‹ Opuscules poétiques du général L. N.M.CarnotChapitre 106 sur 116 · JE NE VEUX PAS · texte numérisé non relu

JE NE VEUX PAS

JD'ou te vient cette fleur charmante ?

Elle est divine, elle m'enchante ,

Disait Lucas ^ Donne-la moi , belle Thémire :

— Monsieur , cela vous plaît à dire j

Je ne veux pas.

— Une fleur est si peu de chose!

Peut-on refuser une rose

A son Lucas ?

Prends donc pitié de mon martyfe ;

— Mais elle s'obstinait à dire :

Je ne veux pas.

Cependant Lucas, par son zèle.

Commençait à mettre la belle Dans l'embarras :

— Lucas , dit-elle , je soupire, Mais ne croyez pas me séduire ,

Je ne veux pas.

( 329) Lucas ne perdant point courage , Prenait enfin tant d'avantage

îiur ses appas ; Qu'à peine à la pauvre Thémire Il restait la force de dire :

Je ne veux pas.

Mais on ne voulut point entendre Un refus fait d'un air si tendre ,

D'un ton si bas :

La belle connut son délire, Quand il n'était plus tems de dire :

Je ne veux pas.

Belles , de l'amant qui vous presse , Voulez-vous augmenter l'ivresse ,

Eu pareil cas ?

Tout en faisant ce qu'il désire, N'oubliez jamais de lui dire :

Je ne veux pas.

LES DEUX GLYCERES.

Combien Glycère éiait simple et naïve, Quand je la vis pour la première fois'. Air de candenr, doux parler, gaîlé vive, Dès cet instant me soumit à ses lois.

Sein palpitant et timide prunelle , Montraient un cœur tout près de s'enflammer ; On y voyait ce trouble qui décèle , Et le bi'soin, et la crainte d'aimer.

Un baiser pris faisait rougir Glycère , El pour deux jours me rendait satisfait : On disputait une faveur légère, J'étais content d'un plaisir imparfait.

Tout est changé -, Glycère peu sauvage, A mes désirs laisse prendre l'essor ; On me permet de cesser d'être sage ; Ce que je veux , je l'obtiens sans eflbrt.

A chaque instant le myrte me couronne, On me prévient dans le moindre désir 5 A mes transports Glycère s'abandonne^ J'ai tout enfin excepté du plaisir.

Tous les matins Glycère, à sa toilette. Rougit encor, mais ce n'est qu'au pinceau; Et chaqtie jour, moins jeune et plus coquette, Elle a besoin d'un ornement nouveau.

Ah ! ce n'est plus cette simple bergère , Qu'avec transport je pressais sur mon sein : Je désirais ; mais j'avais , ô Glycère ! Tant de plaisir à vous baiser la main !

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