‹ Opuscules poétiques du général L. N.M.CarnotChapitre 109 sur 116 · RÉPONSE DE M'^^^ HÉLÈNE · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE M'^^^ HÉLÈNE

Puisque je tiens votre cœur en ma chaîne, Je ne veux pas le laisser échapper j J'ai le projet de le tirer de peine , Et dès demain je dois m'en occuper.

Mais vos huit jours me donnent la migraine : Je ne saurais tant aimer tout d'un 'trait : Accordez-moi pour le moins la quinzaine ; Ce n'est pas trop pour filer le parfait.

Ah ! permettez que Je reprenne haleine ; Je ne pourrais , tant j'ai le cœur ému , Me consoler de toute la semaine , Si, par hasard, vous mouriez im-promptu.

Je veux, errant dans les bois, dans les plaines, A leur école apprendre à soupirer :

Je veux parler aux rochers, aux fontaines, Pour savoir d'eux comment il faut pleurer.

Comme on n'a pas toujours si bonne aubaine, Oui , dès demain je dois m'en occuper : Puisque je tiens votre cœur en ma chaîne , Je ne veux pas le laisser échapper.

autajnt en emporte le vent.

PSous sommes nés pour la sottise :

Un beau matlu que je rêvais, Je fis l'admirable entreprise De vivre en sage désormais.

Depuis cette belle prouesse , J'ai perdu bon sens et liesse ; Adieu, projets, adieu, serment.

Autant en emporte le vent.

Plein de mes sentimens stoïques , Loin du tumulte séducteur, J'embrassai les travaux rustiques , Sûr d'y trouver paix et bonheur.

Mais l'hiver vient , l'ennui me gagne , Je quitte charrue et campagne : Adieu , projets , adieu , serment :

Autant en emporte le vent.

Pour comble , il me prit fantaisie D'abjurer ce sexe charmant.

Qui nous inspire la folie , Qui nous cause tant de tourment.

Tout-à-coup je vois Isabelle , Qui sur moi braque sa prunelle :

Adieu, projets, adieu, serment:

Autant en emporte le vent.

Je jurai bien d'être fidèle Au tendron qui m'avait charmé :

Mais contre une attaque nouvelle Mon cœur ne s'était point armé.

Malgré moi je devins volage j Aux pieds d'Iris voilà mon sage :

Adieu , projets , adieu , serment ; Autant en emporte le vent.

Je renonce aux jeux , à la table , Aux passe-temps des désœuvrés -, J'entretiens commerce agréable Avec artistes et lettrés.

Un ami m'entraîne, je dîne, Je bois , je me bats , me ruine :

Adieu, projets, adieu, serment.

Autant en emporte le vent.

Lors je fus trouver un bon père , Et je lui dis ; Mon révérend.

Tel est mon cas, sans nul mystère.

Mon ami , j'en ai fait autant , Me dit le père avec franchise :

Nous sommes nés pour la sottise :

Ne faisons projets , ni serment ; Autant en emporte le vent.

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