotalité extérieure dont elle nous entoure et nous presse, et qui nous ferait tant de mal si notis ne par^ venions à lui tenir tète , à la dompter, à la diriger^ à kl soumettre à cfette action, qui, selon une définition de la Providence (1) , est un gouvernement continuel dirigé à une fin des choses qui semblent fortuites*
(1) BoNuet et FénéYofid
L'homraei est donc une proYidence comme ttest un être pt*ovidentiel. Or à ce double titre que prouve-t-il dans le principe de soii être? Si ce que j*^i expliqué précédemment du rapport qui unit r^fet à la cause, la créature au créateur, est évident et Vrai, il. y prouve la Providence.
En efTet, qu'estai au fond sous Tun et Tautre rapport? Sous le premier une âme gouvernée, et qui, tnéioe lors(|u'clle îBidirce sa libre activité, est encore teltement envtrimnée de tous côtés par Topération divine, qu il n^est pas un moment ou elle cesse d'en ^recevoir et d'en sentir l'impression ; une àme gouvernée |)our le bien , ce qui se marque en elle par la raison qui l'y oblige , Tamour qui l'y entraîne, Tépreuve qui lui en fournit l'occasion , la grâce qui lui' en donne la pui^nce , la récompense qui l'y attache, et la peine qui l'y rappelle. Or, que prouve une âtne gouvernée dans un tel but et par de tels moyens? Une âme qui la gouverne, et qui, jugée d'après ce but, et les moyens qu'elle y emploie, doit avoir, puisqu'elle donne , et avoir à la perfection , puisque son essence est parfoite , l'intelligence , l'amour , la volonté et la puissance du bien ; ou , pour mieux dire, une âme qui est le bien lui-même, se connaissant, s'aimant, se voulant avec efticace , e eda, d'abord en soi , puis dans les créatures qu'il a faites et piiacées sous sa loi. Hé bien I cette âme, c'est l'âme en Dieu , comme je lai déjà dit plus haut ; et l'âme en Dieu, c'est la Providence, pour le répéter aussi. Donc, le providentiel tel qu'il parait en nous prouve en Dieu la Providence. Voyons ce qu'y
prouve pareillement Tautre caractère dont non» sommes revêtus.
Si notre âme est gouvernée, elle se gouverne aussi elle-même y et les nécessités auxquelles elle est assujettie ne sont en quelque sorte que des prépara^ tiens ou des conditions de sa liberté ; elle n'est gouvernée que pour qu'elle se gouverne, elle n'est nécessitée que pour être libre ; et c'est la perfection de cette police divine, dont parle quelque part Bossuet, que d'avoir tellement réglé la destinée de cette créature, qu'elle pût^ dans de certaines limites, avec la libre disposiiion, avoir la responsabilité et la charge de ses actions. Et non seulement l'àme se gouverne, mais elle se gouverne- en vue dû bien ; le bien est sa On quand elle se conduit comme quand c'est Dieu qui la mène ; et la vertu est sa loi quand elle jouit de la liberté, comme l'innocence, ou plutôt l'absence de peccabilité, quand elle est nécessitée* Seulement, parce que dans sa liberté elle est faible et faillible, il lui arrive, si elle ne recherche pas ei ne ramasse pas en die tout ce qu'elle a de pou* voir pour agir librement , selon sa vraie direction , de se laisser aller à méconnaître et à mal aimer le bien, à le mal vouloir et à le mal faire, et cela souvent avec de grands excès. Mais il n'en est pas moins vrai que, par sa nature et sa condition, elle est appelée à vivre moralement pour le bien.
Ain» , c'est une Providence que Dieu a formée en la créant. Or, qui a&it une Providence estProvi-, dence soi-même, rien n'est plus évident; et si déjà il y a démonstration de cet attribut en lui par ce
qu'il y a en nou&de nécessaire et de proVideitiel , va plus forte raison par ce qui s*y trouve d'une Hbre tntdligence.
Voilà donc la bonne preuve de là Providence divine.
Pour achever , non de rétablir , car elle a toute sa solidité, mais de lenvironner encore de certaines lumières, j'aurais besoin de joindre qudques nouvelles explications à celles que je viens de présrater.
Le fond de cette démonstration est le |H*incipe de causalité, ou celte maxime de la raison qui nous fait rapporter tout effet à une cause, tout effet tel ou tel à une cause telle ou telle. Elle vaut donc ce que vaut ce principe lui-même ; elle est par conséquent inattaquable. Cependant, pourrait-on dire dans cet esprit de critique qui, sous une sqpparence de rigueur, se fait à lui-même illusion, et croît être exact quand il n'est que subtil , déduire ainsi Dieu de l'homme, n'est-ce pas tirer le plusdu moins, l'êtreunîversel de l'éUre particulier^ le parfait de t'impar&it, l'infini du iini? N'est-ce pas renverser tes termes du rapport dont il s'agit , prendre celui qui explique pour celui qui est à expliquer, et réciproquement, et tenter par là même une impossibilité logique? — Vous ne sawiez l'accorder, pour peu du moins que vous ne vous laissiez pas abuser par une objection qui n'est qu'une confusion. En effet, quand, en vertu du principe de causalité, je conclus de l'homme à Dieu, je ne lire pas Dieu de l'homme, mais je rapporte l'homme à Dieu ; je ne tire pas le plusdu moins, mais je rapporte le moins au plus; je vais au plus comme au père du moins, à l'être
uni verset et parfait ccmiine au eréftteor et à la raiwii de Tèfere particulier ci iroparfkit. 11 est vrai que dansi cette relation je commence par celui-ci , et que je finis parcelui-l ; mais si, daiia Tordre des choses ^ Tun pi^écède nécessairement Tautre, dans Tordre des idées ç*ést le contraire qui a lieli<i et comme in^ tdtigeDce humaine, je vais comme je dois aller, je eommctaoe par le coihfuencement , et je finis par lafia.
IHètt ne se compare pas, dira-t-on encore, et ce n*e8t pas par les* choses humaines qu'on peut juger des choses divines. Mais alors, répondrai-je, on n'en peut point du tout juger, puisqu'il faut alors renoncer au seul moyen qu'on ait d'en affirmer q^oi que ce soit, et déclarer stérile cette parole du prophète : i 0 Seigneur, j'ai tiré de moi une merveHleuse connaissanct^ de ce que vc^us êtes. » Cependant il n'en est poi^at ainsi ; nous jpgeonsi des (dioses divines; nous jugeons de Dieu et de ses attributs, mais nous le bisons comme il nous est ^onné par pieu lui-môme de le faire , en commençant par nous. Ou s'il est possible de dire que nous concevons les choses ^^vines par ces chosi^ ellesmômes, ce sont les cbosçs divines en Dieu par les choses divines en Thomme; ç'esf, le divin dans sa substance , son principe et sa perfection , par le divin en participation , et dans une créature imparfaite; c'est le ^ivin en lui-même, par ce qui n'est que ^uchéet comme marqué de divinité. En ce sens, on raisonne bien quand on conclut convenablement du divin au divin : car il y a de Dieu en nous; il y e9 a Teffet, le signe, la réqdiié objective^ comme le
diriient les CartésieDs; il y en a Unit m qu^il j peut mettre ooniBie cause premièra, et quand lioos lui rapportons le plus pur et ressenee mèma lie noire être , nous ne Élisons ique loi rendra , nais «n les élevant à rinfioi, les attntmts que nous ter > nous de sa tionté et de sa -sagesse ; tet ncms ne tons? èons pas , par cette 4émaiPdie , daas l'antim^pomoi^ frtiisaie, puisqiie, leki de Mm Dieu à Vimsàffi d» rhommeyC'rst bien plutôt l'IuHnine lui-même ^ue nous Élisons à l'image de Dieu. Cette difficulté n'en ^st donc pas vne, et n'a besoin , pomr être réqoliiei que. d'ébpeesan^]|ée avec diseeniem^iit. ^ <
un . pourrait jnaintenant me demander si cette )[>reu^e par la causalité nous donne aif^c la Profit •dence la perfeclion de la Pro<vid^ice, si elle contient par conséquent en elle cette idée de perfection , ou si elle remprunte d'ailleurs ; à quel titre ^ en un mot, dle.l9 possède et en use. Je répondrai d'abord K]uece n'est pas ici le lieu de traiter avec toute l'étendue^qu'dle pourrait exv^v cette question , a^ reste ^tus délicate qu'importante, en ce qui regMde dia moins le sujet de ce discours. Ensuite, aii lieu d'une solution , je psoposerai un doute, qui ne serait point toutefms relatif à l'idée même de perfection , mais seulement à la circonstance dans laquelle nous vient cette idée. Lors donc que, pensant à nous, nous pensons au parfait, dont témoigne à nos yeux notre nature ImpârfUte, ^i^-ee la subsl^ce ou la x^use que nous avons en vue dans cette pensée? est-ce ^ qui est simplement, ou ce qui est et fait à la fois? ' A quoi tient à nos yeux la véritable excellence? Estrcn à Tétare seulement, ou à l'être créateur? £st-ce ^u
Dieu en soi et sans action, ou aii P»eu vivant cl opérant? A en juger par noas-mémes , il n'y a pas .de doute que ce qui en nous constitue l^espèce de perfiBction dont noiis sommes capables n'est pas TexistMice , mais la force , le pur être , mais le moi , mais la cause qui en nous paise et veut librement. Or, s*jl en est ainsi , n'est-ce pas du même coup qu'en concevant la cause nous concevons la perfection , et avec la cause suprême là suprême perfection? N'est-ce pas par conséquent , pour revenir à notre preuve, par suite d'un même rapport , le rapport de causalité, que nous nous élevons à la Providence, et à la perfection dans la Providence? le ne sais, mais ce qu'il y a de certain, c'est que, antérieure ou simultanée à ridée de Providence, celle jd'absolue perfection y adhère étroitement et ne s'en sépare jamais. .
J'ajoute qu'en me replaçant autant que possible par la réflexicm dans l'état où ces deux idées se dévelo{4>ent dans mon esprit, il me semble évident que, quand, caractérisant ma pensée d'après les défouts que j'y remarque, je nie qu'elle soit la pensée éternelle, immense, infaillible et par&ite, j'affirme par là même cette dernière pensée; et j'en dis autant au siy et de mon amour, de ma volonté, de toutes mes fiicultés, rapportées aux mêmes acuités dans la substance divine ; en un mot, quand je nie de mon âme relative qu'dle soit l'âme absolue, j'affirme cette âme absolue; je la conçois, j'y croîs; elle m'est, en quelque sorte, prés^te comme mon âme, puisque c'est par comparaison que je juge que cdle-ci n'a pas le çar(i^tére de celle-là; de sorteque je ne puis manquer.
^ iqe U*ouvant aîosi moi-tnême, d^ trouTer égalemeot Dieu, et, en me qualifiant, de le qualifier.
D'après ces explications, la démonstration de la Providei|ce que je viens de vous proposer en dernier lieu me parait de tout point satisfaisante et solide.
Rapprochée de la première, elle Tétend, la complète, et surtout elle lui prête un sens et une portée que d'eUe>méme elle n'aurait pas. Celle-ci ne nous donne bien que la Providence de la nature , celle-là nous donne en outre la Providence de Ihumanité, et la Providence de Thumanité rattachant la nature et la disant concourir à ses desseins sur nous. De sorte que, grâce aux lumières supérieures et plus pures dont Tune couronne et éclaire l'autre, le Dieu du monde, qui est aussi et avant tout celui de rhommej ne termine plus son gouvernement des corps à ces corps eux-mêmes, mais le rapporte et l'applique finalement aux âmes; et que le père du mouvement et de la vie, au sein de l'ordre physique, n'en laisse pas expirer les efTets et les impressions sur les limites de cet ordre , mais les transporte au delà , les fait pénétrer dans Tordre moral , et tour à tour pour nous bienfaisant ou sévère, miséricordieux ou rigoureux , mais toiyours juste et bon, se sert admirablement de toutes les forces dç la nature pour nous aider ou nous éprouver , nous récompenser ou nous punir, et, de toute feçon, ;iou8 conduire à notre but. C'est ainsi qu'il est vrai<^ ment la Providence universelle, dirigeant tout à des fins qui, coordonnées entre elles, se subordonnent toutes convenablement à une commune et dernière fin , lé bien suprême et absol u .
Telle est celte «econcte preuiF^ ée te.dhtee fira«i<* dence.
La première vaut moms, surtout réduite à eNemême ; non qu'elle pèdie par son principe , qui est le même dans toutes les douk, et dans toutes les deux inattaquable, mais parce que ses données inoins fécondes et moins larges ne lui permettent d'arrivée qu'à une incomplète x^ndusion. Elle n'est donc pat défectueuse, mais elle est insuflisatrte, et elle prouve^ plutôt quelque chose de la Providenoe, atni^ que je l'ai d^à dit , que la Proi4denoe dle-mème ; elle ne prouve pas du moins la Providence des âmes , «He se borne à celle des (broes physiques : ^t-^oeassesf Non évidemment, et on ne saurait se vContenterë' une telle démonstration ; tl en fatvfi, une autre qui la sapasse et pénètre plus profondément au séia de i^ vérité ; ol celle-là , nous l'avotis en raisonnant non plus seulement de 14 nature, mais dei'bumailité à Meu'.
QnêUe est h meUleure manié fe de prouver h-Pn^r vidence? voilà la question que je m'étais proposée en loommençïmt. Est-elle maintenant ^résoIue? je lé crois sans hésiter, etje me regarderais par4à-mème comme parvenu au terme Kle ce discours, d^ si long, si je n'avais à vous soumettre encore quelques dernières réflexions qiii en renfermentle sens final et pour ainsi dire la moralité.
S'il est vrai que la Providence n'ait bien -qu'en nous son lieu, sa parEiite présence , étales traits qui "la révèlent dans ses plus purs attributs, c'est en nom que nous devons avant tout la eberoher.
La nature n'est pas son temple on du moins son {ntinie et profond ^nctuairc, ele}loti'y habite p^i
«nmie^n nous sous la Corme de la sagesse, de Tâimoar^ delà justice; eUe ne s'y montre que sous eelle du mouTBmeot ^ de la vie. Ne la négligeonis psis ; l(Hn de là , étudions-la , admironsJa sous celte forme si riche eq créations de loMt genre; mais n'ou^' blions pas cependant qu'elle n'y parait après tout qiie comme lé Dieu des forces aveugles et sans rai^ son , et qu'il £iut des âmes à son âme pour pouvoir s'y déclarer dans toute sa sainteté. Ayons donc pour la nature, qui la représente en un sens, et même en parie dans cette l;uigue de la terre et 4es cieux , que nous aimons tous à entendre, un regard de curieuse et de religieuse odiiservation ; mais que ce soit pour revei^r avec plus de recueillement encore à l'humamté , qui seide nous la décQuvre comme le Dieu desi cœurs et des esprits. L*bi»nanité, yoH^ notre grande leçon , notra p|i|s c|a^ enseignement de la divine Providence; et l'humanité, c'est nous, ou du moînsi ce qu'il y a ^i nous de meilleur ot de plus parfait^
C'est pourquoi, pour mieux trouver la Providence en nous ^ devons-nous travailler autant que nous le pouvons à ramener, à rendre iQqtes nos fecultés naturdles à le^r type véritable , rintelligence à \^ science , l'amour à la bonté, la volonté à k^ vertu , et ^ Élire de notrç âme une âme vraiment humaine ,. je veux dire conforme à l'idée que. p^eu s'est pro-^ poséeen la créant : car ce u'wt qu'en cet état qu'die rq^résente visU)leuient cette autre âme, dont elle, p'est la fidèle exjwession qu'à la condition <)^n être la docile imitation. Que ri , par nos faiMesses, nos^ foutes et nos vices , nous la laissions incliner et comme aller à la nature ^ et s'assimiler sur celto
pente au^ forces aveugles et brutales , rabaissée par Jà-méme aux instincts des animaux, elle ne nous dirait plus de la Providence tout ce qu'elle doit nous en dire , et ne nous en livrerait qu'à, demi le secret y obspurci par notre honteuse dégradation. Elle perd comme elle possède la clarté avec la pureté , et n'est de bon enseignement que quand elle est de bon exemple. Aux cœurs honnêtes seuls et aux esprits bien foits il appartient d'avoir en eux, pour le communiquer et le transmettre, le dépôt sans mélange de ces hautes vérités qui ne se font jour que dans le bien. Les autres ne le portent en eux que cwfbs et altéré, et ne peuvent espérer le recouvrer dans son intégrité que par un retour eflicace à la sagesse et à la droiture. Dans tous toujours présente, la Providence n'est bien visible que dans ceux qui ne l'obscurcissent pas par leurs vices ou leurs erreurs, et lui font de leur innocence comme un jour serein et doux sous lequel elle parait radieuse et sans ténèbres. Si donc nous voulons la découvrir en nous et en avoir la vue familière et assurée ,^ ayons l'âme honnête et droite,,ayons-la éclairée ; ayons-la du moins, à défaut d'une plus haute perfection , sérieusement disposée au bien ei à la vérité. A une bonne conscience jamais ne fait réellement dé&ut la science de la Providence. Elle ne nous manquera donc pas si nous la voulons à ce prix : pour im peu dp vertu , elle se donnera d(^a à nous ; à mesuré que nous deviendrons meilleurs, elle se déclarera davantage. Si nous parvenions à êtrepar&its, nous la posséderions sans limites. Le saint en jouit en quelque sorte .comme de la science. de lui-même, tant
dans 800 âme purifiée la présence de Dieu est moinfeste et facile!
Apprenons donc ainsi à connaître la Providence; mais apprenons aussi à Thonorer et à la bénir, et témoignons-lui de la sincérité de notre conviction à son égard par tous les sentiments dont elle est digne à tant de titres. Sachons Tadorer comme raffirmer, et, selon que nous la voyons dans les commandements de la raison ou les impressions de Famour, les sévères leçons de Tépreuve ou les délectations de la grâce, et la salutaire justice de la récompense et de la peine , soyons tour à tour envers elle religieux et fervents, dociles et reconnaissants , confiants et repentants. Rendons-lui tout ce que nous lui devonsr par le cœur comme par Tesprit.
Faisons mieux encore, et ne nous bornons pas aux idées et aux affections, mais passons aux actions^ et fâchons que toute notre vie soit conforme à ses lois. Ce sera achever par les mœurs ce que nous au* rons commencé par rintelligence et le sentiment , et. nous élever, d'une excellente mais insuffisante préparation , à la consommation même et à la perfection de notre œuvre. Donc, en toute circonstance de quelque graviié pour nous, sachons nous mettre sérieusement en face du bien pour y tendre, nous y porter malgré les obstacles quUl peut nous opposer, le rechercher avec d'autant plus de zèle qu'il se prête mieux à nos efforts, nous y fixer quand nous l'atteignons , y revenir quand nous nous en écartons , et y rapporter de toute façon nos volontés et nos actes ; joindre à toutes ces pratiques la maxime qui les fortifie encore, savoir que dans
notre coiHluilc tout remonte et se terminef, par une suite de rapports qiie rien ne peut troublar^ èk tm premier principe , qui a dé la sagesse pow t0ut contmltre, de la charité pour tout lûn^ter, de la justice pour tout estimer, et de la pitissânce pottr tmft payer; tel est le complément et comme le deraier terme du développement de notre âme en THe de la Providence.
Arrivés à ce pmnt, si jamais nous y parvenons, tpais un pas dans cette voie es( déjà un grand pro-^ grès f nous éprouverons toiis les bo&s effets de notre ferme unicm à Dieu ; nous aurons la sérénité et le calme de Te^^rit, la vive paix du coeur, la con« liante force de la volonté; nous posséderons la vérité qui explique, i*a{fermit ou suf^ilée toutes les autres; la source du bonheur, qui fait et assure tou^ tes les joies , guérit ou adoucit toutes le& peines ; l'appui de la puissance qui (Mrévient ou soutient toitfea les bonnes résolutions ; nous aurons de la Providenee tout ce qui peut nous en être départi : tar , comme nous nous serons donnés à elle , elle se sera en retour donnée à nous , et nous aura naisavee eHe dans cette sainte communion où ce qu'il y aura de .bon en nous deviendra meilleur encore, et ce qu'il y aura de mauvais travaillera à s'amender»
Nqus aunms certainement, comme premier fruit de ce commerce et pi«mière expérience de cette vie» renouvelée et rapportée à sa source > le goAt des choses séj^ses, la fuite des apparences, l'estime dei^ biens réels, la solidité de l'esprit et l'honnêteté du cœur : car comment devant IMeu donner encore dans ce qui est vain , et attacher quelque prix à ce
i|ui paste ou n-eéi qu'une ombre? Nous y perdrons sans doute plus d'une décevante illiisioti p mais rien fie ce qui est stable ne nous échappera réettement ; èi parmi tous nos désêncbantements , nous serons bien plutôt i^réés qu'affaiblis, ibrtiUés qu'ébranlés; tioiis ne serons privés de rien de solide et de vrai. Akkùj l'amitié nous restera, parce qu'elle a son fond divin dans le besoin qu'une âme a d'ime âme, pour y titouver^ durant le cours de sa laborieuse destinée i fiyropathie, consolation ^ conseil et coudours assidu » ferme et tidèle dévoûment ; il n'y auTa cfue les atta« ehement» firagiles et sans constance , la vaine faveur et la flatterie, qui ûe nous toucheront plus. La ^oke nous restera aussi , parce que, dans ce qu'elle a de sérieux , elle est l'humanité elle-même dans une de ses plus nobles manifestations , dans un de ces actes solennels d'âfldour et d'admiration qui n'honorent pas moins ceux qui en sont les oligetsque ceux qui en sont les auteurs ; il n'y aura que le vain bruit et la fausse renommée qui ne nous occuperont plus, et que nous laisserons sans regret se perdre et se dissiper dans le vide qui les attend; mais la vraie gloire aura toiqours sa place dans notre cœur, parce que l'aimer c^edt aimer l'humanité elle-même, et dans l'humanité la Providence, qui laisse en quel-^ que sorte venir et ^e répandre cette immorts^té de la terre comme l'ombre , et la promesse de edie qu'elle nous réserve dans un monde malleur. Le pouvoir non plus ne passera pas dans notre estime , parce qu'il a sa raison dans le bien {des sociétés , c'est-à-dire Picore de l'humanité, dont il est l'appui nécessaire; ce seront seulement les petites menées >
Teuipiro mal possédé^ la violenœ et ia ruse, tout ce qui usurpe et commet le nom majestueux du pouvoir, qui nous paraîtront de tristes et de coupàbtei( vanités. La religion, à plus forte raison, nous de^ meurera sainte et chère, ainsi que la vertu, la poé* sie et la science, et tout ce que Tbomme a en lut de sérieuse puissance pour s'élever à Dieu, au bien, au vrai, au beau, ces Faces diverses de Dieu. Cène seront que les formes trompeuses et les masques de ces vrais biens, la superstition, rhypocrisie,'lés sophismes, et le faux art, qui perdront nos respects et ne nous tromperont plus ; en tout , à voir ainsi les choses de la vie, au jour large et serein de là suprême Providence , nous n*en mésestimerons aucune , et nous les apprécierons mieux toutes à leur juste valeur.
Oserâi-je maintenant, Messieurs, en terminant ce discours, faire application au présent de C('S idées, d^ailleurs fort communes, et en tirer une leçon qui puisse être salutaire sans rien avoir toutefois de blessant et de dur.
Hé bien ! si je ne me trompe , différentes causes qu'il ne s'agit pas ici d'énumérer et d'apprécier, mais qui, avec leurs bons effets, ont eu par excès leurs mauvais , ont peut-être fini par mêler à nos mœurs, une sorte d ostentation et de recherche des apparences , dont il semble que notre esprit de sérieux examen aurait dû nous préserver. Le sentiment un peu trop vif de notre dignité personnelle, le zèle poussé trop loin dé nos avantages et dé nos droits . le besoin malheureux de l'attaque ou de la défense ,< les entraînements de parti ^ les positions et les pas-'
stons, lotti ce qu'il y a d'ailleurs en ce sens de mauvais penchants dans lé cœur humain , voilà ce qui , dans nos, temps et avec nos moyens de facile et pressante publicité» a dû en grande partie amener cette disposition à valoir par te dehors, à courir après rédaty à parler plus qu'à faire» à paraître plus qu'à être. Mais, quelle qu'en soit la raison, ou, si l'on veut, l'excuse, il y a là un défaut de mesure, de modération, de simplicité et de vraie force, qui demande un remède. Or ce remède où le mieux trouver que dans les idées que je viens de vous proposer? Comment en effet vivre sérieusement selon la Providence, et l'avoir profondément dans notre pensée, dans notre cœur, dans notre volonté, dans toute notre âme , et cependant ne pas revenir à plus de solidité et de sagesse, de modestie et de simplicité? Comment croire encore à l'effet de ces vains dehors de conduite devant celui qui perce tout, de cette exaltation de notre personne devant celui qui réduit tout, de cet appareil de fausse grandeur devant celui qui est grand par dessus tout? En foce de Dieu il n'y a plus de faste ; et tout prend dans les âmes le caractère d'une sincère et religieuse gravité quand elles se r^ardent comme appelées à être jugées par la justice suprême sur des réalités, et non sur des apparences; sur des actes, et non sur des paroles. Or, si tel est le tempérament que peut apporter à cette ambition déréglée du paraître la doctrine de la Providence sincèrement méditée, ayons-la profondément dans nos esprits et dans ilos cœurs, tournonsla en habitude de conscience et de vie, et soyons persuadés que nos mérites réels , sans rien y perdre
de leur prix ; y gagneront en solidité , en autorité térita))le) et en durable crédit : car^ après tout, même en ce monde, Tétre prévaut sur le paraître, et le vrai a sa vertu propre, qui se passe du Ëiux* C'est sur ces réflexions , Messieurs, que je voulais vous laisser; je les livre avec oonSance à vos judicieuses méditations. .
t^J^Êmammé^m^am
Imprimerie de Gvihaijdbt et JovAvar, 315, rue Saint-Honoré.
DISCOURS
PROKONCâ
A LA FACULTÉ DES LETTRES
((Ms B'nmntK di u PDLOsonni lODEtn)
PAR
Ph. DAMZROM,
PftOPBftSBeR;, MBIIBRB DB L*IRgT|TDU^
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